"Haro! Haro mon duc on me fait tort". Après avoir poussé l'antique formule de notre droit normand qui a inventé, dès le XIe siècle,  la notion de protection individuelle et civile contre tout arbitraire, il faut mettre genou en terre et réciter le Notre Père: ainsi, obligation est faite à l'autorité mise en cause de cesser sur le champ ce que le plaignant lui reproche ou à tout témoin qui entend la célèbre clameur de se mettre en quête d'assistance et de secours, toutes affaires cessantes.

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L'immémoriale clameur normande a donc encore retenti cet hiver, en décembre 2016 derrière la haie de genêts de monsieur Neil Ozanne habitant sur l'île de Guernesey, paroisse Saint Martin. Ce brave homme fait l'objet de tracasseries incessantes de l'administration paroissiale (traduisons: municipale) qui souhaite pénétrer sur son terrain afin de procéder à l'enlèvement d'une épave automobile qui est la propriété de Monsieur Ozanne.

Le 14 décembre 2016, dans un geste d'ultime recours, Neil (ou Néel) Ozanne cria la célèbre clameur qui n'est pas sans conséquence pour celui qui la crie car tout abus de cette clameur est sévèrement réprimé.

Dans le dernier numéro de Patrimoine Normand qui vient de paraître et qu'on vous invite vivement à vous procurer, on vous racontera la suite de l'histoire...

http://www.patrimoine-normand.com/index-fiche-56272.html


 

Commentaire de Florestan:

On se souvient que la célèbre clameur fut poussée pendant la cérémonie d'obsèques de Guillaume Le Conquérant en 1087 sous les voûtes de l'abbatiale Saint Etienne de Caen par un certain Asselin qui, ayant été expulsé de sa propriété pour permettre la construction de l'église, réclamait son indemnisation en argent qui lui fut donnée sur le champ pendant la cérémonie interrompue par la clameur à l'occasion d'une quête improvisée...

Amable Floquet, l'historien de la coutume normande, nous rapporte aussi cet autre cas: en 1220, le tribunal de Bernay avait condamné à de fortes amendes pécunières deux témoins qui avaient volontairement ignoré le cri de haro d'un passant juif agressé dans la rue...