Le 25 avril 2017, avait lieu aux archives départementales de la Seine Maritime à Rouen, sur le site de Grammont, l'exposition exceptionnelle proposée par les cinq dépôts d'archives historiques des départements normands, consacrée aux monuments de près de 1000 ans d'histoire normande.

1000 ans de Normandie

Depuis sa fondation officielle en 91, on trouvera associé au nom de la Normandie, aussi bien le nom d'un prince que le nom d'un historien, d'un archiviste, d'un juriste, d'un archéologue, d'un "antiquaire", d'un écrivain...

La Normandie est un objet d'études et de recherches historiques depuis près de mille ans: telle est la précieuse originalité de la Normandie qui, bien plus qu'une région,  est une civilisation, une matière d'études, voire, en tant que telle, un monument historique.

La Normandie est donc LA région française de l'Histoire qui interdit, en conséquence, toute dérive mythomaniaque et identitaire qui pourrait prétendre en rendre compte...

A cette occasion, Pascal MARTIN, le président du conseil départemental de la Seine-Normandie a proposé un discours d'inauguration remarqué pour son hommage appuyé à la Normandie dont on vous propose la lettre, en intégralité ci-après:


 

Présentation inaugurale de l’exposition itinérante et présentation de l’ouvrage 1000 ans de Normandie.

Richesses des archives départementales normandes

Mardi 25 avril 2017, 18h00

Archives départementales de la Seine-Maritime, Pôle culturel Grammont

Discours prononcé par Pascal Martin, Président du Département de la Seine-Maritime.


Monsieur le Président du Département du Calvados,

Mesdames et Monsieur les représentants des Présidents des Départements de l’Eure, de la Manche et de l’Orne,

Madame la Vice-présidente de la Région Normandie,

Madame la Vice-présidente du Conseil départemental de la Seine-Maritime chargé de la Culture et du Patrimoine,

Mesdames et Messieurs les Élus,

Madame et Messieurs les Directeurs des Archives départementales des départements normands,

Mesdames et Messieurs,

Chers amis,

Je souhaite avant tout excuser l’absence de Monsieur Jean-Louis Debré qui se faisait un plaisir d’être parmi nous ce soir et qui se trouve actuellement éloigné de France et dans l’incapacité, bien malgré lui, de revenir sur le sol national pour la cérémonie de ce jour.

Chers amis, c’est en paraphrasant Bonaparte quand il s’adressa à son armée lors de la bataille des Pyramides d’Egypte, en 1798, que je veux témoigner, ce soir, de la fierté et de l’honneur qui m’animent de vous recevoir en ce lieu de culture et, surtout, de mémoire. Je sais ce sentiment partagé par mes collègues présidents des départements normands qui, pour certains d’entre eux, n’ont pu se rendre disponibles et sont aujourd’hui représentés.

Bonaparte aurait donc pu s’exprimer ainsi : « Chers Amis ! Vous êtes venus dans ces contrées pour arracher à l’oubli des pans entiers de l’histoire normande et porter la civilisation normande dans le monde. Nous allons donc combattre pour l’Histoire. Songez que du haut de ces archives, 1000 ans vous contemplent ».

Eh oui, chers Amis, nous sommes réunis aujourd’hui pour l’Histoire à l’occasion d’une double présentation, celle de l’exposition itinérante que vous découvrirez tout à l’heure et celle de l’ouvrage "1000 ans de Normandie". Vincent Maroteaux, Directeur des Archives départementales de la Seine-Maritime, nous en a dit quelques mots à l’instant.

Cette double présentation est porteuse d’enseignements : tout d’abord, que l’initiative conjointe des cinq services d’archives départementales nous prouve, une nouvelle fois, à quel point l’histoire de la Normandie est riche. Ensuite, que la réunification de la Normandie était une absolue nécessité. Enfin, que la valorisation des sources archivistiques normandes répond à une attente forte des Normands, parce qu’elle concoure largement à la connaissance de notre propre histoire.

Alors, lorsqu’il s’est agi de solliciter une personnalité susceptible d’incarner la Normandie historique, contemporaine et politique et d’assurer le haut patronage des manifestations de « 1000 ans de Normandie », un nom m’est venu comme une évidence : celui de Jean-Louis Debré. Une évidence à bien des égards.

Ce nom « Debré » représente, en effet, une partie de l’Histoire de France. Il représente la résistance, la Libération, le gaullisme, la Vème République et la force de nos institutions lorsque l’on évoque Michel Debré, Premier ministre de la France. Ce nom Debré, c’est aussi celui de Jean-Louis, qui fau-til le rappeler, a été, entre autres, Ministre de l’Intérieur, Président de l’Assemblée nationale et Président du Conseil constitutionnel.

Il y a surtout deux raisons pour lesquelles le haut patronage de Jean-Louis Debré me paraissait naturel : l’attachement particulier qu’il porte à la Normandie où il a été élu Député de l’Eure, mais aussi Conseiller général et Maire d’Évreux.

Ensuite, il était légitime de solliciter l’écrivain et l’homme de lettres qu’il est, de même que le Président du Conseil supérieur des archives, fonction qu’il assume avec passion, depuis plus d’un an maintenant. Je remercie donc très sincèrement Jean-Louis Debré pour l’honneur qu’il fait à la Normandie tout entière, à cette Normandie qui n’a jamais cessé d’être dans nos coeurs, dans notre histoire collective et dans notre culture une et indivisible. Je ne doute pas que Jean-Louis Debré aura l’occasion d’honorer de sa présence cette exposition dans l’un de ses lieux d’itinérance.
Je remercie ensuite mes collègues Présidents des départements normands, et leurs représentants, d’avoir cru en ce projet.

Je me fais leur porte-parole pour adresser nos plus vives félicitations à l’ensemble des services départementaux qui ont contribué à la réalisation de l’exposition itinérante et à l’édition de l’ouvrage qui vous est présenté. Je tiens, tout particulièrement, à souligner l’efficacité de cette collaboration exemplaire entre les archives départementales des cinq départements constituant la Normandie : le Calvados, l’Eure, la Manche, l’Orne et la Seine-Maritime.

Je vous demanderais, Madame et Messieurs les directeurs, de bien vouloir relayer ces félicitations très sincères et chaleureuses auprès de vos équipes car le résultat que vous nous présentez est d’une très grande qualité. J’y associe naturellement les éditions Snoeck et la société Point de Vues qui ont oeuvré au côté de nos institutions pour réaliser ce projet historique magnifique et emblématique.

Je remercie enfin la Région Normandie et l’État, en particulier la Direction régionale des affaires culturelles de Normandie, d’avoir apporté leur soutien financier à cette belle entreprise dont nous pouvons être collectivement très fiers. Dès décembre 2015, une collaboration inédite a ainsi été engagée entre les Archives départementales des cinq départements normands, visant à faire découvrir au public le plus large l’histoire régionale sous le label « 1000 ans de Normandie, des archives à partager ». Cette collaboration fructueuse a débouché sur la mise en oeuvre d’un cycle concerté de manifestations que nous inaugurons aujourd’hui constituées d’expositions, de colloques et de démarches de collectes de documents notamment. Les deux réalisations, exposition et ouvrage, tous deux très richement documentés et illustrés, évoquent la naissance et la construction de la Normandie. Fruit d’un travail collectif de grande qualité, ce projet démontre la capacité des normands à travailler ensemble au service de leur mémoire commune.

Il s’agit pour nous d’un véritable travail sur notre identité, synonyme à la fois de respect de la mémoire mais également d’ouverture au monde de notre région.

L’histoire de la Normandie est, en effet, ancienne, riche et diverse, constituée de multiples pages qui nous permettent de comprendre son évolution.

Riche et fertile, notre territoire a connu guerres, révoltes et invasions car la puissance normande, à travers les siècles, n’a jamais manqué d’inquiéter et d’attiser les convoitises, notamment des royaumes de France et d’Angleterre.

L’histoire de la Normandie nous révèle une province, une région au rayonnement et au destin internationaux. Au travers de cette exposition, il nous est donné l’occasion de redécouvrir les dates-clés et les évènements qui ont marqué l’histoire de notre région. Sa culture, ses traditions, son droit coutumier, ses grandes personnalités revivent au gré d’iconographies et des innombrables pages de ce merveilleux ouvrage. Elles sont une invitation à feuilleter le passé et à songer à notre Histoire en portant un regard curieux sur des documents originaux qui sont autant de clés de compréhension de notre monde contemporain.

La Normandie est assurément une grande terre d’Histoire où les influences extérieures sont gravées, ancrées jusque dans nos gènes, où le sens et le prix de la liberté représentent encore et pour toujours le ciment qui nous lie les uns aux autres.

L’Histoire, nous la faisons vivre par cette exposition, dans ce lieu, mais aussi par de multiples initiatives, comme la commémoration des 500 ans de la ville du Havre ou encore les démarches d’inscription au patrimoine de l’UNESCO des plages du débarquement et des clos-masures engagées par les Départements du Calvados et de la Seine-Maritime, en lien avec la Région Normandie. Je ne me hasarderai pas à un exposé sur l’histoire de la Normandie. D’autres le feraient bien mieux que moi. Ayons simplement à l’esprit que depuis l’installation officielle des Normands en 911, notre région a toujours été une terre d’accueil et d’enjeux stratégique, politique, économique et sociétal. Beaucoup de sang a été versé pour et sur le sol de Normandie.

L’héritage des vikings, les relations étroites avec l’Angleterre, le mouvement impressionniste et littéraire, l’occupation, le débarquement du 6 juin 1944… et bien d’autres évènements constituent à la fois notre passé régional mais également une partie importante du patrimoine national. La Normandie occupe une place particulière dans l’Histoire de France.

En dépit de nombreuses vicissitudes, l’uniité normande a traversé les siècles, même après 1790, année où notre province a été divisée en cinq départements : le Calvados, l’Eure, la Manche, l’Orne et la Seine-Inférieure.

C'est en 1956 que la Normandie perd son unité et son identité, en étant découpée en deux régions administratives et politiques. « Si c'était à refaire, je ne ferais qu'une seule Normandie », confiait, en 2004, Serge Antoine, père du découpage des régions, dans un entretien qu’il accordait alors à un hebdomadaire national. Le jeune haut-fonctionnaire avait dessiné une carte distinguant deux territoires qui, plus de 30 ans plus tard, donnait naissance à deux collectivités territoriales de plein exercice : la haute et la basse-Normandie. Une ineptie au regard de l’Histoire ! Car, lorsque l’on parcourt cette exposition et lorsque l’on songe à ceux qui ont défendu, corps et âmes, cette terre, on ne peut, chers Amis, que refuser cette dissociation de la Normandie originelle.

Ainsi, depuis les années 1970, la réunification de la Normandie n’a jamais cessé d’être une préoccupation, une quête, pour les historiens, les géographes et surtout pour les femmes et les hommes politiques normands. Il est impossible de rayer d’un trait de plume 15 siècles d’histoire commune. Il est surtout impossible de nier les évidences géographiques, économiques, industrielles, rurales et culturelles.

Forte de son dynamisme, de son attractivité, de sa reconnaissance de par le monde, la Normandie ne pouvait rester désunie, déstructurée, découpée.
Nombreuses ont été les tentatives de réunification. Ce fut, rappelez-vous, l’enjeu des élections régionales de 2004 qui ont failli emporter l’adhésion politique nécessaire au processus de fusion administrative de notre région. Il aura fallu attendre, cependant, 2013 pour faire admettre aux hommes que l’Histoire est plus forte que les règles administratives.

Le député du Calvados, Alain Tourret, s’exprimait ainsi, il y a quelques années, face au Premier ministre : « Nous avons deux régions et cinq départements alors que nous pourrions n’avoir qu’une seule région, la grande et si belle Normandie, et deux départements réunissant, pour l’un, les trois départements bas-normands et, pour l’autre, les deux départements haut normands ».

Au lendemain des élections municipales de 2014, le Gouvernement décidait enfin de rassembler les deux Normandie. La réforme territoriale était en marche. Le projet de loi relatif à la délimitation des régions a définitivement été adopté par le Parlement le 17 décembre 2014 et la réunification de la Normandie est effective depuis le 1er janvier 2016.

Les atouts de la Normandie réunifiée comptent pour notre pays et ne demandent qu’à être valorisés. Je prendrai l’exemple du tourisme, à la croisée des politiques de développement économique et culturel. La tenue récente du salon Rendez-vous de France à Rouen est la preuve que la Normandie sait s’exporter au-delà de ses frontières. Durant trois jours, la Normandie a ainsi accueilli les professionnels du tourisme du monde entier et confirmé qu’elle était connue et reconnue non seulement pour son histoire mais également pour son attractivité. Ce rendez-vous a surtout consacré la Normandie en tant que grande région de culture et de patrimoine.

Je crois que la citation de Léon Tolstoï est aujourd’hui de circonstance. Elle illustre très largement la philosophie qui nous anime et qui a présidé au travail, entrepris par les archives départementales, depuis maintenant de nombreuses années : « Autant qu’un siècle d’histoire européenne, une seule journée de la vie d’un paysan peut servir de canevas à un roman. »

Évidemment, il ne s’agit pas ici de roman mais bien de recherches historiques rigoureuses.

Je suis convaincu que l’histoire locale, dénuée dans ma bouche de tout sens péjoratif, connaît plus que jamais un fort intérêt de la part de la population.
Nous avons tous en nous cette attirance, cette soif de connaissance de la vie de nos ancêtres et des éléments de notre identité : les paysages et les habitats, les villes et l’industrie, la mer et le littoral, les origines du tourisme balnéaire, les pratiques et les figures sociales.

Sans doute, cette attirance est-elle accentuée par le fait que nous vivons dans un monde où tout évolue trop vite ?

Parler de parchemins à l’heure des nouvelles technologies et de la mondialisation peut paraître paradoxal et pourtant… Je crois qu’il s’agit, tout simplement, de re-découvrir notre identité, celle des femmes et des hommes qui ont fait de la Normandie ce qu’elle est aujourd’hui : une région puissante, forte et unitaire.

Le fruit des recherches des Archives départementales qui vous est présenté nous est destiné à nous tous, mais plus particulièrement aux jeunes générations qui doivent connaître la région dans laquelle ils grandissent. Pour les plus anciens, « 1000 ans de Normandie » devrait être l’occasion de retrouver quelques repères de leur vie passée qui sont autant de jalons dans l’histoire de la Normandie.

J’invite donc les Normandes et les Normands à visiter et à participer aux manifestations organisées dans le cadre de « 1000 ans de Normandie », dans les cinq départements normands. Je tiens aussi à encourager chacun d’entre eux à s’intéresser à leur propre histoire car la recherche historique, et l’Histoire en général, sont une source inépuisable d’enrichissement personnel. Une célèbre historienne universitaire comparait d’ailleurs les archives à « un jardin des délices » au coeur duquel on se délecte de savoir. La connaissance du passé est la clef de notre avenir. C’est en cela que « 1000 ans de Normandie » peut nous apporter beaucoup pour nous rappeler d’où nous venons et mesurer la force que représente l’héritage de ces longs siècles d’histoire.

Un proverbe chinois dit ceci : « L’oubli de ses ancêtres, c’est un ruisseau sans source, un arbre sans racines. »

Je conclurai en renouvelant mes félicitations et mes remerciements à toutes celles et ceux qui ont contribué à faire de « 1000 ans de Normandie, des archives à partager » un succès. Et comme disait André Malraux : « La culture ne s’hérite pas, elle se conquiert ».

Alors vive la Normandie conquérante.

Je vous remercie.