Un récent article paru dans le quotidien de référence d'informations économiques et financières, les Echos, nous faisait savoir que le Grand Port Maritime du Havre avait réussi son pari de réveiller un "éléphant blanc", le terminal multimodal de transbordement des conteneurs vers le ferroviaire ou vers le fleuve.

Nous avons ici largement exposé et critiqué que cet équipement pensé et voulu loin des évidences du terrain et de ses acteurs professionnels pouvait être considéré comme l'un des chef-d'oeuvre les plus accomplis d'un certain jacobinisme techno à la française en échec illustrant, une fois de plus, que le problème des ports français n'était pas du côté des dockers, des marins ou des logisticiens mais du côté de leur "gouvernance".

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Voici donc cet article à lire, tel quel, sous le lien suivant:

https://www.lesechos.fr/industrie-services/tourisme-transport/0212023886478-le-port-du-havre-sauve-son-terminal-multimodal-2083539.php#uYly4XbecfQY9dfL.99

Et son commentaire critique proposé par notre lecteur... impertinent, Michel Duval:

Le port du Havre sauve son terminal multimodal

Antoine Boudet Les Echos Le 30/04 à 15:00

La société d’exploitation du terminal sort du redressement judiciaire. L’objectif est maintenant d’atteindre les 90 000 conteneurs traités par an. (1)

 

(1) RAPPEL trafic de conteneurs du port du Havre en 2016 : 2,519 millions d’EVP (Equivalent Vingt Pieds) ;

=> 90 000 EVP = 3,6 % !!!

C'est l'épilogue de ce qui avait tout l'air d'un fiasco (2), et le début d'une nouvelle ère pour le terminal multimodal du Grand port maritime du Havre (GPMH). Le tribunal de commerce a statué ce vendredi sur l'arrêt du plan de redressement de LHTE, la société d'exploitation du terminal, par continuation sur dix ans, avec la nomination d'un commissaire à l'exécution du plan.

(2) Ah bon, ça n’est plus un fiasco ?!

« On tourne la page d'une histoire compliquée », a réagi Hervé Martel, le président du GPMH, interrogé par « Les Echos ». Et le port du Havre n'y est pas pour rien puisqu'il s'est rendu propriétaire de 100 % de la société d'investissement LH2T, dont il détenait jusqu'ici 49 % des parts. La signature cette semaine d'un accord avec le Crédit Agricole Normandie Seine et sa filiale de promotion qui détenaient ensemble 51 % de LH2T a fini de convaincre le tribunal d'ordonner la sortie du redressement judiciaire.

Un investissement de 140 millions d'euros

La société LH2T n'ayant plus d'objet sera dissoute, et le port devient donc directement propriétaire de l'infrastructure. Il a convenu avec l'exploitant dans le cadre du plan de continuation d'une franchise de loyer pour les années écoulées et d'une montée en puissance du loyer corrélée à celle de l'activité.

Après de nombreux dysfonctionnements dans la mise en service de ce gigantesque terminal, avec 60 hectares de « gare », 2 postes à quais pour les barges fluviales, une cour ferroviaire, 4 portiques et une zone de stockage, désormais « au plan opérationnel, le terminal fonctionne, avec sur une base annuelle en 2016 quelque 80 000 conteneurs traités », souligne Hervé Martel. Les quatre actionnaires de LHTE (Logiseine, Greenmodal, Naviland Cargo et Novatrans) ont basculé leurs volumes sur la plate-forme mais cela ne suffit pas pour atteindre l'équilibre économique de cet outil qui représente un investissement de 140 millions d'euros, dont une majorité d'argent public.

Rendre le modèle économique viable

L'objectif est d'atteindre les 85 000 à 90 000 conteneurs traités afin de rendre le modèle économique viable. Et le président du GPMH a bon espoir d'y parvenir, grâce à l'ouverture d'une nouvelle ligne de chemin de fer vers l'Allemagne et la décision prise en conseil d'administration de la SNCF d'investir sur la ligne dédiée au fret entre Le Havre et Gisors. « C'est un outil de compétitivité indispensable pour le port », se félicite Hervé Martel.

 

Dans un article paru dans Mer et Marine le 30/03/2006, année de l’inauguration de Port 2000 à la fin de laquelle le trafic de conteneurs aura été de 2,138 millions d’EVP, on peut lire la phrase suivante :

« Avec un trafic estimé de 6 millions de boites dans les prochaines années, la place havraise retrouvera une position importante en Europe, face à Anvers, Rotterdam ou Hambourg. » …

 

Dans un article paru dans Normandinamik (publication de la Chambre de Commerce et d’Industrie …) le 15 février 2007, on peut notamment lire ceci :

« Malgré ces chiffres médiocres, le directeur du port autonome du Havre Jean-Marc Lacave (*) se refuse à céder à la sinistrose. Il estime que la faible croissance du trafic en 2006 est à relier à des phénomènes conjoncturels comme l'indisponibilité partielle de l'écluse François 1er. A ses yeux, le port est maintenant en ordre de marche pour profiter à plein de l'effet Port 2000 dont les deux premiers postes à quai ont été mis en service en avril dernier. Il table pour 2007 sur une progression de 12 à 15 %, reproductible les années suivantes au fur et à mesure du remplissage du nouveau port. Pour être au rendez-vous de la croissance à venir, l'établissement portuaire va par ailleurs se doter d'une feuille de route (sic!) qui prévoit de porter la capacité du port à 14 millions d'EVP en 2030. Ce programme très ambitieux revient, ni plus ni moins, à multiplier par sept la capacité actuelle (hors Port 2000) et représente deux fois celle d'Anvers aujourd'hui ! » …

 

Or, quels ont été les trafics de conteneurs au cours des années suivantes :

2007 : 2,656 MEVP ;

2008 : 2,489 MEVP ;

2009 : 2,241 MEVP ;

2010 : 2,358 MEVP ;

2011 : 2,215 MEVP ;

2012 : 2,304 MEVP ;

2013 : 2,486 MEVP ;

2014 : 2,550 MEVP ;

2015 : 2,560 MEVP ;

2016 : 2,519 MEVP.

 

Dis-moi, Hervé Martel, c’est encore loin les 6 millions d’EVP par an ?

Tais-toi, et rame !