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... Dans les pas du Prince Louis Napoléon Bonaparte?

"Macron: la dernière chance". C’est le titre avec son éditorial qui barre la une, ce 8 mai 2017, fête de la Libération de l’Europe du Nazisme (et véritable fête de Jeanne d’Arc) sur toutes les éditions du quotidien ligéro-breton d’un Grand Ouest qui a massivement voté Emmanuel Macron au second tour des élections présidentielles les plus extraordinaires depuis 1962.

http://www.ouest-france.fr/elections/presidentielle/emmanuel-macron-elu-la-derniere-chance-editorial-4977602

Pour une fois, on trouvera ici le titre de Ouest-France excellent. Et même plutôt inquiétant.

Car il ne faudrait pas que le plus jeune impétrant accédant à la charge suprême dans l’histoire de notre République se méprenne sur la signification politique véritable de son apparente victoire : Emmanuel Macron, sorti du sérail, c’est-à-dire d’un carnet d’adresse, d’une banque d’affaires et d’un maroquin ministériel pour s’asseoir sur le premier fauteuil de notre République sous les ors de l’Elysée (un lieu bien équivoque où, selon la mythologie grecque, les héros sont des fantômes)  est arrivé premier dans un concours de circonstances, fantoche de toutes les utilités à commencer par celle, urgente, de ne pas laisser la fille d’un ancien sympathisant de l’OAS nous représenter dans le Monde entier.

Car si 66% des suffrages exprimés se sont portés sur Emmanuel Macron, il ne faut pas oublier qu’avec 25% d'abstention (la plus forte jamais observée pour un second tour des présidentielles depuis 1969)  et 12% de votes blancs ou nuls, c’est plus d’un électeur sur trois qui a refusé de choisir entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen : numériquement, c’est ce refus qui est arrivé en tête.  Avec, aussi, la confirmation d’une fracture sociale et territoriale divisant profondément notre pays : Paris a, ainsi, voté à 90% pour Emmanuel Macron.

Et si l’on considère que le vote dit « utile » s’était déjà massivement porté au premier tour sur la candidature de celui qui marche avec on ne sait qui et qu’Emmanuel Macron est devenu, au second tour, le candidat utilitaire anti FN,  on peut se demander combien d’électeurs et d’électrices ont réellement soutenu le nouveau président de la République pour ce qu’il avait à dire ou à proposer. Selon les premières enquêtes d'opinion d'après le second tour, 60% des électeurs de Macron affirment avoir d'abord pensé à voter contre Marine Le Pen.

Mais par la magie du scrutin uninominal à deux tours de l’élection présidentielle, une minorité d’idée peut devenir une majorité dans les urnes d’autant plus si l’on organise, de façon systématique, le viol des consciences en obligeant les électeurs au vote utile dès le premier tour. (cf. L'analyse de Michel Onfray sur le rôle politique du Front National).

C’est le grand paradoxe de la 5ème République : avoir fait d’un candidat idéologiquement très minoritaire la grande équinoxe politique que tout le monde attendait pour résoudre la crise sociale, économique, culturelle et politique qui paralyse la France depuis près de trente ans maintenant. Sauf qu’il n’y aura pas de grande marée à l’Assemblée Nationale. Car le 8ème président de la 5ème République risque d’être le premier à ne pas avoir de véritable majorité politique pour gouverner si ce confirmait que les Français ne sont plus dévots de cette 5ème République en crise terminale.

Emmanuel MACRON osera-t-il gouverner avec des "majorités d'idées", comme autrefois, sous la 3ème et 4ème République ? Mais cela suppose la reconstruction, en quelques semaines, d'une pratique parlementaire et un savoir-faire politique aujourd'hui disparus pour mener ces "grandes coalitions gouvernementales" loin des pressions de tous les grands intérêts affairistes: mission impossible !

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http://www.dailymotion.com/video/xx87cb_le-president-jean-gabin_news

Revoir la tirade culte de Jean Gabin en président du Conseil d'une improbable république dans "le Président" le film d'Henri Verneuil (1961) produit un effet prémonitoire saisissant !

Passons sur la pauvreté et l’équivoque des symboles de la soirée « historique » du 7 mai 2017 : le discours creux de notre nouveau pharaon devant une pyramide en verre mais vide, sur l’esplanade du Louvre des anciens rois, en face de l’arc de triomphe de Napoléon Bonaparte et au milieu des fantômes de l’ancien palais royal et impérial des Tuileries incendié en 1871 pendant le siège de la Commune de Paris et finalement rasé en 1880 par la 3ème République…

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( Touthanmacron 1er devant sa pyramide: confirmation que le choix de l'esplanade du Louvre était vraiment malheureux: http://www.20minutes.fr/elections/2063639-20170507-discours-macron-devant-pyramide-louvre-reveille-complotistes-twitter )

Les choses sérieuses ne font que commencer et le titre de Ouest-France est assez éclairant car pour la première fois depuis le début de la 5ème République, des élections législatives seront plus importantes que des élections présidentielles : d’ordinaire, le nouveau président prend la vague que son élection a déclenchée et balaye l’Assemblée Nationale d’une majorité parlementaire repeinte à ses couleurs et qui se met à ses ordres.

Or en juin prochain, rien n’est moins sûr et il se pourrait même que le jeune président Macron soit contraint de cohabiter avec une majorité politique différente de celle qui l’avait porté au pouvoir dans l’illusion générée par le mode de scrutin.

Mais aucun scénario n’est écrit d’avance et c’est là une grande nouveauté : une incertitude totale !

Car jamais le pays n’avait été aussi en colère contre le « système » et divisé entre ces quatre grandes forces politiques et idéologiques arrivées en tête du premier tour des élections présidentielles, le 23 avril dernier, autour de 20% des voix. L’Assemblée nationale de juin 2017 risque d’être une nouvelle « chambre introuvable »

Dans la soirée du 7 mai, Richard Ferrand, l’artisan de la victoire d’Emmanuel Macron affirmait, non sans arrogance, que son mouvement devenant « la république en marche », disposait d’une dynamique propre suffisante pour n’avoir besoin de l’appui d’aucune autre force politique pour conquérir cette fameuse majorité politique que ceux qui marchent n’ont pas… encore.

Ils pensent naïvement que devenir une majorité numérique en siphonnant à droite (Les Républicains humiliés par le désastre Fillon) et à gauche (un parti socialiste en ruines) suffira à faire une majorité politique : il est vrai que le goût du pouvoir aiguise tous les appétits et toutes les ambitions mais on n’a jamais fait de bonne politique durable avec un parti opportuniste. Il est, en outre, à craindre que dans un mouvement sorti de nulle part et qui doit se transformer en moins d’un mois en un parti de gouvernement, on passe plus de temps à gérer les querelles d’égos ambitieux venus de tous côtés qu’à mettre au point un programme de gouvernement. Le choix d'un premier ministre par Emmanuel Macron (avec l'aide de ses puissants parrains: François Hollande et Jean-Pierre Jouyet) sera déterminant. Il a jusqu'à dimanche prochain pour nous sortir un nom de son chapeau.

Du côté de la droite républicaine conservatrice et libérale, l’enjeu est celui de prendre une revanche contre une victoire « volée » par François Hollande par Macron interposé. Ils sont très énervés, humiliés et ils veulent se venger : François Baroin se voit en meneur d’hommes et de femmes et aussi en Premier ministre d’un Emmanuel Macron sans majorité véritable. Ils ont pour eux le plus grand réseau d’élus locaux de France à condition de remobiliser rapidement des troupes profondément démoralisées par le désastre Fillon. La pression est maximum sur ceux et celles qui seraient tentés de marcher de travers. Pour ne prendre qu’un exemple normand : François Baroin a fait savoir qu’il mettrait un candidat LR dans les pattes de Bruno Lemaire si ce dernier cédait aux sirènes macroniennes.

Du côté de la gauche, la question est de savoir si la France Insoumise, le mouvement lancé non sans succès par Jean-Luc Mélenchon va pouvoir reconstruire une gauche parlementaire en capacité de gouverner sur la base d’une sortie de l’actuel conformisme idéologique favorable à la mondialisation néo-libérale : contrairement au mouvement d’Emmanuel Macron, le mouvement de Jean-Luc Mélenchon peut s’appuyer sur des forces politiques déjà existantes comme le Parti Communiste, le Front de Gauche ou les Ecologistes voire la frange la plus à gauche qui voudrait sortir des décombres du Parti socialiste qui sera réduit à l’état de parti croupion dans la future assemblée. Mais de ce côté-ci rien n’est joué non plus car il est à craindre que les mêmes causes produisent les mêmes effets. (L’impossible entente entre Mélenchon et Hamon qui a certainement éliminé la Gauche du second tour de la présidentielle). L'appel de Benoît Hamon à l'union de la gauche, le soir du 7 mai, était quasi funèbre...

Enfin, du côté du Front National, au vu des quelques 10 millions d’électeurs pour Marine Le Pen au second tour de la présidentielle (bien plus qu'en 2002), ils peuvent espérer constituer enfin un groupe parlementaire à l’Assemblée Nationale avec plusieurs dizaines de députés, s’ils sont d’accord pour siéger ensemble car le droit d’inventaire de Marine Le Pen a débuté dès la soirée électorale du 7 mai : pas sûr que la Marion voudrait voir débarquer sa tante au palais Bourbon ! Mais, en tout état de cause, le Front National va tenter de rejouer un rôle dans lequel il excelle : perturber les élections législatives des autres.  En effet, dans tout le Nord, l’Est et le Sud Est de la France, des quadrangulaires au second tour des législatives, le 18 juin prochain, vont surgir, nombreuses, car s’il fait plus de 12,5 % des voix au premier tour, le candidat du FN pourra se maintenir : on verra alors resurgir le vote utile et tous les appels à voter contre pour « faire barrage » au risque d’éliminer plus d’un marcheur macronien dans l’aventure…

Moralité : n’allez donc pas croire que nos tribulations politiques se sont achevées au soir du 7 mai dans les étoiles des plateaux télés et dans les yeux bleus du prompteur Macron.

Tout ne fait que commencer. Et, finalement, on se demande si Ouest-France avait bien raison de titrer : « Macron : la dernière chance ». Car en 2022 avec le retour prévisible du grand méchant loup Le Pen devant la bergerie, il est tout aussi probable que le coup du "vote utile" ne marchera plus. Justement, notre nouveau président était en marche...  Cela va-t-il marcher jusque là?

Mark Twain disait: "quand on n'a qu'un marteau on ne peut qu'enfoncer des clous"

Emmanuel Macron doit avoir le génie de comprendre qu'il ne saurait être seul dans la boîte à outils qui doit réparer les fractures françaises et qu'un pyromane pourrait aussi avoir la sagesse d'éteindre un incendie.

Il va donc falloir croire aux miracles pendant cinq ans...


 CONSEQUENCES NORMANDES:

L'arrivée d'Emmanuel Macron à l'Elysée n'est pas sans conséquences pour la Normandie...

Notre région avec Hervé Morin en tête qui a soutenu François Fillon  ne dispose pas  de beaucoup de relais politiques vers le nouveau pouvoir. Philippe Augier et Alain Tourret pourraient jouer un rôle important. Mais on ne sait pas encore lequel. Quant à Edouard Philippe, le maire du Havre qui se voit en futur Premier ministre de Macron, laissons-le rêver un peu en se disant qu'il nous offre ainsi la première distraction au programme du 500ème anniversaire de sa ville!

Hervé Morin va devoir, en effet, faire oublier son soutien à François Fillon mais le fait d'avoir à travailler avec des hommes et femmes  "Macron-compatibles" lui permettra de prendre une utile distance politique vis-à-vis de Valérie Pécresse, la présidente de la région Ile de France dont les puissants intérêts nuisent à ceux de la Normandie.

D'une manière générale, la Normandie ne semble pas faire partie des territoires prioritaires dans les agendas parisiens: le lobby breton emmené par Le Drian a mieux manoeuvré, comme d'habitude !

L'urgence pour la Normandie sera d'arracher du nordiste Macron grand supporter du canal Seine Nord Europe, le début du commencement d'un intérêt pour l'Axe Seine et la LNPN.

L'autre urgence, à moyen terme, sera de dire à celui qui veut relancer le grand bazar territorial en fusionnant départements et métropoles que la métropole normande n'est pas en région parisienne: une question de vie ou de mort pour la Normandie

Enfin, comme nous allons connaître les cinq années politiquement les plus incertaines depuis longtemps, il semble indispensable de faire du projet collectif normand un véritable recours positif d'expérimentations démocratiques pour reconstruire de la confiance et de l'espoir dans l'avenir, en mettant une distance "normande" avec toute nuisance en provenance de Paris.

LES RESULTATS du second tour en Normandie:

http://france3-regions.francetvinfo.fr/normandie/presidentielle-2e-tour-decouvrez-tous-resultats-normandie-notre-carte-interactive-1248799.html