Le représentant à Caen de la SPPEF (Société Protectrice des Paysages et Esthétique de la France: Sites et Monuments) nous signale  la destruction (arasement) du dernier vestige de l'ancien enclos du potager et des chartreuses des religieuses du XVIIe siècle, dans le parc de l'abbaye aux Dames de Caen siège du conseil régional de Normandie.

gravats

mur arasé

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pilastres 2

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vestige encore en état d'origine

photos prises sur place, le 10 mai 2017 vers 16h30
Ce mur, parallèle à la butte au cèdre, était le mur le plus intéressant encore en place sur l'ensemble du site classé du Parc d'Ornano par son architecture de pilastres enchâssés dans la maçonnerie. Il présentait encore des anciennes fixations qui permettaient d'attacher les arbres fruitiers en espalier et les rosiers grimpants.
Ce mur détruit parce qu'il masquait partiellement la vue sur le nouveau bâtiment administratif construit lui-même en contrebas pour en diminuer l'impact visuel, aurait pu être restauré, peut-être même ouvert seulement au droit de la future passerelle d'accès vers le nouveau bâtiment pour porter, à nouveau, des fleurs: dans les jardins, les murs participent d'un micro climat anti gel en hiver et renforcent la chaleur au printemps et contribuent au charme des lieux en différenciant les espaces de promenade. Cette destruction est très regrettable car des murs anciens en pierre de moindre intérêt situés plus loin vont être en partie remontés.
On rappelle que le parc de l'abbaye aux Dames est classé MH depuis 1932 (ancien parc de l'hospice "Saint Louis": les allées et la butte au cèdre "labyrinthe"). Cela qui implique le respect des prescriptions habituelles de sauvegarde dans un périmètre de 500 mètres alentours, à la discrétion de l'architecte des bâtiments de France du Calvados, Monsieur Dominique Laprie Santenac.
Sauf que, renseignements pris auprès du maître d'oeuvre du chantier en cours, à savoir la Région Normandie (direction des bâtiments), on apprend que c'est l'ABF qui a donné l'autorisation de cette destruction: les vestiges arasés doivent être recouverts d'une casquette en béton ont aussi précisé les ouvriers interrogés par le représentant de la SPPEF et travaillant sur le chantier (ouvriers qui n'en pensent pas moins: ils regrettent la destruction de ce mur qui a été faite, selon eux, il y a quinze jours).
Le problème est que l'ABF n'a pas le droit de donner son accord à une maîtrise d'ouvrage pour procéder à une destruction sur un chantier sans un motif précis, qui plus est, pour autoriser la destruction d'un mur ancien ayant une certaine qualité architecturale sur un site classé MH: cette décision pourrait être attaquée devant la justice administrative avec obligation de remettre l'ouvrage détruit en l'état.
Suite à cette décision très contestable d'un ABF cherchant plus à valoriser visuellement le nouveau bâtiment administratif du conseil régional qu'à protéger les éléments patrimoniaux encore en place et alors qu'un espace du parc qui avait, par miracle, gardé son authenticité et tout son charme a été malheureusement banalisé tout en perdant sa cohérence propre, l'enjeu est d'éviter la destruction complète des vestiges comme Il faudrait remettre en place les chapiteaux sur les pilastres voire remonter ceux-ci.
Nous espérons que la presse locale, dans son indépendance, pourra faire la publicité de cette affaire regrettable au moment où le conseil régional de Normandie met en place une toute nouvelle politique de valorisation du patrimoine régional dotée d'un budget de 37 millions d'euros: les cordonniers sont souvent les plus mal chaussés, dit-on...