Deux informations sorties récemment dans les éditions caennaises de Ouest-France montrent que la reconstruction d'une ambition normande n'est pas encore à l'oeuvre.

Nous n'avons qu'un an d'unité régionale normande derrière nous et le bilan est déjà plus honorable sinon encourageant. Ce bilan correspond à un premier temps indispensable de remise à niveau, de réorganisation, de remise en route, voire, de reconstruction pour que les institutions et les initiatives de la société civile régionale normande redécouvrent la Normandie, son véritable périmètre, son magnifique potentiel reconnu dans le Monde entier.

Maintenant que ce travail préliminaire a été fait ou s'achève en cette année 2017 en l'absence relative de difficultés structurelles qui fait mentir tous les prophètes de malheur qui voulaient mieux tuer l'avenir normand en refusant la réunification, une seconde étape, inédite et essentielle s'ouvre:

Elle consiste à mettre en place des politiques publiques authentiquement au service d'un intérêt général normand de plus en plus appréhendé comme tel par les grands décideurs de la région.

Cette approche régionale spécifiquement normande n'avait jamais pu être mise en oeuvre depuis le traumatisme de 1944 puisque l'essentiel des cerveaux pouvant décider, créer ou organiser l'avenir de la Normandie, l'ont fait depuis... Paris: la reconstruction d'une région dont la plupart des villes furent ruinées sous les bombes de la Libération s'est accompagnée de sa nationalisation dans la division et tant que les Normands purent bénéficier des acquis et des conforts des belles années 1960/1980 de la modernité dans le plein emploi, cette absence normande est passée inaperçue.

Jusqu'au jour où, dès la fin des années 1980, avec la plus grande crise de désindustrialisation que notre région eut à vivre avec ses terribles conséquences sociales, les élites normandes finirent par s'apercevoir, au début des années 2000, que la Normandie, avait profondément décliné à cause d'une division stimulant le replis localiste, le manque d'ambition, la frilosité contre les projets des "Horsains", les inhibitions allant jusqu'à la honte de soi: la Normandie divisée avait, notamment, ignoré le moment de la métropolisation régionale des années 1990 et avait perdu une grande partie de sa souveraineté décisionnelle tant dans la sphère publique que privée avec une accélération de la fuite des jeunes talents et des cerveaux normands plus que jamais aspirés par la région parisienne ou par les métropoles voisines.

C'est ainsi que la Normandie devint un "trou normand" sinon le "trou du cul du monde" (Hervé Morin) ou un "angle mort" (Bernard Cazeneuve)... En 2004, lorsque de mornes élections régionales s'animent enfin, notamment en Basse-Normandie, avec l'arrivée dans le débat d'entre les deux tours de la question de la réunification, on peut dire, rétrospectivement, que nous avions touché le fond.

Depuis, la Normandie s'est réveillée, la société civile régionale s'est, peu à peu, réappropriée la Normandie et, avec l'octroi par le président de la République de l'unité régionale normande en juin 2014 à la veille de commémorer le 70ème anniversaire de la Libération de l'Europe commencée sur nos plages, les Normands s'affirment de plus en plus, montrent davantage leur fierté et leur volonté de bâtir l'avenir régional normand en Normandie à l'instar du philosophe emblématique Michel Onfray qui affirme à qui veut l'entendre son refus de monter à Paris pour réussir ou faire carrière.

Sur ce point précis et essentiel qui est celui d'améliorer le reflet régional normand chez les Normands, de mettre en oeuvre d'une véritable politique d'intelligence territoriale, de valorisation, de défense et de promotion de la Normandie à Paris, à Bruxelles et partout où il serait possible de le faire dans le Monde, d'affirmer une fierté voire une identité normande spécifique, les prochains mois vont être déterminants: car il s'agit d'en finir avec le principal des paradoxes normands à savoir:

Ici, en Normandie, se méconnaître, se mépriser, se jalouser, se dénigrer, se sous-estimer, se dévaloriser en subissant les images, les discours mais aussi les décisions des autres alors que là-bas, à l'étranger et dans tous les lointains du Monde entier, le nom de "Normandie" est connu, reconnu, apprécié, aimé...

Il faut donc reconstruire la souveraineté régionale normande dans ses trois têtes urbaines à Caen, Rouen et Le Havre pour que les talents et les projets normands puissent s'y développer mais aussi pour attirer les talents et les projets qui viennent d'ailleurs: il faut réveiller l'ambition normande. Et dans certains domaines, on pensera à la culture, il faudra même la reconstruire.

C'est pour cela que l'on peut dire qu'en 2014, soixante-dix ans après 1944, commence la seconde reconstruction normande: celle des imaginaires pour faire vivre, désormais, la seule vraie province de France (avec une parfaite adéquation entre la géo-histoire et l'action publique régionale) libérée de ce "provincialisme" bien utile à Paris, cette ville qui éteint dans les excès de l'ambition et du pouvoir toutes ces intelligences qui se sont allumées en province...

Le conseil régional de Normandie, bien conscient de cet enjeu, va créer une agence de l'attractivité régionale qui nous sera présentée à Deauville le 23 juin 2017: c'est bien.

Mais il faudrait d'urgence que cette vision soit partagée et relayée par un réseau urbain normand, à commencer par les trois grandes agglomérations normandes qui ne sauraient faire une métropole régionale suffisamment attractive séparément. En effet, il serait plus urgent encore d'affirmer une ambition normande à Caen, Rouen et Le Havre sachant que les élus clochermerleux de ces trois villes ont été, à tour de rôle, ces trente dernières années, les plus parfaits idiots utiles de la promotion du Grand Paris comme métropole régionale normande définitive !

L'ambition normande est donc au rendez-vous du côté du Conseil Régional de Normandie et nous en saluons l'augure. Mais on s'inquiètera de ne pas la voir clairement affichée à Rouen (une métropole sans aucun rayonnement régional qui mériterait une psychanalyse tant sa ville centre est devenue un fantôme), au Havre (à ce point obnubilée par l'Axe Seine que son maire l'a remonté jusqu'à Paris pour un CDD de Premier ministre) ou à Caen (qui hésite encore à sortir d'un provincialisme banal et douillet pour prendre la pleine mesure de son nouveau statut de capitale régionale).

Caen, justement, qui fut autrefois (1960/1980) la capitale de la jeunesse normande avec son université et qui avait, tant bien que mal, bricolé un savoir-faire de capitale régionale rayonnante dans le cadre bas-normand dans les années 1980 /2000, aurait bien des atouts à faire valoir en terme d'ambitions normandes: ça bouge du côté des scientifiques, des universitaires, des techniciens et des ingénieurs notamment versés dans les nouvelles technologies numériques selon le modèle californien de la "smart city". Mais cela reste encore fragile si les autres grandes réalités caennaises que sont la culture et le tourisme peinent à embrayer pour être à la hauteur du nouveau cadre normand et du saut qualitatif qu'il exige...

Deux exemples:

1) L'enseignement de la musique au Conservatoire à rayonnement régional de la communauté urbaine de Caen-la-Mer (sic!):

Alors que la région Normandie vient de confirmer sa volonté de créer un pôle supérieur d'enseignement de la musique et de la danse en réseau adossé à une scène nationale d'opéra afin d'éviter la fuite trop rapide des meilleurs talents musicaux et artistiques normands vers Paris, la lecture de l'article qui suit laissera un goût amer, celui de la terre d'un terrier dans une haie bocagère où certains, certaines, préfèrent ronronner leur petit art musical à l'abri des habituelles frondaisons de la saison d'un orchestre local...

conservatoire de Caen

2) Alors que Caen devrait être, depuis longtemps, l'une des principales destinations françaises du tourisme culturel, historique et patrimonial, alors que la ville fondée par Guillaume Le Conquérant  (qui n'a toujours pas sa statue en ville) est officiellement une "ville d'art et d'histoire" depuis 2012 (sans pour autant avoir un musée où raconter son histoire autre qu'une salle d'un Mémorial d'abord dédié à la Mémoire de la destruction de la ville en 1944), la ville préfère gérer sa banalisation et son enlaidissement sous le surplomb symbolique et écrasant de 1944 et de son Mémorial qui attire, certes, 400000 visiteurs annuels venus du Monde entier mais qui ne descendent pas voir la ville car on leur a dit que "Caen c'était du béton sur des ruines".

Contrairement à la métropole rouennaise, la ville de Caen n'a pas encore pleinement compris que la valorisation de son patrimoine architectural du XIe au XXe siècles était une question stratégique. Les discours et les intentions pourtant affichées en ce domaine peinent à se concrétiser... La preuve: 

Le château de Guillaume n'est qu'un lieu de passage avec des musées qui s'ignorent  avec poubelles, pylône de vidéo-surveillance et parking. Il ne manque plus qu'un supermarché à l'emplacement du donjon!

http://normandie.canalblog.com/archives/2016/07/04/34046216.html

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Quant au reste de la ville, elle est livrée à la passion de la table rase de promoteurs immobiliers qui diffusent presque partout une architecture médiocre faite de cubes de béton crépis dans le "ton pierre" avec la complicité d'un Architecte des Bâtiments de France incompétent !

Se planquer derrière un P.L.U. qui privilégie les bétonneurs en raison de la crainte de passer sous la barre des 100000 habitants ne fait pas une politique de l'urbanisme: ce n'est pas en MASSACRANT la ville de Caen qu'on y attirera les touristes plus amoureux des vieilles pierres normandes que des laideurs du style Bouygues alors que le centre ville commercial caennais est plutôt à la peine avec un taux de vacance commerciale qui voisine les... 11%.

Tant qu'elle sera ainsi livrée aux promoteurs, la ville de Caen ne pourra pas être une véritable ville de destination touristique, être la locomotive du tourisme normand dans une région qui a l'ambition d'être LA région patrimoniale française et être la 1ère région française pour les courts séjours culturels "haut de gamme"...

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Dans ces tristes conditions, on comprend aisément pourquoi Christophe Marchais, le meilleur directeur que le tourisme caennais aura pu avoir ces dernières années, a décidé d'aller voir ailleurs... A Paris ! Bien sûr !

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http://www.ouest-france.fr/normandie/caen-14000/caen-le-directeur-de-l-office-de-tourisme-quitte-son-poste-pour-paris-5035214