Nous ne voulions pas écrire le billet qui va suivre.

Nous y sommes contraints par ce que nous infligent certains décideurs qui ne décident pas et par certains acteurs qui ne devraient pas agir: la situation du patrimoine architectural et urbanistique de la ville de Caen ou de son agglomération est affligeante, préoccupante... 73 ans après les bombes de l'été 1944, les destructions massives d'immeubles (rénovation sur table rase) se poursuivent de plus bel: les promoteurs font main basse sur la ville!

La politique d'urbanisme est, à Caen, un énième ministère de la Parole. On nous balade de discours en réunions, d'expositions en colloques sur la sauvegarde du patrimoine architectural, (label "ville d'art et d'histoire" que la ville de Caen mérite de perdre), sur la valorisation de l'architecture et l'urbanisme de la Reconstruction des années 1950 /1960, la valorisation du château, la mise en place d'une AVAP... Etc, etc.

http://normandie.canalblog.com/archives/2016/04/10/33644921.html

Mais la réalité, comme d'habitude, offre un impitoyable démenti à ce blabla soporifique et lénifiant sur "la ville qui doit se régénérer, qui ne doit pas mettre le patrimoine sous cloche" mais qui cache l'absence de volonté réelle d'encadrer sérieusement la voracité de quelques promoteurs immobiliers qui ont mis la ville en coupe réglée: désormais, TOUTE parcelle mise en vente encore authentique, "dans son jus" quant aux élévations (généralement l'architecture d'avant les années 1970 /1980 qui n'avait pas définitivement renoncé aux  modénatures, décors extérieurs, huisseries, ferronneries, marquises, volets, persiennes, cheminées, toiture), quant aux sols (pavages, céramiques) ou quant à la végétation (jardin, arbres remarquables, ancien verger, rosier...) est en danger.

Exemple édifiant: le secteur du pont de la Fonderie, à la pointe de la Presqu'île du port après l'incendie du pavillon Savare:

http://normande4.rssing.com/chan-6173223/all_p110.html

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Pourquoi en sommes-nous arrivés là?

Essentiellement  pour les raisons que l'on va enfin vous dire ici clairement car ça suffit de se taire de peur de froisser on ne sait quelle arrogance de bureau persuadée toujours de faire son devoir alors que tout à chacun armé de son simple bon sens pourrait observer concrètement le contraire. Car on les connait leurs arguments de ces importants bien importuns avec notre ville!

A l'avenant...

"On n'y peut rien. C'est une obligation légale" (Sonia de la Provôté, à propos de l'obligation légale d'instruire les permis de construire déposés par les promoteurs)

"C'est un coup parti: on n'y peut rien" (Philippe Duron, à propos de la destruction du Bon Sauveur par le promoteur Eiffage... Avant de remettre la légion d'honneur à André Heintz, le courageux ambulancier qui, en juin 1944, avait peint de grandes croix avec du sang sur les draps pris à l'asile des fous et posées dans le jardin du Bon Sauveur pour le signaler aux aviateurs alliés afin d'en éviter le bombardement: à peine décoré, André Heintz fut très en colère d'apprendre que Eiffage avait osé faire ce que les courageux pilotes de la  RAF s'étaient interdits de faire)

"Maire bâtisseur, maire battu" (Philippe Duron, toujours, ci-devant député-maire de Caen et effectivement... battu)

"C'est un projet casse-gueule" (Joël Bruneau, à propos du futur centre commercial qui doit s'élever au fond d'une place de la République transformée en tarmac pour vaisseau spatial et dont le foncier, dans le domaine public depuis 1792, a été définitivement aliéné à Laurent Chelma président du magasin Le Printemps dont le principal objectif est de faire fermer la concurrence, à savoir, les Nouvelles Galeries)

http://www.ouest-france.fr/normandie/caen-14000/caen-200-personnes-la-reunion-pour-la-halle-commerciale-republique-4555857

Bref! On n'y peut rien ! C'est pas moi c'est un autre. Ou encore: j'aimerais bien faire autrement mais je ne peux pas...

Au centre de cette ambiance de cour de récréation, on trouvera l'enjeu d'un Plan Local d'Urbanisme (P.L.U.) qui serait trop laxiste et laisserait trop la bride sur le col à des promoteurs qui font de l'architecture comme certains militaires font de la musique en rodant comme des charognards autour des "grosses successions": une belle et grande demeure qui a eu le bon goût de braver les bombes de la guerre avec ses milliers de mètres carrés (on s'en fout du jardin) avec une "vioque" à l'EPHAD dont il faut attendre le décès pour que les enfants, qui n'habitent plus là, vendent pour que cela devienne une belle et grosse affaire immobilière.

Mieux encore: une communauté religieuse à cours d'argent qui vend une belle maison autrefois donnée par héritage par un pieux paroissien ou qui voudrait se débarasser, au mépris de l'histoire et du patrimoine de la ville, d'un ancien couvent désaffecté avec tous ses bâtiments et son jardin parce que Soeur Angélique de la Vraie Croix vient de mourir à 95 ans dans une maison de retraite ou parce que l'ordre monastique qui se meurt en une France désormais largement déchristianisée mais qui prospère en Afrique ou en Amérique latine, a besoin d'argent frais pour ses bonnes oeuvres...

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C'est ainsi que la Mère supérieure de l'ordre des Filles du Bon Sauveur écrivit à Brigitte Lebrethon, la maire de Caen d'alors, pour que le projet de classement et de protection au titre des Monuments historiques prévu sur le site du Bon Sauveur, rue Caponière et qui avait servi d'îlot sanitaire pendant l'été 1944 permettant à la ville de ne pas être totalement rasée par l'aviation anglo-américaine, soit sérieusement revu à la baisse par les services de la DRAC: en effet, les promoteurs du groupe Eiffage qui salivaient sur tant de mètres carrés cachés derrière de hauts murs,  avaient fait savoir aux religieuses qu'avec une telle servitude leur bien allait perdre de la valeur en obligeant les promoteurs à travailler davantage leurs projets parfaitement médiocres si l'on ose encore parler d'architecture. Quand on voit aujourd'hui ce qui reste du site historique du Bon Sauveur, sous les fenêtres mêmes du siège régional de la DRAC en Normandie, on se dit que le courrier au maire de Caen n'aura pas été vain...

Les élus, dont on se demande vraiment s'ils sont compétents, laissent faire quand ils ne collaborent pas eux-mêmes activement au désastre obnubilés qu'ils sont par la crainte, la peur que la commune centre de l'agglomération caennaise passe sous le seuil fatidique des 100000 habitants avec le décrochage financier que cela implique au niveau de la dotation globale de fonctionnement attribuée annuellement par l'Etat à la ville de Caen. Dans le vain espoir de gagner de nouveaux habitants pour compenser la migration des Caennais vers la périphérie, on construit, à tour de bras, des cages à poules colorées et cubiques qui n'ont aucune grâce sauf aux yeux de Monsieur Laprie Santenac, l'architecte des bâtiments de France local qui laisse faire et laisse tout passer comme un douanier néo-libéral.

Au sujet de ce haut-fonctionnaire qui use et abuse de son pouvoir discrétionnaire jacobin pour faire passer ses goûts et ses couleurs avant l'intérêt général du patrimoine architectural, qui se montre fort avec les faibles (un propriétaire particulier qui doit repenser la sortie de son tuyau de poêle sur son toit) mais faible avec les forts (autoriser sans motivation précise la destruction d'un mur ancien de grande qualité dans le parc classé depuis 1932 de l'abbaye aux Dames, siège du conseil régional), on hésitera avec perplexité: s'agit de défendre avec volontarisme la création architecturale contemporaine ou s'agit-il d'incompétence?

Il semble que la justice administrative de notre beau pays n'ait pas eu nos scrupules quand le juge a considéré que l'ABF du Calvados fut responsable d'une "erreur manifeste d'appréciation" pour avoir autorisé un projet de bétonnage commercial qui manquait singulièrement de grâce sinon de transparence dans les abords immédiats d'un bâtiment classé Monument Historique...

http://normandie.canalblog.com/archives/2017/05/14/35285541.html

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Résumons-nous:

1) Un PLU qui équivaut à un permis de bétonner dans le vain espoir de stopper la dépopulation de la ville.

2) Un ABF aux abonnés absents, faisant des choix plus que discutables sinon militants (on dira qu'il est courageux) voire incompétent.

3) Un architecte conseil municipal dont on se demande s'il existe ou non.

Avec comme conséquence:

Des cubes disgracieux en béton recouverts d'enduits pisseux qui poussent comme des champignons dans toute la ville au risque d'une banalisation et d'un enlaidissement général du paysage urbain d'une ville qui a déjà connu une modernisation architecturale et urbanistique radicale sur table rase: après les bombes de 1944.

Conséquence qui pourrait en avoir une autre:

La difficulté de transformer la ville de Caen en ville attractive, de destination touristique sachant que près de 11% des pas de porte commerciaux du centre ville sont actuellement fermés puisque la chalandise locale préfère faire ses emplettes dans les multiples centres commerciaux de la périphérie.

Il est évident que la relance commerciale du centre ville de Caen ne viendra que des touristes qui disposent de la curiosité, du temps libre et du pouvoir d'achat que n'ont pas assez les habitants du cru. Mais Il est tout aussi évident que dans la ville qui a inventé le tourisme patrimonial et culturel dès les années 1820 un touriste visitant cette ville de Caen dont on lui a d'abord dit (au Mémorial) qu'elle était du "béton sur des ruines" depuis 1944, n'est pas d'abord attiré par le style Bouygues, Eiffage ou BG Promotion mais par ce grand livre d'architectures, restées belles et majestueuses, ouvert depuis le XIe siècle jusqu'à notre époque marquée par une destruction massive et par une Reconstruction qui recèle bien des qualités architecturales qui sont, hélas, totalement absentes ou presque des réalisations que nous imposent une industrie du BTP inventant sous nos yeux et au coeur de nos villes séculaires, la "mal-architecture" comme il peut exister une "mal-bouffe".

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On ne saurait expliquer autrement la récente démission de Christophe Marchais qui venait de prendre la direction du tourisme caennais dans le but de faire de Caen, la grande destination du tourisme historique, culturel et architectural, à condition de stopper net la banalisation de la ville dans la médiocrité et le manque de qualité dans l'accueil et les services proposés.

Par exemple, au 53 route de Thury- Harcourt sur la commune de Fleury sur Orne dans l'aggomération caennaise, on vous a trouvé cette horreur, sinon un parfait acte de vandalisme édilitaire validé par Marc Lecerf, le maire ex-socialiste et désormais "en marche" de la commune après avis conforme d'un certain ABF du Calvados qui doit avoir des migraines à force de contempler des colombages de style "normand". Cet exemple est, bien entendu, très symbolique:

Sur le thème de la perte d'une certaine identité collective ou régionale un tract électoral d'extrême droite n'aurait pas fait mieux !

BG PROMOTION VEUT TOUT FAIRE DISPARAITRE !

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Conséquence ultime:

Les Caennais se défendent seuls, riverains isolés ou associations isolées de riverains, contre ce second bombardement 73 ans après le premier. Les recours et les contentieux se multiplient face à la voracité prétentieuse mais surtout face à la misère symbolique des promoteurs (les noms des futures résidences, sauf rare exception, sont affligeants: les villas Fleury, Canal Park, Parc avenue, Parc Monceau, résidences Citéo, Viméo, etc...). Faute d'encadrer plus sévèrement l'activité de ces prédateurs qui déposent les plus gros permis alors que la majorité des permis déposés en mairie de Caen le sont par des particuliers qui, souvent, avec goût et scrupules, nous proposent de beaux projets de réhabilitation, transformation, extension mariant harmonieusement l'ancien avec le contemporain, il est à craindre que la ville de Caen ne perde définitivement son visage...

A moins que, à moins que les élus ne se réveillent enfin:

Xavier Lecoutour lorsqu'il était l'adjoint à l'urbanisme de Philippe Duron (ci-devant député maire socialiste de Caen, rappelons-le) ne fit pas grand chose contre les pelleteuses d'Eiffage éventrant le promenoir du Bon Sauveur tout comme il essaya, en vain, de préempter par la voie judiciaire une jolie villa de style éclectique datée de 1870 située en haut de l'avenue de Creully qui est encore debout mais qui est toujours menacée de destruction: c'était la maison où, dans sa jeunesse, M. Lecoutour avait fait son catéchisme...

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Faute d'avoir pu agir quand il était dans la majorité municipale, Xavier Lecoutour a décidé d'agir dans l'opposition en déposant un recours devant le tribunal administratif pour le motif de manque de sincérité dans l'annonce du projet commercial de la place de la République ainsi que toute une série de vices de forme en raison du fait que l'actuel maire confond vitesse et précipitation: le nouveau tramway doit rouler en 2019 et les prochaines électons municipales sont en 2020...

On parle enfin, dans ce billet, de choses sérieuses... (ironie)

Néanmoins, nous saluons l'action et le courage de Xavier Lecoutour que nous soutiendrons totalement dans cette démarche de la dernière chance pour éviter un massacre architectural au coeur même de la ville puisqu'il s'agit de bâtir un centre commercial à l'emplacement de ce qui fut l'hôtel de ville avant sa destruction en 1944.

Misère symbolique on vous dit !

(Le Bonhomme Liberté, 15 juin 2017)

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Et pendant ce temps-là, la triste comédie d'une action publique municipale en matière d'urbanisme se poursuit avec un maire de Caen devenu médiateur en chef de la médiocrité architecturale: Joël Bruneau fait le service après-vente contentieux de BG Promotion car il ne semble pas avoir d'autres idées sur la question... C'est pourtant le Maire de Caen.

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