L'Etoile de Normandie défend les valeurs normandes car l'identité normande est fondamentalement politique. Et s'il fallait résumer ce que c'est qu'être Normand dans l'ordre politique nous dirions ceci:

1) "Sire de sei", c'est à dire, être le maître de soi-même: respect des droits humains et de toutes les libertés individuelles

2) "C'est mon dreit et j'y ti": c'est mon droit et j'y tiens. Respect de l'Etat de droit, refus de l'arbitraire. Séparation des pouvoirs. Refus de tout despotisme.

Nous tenons à partager notre inquiétude avec vous. D'aucuns la trouveront peut-être excessive. Mais on assume: ici on est Normand et au pays de Charlotte Corday ou d'Alexis de Tocqueville, d'Armand Carrel ou de Jacques-Guillaume Thouret (l'autre...), ce pays et son outremer anglo-normand qui avait aussi accueilli Victor Hugo en exil, ce serait déshonorer l'héritage politique de la Normandie de ne rien dire de ce qui est en train de se passer à l'Assemblée Nationale ou de ce qui risque de ne plus s'y passer pendant de longs mois...

Nous reprenons ci-après, en intégralité, un texte qui sera diffusé largement à partir du 18 juin 2017:

Ma chronique macronienne N°12

La France managériale entre au Parlement ou le retour du Conseil des Cinq cents directeurs pour le triomphe complet de Macronaparte 1er.

Le-roi-c-est-lui

Doit-on parler de clowns ou de clones ? D’une possible réplication à près de 500 exemplaires à l’Assemblée Nationale de l’original qui loge depuis peu à l’Elysée ?

Mélenchon nous avait séduits avec des hologrammes pendant la campagne présidentielle. Emmanuel Macron, avec l’aide des puissants hallucinogènes médiatiques qui l’ont mis, des mois durant,  en scène pourrait faire mieux : réussira-t-il le miracle de se cloner lui-même à près de 500 exemplaires ? Sur les affiches de cette campagne électorale fantomatique, des candidats somnambules sont en marche (on ne sait d’ailleurs toujours pas très bien vers où…), leur tête accompagnée de celle de l’hypnotiseur en chef avec son regard bleu perdu dans le vague. La démocratie O.G.M. vient de débouler en France : sur des milliers de panneaux électoraux, en nos villes et campagnes, un regard « bleu prompteur » nous toise ! Et ça marche… Enfin presque puisque plus de la moitié (51,3%) des électeurs ont décidé d’ignorer ou de refuser dans l’abstention ce point de vue médusant. Car ils redoutent plus ou moins lucidement qu’une démocratie « macronisée » ne soit surtout qu’une république nécrosée par l’hypertrophie du caractère monarchique et jacobin d’une 5ème République en phase terminale, telle une supernova prête à l’implosion.

Tous les voyants de la démocratie parlementaire classique sont au rouge mais les somnambules tous droit sortis d’un roman de Saramango sont en marche et feignent de ne pas les voir.

Voici donc venir, cette majorité présidentielle à l’Assemblée Nationale qu’on n’a jamais vu si pléthorique (pour mémoire : la gauche en 1981 totalisait 329 sièges à l’Assemblée et la droite gaulliste et ses alliés 323 sièges en 1962), majoritairement composée de novices dans le service publique de la politique et dont les rares cadres sont déjà au gouvernement ou à Matignon et surtout à l’Elysée.

Le « dégagisme » est poussé jusqu’à l’absurde par la logique hyper majoritaire du mode de scrutin : les quelques cinq cents députés de la future majorité, si l’on ajoute à ceux « en marche » les déconstruits de gauche ou de droite ainsi que les opportunistes du MODEM, ne représentent guère plus que les 24% des électeurs qui avaient effectivement voté pour les vagues idées de Monsieur Macron au premier tour des présidentielles et si l’on tient compte des abstentionnistes ou des non-inscrits, seuls 13% à peine du corps électoral a voté pour les clones de Macron le 11 juin dernier. 13% du peuple français représenté par plus de 80% des députés ?  On ne devrait plus parler d’Assemblée Nationale puisqu’en raison de l’inversion du calendrier, et de l’instauration du quinquennat, l’élection présidentielle décide désormais de tout à l’occasion d’une monarchie élective.

On nous a vendu Macron comme une savonnette et le « macronisme » comme le  nouveau produit à la mode qui allait tout changer dans la vie politique française. Mais à observer de plus près ce qui se trame, on devrait avoir plutôt en tête la célèbre maxime du Guépard : « il faut que tout change pour que rien ne change ». Le vieux monde politique n’est pas si agonisant que cela s’il a eu la lucidité cynique de prendre le train en marche suffisamment en avance pour avoir le temps de pouvoir retourner sa veste. Les électeurs macronisés (ou hypnotisés par  le « REM », le « rapid eyes movement » qui signale le moment de l’endormissement) placèrent d’ailleurs, sans complexe, ces candidats recyclés du PS ou de les Républicains en tête du premier tour des législatives dans l’indifférence générale, ce qui a fait dire à Edwy Plénel qu’une chèvre qui se serait présentée avec l’étiquette « REM » aurait été élue.

Affiche

Mais il y a pire. Il y a le profil socio-culturel très homogène des marcheuses et des marcheurs pointé par une récente étude du CEVIPOF qui fait beaucoup parler d’elle et qui illustre la véritable révolution politique en « marche » : ce n’est pas la société civile citoyenne et associative qui arrive au parlement. Le dégagisme macronisé c’est, surtout, la France managériale qui dégage la caste des politiciens professionnels de l’Assemblée Nationale en attendant, peut-être, la suite du dégagisme dans les autres assemblées élues de la République…

DRH, cadres dirigeants, ingénieurs « startupers », petits patrons, banquiers, notaires, avocats, médecins, hauts fonctionnaires, magistrats, déboulent plus que jamais sur les bancs de l’assemblée sans rien connaître des redoutables servitudes du sacerdoce législatif ! Ces gens, dont il serait idiot de contester la valeur intellectuelle ou la compétence, risquent d’éprouver les joies amères de la désillusion après tant d’arrogance affichée à l’encontre des « vieux » politiciens qu’ils sont en train de dégager. En effet, ces gens-là, sont habitués à donner des ordres mais surtout pas à en recevoir sachant que tout risque de remonter comme jamais vers le président « jupitérien » ou point que, pour la première fois dans l’histoire pourtant mouvementée du parlementarisme français, on peut craindre la disparition, de fait, du pouvoir de l’initiative de la loi de l’Assemblée Nationale alors qu’il s’agit d’un pouvoir essentiel à toute démocratie en bonne santé !

Par exemple : où pourra-t-on trouver sur les bancs de cette future chambre « jaune horizon » les 60 courageux députés nécessaires pour déclencher une saisine du conseil constitutionnel lorsque l’assemblée accouchera d’une loi scélérate ?

Alors deux options se présentent et elles ne sont que deux moyens de paralyser le pouvoir législatif :

Soit nous aurons à faire à une armée de godillots enfin arrivés à destination au Palais Bourbon pour y reposer leurs pieds fatigués d’avoir tant marché.

Soit nous aurons un Conseil des Cinq cents en crise existentielle permanente, celle des dégoûtés de l’enthousiasme dès la première difficulté gouvernementale venue en révélant, une fois de plus, à celles et ceux qui n’en étaient pas encore avertis que l’ambition n’a pas forcément besoin des convictions pour parvenir à ses fins.

Il semble logique que Macronaparte 1er fasse actuellement tout son possible pour le triomphe de la première option qui passe par la caporalisation d’une majorité éléphantesque à cornaquer depuis l’Elysée et par la neutralisation de l’opposition de droite (c’est la mission confiée au ci-devant Maire du Havre) dans le but de faire de la législature 2017 de l’Assemblée Nationale la plus grande chambre d’enregistrement qu’un monarque français n’avait jamais pu espérer avoir à sa botte. Et, pour parfaire ce tableau sinistre d’une quasi mort clinique de l’Assemblée Nationale, on apprend ces jours-ci, que le dégagisme massif de tous les députés sortants ou presque, s’accompagne d’un non moins massif plan de licenciement des assistants parlementaires qui emportent avec eux les savoir-faire nécessaires à la rédaction d’un bon amendement, d’une bonne proposition de loi mais aussi pour assurer le contrôle de l’action gouvernementale ou pour la mise à l’écart critique du député de tous les lobbies trop influents. Ce dernier aspect inquiète d’ailleurs vivement les associations qui luttent contre la corruption et pour la transparence démocratique : malgré toutes les précautions prises par le staff du manager en chef Macron, lors des investitures « en marche », le risque de conflit d’intérêts devient structurel avec l’entrée de la France managériale au Palais Bourbon.

Plus grave : le débat politique public semble tombé, depuis le 7 mai dernier, dans une dangereuse léthargie. Après lui avoir tant léché les bottes, les médiacrates de la place de Paris, découvrent avec une sainte horreur, les limites du journalisme de connivence : l’avion présidentiel pour le Mali ne pouvait pas accueillir tout le monde pour d’évidentes raisons de sécurité. La révolution « en marche » est aussi un superbe printemps qui fait fleurir les langues de bois les plus dures. Les journalistes de la rédaction de MACRON INTER découvrent avec effroi qu’un garde des sceaux est surtout le garde des sots qui osent enquêter sur les financements de sa petite boutique partisane. Et quand bien même François Bayrou, pourtant en charge d’un projet de loi de « moralisation » (sic !) de la vie politique, soit pris la main dans le pot au miel pour avoir payé sa secrétaire avec l’argent du parlement européen ou qu’il téléphone rudement « comme un citoyen » (sic !) à un journaliste d’investigation, que le Canard enchaîné  cancane, preuves à l’appui, sur les magouilles immobilières bretonnes de Richard Ferrand, le DRH de la Macronie, ou que Jupiter lui-même, en visite à Lorient, se laisse aller à l’humour comorien le plus douteux, le Breizhgate ne prend pas et plus rien ne semble alerter l’opinion essorée par plus d’un an d’une campagne électorale permanente plutôt boueuse ce qui donne le droit au Béarnais du gouvernement de ne pas se soumettre à son caporal-chef normand qui lui demandait de respecter, au moins,  les formes les plus éculées de l’hypocrisie politique…

 « Et en même temps » (c’est la devise du nouveau régime), voici qu’on apprend que les grands médias parisiens en sont réduits à publier une seconde tribune pour se plaindre de leur Jupiter qui aimerait bien faire entrer Mercure dans le rang puisqu’il lui faut confondre la communication avec l’information, un sujet que les grands médias, contrôlés par les amis de l’Olympe, maîtrisent parfaitement ! Mais on trouvera plaisant qu’il leur faut découvrir, une fois de plus, que « tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute » !

Cette conception managériale du débat public revient donc surtout à le tuer.

Car la culture managériale d’entreprise qui est la culture de la plupart des candidats à la députation, qui marchent pour l’instant avant de ramer plus tard, n’est pas démocratique : une consigne semble avoir été donnée aux candidats marcheurs qualifiés pour le second tour des législatives du 18 juin prochain : refuser le débat avec le candidat concurrent entre les deux tours. A moins qu’il ne s’agisse de ne pas trop afficher sur les plateaux et les antennes des médias régionaux une certaine incompétence politique et rhétorique…

Le 18 JUIN ? Tous les Français qui connaissent leur Histoire connaissent la date. Alors que la défaite face à l’Allemagne nazie semblait inéluctable et que le Parlement s’apprêtait à se saborder lui-même en votant les pleins pouvoirs à un vieillard, le Général de Gaulle refusa, ce jour-là, le désespoir pour poursuivre jusqu’à son terme, le combat pour la Liberté et la Démocratie.

Le 18 juin 2017, nous risquerons d’assister à un nouveau sabordage du Parlement, une sorte de crime parfait : un sabordage démocratique de l’Assemblée Nationale. Et puis il n’y a pas d’âge pour commencer une carrière de despote à la tête d’un nouveau Conseil des Cinq cents directeurs de la République française autant subjugué aujourd’hui par Emmanuel Macron que celui qui le fut, deux siècles plus tôt, par un certain Napoléon Bonaparte, devenu, après le coup d’Etat du 18 Brumaire, soit le 9 novembre 1799, le Premier Consul de la République avant d’en être sacré l’Empereur, le 2 décembre 1804, dates considérées comme maudites pour tous les authentiques Républicains qui n’ont pas la mémoire courte !

Philippe Cléris,

17 juin 2017, Hudimesnil, Normandie.

Bouchot_-_Le_general_Bonaparte_au_Conseil_des_Cinq-Cents

Le Général Bonaparte annonce aux Cinq cents directeurs de la République française assemblés à l'orangerie du château de Saint Cloud qu'ils sont désormais placés sous sa protection: c'était le 9 novembre 1799...