Alors que la région Normandie s'impose comme LA région qui réussit parmi les nouvelles régions issues de la réforme territoriale de 2014 en raison de son évidence géo-historique et d'un projet authentiquement régional et normand porté par Hervé Morin depuis plus d'un an maintenant, la question régionale normande, longtemps dominée par la question de l'unité normande ou celle de LA "capitale" régionale normande dont les fonctions ont été équitablement partagées entre le chef-lieu métropolitain rouennais (préfecture) et la "capitale" administrative caennaise (siège principal du conseil régional), s'est déplacée, depuis peu, sur un terrain plus fondamental sinon plus essentiel.

Epluchons la question:

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En effet, ce qui va être déterminant pour l'avenir du développement régional pour que tous les territoires puissent enfin en profiter sera de réussir la coopération étroite entre la collectivité territoriale régionale (la région Normandie) et la métropole régionale (Rouen) associée à un réseau urbain (Caen et Le Havre) pour tenir compte des réalités de la géographie urbaine normande qui est polycentrique. Sauf que pour coopérer il faut être deux sinon trois, voire quatre car il s'agit de mobiliser, à quatre, les plus importantes ressources financières publiques disponibles sur l'ensemble du territoire normand.

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Et quand bien même il existe officiellement un "G4" normand associant la région, les agglomérations de Caen, du Havre et la métropole de Rouen (qui devrait être un "G5" avec la C.U. de Cherbourg en Cotentin) on ne pourra déplorer que l'activité de ce "G4" reste quelque peu fantomatique car pour qu'un "G4" puisse réellement fonctionner encore faudrait-il qu'un "G3" puisse, au préalable, véritablement exister. En effet, ce "G3" (la conférence tripolitaine normande Caen / Rouen/ Le Havre) n'existe que dans les bonnes intentions et les bonnes relations affichées entre les trois maires ou président d'agglomération sans prêter vraiment à conséquence comme au bon vieux temps de l'association " Normandie métropole" qu'un Rufenacht avait fini par supprimer en 2009 car l'association, créée en 1993 à l'initiative de MM. Giraud, Duroméa et Lecanuet sur une idée de notre ami Jean Lévêque, ne servait qu'à organiser des gueuletons...

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Pour tout dire, faute d'un véritable "G3" qui aurait eu, par exemple, la mission de piloter le projet ambitieux  d'un seul "pôle métropolitain" commun aux trois grandes agglomérations normandes au lieu d'en avoir... trois dont un "de l'estuaire", il existe un "G2" et certains diront que c'est mieux que rien. Sauf que ce "G2" n'est pas la traduction politique d'une puissante coopération entre le maire et président de la communauté urbaine de Caen et son homologue de la métropole de Rouen. Non, ce "G2" est la conférence des grands élus qui seraient petits s'il n'y avait pas  cette coopération minimale: reflexe sain mais qui serait plus efficace si un véritable "G4" prenait réellement le relai d'un "G2" entre Hervé Morin et Frédéric Sanchez c'est à dire:

  • un président de région qui déploie avec succès ses nouvelles politiques publiques régionales normandes mais qui se retrouve politiquement isolé sur la scène nationale et donc régionale depuis l'arrivée d'Emmanuel Macron à l'Elysée qui a fait d'un maire du Havre son Premier ministre
  • un président socialiste politiquement affaibli d'une métropole rouennaise qui reste fantomatique.

Le "G2" Morin /Sanchez est-il vraiment le bon "G2" pour servir les intérêts d'une Normandie toujours en souffance sur ses grands enjeux qui sont d'intérêt national. Ne faudrait-il pas un "G2" Morin / Philippe pour piloter les urgences normandes de l'Axe Seine?

Car le risque est grand, une fois de plus, que tout ne se résume, au final, à un "G1" parisien à Matignon ou à l'Elysée faute de créer un lobby normand en mettant en réseau les grands élus de la région:

Morin recherche désespérément le point "G" normand...

Car, pour l'instant, le transbordement d'une vingtaine de députés UDI conduits par Thierry Solère (député REM des Hauts-de-Seine) vers l'immense majorité En Marche à l'Assemblée Nationale intéresse plus le ci-devant maire du Havre que le transbordement des conteneurs des darses de Port 2000 vers les barges de la Seine. On peut comprendre que ce moment politicien national havrais agace au plus haut point Morin le Normand: le 500ème anniversaire de la ville et du port du Havre mériterait que l'on se préoccupât avant toute chose de son avenir.

Hervé Morin doit se sentir bien seul lui qui a en tête l'idée de transposer en Normandie le modèle de gestion régionale et municipale qui fait la réussite insolente des grands ports maritimes du Nord de l'Europe qui ont su garder leurs traditions hanséatiques pour mieux concurrencer, par une meilleure maîtrise de l'hintlerland logistique terrestre, le grand port maritime du Havre plus que jamais envasé dans sa tradition jacobine: sur ce sujet essentiel pour l'avenir même de notre région, Hervé Morin cherchera en vain ses interlocuteurs métropolitains:

  • A Caen, Joël Bruneau n'a d'ambition réelle que d'être le bon gestionnaire d'une "smart city" rayonnante sur sa plaine: l'animation depuis Caen d'un réseau des petites villes de l'ex Basse Normandie n'était qu'un prétexte à poursuivre le clochemerle avec Rouen.
  • A Rouen, Frédéric Sanchez, le maire socialiste de Petit-Quevilly, politiquement affaibli depuis que la quasi totalité de la Fabiusie a été dégagée lors des dernières élections législatives, préside la seule métropole (en titre) de la Normandie mais cette métropole n'en est toujours pas vraiment une quant à ses fonctionnalités réelles (A. Brennetot) mais aussi parce que la commune centre rouennaise ne dirige pas une agglomération qui la déteste et dont une partie des élites économiques peinent à adhérer à une évidence normande politiquement pilotée depuis Caen: l'ancienne seconde ville de France qui fut, ces soixante dernières années, rétrogradée au statut peu enviable mais finalement confortable de banlieue industrialo-portuaire de Paris n'a pas encore compris que le retour de la Normandie sur la scène ou la Seine était sa dernière chance.
  • Au Havre, nationalisée à l'occasion de son 500ème anniversaire depuis qu'Edouard Philippe a été téléporté à Matignon, rive gauche dans le très très chic 7ème arrondissement de Paris, on l'a vu, les priorités du moment sont, hélas, bien éloignées des urgences normandes qui sont des urgences maritimes et logistiques pour assurer l'avenir d'un port sévèrement concurrencé sur terre par mieux organisé que lui...

Compte tenu du fonctionnement hyper-centralisé et parisiano-centré de la France, il va falloir qu'Hervé Morin le Normand ait la largesse d'esprit d'accepter l'idée paradoxale ("et en même temps" la devise officielle de la Macronie) de faire avancer une excellente solution girondine (la régionalisation de la gouvernance portuaire dans la Basse Seine normande) en prenant langue avec Philippe le Jacobin, finalement plus parisien que havrais ou rouennais, la ville qui l'a vu naître...

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Jean-Paul Lecoq, maire de Gonfreville l'Orcher et nouveau député communiste: défenseur résolu des intérêts normands à l'Assemblée Nationale?

Sachant qu'il pourrait y avoir une autre solution, ou dumoins, un second fer à mettre au feu: prendre langue avec les nouveaux députés normands qui déboulent ces temps sous les ors de l'Assemblée Nationale pour créer un lobby normand favorable au développement de l'Axe Seine. Tel pourrait être l'ambition d'un Jean-Paul Lecoq, le maire communiste de Gonfreville l'Orche qui vient de faire élire à la représentation nationale dans le but principal d'y défendre, bec et ongles, les intérêts d'un grand port maritime normand plus sûrement qu'un ancien maire du Havre devenu Premier ministre. C'est ce qu'on peut retenir de l'entretien que le nouveau député communiste et normand a récemment accordé au quotidien Paris-Normandie (19 juin 2017).

Nous conseillons à Hervé Morin de prendre langue autant avec l'ancien maire du Havre qu'avec l'ancien maire de Gonfreville l'Orcher...

On remarquera, pour finir, et c'est un bien triste symptome que, pas une seule fois dans ce billet, nous n'avons évoqué le nom de l'actuel maire de Rouen, un certain Yvon Robert qui a l'intention de rendre son tablier avant même la fin de son mandat...

La Normandie est donc en marche: le moteur régional est rallumé et il tourne à plein régime. Mais la Normandie ne marche qu'à moitié car son moteur métropolitain est toujours en panne. Et la panne est rouennaise.

La lecture de la Chronique de Normandie, proposée par Bertrand Tierce ( N°498 datée du 19 juin 2017, pp. 1 et 2) est impitoyable... Il ne faudrait pas que cela devienne une habitude !

A Rouen, une page se tourne...

A Rouen, que vont devenir et que vont faire Valérie Fourneyron et Guillaume Bachelay ? En tout cas, la ville et son agglomération ressortent politiquement affaiblies du scrutin et l’ancienne “Fabiusie” ressemble aujourd’hui à une forteresse lézardée. Regardez, Yvon Robert est seul dans sa mairie, Frédéric Sanchez tient l’intercommunalité en cherchant à valoriser son projet ; Nicolas Mayer-Rossignol n’a pas d’espace pour s’exprimer ; l’opposition de Jean-François Bures n’a pas réussi à percer : la mécanique est déréglée. - À Caen, les anciens “réseaux Duron” sont aussi touchés ; ce qui conforte Joël Bruneau dont le chemin des futures municipales semble maintenant dégagé. - Au Havre, on retrouve une situation “gauche/droite” plus classique avec des élus LR qui vivent désormais dans l’ombre portée d’Édouard Philippe et des élus PC qui se réjouissent de l’affaiblissement du PS. Leur point commun ? Ils attendent beaucoup du Premier Ministre.