L'écrivain et scénariste de télévision Didier Decoin qui a décidé de vivre, la plupart du temps, dans un petit hameau au bout du bout de la Hague (la Roche d'Auderville) avec Paul Bedel, le dernier sage paysan du coin encore vivant comme éminent voisin mais aussi (et l'intéressé n'en parle quasiment jamais et pour cause) avec l'usine de retraitement des déchets nucléaires de Jobourg dans le dos, puisqu'il faut vivre face à la mer et son merveilleux spectacle de lumière pour trouver l'inspiration, Didier Decoin, donc, de passage au Havre, pour y présenter son dernier roman situé dans un Japon médiéval et mythique a trouvé, au détour de l'entretien qui suit, la définition la plus idéale qui soit pour parler de l'identité normande et qui confirme qu'elle est cet existentialisme d'ici et de maintenant qui n'a qu'une seule finalité: nous rendre heureux et fiers de ce que nous sommes.

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Rencontre. Homme de lettres et homme du large, Didier Decoin fait escale au Havre ce soir pour y présenter son dernier roman,« Le bureau des jardins et des étangs ». Entretien au long cours.

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Prix Goncourt, scénariste et écrivain de marine, Didier Decoin présente un roman érudit, sensuel et historique. Passionné par toutes les richesses du monde, cet écrivain a une curiosité sans limite. Il se livre sur son actualité, ses passions, ses projets. Normand d’adoption, il sera comme un poisson dans l’eau pour dédicacer son ouvrage sélectionné par le jury de la librairie La Galerne.

Votre dernier roman se passe au Japon, au XIIe siècle. Pourquoi écrire sur cette époque ?

« Cela fait des années que je me passionne pour l’époque Heian. Une période sacrée. Les femmes japonaises étaient enfermées dans des salons, se racontaient des histoires et les écrivaient. C’est à cette époque que le roman est né. Quant à mes héros Miyuki et Katsuro, j’ai imaginé les interviewer et ce sont eux qui m’ont raconté leur histoire. »

Vos romans traitent de sujets variés : politique, histoire, amour ou encore décadence du monde... Comment les choisissez-vous ?

« Je suis très curieux du monde dans tout ce qu’il représente. Quelque chose m’interpelle, je gratte. Si j’entrevois une source, je gratte encore jusqu’à ce que cela devienne fontaine... et là j’écris. L’inspiration ne vient pas toute seule. Je lis beaucoup depuis toujours. »

Parmi les thèmes de vos ouvrages, il y a celui de l’eau. Êtes-vous un amoureux de la mer ?

« Oui ! de la mer, des ports, des bateaux. Je ne saurais vous dire pourquoi. C’est presque un fantasme. Ce côté infini, pouvoir circuler partout en toute liberté. Une large liberté que je retrouve dans l’écriture. Peut-être ai-je été influencé par mes premières lectures : Jules Verne ou encore Robert Louis Stevenson ? »

Vous étiez venu au Havre avec l’association Les Écrivains de Marine en 2005 pour la Transat Jacques Vabre. Êtes-vous revenu depuis au Havre ?

« Oui, de nombreuses fois. Je vis à 1 h 30 du Havre. C’est une ville extraordinaire, pas seulement par son architecture ou son histoire. Aussi, par les traversées transatlantiques qui partaient du Havre. J’avais un oncle armateur havrais. Petit, j’ai eu le privilège de voir partir le France. Nous avons aussi prévu de venir avec ma femme pour profiter des manifestations liées aux 500 ans de la ville. »

Dans plusieurs de vos romans, vous décrivez la Normandie. Pourquoi cet attachement ?

« La Normandie est la région emblématique de ce qu’est pour moi La France. Une région pleine de champs... avec la mer au bout (rires). Un jour, j’ai décidé que j’étais Normand. Je m’y sens bien, cette région m’apaise. »

Vous êtes écrivain, scénariste, président d’une association et d’un festival... Où trouvez-vous le temps ?

« (Rires) Je travaille sept jours sur sept, de 8 h 30 à 20 h. Je prends de temps en temps une journée de délassement : je voyage ou fais du bateau. Je suis un grand travailleur mais je prends énormément de plaisir. »

Comment vous voyez-vous dans cinq ans ?

« J’espère être encore là. Comme aujourd’hui, être heureux. Profiter des projets et de la vie. J’ai une tonne de projets. 80 % d’entre eux n’aboutiront pas mais je ferai le maximum. »

« Le Bureau des Jardins et des Étangs », éditions Stock, (20,50 €). Rencontre à 18 h ce mardi avec Didier Decoin à La Galerne, 148, rue Victor-Hugo. www.lagalerne.com