Nous aussi, nous serons présents à Saint Armoult près de Deauville ce vendredi 23 juin 2017 à partir de 19h30 au pôle international du Cheval pour le lancement officiel de la nouvelle marque régionale normande destinée à valoriser l'ensemble des productions et savoir-faire normands en Normandie, en France et dans le Monde entier. Le même soir, la nouvelle agence de l'attractivité régionale présidée par Philippe Augier le maire de Deauville et qui sera installée au Havre sera officiellement lancée devant les ambassadeurs et ambassadrices de la Normandie dont nous avons le plaisir de faire partie.

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Le nom de "Normandie" est connu dans le monde entier et la Normandie est une évidence. Voilà de précieux atouts pour lancer une politique de valorisation globale du territoire régional sinon d'intelligence territoriale. Mais face à cette monumentale évidence, les ennuis commencent avec cette question simple et impertinente: pourquoi se casser la tête à créer une marque régionale si elle existe déjà, de fait, depuis plus de... Onze siècles?

Et si l'on osait remplacer le nom de "Normandie" par tout autre chose ne risque-t-on, par principe, de détruire la démarche, a fortiori, si l'on cède la mode fâcheuse de notre époque de nous vautrer dans le "franglish" avec des jeux de mots stupides...

Nous avions déjà ici alerté sur la quasi aporie de la démarche de lancer une marque "Normandie" pour valoriser le nom "Normandie" qui l'est déjà de part le Monde entier: finalement, ce qui compte, c'est moins l'étiquette ou le contenant que le contenu et les méthodes pour valoriser le contenu. A parrtir de ce moment-là, les choses commencent à se compliquer sérieusement car un autre écueil surgit à son tour:

Il ne faudrait SURTOUT PAS FAIRE comme les Bretons qui estampillent tout et n'importe quoi de leur logo "produit phare" jusqu'à l'absurde ! Ainsi ces paquets de café du Pérou ou de la Colombie recevant le label breton sous prétexte d'une torréfaction faite en Bretagne.

En effet, bien plus qu'en Bretagne, il y a deux choses auxquels les Normands sont très attachés:

1) le respect du droit

2) le respect de la qualité

Ainsi, par exemple, alors que le cahier des charges devient plus rigoureux pour l'appelation "Camembert de Normandie" sous AOC au lait cru d'au moins 50% de vaches de race normande ayant brouté l'herbe ou le foin de son pré sur toute l'année, que l'appelation "fabriqué en Normandie" vient, justement, d'être déclarée illégale depuis le 1er mai 2017 par les autorités européennes et qu'enfin une marque commerciale existe déjà "Gourmandie" avec un cahier des charges bien moins rigoureux que celui des AOC normandes pour la plus grande satisfaction des agro-industriels qui font leur beurre en exploitant parfois de façon éhontée l'image et le nom de notre belle région, le problème devient, effectivement, très compliqué... D'où l'idée de nous dévoiler, vendredi 23 juin, un outil que nous espérons simple et évident:

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Une marque normande dont le nom serait... "Normandie" à condition d'avoir un cahier des charges des "valeurs normandes" qui soit tout aussi exigeant que celui des 13 AOC normandes pour que cette valorisation globale de notre région soit une valorisation de toute la qualité normande.

L'enjeu est complexe mais il est intellectuellement passionnant.


 Lire l'article, remarquable, proposé par Manuel SANSON pour Filfax sur cette question:

https://www.filfax.com/2017/06/21/marque-normandie-bebe-dherve-morin-attendu-tournant-domaine-de-lalimentaire/

Marque Normandie : le « bébé » d’Hervé Morin attendu au tournant dans le domaine de l’alimentaire

Le président de Région doit lancer ce vendredi la marque Normandie. Certains professionnels s'inquiètent déjà de sa déclinaison dans le domaine alimentaire tandis qu'ils s'offusquent de ne pas avoir été associé dans le détail à son élaboration.

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L’aboutissement de plus d’un an de travail pour un élément fort de la campagne électorale menée par le candidat Morin au second semestre 2015. C’est dire si, au-delà des seules questions économiques, ce projet recèle également une importante connotation politique. « Cette marque, c’est son bébé », rapporte un professionnel du secteur agricole pour insister sur l’enjeu qui agrémente son lancement.

Dès son installation à la présidence de Région il a voulu avancer très vite sur ce dossier. Trop peut-être… Dans son entourage proche, certains l’ont fortement incité à ne pas se précipiter. « Pour faire les choses bien, il faut prendre son temps », lui a ainsi soufflé Philippe Augier, le maire de Deauville, à l’été 2016. Et le président de la Région l’a entendu. Exit le lancement rapide de l’agence de l’attractivité dès après son élection. L’année écoulée a été mise à profit pour coconstruire avec les forces vives du territoire une démarche globale et transversale. Suffisant pour s’éviter les couacs ?

« Nombreuses alertes »

Pas sûr. En tous les cas, dans le domaine de l’alimentaire – un secteur ô combien stratégique à l’échelle de la Région – le lancement de la marque Normandie suscite aujourd’hui de vives inquiétudes. En particulier chez les producteurs référencés sous signe officiel de qualité et de l’origine (SIQO), tels les AOC, les AOP ou les IGP. Patrick Mercier, président de l’association de défense et de gestion de l’AOC Camembert de Normandie, s’alarme ainsi de la manière dont s’élabore ce futur label territorial. « C’est tout de même étrange que les producteurs sous signes officiels de qualité aient été mis en dehors du coup par les services de la Région », clame-t-il.

« Ces derniers n’ont, pour le moment, pas été associés à l’élaboration du cahier des charges précis encadrant les futurs produits alimentaires estampillés Normandie », confirme une source bien informée. Dans la même veine, le courrier adressé le 22 mars 2017 par Patrick Mercier à Hervé Morin pour lui rappeler les enjeux et lui faire part de ses inquiétudes reste à ce jour lettre morte… « Hervé Morin refuse sciemment d’entendre les nombreuses alertes qui lui ont été transmises », souffle un autre interlocuteur intéressé à la démarche.

De quoi faire monter la pression. Hormis cette communication régionale minimaliste, Patrick Mercier craint que cette nouvelle étiquette ne vienne créer de la confusion dans l’esprit des consommateurs. Il s’alarme également d’une forme de concurrence déloyale entre produits respectant un cahier des charges très strict et d’autres qui, au-delà de l’appellation Normandie, ne seraient soumis à aucune contrainte en matière de qualité.

Enjeux économiques énormes

« Aujourd’hui, le risque d’introduire de la défiance dans la tête du consommateur est réel », affirme une source anonyme proche du dossier qui craint que cette marque Normandie ne soit « qu’un élément marketing déconnecté de véritables exigences sur la nature des denrées et de leurs modes de production »« Il ne faudrait pas que l’on estampille n’importe quoi sous le label Normandie », exhorte notre interlocuteur. Pour le secteur SIQO, les enjeux économiques sont énormes. On comprend donc le côté tranché de certaines prises de position.

Et les menaces à peine larvées. Patrick Mercier n’exclut pas, en effet, le déclenchement de procédure en justice s’il constatait que les intérêts des produits SIQO étaient en jeu. Dans le cas présent, il demande à ce que la nouvelle marque Normandie « soit réservée exclusivement aux denrées sous signes officiels de qualité »« De la sorte, aucune confusion ne serait possible », estime-t-il. Et de rappeler que « le sigle AOP signifie appellation d’origine protégée, c’est-à-dire que le nom même est protégé ». Selon sa propre analyse juridique, aucun produit laitier normand, autre que ceux bénéficiant d’un signe officiel de qualité, ne devrait accueillir la pastille « de Normandie ».

Il semble pourtant peu réaliste que la Région abonde en ce sens. De l’aveu de Laurence Guillard, déléguée territoriale nord-ouest de l’institut national des appellations d’origine (INAO), cette hypothèse serait « la plus raisonnable, mais il est peu probable qu’elle se matérialise »« Dans une démarche globale de promotion de l’alimentation normande, on voit mal la Région se cantonner aux seuls produits sous signes officiels de qualité », analyse-t-elle. Et l’INAO, invité pour sa part à participer à plusieurs groupes de travail, de s’afficher « très vigilant de manière à ce que la réglementation en vigueur soit respectée ».

« Ne pas introduire de confusion »

Si ici et là l’attention est aussi appuyée, c’est peut-être parce que la future marque Normandie appliquée à l’alimentaire se fonde sur un label déjà existant, l’estampille Gourmandie lancée en Basse-Normandie en 2003. Cette distinction, « largement pilotée par l’industrie agroalimentaire normande » dixit Claude Taleb, conseiller régional d’opposition, s’étend aujourd’hui bien au-delà des seuls produits sous signe officiel de qualité. « Clairement, c’est leur vision et celle de la chambre d’agriculture qui prévaut. A l’inverse de la nôtre », résume Patrick Mercier. Dans ces conditions, le défenseur de l’AOC Camembert de Normandie avoue « craindre le pire » à propos du lancement de la nouvelle marque normande.

Sans être aussi alarmiste, son homologue pour les cidres et pommeaux de Normandie se dit également « très attentif » à ce qui va ressortir de tout cela. « Il ne faut surtout pas introduire de confusion avec des produits simplement fabriqués en Normandie, mais sans respecter les critères de qualité que nous nous imposons », prévient Didier Bédu, président de l’interprofession des appellations cidricoles de Normandie (IDAC). Et ce professionnel des boissons alcoolisées normandes d’attendre avec impatience les éléments qui seront dévoilés vendredi. « Il y a des gens intelligents à la Région, je pense que nos remarques seront entendues », veut-il croire.

A quelques jours de la présentation, Filfax a tenté d’en savoir plus. Philippe Augier, l’affable maire centriste de Deauville et ami personnel d’Hervé Morin, pressenti pour prendre la tête de l’agence de l’attractivité de Normandie, n’a pas souhaité s’épancher plus. « Venez vendredi, vous aurez la réponse à toutes vos questions », a-t-il simplement lâché. Curieux néanmoins de connaître les motifs précis de l’appel, on lui explique qu’on voudrait évoquer avec lui les inquiétudes exprimées ci-dessus. Et là, l’élu ne peut masquer une pointe d’agacement : « Déformation professionnelle des journalistes qui ne s’occupent que des trains qui n’arrivent pas à l’heure. » Et de conclure tout de même sur le fond du sujet : « Ces craintes ne sont pas justifiées. » La présentation de vendredi devrait permettre – ou pas – de le vérifier.

Courrier de Patrick Mercier à Hervé Morin