Avant, que des convois de barges fluviales emportant jusqu'à 500 conteneurs puissent, un jour, glisser sur les eaux sombres et tranquilles d'un futur canal à grand gabarit européen traversant les plaines picardes entre l'Oise au Sud et l'Escaut au Nord, de l'eau, beaucoup d'eau risque de passer sous les ponts du futur canal... Les ponts et  leur gabarit notamment, voilà bien le problème ! Un problème que les crânes d'oeuf ingénieurs concepteurs du projet avaient peut-être un peu trop sous-estimé...

Ainsi, ce remarquable chef d'oeuvre de la reconstruction de l'immédiat après guerre, le pont Louis XV  (ainsi nommé depuis 2014) jeté au dessus de l'Oise à Compiègne... D'aucuns prétendent le détruire pour mieux le reconstruire (sic !) afin de permettre le passage de barges à deux rangées de conteneurs: comme ce pont est un pastiche plutôt réussi du style du XVIIIe siècle et bien qu'il soit devenu l'un des ornements de la ville, il n'est pas classé Monument Historique. Nul doute que les habitants de Compiègne sont attachés à l'intégrité de ce pont et à son histoire mouvementée au cours du XXe siècle à l'occasion des deux guerres mondiales. Sauf que sa présence, en l'état, réduirait de... 70% les capacités d'utilisation du futur canal qui doit coûter un peu moins de 5 milliards d'euros !

http://foret-compiegne.solexmillenium.fr/pont-compiegne.php

http://www.leparisien.fr/compiegne-60200/compiegne-le-pont-louis-xv-obstacle-au-canal-seine-nord-28-10-2016-6263229.php

Compiègne_(60),_pont_Solférino_sur_l'Oise_3

Mais s'il n'y avait que des histoires d'eau coulant sous les ponts...  Car les remous de la politique parisienne semblent destabiliser un projet dont la Déclaration d'Utilité Publique permettant le démarrage des travaux (courant 2017?) et les expropriations sur le futur parcours (2500 hectares sont concernés) avait été déposée dès 2008.

En effet, le député socialiste du Nord Rémi Pauvros, la tête pensante du lobby nordiste jusqu'à présent à la manoeuvre pour porter politiquement le projet, n'a pas été réélu lors des dernières législatives. Après une phase d'accélération sous la précédente majorité présidentielle (où l'arbitrage du rouennais Hollande a penché pour un projet cher à Martine Aubry au détriment du canal historique de la Seine maritime normande), le projet du Canal Seine Nord pourrait connaître une nouvelle phase d'enlisement avec le nouveau gouvernement dont le Premier ministre est l'ancien maire du Havre: en attendant que les crânes d'oeuf de Voies Navigables de France trouvent une solution miracle pour faire passer des barges à deux rangées de conteneurs à Compiègne sans détruire la belle voûte du pont Louis XV, les Normands vont pouvoir bénéficier enfin d'un répit qu'ils auront intérêt à mettre sans tarder à leur profit pour que la remise à niveau logistique et technique de l'Axe Seine soit considérée comme prioritaire avant le redémarrage du dossier du Canal SNE qui offre finalement bien plus d'incertitudes que ... l'évidence normande !

Lire, ci-après, l'analyse politique du dossier qu'on trouvera dans la dernière édition disponible de la "Lettre A" (N°1781, en date du 22 juin 2017 p.3)

26-06-2017 00;14;18


 En revanche, plus au Nord, de part et d'autre de la frontière belge, dans le Hainaut et le Valenciennois les choses vont avancer, comme d'habitude, plus vite que plus au Sud vers Paris:

 http://www.lavoixdunord.fr/archive/recup%3A%252Fregion%252Fcanal-de-conde-pommeroeul-la-region-va-debloquer-31millions-ia27b0n3604881#

Canal de Condé-Pommerœul: la Région va débloquer 31millions

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La Région fait aujourd’hui du développement du trafic fluvial sur l’Escaut, l’une de ses priorités.

Attention, enjeu économique majeur pour le Valenciennois : envasé et fermé à la navigation depuis 1992, ce canal de Condé-Pommerœul, c’est le chaînon manquant pour faire de l’Escaut la voie fluviale privilégiée vers les grands ports belges et hollandais, une fois que sera réalisée la mise à grand gabarit du canal Seine-Nord-Europe. Des années que Valérie Létard, alors à la tête de l’agglo, travaille à faire aboutir le projet. Et il avait encore disparu du contrat de plan État-Région 2015-2020 ! Des fonds européens, lui, sont aussi passés sous le nez : un défaut de financement de 25 M € (quand même !) sur 80, qu’il fallait pallier au plus vite. Car en octobre, les procédures devenaient caduques, il aurait fallu tout reprendre à zéro…

« Gagner une journée de transport »

Aujourd’hui première vice-présidente des Hauts-de-France, la Valenciennoise a pu peser (notamment sur ses collègues lillois et dunkerquois qui eux défendent leurs ports…) de l’importance de ce barreau Seine-Escaut, dans la stratégie transport régionale. «  Il n’était pas envisageable de faire le Seine-Nord sans ce canal  », martèle Valérie Létard. Elle rappelle que la remise en navigation de ce canal de 11,4 km va permettre «  de gagner près d’une journée de transport… C’est énorme pour une entreprise comme Toyota  ! ». Elle met aussi en avant l’impact sur l’environnement : «  une barge, c’est 60 conteneurs, donc autant de camions en moins sur nos routes  ».

Après des échanges avec le ministère des Transports, Xavier Bertrand et Valérie Létard ont obtenu l’engagement de l’État de se partager avec la Région ce défaut de financement européen. Pour un coût réévalué à 66,3 M €– «  en raison de bons résultats des appels d’offres  », un nouveau plan de financement a été calé (1).

Voies Navigables de France devrait engager les travaux à l’automne. Cela relancera-t-il le débat sur le stockage des boues toxiques ? Quoique la phase de concertation appartienne au passé, on peut s’attendre à quelques remous.

(1) En millions d’euros, le plan soumis au vote de la Région le 8 juillet : État, 15,70 ; Région Hauts de France 30,91 ; Région Wallonne 19 et Europe (déjà acquis pour les études), 0,7.


 Lire aussi l'analyse du dossier proposé par le club logistique du Hainaut, le 6 octobre 2016:

Maître d’ouvrage et coûts du projet

Maître d’ouvrage : VNF
Coût du projet estimé à 41 millions d’euros, dont 9 millions de subventions Européennes. Le Conseil régional a accordé une subvention de 30,9 millions d’euros à VNF pour la réalisation de ce projet.

Description du projet et enjeux

Le projet prévoit le dragage de 3,5 km de canal et sa mise à grand gabarit : 3000 tonnes. Ce canal est fermé à la navigation alors qu’il pourrait faire gagner plus d’une demi-journée de navigation vers les grands ports belges.La réouverture et la mise au grand gabarit de ce canal serait une opportunité pour le Valenciennois, notamment dans le cadre du projet de canal Seine Nord Europe.Contrairement à ce qui avait été annoncé au départ du projet, les boues draguées ne sont pas dangereuses, et seront déposées sans traitement particulier dans des sites de dépôt.

 Avancement des travaux:

Les travaux préparatoires commencent en octobre 2016. La mise en service du canal à grand gabarit est prévue pour fin 2020


 Et dans Le Moniteur du bâtiment et des travaux publics n° 5923 du 26 mai 2017, on pourra lire avec intérêt cet extrait tiré d'un entretien avec Didier Sachy, l'ingénieur qui dirige les infrastructures chez Voies Navigables de France: tous les ponts situés sur le parcours du futur canal Seine Nord Europe sont menacés...

« VNF espère proposer d’autres PPP »

Extrait de l’interview de Didier SACHY, directeur de l’infrastructure de Voies Navigables de France

Question : « Quels sont vos principaux chantiers ? »

Réponse : « Alors que c’est une société de projet qui pilotera la construction du canal Seine-Nord Europe, VNF réfléchit à des éléments pour accompagner cet ouvrage. Nous avons déjà relevé tous les ponts dans le Nord et le Pas-de-Calais et augmenté le gabarit de l’Escaut, désormais circulable à 3000 tonnes. Nous commençons cette année le chantier du canal Condé-Pommerœul, reliant la France et la Belgique, pour permettre le passage de grands gabarits. Les appels d’offres sont lancés. Le coût global de cette opération est de 60 millions d’euros environ, dont 10 millions sur 2017. Nous prévoyons aussi l’élargissement de l’Oise. Nous commençons le déplacement de réseaux cette année. Cette mise au gabarit européen représente 288 millions d’euros au total, tout comme celle de la Seine entre Bray et Nogent à venir… »