La Vallée de la Seine dont la plus grande part se trouve en Normandie est en train de retrouver ses lettres de noblesse:

Pendant ces cinquante dernières années, elle fut retrogradée à n'être qu'un axe d'expansion de la mégalopole parisienne voire un appendice, sorte d'amoire technique industrielle et logistique dévolue au bon fonctionnement du monstre parisien sur son aval.

L'époque Delouvrier-Grumbach doit se clore: ce cauchemar doit finir.

Et il ne pourra se clore sans le concours des initiatives locales et régionales à commencer par des initiatives et des projets normands qui doivent être de qualité car s'il y a un espace géographique particulièrement affecté sinon défiguré par la "France moche" celle des rocades, des rond-points, des ZI, des ZAC avec des boîtes métalliques de toutes les couleurs et des enseignes laides et criardes, sans parler ces tours et ses barres éloignées de tout, posées dans la verdure, c'est bien cette Seine "aval" que Paris a voulu avaler sans l'aval de ses habitants, à commencer par les Normands.

Après ces décennies de barbarie "pompidolienne" matérialiste, consummériste, utilitariste, qui a copié dès le début des années 1960 jusqu'aux années 2000 le pire du modèle américain dominant, une nouvelle période s'ouvre, que l'on espère enfin, plus respectueuse des lieux, des habitants et plus harmonieuse avec l'environnement où les projets de valorisation qualitative du territoire portés par les collectivités territoriales concernées (mais pas seulement) vont enfin pouvoir émerger.

Pour retrouver ce qui n'aurait jamais dû se perdre sur les majestueux méandres de la vallée de la Seine normande: la contemplation esthétique et la création artistique qui avait fait de la Normandie séquanienne, notamment au XIXe siècle, un des foyers les plus intenses de la civilisation européenne. Quand écrivains, musiciens compositeurs, acteurs et actrices, peintres, cherchaient l'inspiration sur les bords de Seine, sur ses îles et ses méandres du pont de Puteaux au Havre et l'ensemble de la "côte normande".

Si Tourguéniev, Bizet, Maupassant, Monet, Hugo, Flaubert, Baudelaire, Pissaro et tant d'autres devaient revenir aujourd'hui aux mêmes endroits, Baudelaire se suiciderait et les autres, je pense, feraient de même pour ne pas voir toutes ces horreurs que nous nous sommes habitués à voir et à supporter puisque les commissions départementales de l'urbanisme commercial sont gangrenées par la corruption.

Le salut va donc venir du fleuve où les touristes sont de plus en plus nombreux à se promener sur les berges mais aussi en croisière: il faut donc que les escales soient belles et enrichissantes d'abord les âmes avant de pouvoir s'enrichir avec l'argent que les touristes dépensent. Les élus Thénardier de nos villes commencent enfin à le comprendre à Mantes La Jolie, Bougival, la Roche Guyon, Vernon- Giverny, Gaillon, Les Andelys, Rouen, Caudebec et Le Havre: les projets pour valoriser, restaurer, sinon reconstruire le patrimoine historique, culturel et architectural de la vallée de la Seine, notamment en Normandie se multiplient après des années de négligence ou de gestion sans imagination.

Trois exemples pour vous en convaincre:

A Bougival: sauver la maison de villégiature de Georges Bizet et la villa de Tourguéniev pour faire un centre européen d'interprétation de la création artistique au XIXe siècle.

http://www.tourisme-bougival.com/visiter-bougival/maison-de-georges-bizet/

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A Gaillon: ressusciter le premier grand château de la Renaissance en France construit pour le cardinal Georges d'Amboise archevêque de Rouen à partir de 1510.

http://www.eure.gouv.fr/content/download/4631/28674/file/ESSENTIEL_CONNAISSANCE_11_chateau_gaillon_historique_complet.pdf

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Aux Andelys: créer dans les magnifiques bâtiments du XVIIIe siècle de l'ancien hôpital Saint Jacques, un grand musée dédié au peintre Nicolas Poussin

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Sur ce dernier projet, très ambitieux, sinon exceptionnel tant la désinvolte inculture à l'égard du patrimoine artistique français est actuellement portée en sautoire par de pseudos élites politiques et médiatiques à Paris, on lira avec intérêt la note proposée par Didier Rykner dans sa Tribune de l'Art même si  cet article est écrit, comme d'habitude, du point de vue de l'amont parisien...

http://www.latribunedelart.com/un-nouveau-musee-aux-andelys-abritera-la-collection-de-pierre-rosenberg

Un nouveau musée aux Andelys abritera la collection de Pierre Rosenberg

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1. Nicolas Poussin (1594-1665)
Coriolan supplié par sa famille
Huile sur toile - 112 x 198,5 cm
Les Andelys, Musée Nicolas Poussin
Photo : Musée des Andelys
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Nicolas Poussin est né aux Andelys. Dans le petit musée municipal, on peut voir un tableau du maître déposé par le Louvre, Coriolan supplié par sa famille (ill. 1). Faut-il s’étonner que le spécialiste incontesté de l’artiste, Pierre Rosenberg (ill. 2), ait décidé de donner sa collection, sa bibliothèque et sa documentation, afin de créer dans cette ville de l’Eure un grand musée Nicolas Poussin, qui sera également un centre d’étude dédié notamment au XVIIe siècle français autour de la figure du peintre ?
Le petit milieu de l’histoire de l’art était au courant depuis quelques mois. Nous le savions depuis au moins deux ans. Mais le principal intéressé nous demandait d’attendre avant d’en parler. Bien entendu, cela ne pouvait rester confidentiel plus longtemps et un petit article paru dans l’hebdomadaire local L’impartial a vendu la mèche, ce qui nous autorise à en dire ici davantage.

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2. Pierre Rosenberg
Photo : D. R.
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Pierre Rosenberg, ne souhaitant toujours pas s’exprimer publiquement sur cette opération qui n’est pas encore totalement finalisée, nous avons néanmoins pu joindre Frédéric Duché, le maire des Andelys. Celui-ci a complété les informations que nous avions déjà, et confirmé que le projet va bientôt entrer dans sa phase opérationnelle, probablement dès septembre. Un conservateur chargé de le mener a bien est déjà pressenti : il s’agit de Guillaume Kientz, actuellement chargé des peintures espagnoles au Musée du Louvre, bien connu de nos lecteurs puisque nous l’avons reçu récemment dans notre émission consacrée à l’attribution et qu’il a écrit quelques articles sur notre site, notamment pour identifier un nouveau tableau à Velazquez (dont il avait, on s’en souvient également, été commissaire de la rétrospective au Grand Palais).

Il était presque certain que la collection de Pierre Rosenberg finirait dans un musée. Toute sa vie a été dédiée à l’enrichissement des collections publiques, et il profite de chaque occasion possible pour demander aux collectionneurs privés de donner aux musées (par exemple, dans la préface au catalogue de la collection de Louis-Antoine Prat).
La sienne, qui porte essentiellement sur la France et l’Italie du XVIIe au XXe siècle, est foisonnante, et serait riche d’après les estimations, de près d’un millier de tableaux et d’au moins trois fois plus de dessins (ces chiffres ne pourront être confirmés qu’après la fin de l’inventaire actuellement en cours). Nous nous sommes rendu quelques fois dans sa maison parisienne dont nous ne connaissons que l’entrée, une autre pièce et le petit salon où il reçoit ses visiteurs. Bien entendu les murs sont couverts de tableaux. Lui-même s’assoit sur un canapé au-dessus duquel est accroché une toile de Simon Vouet ! Beaucoup d’expositions montrent des œuvres lui appartenant, mais celles-ci ne sont jamais répertoriées comme « collection Pierre Rosenberg ».

Quelles seront les modalités de la donation ? S’agira-t-il d’un don sous réserve d’usufruit, d’un legs ou d’une donation progressive des œuvres une fois que le musée sera ouvert ? Les modalités restent à préciser comme nous l’a dit Frédéric Duché. La collection de Pierre Rosenberg pourrait d’ailleurs rapidement être complétée par d’autres dons : nous avons entendu plusieurs collectionneurs français évoquer de possibles libéralités à ce nouveau musée.
Celui-ci sera sans doute constitué sous la forme d’un EPCC (établissement public de coopération culturelle) avec comme partenaires la ville des Andelys, le département de l’Eure, l’agglomération Seine-Normandie, la Région et l’État, via le ministère de la Culture. Ces collectivités sont déjà impliquées dans cette opération dont les modalités sont en cours de finalisation. Il s’agira notamment, dans un premier temps, d’établir la programmation scientifique et de de définir la manière dont l’ensemble fonctionnera.

L’un des défis de ce nouveau musée sera de le faire vivre et d’exister dans une ville qui ne dispose pas de liaison ferroviaire. Si cela inquiète certains observateurs, le lieu possède néanmoins beaucoup d’atouts. Aux Andelys même se trouve Château Gaillard ; Gaillon, qui se trouve à seulement 15 km (et dont le château est actuellement insuffisamment mis en valeur), bénéficie d’une gare SNCF ; et Giverny, à 25 km, attire 800 000 visiteurs par an avec son Musée des Impressionnistes et sa Maison de Claude Monet. Des liaisons en cars seront mises en place entre ces trois sites. Monet, Poussin : il y a une certaine cohérence à regrouper deux des plus grands peintres français dans un même parcours. Frédéric Duché nous a par ailleurs indiqué quelques pistes qui se développent actuellement en lien avec l’association « Axe Seine », dont un des objectifs est de développer le tourisme autour du fleuve. Le transport fluvial est déjà conséquent avec environ 55 000 à 60 000 visiteurs annuels. Par ailleurs, le projet « La Seine à vélo » a pour objectif à terme de créer les infrastructures qui permettront de relier Rouen à Paris, soit 390 km de voies cyclables, le long de la Seine. Le département de l’Eure est moteur dans la construction de cette route qui reliera dès 2020 Les Andelys à Giverny. Si Les Andelys sont situés en zone rurale, ils sont donc reliés à de nombreux sites touristiques, et se trouvent à 50 minutes de Rouen et à une heure et quart à peine du centre de Paris.


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3. Hôpital Saint-Jacques, futur Musée Nicolas Poussin
Les Andelys
Photo : La Tribune de l’Art
Voir l'image dans sa page
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q. Hôpital Saint-Jacques, futur Musée Nicolas Poussin
Les Andelys
Photo : Office du tourisme des Andelys
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Le nouveau musée sera installé dans un magnifique monument historique : l’hôpital Saint-Jacques (ill. 3), reconstruit en 1781-1785 par l’architecte Gambier pour le duc de Penthièvre, lui-même au cœur d’un site extraordinaire, entre la Seine et les falaises de craie (ill. 4). Centre d’étude, bénéficiant de la bibliothèque et de la considérable documentation de Pierre Rosenberg, le lieu pourrait ainsi devenir, toutes proportions gardées, une espèce de « Getty Normand », qui accueillera des chercheurs invités.
Les Andelys ne sont pas seulement le lieu de naissance de Nicolas Poussin.

La ville possède également une tradition de fabrication du verre. Or, qui connaît Pierre Rosenberg connaît aussi sa passion pour les verres de Murano dont il possède une collection très importante. Même s’il n’en est pas question pour l’instant, il pourrait s’agir d’un complément très intéressant pour le musée.

Comme nous l’a dit Frédéric Duché, la création d’une nouvelle maison de retraite médicalisée, qui remplacera celle qu’abrite l’hôpital Saint-Jacques, est en cours. Celle-ci s’installera dans une autre partie de la ville et le concours d’architecte va être lancé, ce qui devrait permettre de libérer les lieux dans des délais compatibles avec le projet du musée. Si les deux opérations sont indépendantes, elles sont parfaitement en phases.
Nous avouons être particulièrement impatient de voir ce projet commencer vraiment. La Tribune de l’Art le suivra attentivement et en rendra compte, jusqu’à l’ouverture de ce nouveau musée qui devrait reprendre le nom de Musée Nicolas Poussin.

Didier Rykner, dimanche 28 mai 2017

 


 

Sur ce très beau projet culturel et patrimonial aux Andelys, lire, par ailleurs:

http://www.limpartial-andelys.fr/2017/04/04/culture-un-nouveau-musee-a-l-etude/

 http://www.normandiexxl.com/article.php?id=2303

 https://www.lesechos.fr/pme-regions/actualite-pme/030410476523-des-ouvertures-de-musees-aux-quatre-coins-de-la-france-2097545.php

Enfin, pour mettre en valeur ce magnifique patrimoine culturel de la vallée de la Seine, les collectivités départementales concernées ont décidé de créer un évenement festif commun dont la première édition vient d'avoir lieu le week-end des 24 et 25 juin 2017:

http://www.fete-en-seine.fr/

carteDepartements

Un bémol cependant que révèle la carte ci-dessus:

Le pilotage départemental d'un tel événement n'est pas suffisant a fortiori lorsque le pilotage de cette première édition s'est fait depuis les... Hauts-de-Seine. Pour sortir de cette sempiternelle (une fatalité?) situation où l'amont domine l'aval, la valorisation de la Seine normande (qui n'est pas basse mais maritime) doit devenir l'une des priorités stratégiques de la nouvelle région normande: car, pour reprendre la formule frappante de Michel Onfray, la vallée de la Seine, d'un point de vue normand ce sont d'abord les "raffinements" et pas seulement les "raffineries". Car il s'agit du coeur de la Normandie, tout simplement.