Nous pensons que la Normandie, seule vraie région sur la carte de France puisqu'elle concilie la géo-histoire et l'action publique régionale, a tout ce qu'il lui faut pour être un laboratoire de l'innovation  territoriale dans un cadre régional pertinent, à taille humaine, pourrait-on dire.

La géographie urbaine normande, une ville de 10000 habitants tous les 25 à 30 kilomètres, un gros bourg centre tous les 10 kilomètres, cinq départements, une vingtaine de pays, autant de bassins d'emplois, 29 hebdomadaires locaux, trois voire quatre grandes agglomérations régionales dont l'une peut être considérée comme une métropole, se prête au déploiement fin et équilibré des politiques publiques puisque la Normandie n'est ni une terre de contrastes et encore moins une région écrasée par une mono-activité.

En revanche, les équilibres et leurs nuances subtiles d'un pays normand à l'autre sont fragiles et l'on retrouve en Normandie, à une échelle géographique comme à une intensité modérées les grandes problématiques de la géographie humaine et sociale observables en France: la tension entre métropole et périphéries, la question de l'enclavement des arrières-pays ruraux d'une façade maritime urbanisée et bien connectée au reste du pays, la question des inégalités sociales, de la déprise agricole et industrielle, de la progression des déserts médicaux, d'une pauvreté cachée, d'un manque de formation ou d'ambition sinon de confiance dans l'avenir faute de connaître suffisamment sa région de résidence mais aussi d'un manque de reconnaissance ou de visibilité des savoir-faire, des initiatives innovantes ou des solidarités locales.

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La Normandie présente comme les autres régions françaises toutes ces réalités qui font l'intérêt des approches de la géographie régionale humaine et sociale. Mais le cadre géographique normand, de part sa taille (ni trop petit, ni trop grand) de part la distribution très régulière et assez fine sur tous les territoires normands d'un réseau de petites villes permettrait d'expérimenter en Normandie plus facilement qu'ailleurs des politiques publiques co-décidées voire co-gérées avec les citoyens habitants après un diagnostic des enjeux proposé par des experts géographes.

Ce n'est donc pas un hasard que la Normandie fut la seule, parmi les nouvelles régions créées par la réforme de 2014 a avoir vu émerger, un collectif de quinze géographes universitaires normands qui ont décidé de travailler ensemble pour proposer analyses et propositions pour l'intérêt général régional à la destination des acteurs de la socité civile normande.

Derrière la démarche de nos amis géographes universitaires normands, on pourrait voir celle du géographe Antoine Bailly, promoteur d'une géographie engagée à l'écoute des populations.

Voir, cet article paru le 28 mars 2012 où on lira avec intérêt un entretien avec Antoine Bailly: cinq ans après, a fortiori après la réunification normande obtenue à la fin de l'année 2014, les propos d'Antoine Bailly gardent toute leur actualité.

http://www.metropolitiques.eu/Pour-une-geographie-engagee-a-l.html

Pour une géographie engagée, à l’écoute des populations

Entretien avec Antoine Bailly (28 mars 2012)

Acteur majeur du renouvellement de la géographie depuis les années 1970, Antoine Bailly revient sur les fondements de son approche. Tenant d’une science appliquée, il décrit les implications politiques de ses travaux tant sur la participation des populations que sur les politiques territoriales de santé ou la construction du Grand Paris.

Professeur émérite à l’université de Genève, Antoine Bailly vient de recevoir en 2011 le prix Vautrin Lud, considéré comme le « Nobel » de géographie. Ce prix couronne la carrière d’un géographe impliqué dans son temps, qui a contribué au renouvellement de la discipline. Formé entre la France, le Canada et les États-Unis, où il découvre la science régionale et les méthodes quantitatives, il contribuera dans les années 1970 à leur importation en Europe et à l’émergence de la nouvelle géographie. Accueilli avec scepticisme par les tenants de la géographie classique comme par les courants marxistes qui dominaient alors la géographie française, il s’installe à Genève où il fera l’essentiel de sa carrière. Orientant, par la suite, sa recherche sur la question du bien-être et développant une approche attentive aux représentations des populations, il contribua à un profond renouvellement de la géographie humaine. Ses travaux plus récents sur la médicométrie marquent également une avancée de la géographie dans le domaine des politiques territoriales de service public. Il est l’auteur de nombreux manuels et ouvrages de géographie, dont La géographie du bien-être, paru en 1981 (Presses universitaires de France).

Acteur du renouvellement de sa discipline, Antoine Bailly est aussi un géographe soucieux du rôle social et politique de la science. Il défend une science ancrée dans le monde social, une science appliquée qui soit directement utile à l’aménagement du territoire et aux politiques régionales. Il est également le fervent promoteur d’une géographie par le bas, qui prenne en compte les aspirations des populations locales dans les choix politiques d’aménagement. Il a enfin participé à la fondation des cafés géographiques et du Festival international de géographie de Saint-Dié-des-Vosges, vecteurs de diffusion et d’animation de la discipline.

Dans cet entretien, Antoine Bailly revient sur les principes qui ont fondé ses recherches et sur les implications politiques de son approche. Il aborde également les questions de la participation des populations, des politiques territoriales de santé et de la construction du Grand Paris.

Question 1

Pouvez-vous revenir sur la naissance de la nouvelle géographie, à laquelle vous avez contribué ?

Question 2

Quelles leçons les sciences régionales permettent-elles de tirer en termes de politiques territoriales des services publics, et en particulier des services de santé ?

Question 3

Vous défendez une géographie appliquée et participative : en quoi consiste cette géographie par le bas ?

Question 4

Comment votre approche pourrait-elle guider la construction du Grand Paris ?

En savoir plus

Dans la revue Géographie, économie, société, un entretien avec Antoine Bailly (“Regards sur les questions d’actualité”, 2011, vol. 13, n° 4 – à paraître).

Parmi les nombreux ouvrages d’Antoine Bailly :

  • La géographie du bien-être, Paris : Presses universitaires de France, 1981
  • Introduction à la géographie humaine, Paris : Masson, avec H. Béguin, 1982 (Armand Colin, 2003, 8e édition revue)
  • Encyclopédie de géographie, Paris : Economica, avec D. Pumain et R. Ferras, 1993
  • Médicométrie : une nouvelle approche de la santé, Paris : Economica, avec M. Périat, 1995
  • Éléments d’épistémologie de la géographie, Paris : Armand Colin, avec R. Ferras, 1997