Ma chronique macronienne (n°13):

Celle d'un citoyen Normand inquiet par l'état actuel d'abaissement du parlement français face à un monarque présidentiel qui a reçu sous les ors de Versailles, l'autocrate Poutine avant de recevoir prochainement Donald Trump sur les Champs Elysées pour le 14 juillet. Inquiétude aussi pour la liberté de la presse car les journalistes qui, pourtant avaient macronisés en choeur pendant la campagne, se voient, désormais, rudement consignés dans leurs niches respectives par le Maître de céans.

Et à la suite d'un grand républicain réfugié au large de la France sur un bout de terre de vieille liberté normande, on a envie de dire: "Macron, le troisième en pire..."

Il a parlé plus d'une heure "l'apprenti Bonaparte entre ses faux marbres versaillais", pour reprendre, en partie, la cinglante formule du "déserteur" Mélenchon: c'est ainsi que sa Majesté présidentielle a fustigé, lors de son homélie, les quelques 50 députés et sénateurs qui avaient refusé d'assister à cette séance solennelle du "congrès" de la représentation nationale (députés et sénateurs siègent ensemble par ordre alphabétique) dans cette grande salle aménagée dans l'aile du Midi du château de Versailles: il n'y avait donc pas que les "insoumis" ou les communistes a faire la grève du siège. Des députés ou sénateurs centristes partageant authentiquement nos inquiétudes ont aussi refusé de se prêter à cette mise en scène d'un pouvoir qui fuit ses responsabilités politiques puisqu'au nom du principe de la séparation des pouvoirs entre le président de la République et les chambres du Parlement, le chef de l'Etat n'a pas le droit d'être partie prenante du débat parlementaire: il vient s'adresser aux élus de la souveraineté nationale, puis il s'en va son discours ne donnant pas lieu à un vote de confirmation contrairement au discours du Premier ministre Edouard Philippe qui aura lieu le lendemain à l'Assemblée Nationale et qui doit être validé par un vote de confiance de la part des députés, bien entendu, acquis d'avance vu la majorité "poutinienne" dont dispose le gouvernement... d'Emmanuel Macron.

http://www.huffingtonpost.fr/2017/06/28/des-deputes-envisagent-de-boycotter-le-congres-de-macron_a_23006448/?utm_hp_ref=fr-emmanuel-macron

http://www.huffingtonpost.fr/2017/06/29/jean-luc-melenchon-et-la-france-insoumise-boycottent-le-congres_a_23007959/

Jusqu'à la réforme constitutionnelle de 2008, le président de la République n'avait le droit de s'adresser aux parlementaires tant à l'Assemblée Nationale qu'au Sénat que par l'intermédiaire d'un message écrit lu par les présidents des chambres: la petite histoire nous dit que c'était pour éviter d'avoir à subir la puissance verbale d'Adolphe Thiers, premier président de la 3ème République, capable de retourner en sa faveur toute la chambre des députés, que la loi interdisant à un président de la République de s'exprimer directement à la tribune de l'Assemblée Nationale a été édictée. Avant la réforme de 2008, voulue par Nicolas Sarkozy, le Congrès des deux chambres du parlement au château de Versailles n'était réuni que pour voter une modification de la Constitution: c'était en cette seule et rare occasion qu'un président de la République en exercice pouvait s'exprimer directement devant la représentation nationale car, par tradition, Versailles est, depuis Louis XIV,  le lieu d'un pouvoir en majesté ayant pris une distance prudente avec le chaudron démocratique parisien que cela soit en 1789 ou de 1871 à 1879 lorsque les "Versaillais", c'est à dire le gouvernement provisoire et l'Assemblée Nationale s'étaient prudemment éloignés du Paris communard après l'effondrement national de 1870 face à la Prusse. C'est au château de Versailles, dans la salle construite ad hoc, dans les années 1880 que les parlementaires de la 3ème et 4ème République, réunis en "congrès" élisaient le président de la République sachant que l'essentiel se passait, alors à la "chambre", c'est à dire, à  l'Assemblée Nationale proprement dite même si, à l'époque, la réunion du "congrès" était ainsi nommée.

On pourrait se dire qu'Emmanuel Macron ne fait que revisiter une tradition républicaine française, certes d'essence monarchique et qu'il restaure ainsi (on a dit "restauration" justement...) la 5ème République dans la pureté de son principe monarchique... républicain, à savoir, à en croire Emmanuel Macron lui-même dans son livre "Révolution" (sic!)  que depuis 1793 et la décapitation de Louis XVI, les Français seraient nostalgiques de la monarchie capétienne défunte et auraient trouvé le moyen de se consoler par l'instauration d'une véritable monarchie élective conciliant monarchie et démocratie, synthèse proposée par le Général de Gaulle constatant le double échec de l'autocratie sinon de la dictature totalitaire et d'une démocratie parlementaire excessive: bref, Macron se pense comme un Bonaparte démocratique (en fait, un petit plébiscite posé sur une montagne d'abstentions) qui doit réussir ses Cent jours de réformes.

Certains screugneugneux dont parfois nous sommes, critiquent l'américanisation en cours des moeurs politiques françaises: mise en place d'une "administration Macron" dans la haute-fonction publique, statut de "première dame" pour dame Brigitte, évaluation au bout de deux ans des "lois qui  marchent ou qui ne marchent pas", photo officielle obamesque (voir ci-après)  et donc, cette nouveauté d'un discours du président face à la représentation nationale à Versailles, qui fait très "discours sur l'état de l'union" la veille du discours de politique générale d'un Premier ministre réduit aux utilités concrètes de l'intendance alors que Monsieur le président se réserve les cîmes de la "pensée complexe" qu'un journaliste ne saurait saisir: c'est la raison officielle justifiant la suppression de l'entretien du 14 juillet avec des journalistes de la télévision: Jupiter sur son Olympe fuit la contradiction (pas de vote, pas de journalistes) mais le Premier ministre, le lendemain à la chambre, va tanguer sérieusement sur la houle Mélenchon, les mains dans le cambouis comme le chef mécanicien à fond de cale.

L'américanisation, n'en déplaise à Régis Debray qui nous voit comme des "galloricains"  n'est ici qu'illusion car s'il fallait vraiment américaniser la 5ème République ce serait plutôt en stoppant au plus vite la transformation de l'Assemblée Nationale en Douma à la française... Car aux USA, l'équilibre des pouvoirs n'est pas un vain mot: c'est un Congrès aussi puissant que le Président qui reçoit régulièrement celui qui doit prononcer un "discours sur l'état de l'Union" non pas comme une prédication ampoulée et prétentieuse sur la grande idée de "faire à l'homme un pays enfin digne de lui" (sic!), mais comme un acte politique au sens le plus fort de l'expression avec débat contradictoire et vote en présence du président.

Les Normands, comme tant d'autres, préférent les faiseux aux diseux parce qu'ils craignent d'avoir à constater concrètement, une fois de plus, que les diseux font le contraire de ce qu'ils disent: Emmanuel Macron prêche la dignité humaine sous les ors versaillais "et en même temps" dans les rares moments de spontanéité (avec ses amis "startupers" de la "station F") d'une communication très contrôlée qui tend à faire du macronisme un gadget des plus factices, notre Jupiter se révèle tel qu'en lui-même. N' a-t-il pas dit, cette phrase oxymorique dont le sens échappera à l'intelligence limitée d'un journaliste moyen:

«Une gare, c'est un lieu où on croise des gens qui réussissent et des gens qui ne sont rien»

http://www.lefigaro.fr/politique/le-scan/2017/07/02/25001-20170702ARTFIG00098-emmanuel-macron-evoque-les-gens-qui-ne-sont-rien-et-suscite-les-critiques.php

L"oxymore (la coccigrue?) Macron se révèle plus encore en faisant le récapitulatif de ses déjà très nombreuses annonces (la pensée magique d'une parole publique "performative") qu'il faut confronter aux réalités concrètes correspondantes qui sont plus que contrastées, pour ne pas dire davantage !

Les anciens Romains définissaient la décence comme étant le juste rapport entre le fond et la forme: Emmanuel Macron illustrera a contrario parfaitement ce principe. On prendra deux exemples qui touchent de près à nos réalités normandes:

- La démocratie comme mise à distance de l'arbitraire et contrôle du pouvoir.

- la décentralisation et l'autonomie girondine de la société civile face à la centralisation autoritaire jacobine.

Sur le premier point, Macron nous annonce la proportionnelle à l'Assemblée nationale (qui permettrait d'en finir avec les majorités massives de députés "godillots"), un droit de pétition renforcé pour les citoyens, la réduction d'un tiers des députés, la suppression de la cour de justice de la République, une loi de "moralisation" de la classe politique... Et en même temps, la majorité présidentielle guigne tous les pouvoirs à l'Assemblée Nationale, les "affaires" rodent, à nouveau, autour de l'exécutif (Ferrand, Bayrou, Sarnez, Pénicaud), la com' du "château" réduit le périmètre d'action de la presse surtout lorsqu'elle a le mauvais goût de fouiner dans  les arrières cuisines américaines de la campagne de celui qui a été envoyé à l'Elysée moins pour rétablir l'absolutisme que pour veiller à l'absolution des siens... Enfin, le président convoque un Congrès à Versailles lundi 3 juillet 2017 à 17h00,  à la date et à l'heure limites pour pouvoir déposer des amendements au bureau de l'Assemblée Nationale afin de préparer un débat extrêmement court sur ses fameuses lois d'habilitation consistant à transférer le pouvoir législatif du parlement au gouvernement afin de commencer la réforme du code du Travail pendant le passage du Tour de France.

Sur le second point, Macron nous annonce une réforme bienvenue du Conseil Economique Social et Environnemental pour en faire enfin l'instance centrale de la démocratie participative, une décencentration plus poussée des services de l'Etat en régions... Et en même temps, on reste flou sur la question majeure de la décentralisation  (sujet dont on se demande si cela peut intéresser un startuper parisien), on suggère de fusionner des départements avec des métropoles et on propose de supprimer la taxe d'habitation tout en annonçant un nouveau coup de rabot sur les finances des collectivités territoriales.

Tout cela est certainement très cohérent. Mais cela ne saute pas franchement aux yeux: cela doit être la preuve qu'une intelligence supérieure à la nôtre est en ce moment au travail, pour notre bien à tous quand bien même cela soit malgré nous: c'était déjà là le programme et la méthode "caméraliste" du XVIIIe siècle, à savoir des "savants", des experts et des conseillers dans la chambre d'un despote ainsi éclairé ou des militants "saint simoniens" de la modernité économique au XIXe siècle qui avaient pour idéal celui de remplacer le gouvernement des Hommes par le gouvernement des choses puisqu'une chose ne va pas nus pieds, ne se met pas en grève, ne conteste pas, ne vote pas et, n'est, finalement... rien.

Loin des empyrées verbales macroniennes, le discours du havrais Philippe nous fera descendre avec brutalité sur terre à moins que cela ne soit dans la mer pour un torpillage en règle d'un moment politique rare où la réforme de la France pourrait enfin se faire.

Sauf que personne n'est d'accord: ni sur la réforme à faire ni sur les méthodes pour la mettre en oeuvre.

Au lieu de nous préparer un démembrement estival du Code du Travail qui indispose jusqu'aux petits patrons qui craignent un "dumping social" généralisé et qui donne la désagréable impression que le gouvernement est en service commandé pour le compte des puissances de l'Argent, le nouveau pouvoir macronien devrait, au contraire, organiser des Etats généraux de la réforme, qui serait l'occasion d'une grande consultation de la société civile qui a des milliers de propositions concrètes à faire et qu'elle met déjà à l'oeuvre sans tenir compte des avis et contrôles d'une République encore trop autoritaire et centralisée.

Certainement conscient de l'oxymore politique dont il est l'incarnation, Emmanuel Macron, président en majesté de la 5ème République, a évoqué lors de son discours, la possibilité d'utiliser la "bombe atomique": inviter les Français à se prononcer par référendum sur l'ensemble de ces réformes institutionnelles. On a envie de dire: chiche! Sachant qu'Emmanuel Macron gagnerait, pour le coup, ses galons de grandeur gaullienne s'il démissionnait en cas de victoire du... NON.

En attendant que l'Assemblée Nationale captive en Macronie ne se réveille enfin, une région comme la Normandie peut être le cadre idéal d'expression des contre pouvoirs indispensables: l'histoire de la Normandie nous y invite et les valeurs qui découlent de cette histoire normande l'exigent.

 

2-emmanuel-macron-photo-officielle-coulisses-shooting

 Voir aussi le point de vue, critique lui aussi de Ginette Bléry qui nous propose la feuille d'informations Normandie XXL:

http://www.normandiexxl.com/article.php?id=2314

L’homélie du «Père » Macron

Idées. Il y a tant d’amour et de générosité dans ses propos qui veulent redonner au mot « Fraternité » son sens le plus fort et le ton celui d’un envol austère que mon premier vécu dans la voiture où j’ai écouté le discours du président de la République devant le Congrès, était la sensation d’entendre une homélie appelant les chrétiens au partage ! Les derniers seront les premiers car, par exemple, pour les plus faibles il s’agit de «leur redonner, et à eux seuls, les moyens de peser efficacement sur leur destin ». Les phrases, construites en un long balancement, pour peu qu’on en ait envie, donnent à chacun le moyen de trouver son compte. Avec une fin en apothéose.  « En chacun de nous il y a un cynique qui sommeille. Et c'est en chacun de nous qu'il faut le faire taire, jour après jour. Et cela se verra. Alors nous serons crus. Alors nous rendrons le service que le peuple français attend de nous. Alors nous resterons fidèles à cette promesse de nos commencements, cette promesse que nous tiendrons parce qu'elle est la plus grande, la plus belle qui soit : faire à l'homme, enfin, un pays digne de lui ».

Confirmation des changements prévus dans les assemblées

Au-delà de cette première impression, l’annonce de l’organisation de la France est bien présente et les mesures annoncées confirment celles qui avaient déjà été données en filigrane dans la campagne électorale : réduction d'un tiers du nombre de parlementaires, introduction d'une dose de proportionnelle à l'Assemblée nationale  (mais on ne sait pas quelle dose) et rupture entre l'exécutif et la justice. La réforme du Conseil économique, social et environnemental est aussi au programme. S'il veut réduire d'un tiers les membres du CESE, Emmanuel Macron veut en faire «la Chambre du futur, où circuleront toutes les forces vives de la nation». «Nous ferons de cette assemblée le carrefour des consultations publiques», a-t-il expliqué. «L'actuel CESE doit pouvoir devenir le forum de notre République. Il réunira toutes les sensibilités et toutes les compétences, du monde de l'entreprise et du travail, des entrepreneurs et des syndicats, des salariés comme des indépendants, donnera un lieu d'expression aux associations et aux ONG, et deviendra ainsi pour l'Etat la grande instance consultative qui fait aujourd'hui défaut», a précisé le chef de l'Etat. Peut-on extrapoler que cette réforme s’appliquera aussi au Ceser ? On le voit certaines de ces réformes vont bousculer les élus et pour qu’elles soient mises en application le Président n’hésitera pas, si nécessaire,  « à recourir au référendum. »

La liberté forte…levée de l’état d’urgence

Une autre notion fut longuement développée celle de la liberté forte : c’est la liberté de choisir sa vie. Car la liberté est ce qui réconcilie liberté et égalité, justice et efficacité. Elle suppose dit le Président : les nouvelles protections individuelles qui vont avec, en assurant l’éducation, la formation et les sécurités utiles aux grandes étapes de la vie pour pouvoir construire une existence » Cette notion induit évidemment un discours sur le terrorisme islamique où il est surtout question « d’une meilleure prise en considération des victimes ». « Pour rendre la liberté aux Français l’état d’urgence sera levé à l’automne » Le code pénal tel qu’il est, les pouvoirs des magistrats tels qu’ils sont, peuvent, si le système est bien appliqué suffire à protéger le pays.

L’habituel discours de la simplification

On nous promet aussi de ne pas tomber dans l’exubérance législative « Bien s’assurer de la pertinence d’une loi et de ses effets dans le temps pour la corriger ou y revenir est aujourd’hui devenu une ardente obligation ». Moins de lois et des lois plus adaptées et prises rapidement…discours bien connu.

Un Etat décentralisateur ?

Pour ce qui concerne les Régions, le Président Macron affirme tout à la fois une volonté de déconcentration des pouvoirs en ce qui concerne le monde administratif (au niveau préfectoral par exemple) et une volonté de décentralisation du pouvoir en faveur des élus locaux il dit vouloir sortir de l’esprit jacobin et retrouver celui des Girondins. On a évidemment envie de lui dire « chiche ».

Le chef de l’Etat affirme la vision la plus haute de sa fonction et de la mission de la France. Pour ce qui est de sa mission personnelle il la situe dans la réconciliation du peuple avec lui-même : « Ce qui nous est demandé par le peuple français, c'est de renouer avec l'esprit de conquête qui l'a fait, pour enfin le réconcilier avec lui-même ». Quant à la France à l’international, elle se doit de retrouver l’esprit des Lumières défendant les libertés là où  c’est nécessaire, sans imposer son modèle.

A Edouard Philippe de se débrouiller

Toutes ces belles et grandes idées ne sont pas chiffrées, d’ailleurs manifestement pour le Président de la République il ne faut se laisser empêtrer par les détails d’intendance : « ce n’est pas la société des entrepreneurs que nous voulons, ou la société de l’équilibre des finances publiques, ou la société de l’innovation. Tout cela est bien, tout cela est utile. Mais ce ne sont que des instruments au service de la seule cause qui vaille, une cause à laquelle le nom de la France est attaché depuis bien longtemps. Et cette cause est la cause de l’homme. ». Pour les problèmes ancillaires voyez le Premier Ministre. Vivement demain !

Ginette Bléry