Les 2 et 8 août 2017 le quotidien normand Paris Normandie nous proposait deux articles au coeur de la torpeur estivale mais surtout au coeur du grand enjeu stratégique de l'avenir normand: le Canal Seine Nord Europe est donc mis sur une voie de garage financière par la nouvelle majorité gouvernementale présidée par le normand et havrais Edouard Philippe provoquant ainsi l'ire des grands élus nordistes ulcérés par les silences d'un ancien maire de Tourcoing à Bercy ou par l'enfant d'Amiens ou du Touquet à l'Elysée... Edouard Philippe alias le "serpent" étoufferait par on ne sait quelle ruse normande ou cauchoise le serpent de mer nordiste du Canal Seine Nord Europe: aux dernières nouvelles, il manquerait 700 millions au tour de table financier pour boucler le budget d'un projet de toute façon pharaonique et qui coûtera plus cher que ce qui était prévu... On évoque 7 milliards au lieu des 4,8 milliards initialement prévus: il faut donc faire un emprunt et trouver sur quelles recettes adosser ce nouvel emprunt... Mais on sait que l'Etat est déjà passablement endetté et que les crédits pour réaliser d'autres projets d'infrastructures de transport (comme par exemple la LNPN) sont rares sinon fantômatiques faute d'avoir pu mettre en oeuvre l'Ecotaxe (merci les Bretons !) ou d'avoir commis l'erreur de privatiser totalement les autoroutes (merci De Villepin !)

Les articles de Paris Normandie à lire en consultant les liens ci-après nous agacent:

"Canal Seine Nord, la pause qui arrange bien les Normands". Ben voyons !

http://www.paris-normandie.fr/ouverture/canal-seine-nord--la-pause-qui-arrange-bien-les-normands-HG10523646

S'il n'y a pas d'argent pour creuser le canal des Nordistes, pourquoi y en aurait-il davantage pour l'Axe Seine des Normands? Un ouf de soulagement normand sinon havrais ne fait pas une politique de relance de l'AXE SEINE. De même, si les Normands laissent aux grands élus franciliens, à commencer par la maire de Paris Anne Hidalgo, le soin d'animer l'avenir des rives de la Seine jusqu'à la mer, ils peuvent craindre le pire: à savoir une conception métropolitaine parisiano-centrée sinon égocentrique voire infantile (ludique et touristique) qui nous éloigne des réalités plus solides et structurelles d'une économie logistique et maritime: plus que jamais, c'est aux Normands et aux Havrais de piloter l'économie maritime dont la France et Paris ont besoin pour fonctionner:

Non sans raison, dans un papier virulent paru le 4 août dernier dans le Monde, le journaliste Frédéric Edelmann dénonçait que le nouvel appel à projets "Réinventer la Seine" téléguidé depuis Paris jusqu'au Havre "sombre dans l'infantilisme vert" avec "salades et potagers à tous les étages". La Seine et ses berges deviennent, dans les projets "consternants" exposés actuellement au pavillon de l'Arsenal à Paris, un parc d'attractions pour bobos en mal de dépaysement ou d'amusement...

http://www.lemonde.fr/architecture/article/2017/08/03/architecture-reinventer-la-seine-sombre-dans-l-infantilisme-vert_5168134_1809550.html

A Hambourg, c'est autre chose: les bobos du coin adorent siroter une bière en terrasse en plein milieu du port en contemplant le trafic maritime puisque le port est dans le centre ville ou presque.

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Et au Havre? S'il devait rester quelque chose du 500ème anniversaire de la ville ce ne serait pas qu'un ancien maire soit devenu enfin Premier ministre ou qu'une compagnie nantaise de théâtre de rue portant un nom de croquettes pour chiens ait réussi à faire parler d'elle une fois de plus... Ce serait qu'une grande ville portuaire française soit le centre de commandement d'une véritable économie logistique et maritime pour l'ensemble du pays. Ce serait d'engager la reconstruction de l'identité maritime havraise locale en terme de centres de décision, d'impulsion, d'innovation et de financement, toutes choses qui existaient avant la Seconde guerre mondiale dans le grand port normand qui fut reconstruit après la tragédie de septembre 1944 dans le béton d'une nationalisation... parisienne dont nous ne sommes toujours pas sorti.

Pour en revenir au Canal Seine Nord: au lieu de nous gausser des malheurs de nos voisins nordistes qui viennent de se faire humilier par le pouvoir central parisien jacobin impécunieux comme nous autres Normands nous nous faisons balader jusqu'en 2030 en LNPN pour nous faire patienter dans des trains en ruines, nous devrions agir solidairement avec les Nordistes pour exiger que l'axe fluvial de la Seine soit mis à niveau et modernisé sinon totalement intégré dans le projet de Canal Seine Nord Europe dans l'idée d'ouvrir vers l'Est et le centre de gravité économique et logistique européen les ports normands qui restent captifs du Grand Paris, un client difficile qui leur montre bien peu d'égards: sauf que pour moderniser des quais, des écluses ou créer des entrepots ou des platesformes modales dans l'amont normand du port du Havre il faut une volonté et un financement.

Les Normands et les Havrais (et surtout les Rouennais) doivent comprendre que la volonté et le financement au service d'une économie aussi réelle que le transport maritime ne se trouvent plus à Paris ce nombril préoccupé à se gratter lui-même (on estime à 56 milliards le coût de l'ensemble des projets du "Grand Paris", jeux olympiques de 2024 compris).

En tout état de cause et sans attendre la fin du quinquennat en cours, il faut demander qu soit expérimentée la gestion des deux grands ports maritimes normands par la région et que les financements pour moderniser l'Axe Seine (le vrai, pas celui des ludions de Madame Hidalgo) soient pris en compte dans le tour de table financier définitif du Canal Seine Nord: Normands et Nordistes doivent donc naviguer de conserve sur ce dossier sachant qu'Hervé Morin a un beau sujet de conversation avec Edouard Philippe pour célébrer le 500ème anniversaire du port fondé par François 1er...

A n'en point douter c'est qui anime l'action du tout nouveau député communiste Jean-Paul Lecoq, ancien maire de Gonfreville l'Orcher qui rappelle que l'Axe Seine est une "priorité nationale" qui n'exige officiellement que 300 millions d'apport de la part de l'Etat (pour mémoire, un footeux brésilien qui évolue au Qatar Saint Germain ça vaut 220 millions...) : dans un courrier récent, il vient d'interpeller son ancien collègue à la Codah et désormais Premier ministre sur le fait qu'organiser des "assises de la mobilité" à la rentrée de septembre dans le but de préparer une nouvelle loi de programmation sur les transports en 2018 en oubliant les questions logistiques, ferroviaires et maritimes, n'aurait aucun sens... Aussi, Jean-Paul Lecoq, convaincu qu'il sera écouté par son ancien collègue élu de l'estuaire normand, vient de demander au Premier ministre une "audience dans les meilleurs délais" pour que soit reçue une délégation d'élus normands et d'acteurs portuaires de la place havraise que Jean-Paul Lecoq se propose de constituer: voilà encore une autre façon plus utile de célébrer le 500ème anniversaire du grand port maritime normand !

http://www.paris-normandie.fr/breves/normandie/axe-seine--jean-paul-lecoq-sollicite-une-audience-au-premier-ministre-avec-differents-acteurs-du-port-du-havre-PA10450359#

http://www.paris-normandie.fr/ouverture/a-gauche-et-a-droite-les-elus-mobilises-pour-le-port-du-havre-KD10467287


 

Sur sur ce sujet essentiel pour l'avenir normand, lire l'analyse proposée par Didier Patte, porte parole du Mouvement Normand (publiée par Normandie XXL):

http://www.normandiexxl.com/article.php?id=2389

Dans une double page certainement inspirée (par qui?), en date du 6 août, Paris-Normandie titre : « La pause qui arrange bien les Normands », faisant allusion à la décision du Gouvernement de retarder le projet de Canal Seine – Nord – Europe, et tout en faisant observer que cela provoque l’incompréhension des Elus de la Région des Hauts de France.

Les uns et les autres, en Normandie, dissimulent à peine leurs diverses satisfactions, même en se voulant « prudents » dans leurs réactions. Le Président de l’U.M.E.P. (Union maritime du Havre), M. Michel Segain, rappelle opportunément que «notre priorité, c’est l’Axe Seine». Il a raison. Jean-Baptiste Gastinne, vice-président de la Région Normandie en charge des transports, est plus direct : «On ne va pas pleurer sur le sort du Canal Seine-Nord-Europe, une infrastructure qui va alimenter les ports du Nord de l’Europe», tandis que Pierre-Marie Hébert, directeur de l’U.P.R. (Union portuaire rouennaise) affirme que ses 125 adhérents se sont depuis le début positionnés contre le projet de canal, de concert avec la C.C.I. de Rouen… Ce qui n’est pas tout à fait vrai puisque, dans les publications du Grand Port Maritime de Rouen, certains ne se sont pas montrés si hostiles au Canal S.N.E., y voyant des opportunités, tout comme certaines coopératives céréalières prêtes à investir sur les berges de cette nouvelle voie d’eau.

Soyons clairs : le Mouvement Normand entend préciser à nouveau sa position, non pas d’abord sur le report gouvernemental, mais sur l’appréciation et l’intérêt que l’on peut avoir sur ce projet d’infrastructures :

1. Au nom même de la solidarité nationale, il nous paraît absurde d’être opposés à une mise en cohérence du réseau fluvial français avec le réseau européen.         

2. Le Canal Seine – Nord – Europe, NORMALEMENT, peut permettre autant aux ports de la Basse – Seine d’accéder à la trame fluviale européenne qu’aux ports du Benelux d’atteindre la région parisienne.

3. Cela suppose, bien entendu – et c’est ce que nous mettons derrière le mot NORMALEMENT – que les aménagements fluviaux de la Seine et de l’Oise inférieure soient réalisés préalablement à l’inauguration du Canal Seine – Nord – Europe (Plates-formes multimodales, accès à Port 2000 au Havre, modernisation des écluses séquaniennes, etc.).

Or, ce n’était pas le cas.  Et ce, pour plusieurs raisons :

1. Les Gouvernements du quinquennat Hollande ont systématiquement ECARTÉ la Normandie de leurs préoccupations structurantes : absence d’une véritable politique maritime, non prise en compte des nécessaires travaux à effectuer sur l’Axe Seine, renvoi à des calendes grecques de la Ligne Nouvelle Paris-Normandie (L.N.P.N.), 2030 au mieux, 2040 partiellement, 2050 en totalité… si cela se fait !

2. A l’inverse, sous la pression du lobby nordiste, les Gouvernements Ayrault et Valls ont mis les bouchées doubles pour mettre en priorité la réalisation du Canal Seine – Nord – Europe.

3. Le coût de cette infrastructure a été minimisé : on parle aujourd’hui de 7 milliards d’euros alors qu’au début du projet il était question de 10 à 15 milliards d’euros. Nous avons des doutes légitimes sur la nouvelle estimation du coût « pharaonique » des travaux, mais, surtout, nous savons que tout le financement européen potentiel devrait y être consacré. Par l’effet bien connu d’évitement en la matière, cela signifie qu’il n’y aura aucun financement européen pour… le reste, c’est-à-dire la mise à niveau de la Seine et de l’Oise inférieure, dont les financements pourtant n’ont rien à voir avec le coût de la réalisation du Canal Seine – Nord – Européen (On parle de quelques centaines de millions d’euros).

Que faut-il penser de la reculade gouvernementale ?

D’abord qu’elle montre à l’évidence que l’État n’est pas en mesure d’honorer ses engagements à cause de son colossal endettement (Il n’y a vraiment pas lieu de s’en réjouir!).          

Ensuite – et c’est là que nous ne comprenons pas le (lâche) soulagement de certains milieux normands – qu’il n’y a RIEN qui permette à la Normandie de rattraper ses retards en matière d’infrastructures.

En même temps, comme dirait l’Autre, on apprend que Paris sera la ville choisie pour les Jeux Olympiques de 2024.

Nous nous en réjouissons pour le monde sportif et – reconnaissons-le – pour le renom de la France. Même si l’on doit espérer que, comme, lors des J.O. de Londres, l’opération ne soit pas déficitaire, nous devons cependant poser quelques questions…

Paris, toujours Paris, et même le Grand Paris : il y a fort à parier que les Autorités voudront mettre « les petits plats dans les grands » (comme l’on dit chez nous) et que l’on va accélérer la réalisation du Grand Paris. C’est, au bas mot, 56 milliards d’euros de mises en chantier et, rien que pour les J.O., une dizaine de milliards. Ce qui signifie en clair que les possibilités d’investissements de la France seront toutes orientées vers la Capitale. Dans les huit à dix ans à venir, il est vain d’espérer un quelconque rattrapage pour la Normandie et, ajoutons, parce qu’ils sont dans le même boutre (bateau – ndlr), pour nos voisins des Hauts de France.

Or, ces deux Régions sont liées par une sorte de malédiction : elles ont été notoirement délaissées par le Pouvoir central. En témoignent taux de chômage et statistiques plus navrantes les unes que les autres.

C’est pourquoi le Mouvement Normand exprime sa solidarité avec les populations de la Picardie, de la Flandre, de l’Artois et du Hainaut : Normands et populations des Hauts de France sont victimes du même centralisme et des mêmes méthodes gouvernementales. Dans le journal La Voix du Nord, l’ancien ministre Philippe Vasseur déclare sans ambages : « Franchement, des études approfondies (sur le dossier du Canal Seine – Nord – Europe), c’est surréaliste, c’est se foutre du monde. Ce sujet est étudié depuis de nombreuses années ». Il a raison. Nous, Normands, avons connu cela et continuons à en souffrir : le dossier de la Ligne Nouvelle Paris Normandie se traîne d’études en études depuis 2012, sans que cela avance vraiment. Comme l’écrit l’éditorialiste Thierry Delacourt, dans LibertéDimanche du 2 juillet 2017 : «Le T.G.V. de la politique, Emmanuel Macron, a inauguré deux lignes à grandes vitesses permettant aux capitales bretonne et girondine de se rapprocher considérablement de la parisienne. (…) Bordeaux – Paris en 2 h 04, Rennes – Paris en 1 h 25. Vu de Normandie, on rêve ! Caen est encore à 2 h 15 de Paris et Rouen au mieux à 1 h 15, mais le plus souvent à plus de 1 h 30. (…) La réunion du  Comité de pilotage du 12 juillet doit permettre de préciser les contours de la première étape de construction de trois tronçons. Objectif de réalisation : AVANT 2030 ! Avec désormais quatre ministres normands au Gouvernement, il serait peut-être temps d’accélérer le mouvement, non ? »

Avec cette affaire des J.O., en prend-t-on le chemin ?

Il fut un temps (c’était sous Chirac) où le développement portuaire de la Basse Seine était une « ambition nationale ». On a vu ce qu’il en a été depuis dix ans ! Comme nous comprenons l’amère réflexion de Jean-René Lecerf, Président du Conseil départemental du Nord : « Dans la République, il y a une continuité dans la parole de l’État. On ne fait pas table rase du passé ». Nous avons, nous Normands, connu les mêmes amertumes. Selon l’adage latin « HODIE MIHI, CRAS TIBI », aujourd’hui, c’est moi, demain, ce sera toi… Et c’est pourquoi nous sommes solidaires des voisins des Hauts de France. Il ne faudrait surtout pas que, nos intérêts immédiats étant apparemment divergents, le Gouvernement en profitât pour rendre purulente la plaie en nous opposant les uns aux autres. Exigeons de l’État qu’il respecte sa parole et que le Pouvoir central comprenne qu’il n’y a pas que Paris en France.

DIDIER PATTE- Porte – parole et ancien Président du Mouvement Normandie