Le site d'information Normandie Actu a très bien fait de relayer le coup de sang d'Olivier Fleutry, un père de famille rouennais scandalisé par les conditions indignes imposées par la SNCF à ses "usagers" de la gare de Rouen à l'occasion d'un Paris-Rouen bondé au départ de la gare de la rue Verte le 14 août 2017. La colère froide normande mise en ligne sur cette page Facebook dit tout: à savoir que le légitimisme, le légalisme ou, tout simplement, le civisme des Normands mérite d'être respecté!

Les citoyens normands qui respectent la loi ne sont pas des moutons !

Olivier Fleutry: "j'ai coutume d'être un citoyen docile, compréhensif, sinon résigné"

La magnifique affirmation de ce père de famille rouennais dit tout ! Et vous savez tous ici que cela remonte à très loin: les principes mis en pratique par l'ancienne coutume juridique normande sont l'une des origines de l'Etat de droit occidental car dès la fin du XIe siècle tous les Normands étaient soumis à égalité à la même loi et le premier à s'y soumettre devait être le duc-roi de Normandie et d'Angleterre et l'ensemble de son administration: le contrôle de l'activité de l'administration publique par les contribuables et les justiciables a même été inventé en Normandie et en Angleterre au XIIe siècle (Cour de justice de l'échiquier)...

Cette soumission de tous à la loi commune décidée au nom de tous est la base d'un Etat de droit (relire Rousseau et sa définition du contrat social): les citoyens honnêtes avec la Loi votée en leur nom ont le devoir de dénoncer et de s'insurger contre les administrations, les institutions qui se prévalent de la Loi mais qui en exigent le respect sauf pour elles-mêmes. Le consentement fondamental de toute République à la Loi (mais aussi à l'impôt) est fondé sur cette réciprocité des devoirs: les institutions et administrations détentrices d'un pouvoir sur les citoyens au nom du respect de la Loi ont même plus de devoirs que les simples citoyens qui civiquement et légitimement s'y soumettent.

Mais l'Etat qui préfère respecter ceux qui ont suffisamment de pouvoir pour se permettre de ne pas respecter la loi commune n'est plus un état de droit mais un état de passe-droits où seuls comptent les rapports de force:

Soit être faible avec les forts: les plus riches toujours entourés d'une armée d'avocats pour défendre des privilèges illégitimes ou  ceux qui ont recours à la violence contre la force publique en posant des bombes ou en détruisant les biens publics...

Soit être fort avec les faibles: le citoyen lambda respectueux de la loi.

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L'antique coutume de Normandie avec la clause de "Clameur pour la Patrie" prévoyait la possibilité pour les justiciables d'une collectivité locale ayant fait constater devant un juge les actions illégitimes ou illégales de l'administration de se rebeller contre le souverain: cette clause fut utilisée en 1215 par les collectivités locales anglaises contre Jean Sans Terre le dernier duc-roi de Normandie et d'Angleterre qui voulait créer des impôts nouveaux sans aucune autorisation... On connait la suite de l'Histoire: Jean Sans Terre fut détrôné et la graine normande de l'état de droit moderne fut semée en terre anglaise !

Et si l'on devait appliquer au XXIe siècle ce vieux principe normand de "Clameur pour la Patrie" à l'encontre de la SNCF qui maltraitent ses "usagers" normands alors qu'il s'agit de citoyens honnêtes il faudrait :

1) Assigner la SNCF en justice (tribunal administratif jusqu'en appel au conseil d'Etat): la chose a déjà été maintes fois tentée par les associations d'usagers usés par la SNCF sans succès ! Preuve s'il en est que la République française en son état actuel n'est plus un état de droit...

2) Ne plus payer le billet pour un service qui n'est plus rendu au public des citoyens qui l'ont, par ailleurs, déjà payé par leurs impôts: généralement, c'est plus efficace mais il faut savoir se regrouper en collectif durable et solidaire pour faire face aux intimidations et aux pressions d'une administration qui a pris la mauvaise habitude d'être forte avec les faibles.

C'est d'ailleurs ce que notre honnête citoyen rouennais suggère en toute bonne logique: "peut-être qu'un billet ne leur était pas utile non plus..."

Il y a encore d'autres moyens comme celui d'interpeller les élus de la Normandie pour que le scandale ferroviaire normand cesse dès que possible: Hervé Morin, conscient de l'urgence nous propose une solution à partir de... 2020.

A savoir: la normandisation de la SNCF avec une prise de contrôle total du conseil régional de Normandie sur la SNCF en Normandie afin d'ajuster au mieux le service aux besoins des usagers normands avec un nouveau matériel roulant et un investissement de près d'un milliard d'euros: c'est le prix à payer pour être enfin bien servi par soi-même.

Et ce sera toujours mieux que d'utiliser la solution plus rude et plus violente de bloquer avec des manifestations violentes les trains en gare voire d'incendier les gares ou les matériels roulants: à court terme, la méthode  normande pourrait paraître moins efficace que la méthode bretonne plus violente qui consiste à inspirer la crainte à l'Etat central pour parvenir à ses fins.

Mais à moyen terme, c'est quand même plus intelligent de respecter l'Etat et ses administrations même si ces dernières ne nous respectent pas puisqu'à partir de 2020, anticipant sur la date de 2023 qui va voir l'ouverture à la concurrence du service public ferroviaire du transport des voyageurs en Europe, la SNCF en Normandie va devenir un service public... normand:

Et si les usagers normands continuent d'en être aussi peu satisfaits, il leur sera au moins plus facile d'en demander des comptes à qui de droit, à savoir le président de région élu au suffrage universel direct des citoyens normands.

Lire ci-après l'article proposé par Normandie Actu:

https://actu.fr/normandie/rouen_76540/apres-galere-famille-dans-train-pere-rouen-insurge-contre-sncf-sur-facebook_11560139.html

Et lire, surtout, la lettre d'Olivier Fleutry à Guillaume Pépy, président de la SNCF sur sa page Facebook:

https://www.facebook.com/olivier.fleutry.9/posts/10155482332823400

Monsieur le Président de la SNCF,

J’ai pour coutume d’être un citoyen docile, compréhensif, voire parfois résigné. Ce matin, j’ai déposé à la gare de Rouen, au train Intercité de 10h59 en direction de Paris Saint-Lazare, ma compagne et deux enfants munis tous de billets de seconde classe avec réservations, pour trois siège voiture 17, chargés d’un grand sac de voyage, d’un sac à dos, d’un sac à langer, d’un piquenique. Nous avons choisi ce 14 août pour justement éviter le rush du début de week-end. J’ai pu constater que la gare était équipée d’un piano, d’un baby-foot, de petits salons d’attente vitrés, de musique douce pour nous bercer.

J’ai vu arriver ce train, venant du Havre, déjà presque bondé, sans voitures numérotées. J’ai vu se précipiter une foule dans quatre malheureux wagons doubles, certains avec des vélos, des personnes âgées avec des valises, et bien heureusement, aucun fauteuil roulant. Aujourd’hui, je n’ai pas pu monter dans le train pour déposer le sac de voyage, et m’assurer que ma famille était confortablement installée, je n'aurai jamais pu en descendre à temps. Ma compagne a fait le trajet assise en alternance avec un GI (gentil inconnu) dévoué… les enfants eux, ont pu trouver refuge chacun entre deux sièges d’autres GI… il faut dire qu’ils n’ont que 2 et 5 ans, un siège pourtant réservé ne leur était sans doute pas tant utile. J’imagine qu’ils n’auront pas croisés de contrôleur pour ce trajet… peut être qu’un billet ne leur étaient finalement pas utile non plus. Aujourd’hui, j’ai quitté ma famille sans pouvoir les embrasser, ni même leur faire un signe. Ils ont pris le train car je suis travailleur indépendant, et déjà chanceux avec environ 5% de votre revenu salarial hors primes, je n’ai pas pu me permettre de prendre une troisième semaine de congés sur l’année et de les accompagner.

Hors de moi et inquiet, j’ai erré quelques secondes dans la gare à la recherche d’un préposé sur qui aboyer, et puis… je me suis dit à raison qu’ils n’étaient finalement pas responsables. J’ai eu une pensée pour ces gens qui chaque matin, chaque soir payent un billet de 24,10 euros sur une ligne ou exceptionnellement, ils trouvent un train à l’heure et dans lequel ils peuvent s’asseoir, ne serait-ce que dans les marches.

Dans les milieux que je fréquente, on parle mobilité, infrastructures, développement durable, qualité de vie au travail, avenir, attractivité territoriale, tourisme, santé, sécurité, économie…service public aussi… Je comprends qu’en limitant le nombre de wagons vous prenez à bras le corps le problème du réchauffement climatique et qu’en obligeant les voyageurs à s’asseoir les uns sur les autres, vous défendez les valeurs de solidarité. Je voulais néanmoins vous remercier de travailler activement au sous-développement de notre pays.

J’ai préféré comme défouloir écrire ce mot qui n’aura bien entendu aucune portée, mais je dois avouer qu’un instant, avec tout le respect que j’ai pour nos institutions, j’ai sérieusement pensé à pisser dans le baby-foot gracieusement proposé… Je vous souhaite de bonnes vacances, en espérant que vous trouverez assurément une chambre dans l’hôtel que vous aurez réservé.

Mes sincères salutations.

Pour mémoire: Guillaume Pépy déclarait lors du colloque du Havre de mai 2010 sur l'Axe Seine que "la Sncf avait une dette envers la Normandie". Et pour cause, la SNCF est endettée à hauteur de 44 MILLIARDS pour avoir fait le choix d'expédier à grande vitesse 400000 cols blancs par an entre Paris, Lyon, Marseille, Nantes, Rennes, Strasbourg ou Bordeaux...

Mais pas Rouen, Le Havre ou Caen: la Normandie c'est trop près de Paris et relève d'un autre modèle ferroviaire qui reste à inventer...

 

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