Notre lecteur assidu et impertinent du Havre a relevé pour nous cet article de Paris-Normandie paru ce 19 août 2017 qui ne fera pas date dans l'histoire de la presse critique française...

Néanmoins, il a au moins l'intérêt de montrer que sur les quais et dans les entrepôts du grand port maritime du Havre, les professionnels portuaires se rengorgent d'optimisme de voir enfin que leurs affaires conteneurisées puissent être sérieusement étudiées depuis un cube d'environ 4 mètres de haut sur dix de large entièrement parqueté et lambrissé depuis le XVIIIe siècle et posé agréablement au centre d'un hôtel particulier situé entre cour et jardin du bon côté de la Seine, à savoir la rive gauche dans le 6ème arrondissement de Paris: le maire du Havre ayant compris qu'il ne servait à rien d'avoir au Havre un hôtel de ville dont la façade est aussi longue que celui de Paris, s'est dit qu'un conteneur du XVIIIe siècle parfaitement agrémenté de ses marbres, glaces et pendulettes (avec le sabre de papa sur le bureau, on ne sait jamais...) posé au coeur de Paris était plus utile pour l'avenir du grand port maritime normand qu'un conteneur en transit sur la remorque d'un camion en route vers le pont de Tancarville...

Bref! Ils n'ont toujours rien compris: le jacobinisme parisien derrière ses volets, lambris et ses belles tapisseries ornées d'amours mythologiques dans des campagnes d'Arcadie ne veut pas voir la mer, la vraie...  Car un port, un vrai, ça fouette le sang (les embruns dans le froid), ça pue (le cambouis ou le mazout) et parfois ça cogne (les dockers).

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Et ce n'est pas en mettant leurs fesses sur les broderies des fauteuils de Matignon que ces Messieurs du Havre vont récupérer le pouvoir que Paris leur a pris à l'occasion de reconstruire dans les années 1950 un port et une ville entièrement ruinés par la Seconde Guerre Mondiale: depuis 60 années, leur port est le joujou d'un ingénieur haut-fonctionnaire qui rêve de terminer sa courte carrière maritime sous des dorures parisiennes car dans des salons feutrés les sirènes ne hurlent pas et la mer ne mugit pas sauf derrière l'huile des peintures marines accrochées au mur comme autant de souvenirs d'une gloire nationale maritime passée que l'on pourrait encore trouver au... ministère des transports.

Dans l'article de Paris-Normandie à lire ci-après, vous ne trouverez évidemment aucune référence directe à la seule proposition un tant soit peu à la hauteur des enjeux pour l'avenir des grands ports maritimes normands et pour l'avenir même de l'économie maritime en France: à savoir, le retour du pouvoir de gouverner le grand port maritime du Havre au... Havre !

C'est la proposition d'Hervé Morin, le président de la région Normandie de régionaliser le pilotage administratif et stratégique des GPM du Havre, de Rouen ainsi que le port fluvial de Gennevilliers (avec la coopération éventuelle de la région Ile de France qui, pour l'instant, s'en fiche...) pour que cette gouvernance puisse enfin se faire au plus près des besoins des acteurs locaux, avec leur participation directe et surtout dans la durée, à l'instar de ce qui se fait depuis le... XIIIe siècle dans les grands ports de l'Europe du Nord qui ne sont pas des ports de l'Etat central comme en France mais des ports municipaux ou régionaux.

Pour être très clair: le problème ce n'est pas le statut des dockers. Le problème c'est d'avoir une sorte de préfet à la tête du grand port maritime qui gère plus sa carrière future dans la haute fonction publique que l'avenir du port dont il a la charge pendant trois ou quatre ans avant qu'un autre ne le remplace: la compétence technique de ces ingénieurs haut-fonctionnaires n'est pas à mettre en cause, bien au contraire. Le problème c'est l'absence d'une vision réaliste sur l'avenir du plus grand port maritime français dans son environnement commercial mondial et c'est surtout un manque de volonté voire d'intérêt pour les réalités mêmes de l'économie maritime et logistique: l'aristocratie ne doit pas déroger en mettant ses doigts dans des réalités aussi sordides. Un noble de l'ancien régime n'avait pas le droit de pousser une charrue. Un président de GPM ne saurait davantage pousser un conteneur...

Le problème fondamentalement est donc le suivant:

Quand vont-ils enfin se jeter à l'eau pour que le port du Havre soit enfin piloté depuis Le Havre par les Havrais? Un certain Edouard Philippe a déjà traversé à la nage le bassin du commerce pour saluer la réunification de la Normandie... On attend donc la suite !

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Problème subsidiaire: Monsieur Le Yondre sait-il nager?

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PARIS-NORMANDIE, édition du Havre, 19 août 2017

Des initiatives complémentaires

ECONOMIE. Les professionnels de la place saluent l'intérêt porté par la classe politique pour défendre I'avenir du port. lls veulent participer au débat.

Dans notre édition du mercredi 2 août, la classe politique hawaise s'affichait sur une même ligne, au delà des clivages, pour annoncer sa volonté d'intervenir auprès du Premier ministre afin de relancer l'axe Seine et les investissements attendus en rnatière portuaire. Une démarche d'autant plus facilitée que tous ont eu l'occasion de croiser à maintes reprises Edouard Philippe dans son ancienne vie, avant qu'il ne soit locataire de Matignon. Cet engagement clairement affiché n'est évidemment pas passé inaperçu auprès de la communauté maritime et portuaire du Havre. Les investisseurs locaux ont tendu l'oreille après cette annonce plutôt bien perçue.

Jean-Louis Le Yondre, figure incontournable de la place avec ses différentes casquettes de président du conseil de développement du GPMH, président du syndicat des Transilaires,président du conseil de surveillance de la Soget et président de la FOTS (Fédération des Organisateurs de Transport de France), a bien entendu la prise de position des politiques. " Avec 32 000 emplois, le port représente un intérêt fondamental pour Le Havre et sa région. Il serait incompréhensible que les élus locaux ne se penchent pas sur ce poumon économique. Leur démarche reste à nos yeux encourageante. Elle vient compléter ce que nous faisons au quotidien." Si l'Etat est naturellernent engagé dans la vie portuaire, l'attractivité de la place et son développement restent pour une grande partie du ressort des entreprises.


Des avis déterminants
 "Avec le conseil de développement du Grand port maritime du Haure, I'Union maritime et portuaire et ses syndicats patronaux, la Soget et un certain nombre d'autres institutionnels, nous avons eu cesse depuis des années d'émettre des avis, des recommandations et même des plans stratégiques. Nous ne pouvons que nous féliciter de voir le monde politique nous emboîter le pas et de prendre à bras-le-corps I'avenir industrialo-portuaire du Havre et de I'axe Seine en général", précise Jean-Louis Le Yondre. Avec le président Segain, de I'UMEP ils ont effectué plusieurs démarches auprès de l'Europe, des régions Normandie et Ile-de-France pour sensibiliser les acteurs de l'importance à faire évoluer les dossiers tant dans le domaine des investissernents que dans le domaine de la haute technologie, entre autres le numérique où la place du Hawe est considérée comme un des leaders européens. Les deux présidents en moins d'une semaine ont été reçus au ministère des Transports d'Elisabeth Bome puis par le conseiller aux Transports du président de la République et du Premier ministre. « Ces rencontres ont été le prétexte à un examen complet des problèmes à régler. Il a aussi été question de la nécessité de mettre sur pied une stratégie, en s'appuyant sur Bruxelles et les Régions de I'axe Seine. Nous devons definir tant pour le ministère de tutelle que pour Matignon un plan de campagne qui permettra de faire évoluer favorablement les trafics sur I'ensemble des axes considérés."


Un esprit de partenariat
Les multiples démarches entreprises servent aussi à rappeler que les décideurs sont à la manoeuvre pour irnpulser une nouvelle dynamique. À ce titre, les professionnels demandent à être associés aux débats et aux actions que pourraient engager les élus locaux. "L'objectif est de faire en sorte que les politiques soient à nos côtés comme partenaires et que nous puissions être complémentaires », insiste encore |ean-Louis Le Yondre.


 Commentaires de Florestan:

On rappelera l'enjeu essentiel: en l'état institutionnel actuel (après une réforme portuaire qui reste inachevée) le conseil de développement du grand port maritime n'a qu'un rôle consultatif dans la gouvernance d'un port chapeauté par un conseil d'administration dont le président est un haut-fonctionnaire nommé en conseil des ministres à Paris. L'enjeu de la régionalisation proposée par Hervé Morin consiste à supprimer cette tutelle jacobine parisienne inutile pour mettre le conseil de développement réellement aux commandes avec entrée des collectivités territoriales concernées dans la gouvernance à l'instar du modèle portuaire hanséatique qui fonctionne semble-t-il mieux que le modèle jacobin français quand il s'agit de défendre et de promouvoir sur un hinterland logistique très concurrentiel la place portuaire.

Ce projet de régionalisation fait actuellement l'objet d'une étude de faisabilité technique:

http://normandie.canalblog.com/archives/2017/07/12/35470547.html

Sur ce sujet essentiel, on ne sait pas, en revanche, ce qui se trame du côté du conseil économique social et environnemental de Normandie (CESER): le site est en maintenance, à l'heure ou nous écrivons ce billet... Mais nous croyons savoir qu'un rapport est en préparation sur saisine du président Morin.

Du côté francilien, le CESER s'est, quant à lui,  auto-saisi du sujet et un rapport est en cours de préparation:

http://www.ceser-iledefrance.fr/travaux/la-regionalisation-et-la-fusion-du-port-autonome-de-paris-et-des-ports-maritimes-sequaniens

Mais quand viendra l'heure de publier ces diverses études sur la régionalisation des ports de l'Axe SEINE la seule question pertinente va se poser: ces Messieurs du Havre voudront -ils vraiment de cette responsabilité? Les fauteuils de Matignon ou de l'Elysée sont si confortables pour demander ou quémander. Mais s'il s'agit de gouverner par soi-même et pour soi-même depuis une timonerie havraise...

Une rencontre au sommet entre MM. Morin et Le Yondre pourrait même avoir plus de poids qu'un aparté entre MM. Philippe et Macron: Messieurs n'attendez pas les JO de 2024 pour vous jeter à l'eau pour faire du grand port maritime du Havre soi-disant "autonome" un véritable port auto-géré...