C'est confirmé ! La Normandie, désormais seule vraie région sur la carte de France, est un cas d'école sinon LE laboratoire territorial de toutes les alternatives locales au modèle géographique dominant de l'hypercentralisation métropolitaine. Il ne s'agit pas, bien entendu, de s'opposer au fait urbain qui est le coeur de toute civilisation humaine. Mais de le repenser complètement face à l'urgence du changement climatique dont les effets destabilisants vont s'accroître au cours du XXIe siècle: il faut retrouver le principe du "pan métron" (la mesure en toute chose) cher aux anciens Grecs qui savaient l'importance de respecter la juste mesure des choses humaines pour vivre en harmonie avec le monde réel.

Il ne s'agit donc pas d'être contre le fait urbain ou contre le fait métropolitain qui permet de concentrer par accumulation et densification, les pouvoirs, les savoirs, les techniques et les richesses qui permettent à une société humaine d'organiser sa présence et son avenir sur son territoire: il s'agit, au contraire, d'en limiter la taille ou d'en repenser l'organisation spatiale pour éviter que la métropole ne détruise écologiquement mais aussi socialement le territoire qui la nourrit:

L'intérêt de la géographie normande à ce sujet est donc triple:

1) Penser plutôt en terme de réseau régional de villes plutôt qu'en terme de métropole centrale dominante: la Normandie urbaine est l'antidote au modèle français dominant symbolisé par l'hypercentralisation parisienne.

2) Proposer cette alternative métropolitaine d'une TRIPOLITAINE NORMANDE comme tête d'un grand réseau urbain régional (une ville de 10000 habitants tous les 30 km partout en Normandie) sous le nez du GRAND PARIS: Si les "Grand-parisiens" n'arrivent plus à habiter une mégalopole de plus en plus inhumaine ils pourraient venir vivre chez nous. Le modèle urbain normand, plus respectueux de l’environnement et des êtres humains pourrait devenir un grand facteur d’attractivité pour la Normandie. A condition de le mettre en valeur et de ne pas recopier en Normandie les erreurs faites partout ou en plaquant sur la géographie urbaine normande le modèle parisien de la centralisation métropolitaine. Force de constater que cette prise de conscience n’est pas encore à l’ordre du jour du côté des grands élus normands concernés mais si le « recours à la province » proposé par le philosophe caennais Michel Onfray commence à faire bouger les lignes…

3) Diffuser de façon plus homogène sur le territoire le fait urbain et les services à la population en respectant l’environnement : il faudrait faire de la Normandie, la région française qui penserait le concept élaboré dès les années 1920 de la "cité jardin" à l’échelle de tout un territoire régional qui a su garder sa cohérence géo-historique et une taille humaine. La Normandie présente encore une remarquable qualité paysagère (même si elle est en voie d’être saccagée et banalisée comme partout en France) et une subtile mosaïque de territoires (les pays) qui se complètent plus qu’ils ne s’affrontent : les ségrégations économiques et sociales ou culturelles qui hérissent de plus en plus les grands territoires métropolitains branchés sur la mondialisation restent encore modérées en Normandie. Pour encore combien de temps?  La Normandie, la région jardin des villes « à la campagne » comme l’avait déjà prophétisé Alphonse Allais, notre honfleurais préféré, dispose là d’un atout précieux.

Puisqu'il va s'agir de penser l'avenir de Caen à l'horizon 2030, nous suggérons que Caen puisse devenir le modèle français de la "ville agreste", d'une ville à la campagne... Cela implique, par exemple, de stopper le mitage pavillonnaire, d'encadrer la médiocrité architecturale, d'arrêter le grignotage foncier de terres agricoles au profit d'une banalité commerciale sans âme ni beauté qui dévore la périphérie de la ville, de réparer les entrées de la ville en plantant des arbres ou de faire renaître l'agriculture urbaine caennaise qui était florissante il y a encore 50 ans avec de nombreux vergers urbains... Nous en sommes encore très loin: Caen étant l'une agglomérations urbaines de France ayant la plus grande aire "péri-urbaine" par rapport au poids démographique de la commune centre en raison d'une véritable ceinture complète de centres commerciaux hideux dont l'activité dévore celle du centre ville historique...

A la lumière de ces considérations, nous vous invitons à lire l’analyse de Nicolas Escach, professeur de géographie à l’antenne caennaise de Sciences po… Rennes publié récemment sur le site Normandie actu : on vous laissera le soin de noter les nuances entre cette analyse et la nôtre…


 

https://actu.fr/normandie/caen_14118/tribune-place-caen-capitale-politique-normandie-2030_11658936.html

TRIBUNE. Quelle place pour Caen, capitale politique de la Normandie, en 2030 ?

Maître de conférences à l'IEP de Rennes à Caen, Nicolas Escach, docteur en géographie, imagine le développement économique, culturel et politique de Caen en 2030.

Publié le 28 Août 17 à 14:24
Dans une tribune pour Normandie-actu, Nicolas Escach s’intéresse à la place que devrait occuper Caen, capitale de la Normandie, en 2030. (©JB/Normandie-actu)

Caen (Calvados) parviendra-t-elle à être la locomotive de la Normandie réunifiée ? La ville possède d’importants atouts pour cela. Un parmi d’autres : elle est « idéalement située dans un triangle entre le Grand Paris, le Grand Londres et les métropoles nord-européennes (Bruxelles, Amsterdam, Copenhague) », pointe Nicolas Escach, maître de conférences au campus caennais de l’Institut d’études politiques (IEP) de Rennes.

Au moment où Science Po Rennes, avec son campus de Caen, ouvre un nouveau master sur les « territoires urbains innovants et mondes nordiques », questionnant la planification des villes du futur, l’universitaire, agrégé de géographie, tente, pour Normandie-actu, d’imaginer ce que pourrait être la place du chef-lieu du Calvados, en 2030. Sa tribune.

Caen attend son imaginaire

Avec la réunification de la Normandie, le 1er janvier 2016, Caen a trouvé administrativement sa place dans un modèle pionnier de gouvernance.

La cité ducale est devenue la capitale politique de la région (Conseil régional), Rouen la capitale administrative (préfecture) et Le Havre s’est dotée d’une agence d’attractivité. À l’image des principales administrations, les ligues sportives, associations et directions régionales des entreprises se sont réparties entre les principales villes du territoire. Une expérience relativement neuve dans un pays centralisé où identifier une capitale unique semblait une impérieuse nécessité.

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Le paradoxe de Caen reste d’ailleurs de rassembler de nombreux sièges régionaux sans que cela apparaisse toujours sur les cartes, celles-ci ne représentant souvent que le chef-lieu de chaque région (siège du préfet) et non l’ensemble des centres de décision. Le modèle normand est pourtant d’autant plus notable qu’il a fait des émules par exemple en Bourgogne-Franche-Comté (collaboration étroite amorcée entre Dijon et Besançon). La pérennité d’un système déconcentré au-delà de la période de transition est pourtant loin d’être un acquis.

Elle reposera principalement sur une coopération accrue entre les trois métropoles mais aussi sur la capacité des acteurs caennais à dessiner une vision de leur ville à dix ou vingt ans. La tâche est d’autant plus indispensable que Rouen et Le Havre ont construit de leur côté une perspective de développement extrêmement claire autour d’un récit fédérateur et onirique. Elles contribueront activement à la construction de l’axe Seine, la future rue du Grand Paris, ce qui pourrait créer à terme un angle mort dans l’ex-Basse-Normandie.

Consolider sur le temps long le rôle locomotive de Caen suppose donc d’imaginer le développement économique, culturel et politique de la ville demain. Entre projets déjà esquissés et lointaines utopies, à quoi pourrait ressembler Caen en 2030 ?

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Nicolas Escach, docteur et agrégé de géographie, maître de conférences à l’Institut d’études politiques à Caen. (©Liberté/le Bonhomme libre)

Une porte vers l’Europe du Nord

Pleinement normande, Caen n’est jamais aussi forte que lorsqu’elle n’est pas enfermée dans un cadre administratif ou géographique unique. Sa vocation est d’être positionnée en situation de carrefour.

À l’échelle européenne, la ville est idéalement située dans un triangle entre le Grand Paris, le Grand Londres et les métropoles nord-européennes (Bruxelles, Amsterdam, Copenhague). Trois axes structurants lui confèrent un rôle d’interface entre Europe du Sud et du Nord : la Manche reliant l’Atlantique à la mer du Nord puis à la Baltique, les liaisons vers les îles britanniques (doublement représentées par l’Angleterre et les îles anglo-normandes) et l’axe des Estuaires entre Lille et Bordeaux.

Projetons-nous un moment en 2030. Caen est devenue une référence française pour les liens franco-britanniques et franco-nordiques. Elle accueille des étudiants de Portsmouth et Jersey, propose des formations universitaires bilingues et dispose de représentations diplomatiques du Royaume-Uni en France.

L’aéroport de Carpiquet, l’un des sites des aéroports de Normandie, propose des liaisons abordables vers Londres, Saint-Hélier, Manchester en sus d’un vol hebdomadaire low cost vers Copenhague ou Stockholm. Les pays nordiques constituent le second pilier de la politique internationale : outre un ancrage culturel incarné par Les Boréales, des cursus universitaires et un tissu commercial (présence de concept-stores comme Flying Tiger ou Sostrene Grene), la ville noue des liens diplomatiques et économiques avec des métropoles scandinaves et développe une offre touristique et expérientielle sur ce thème.

Des bus reliant quotidiennement Nantes à Bruxelles ouvrent sur le Nord de l’Allemagne tandis qu’un train rapide s’arrêtant à la gare de la Défense permet une interconnexion avec des Thalys. La gare de Caen s’est d’ailleurs connectée aux principales gares TGV grâce à une ligne Cherbourg-Caen-Roissy et Cherbourg-Lyon-Marseille programmée à des horaires adaptés. Un dernier pilier international s’appuie quant à lui sur un travail autour de la paix et de la mémoire des conflits associant notamment l’Allemagne et la Norvège lors d’événements réguliers organisés au mémorial.

Un relais de l’axe Seine en Normandie

Le grand Paris s’est structuré autour de l’axe Seine qui concentre des fonds publics régionaux et nationaux sous la forme d’appels à projets. Mais la Seine ne se limite pas au fleuve éponyme : elle s’intègre bien plutôt dans un ensemble comprenant la métropole parisienne, le fleuve proprement dit et la façade maritime sur laquelle il débouche. De Cherbourg à Dieppe, le littoral normand relie Paris aux réseaux de la mondialisation.

Des sièges sociaux s’installent dans les grandes villes normandes. Caen a participé à l’exposition universelle de Paris en 2025 aux côtés de Rouen et Le Havre révélant ainsi sa contribution aux dynamiques économiques et portuaires de la Seine, thème choisi pour les forums thématiques organisés en Normandie.

Le port de Caen développe le tourisme de croisière, constitue une étape pour les plaisanciers désireux de poursuivre leur voyage vers Rouen et Paris mais représente aussi une base technique et logistique pour le port du Havre désormais en manque d’espace. Une ligne conteneur relie le terminal de Blainville au premier port français. Caen-Ouistreham entre ainsi dans les réseaux de la conteneurisation, ce qui lui permet de retrouver sa place parmi les dix premiers ports nationaux.

Un écosystème créatif

Caen-la-mer structurée autour d’un tram-train reliant la nouvelle presqu’île à Ouistreham s’est tournée vers les économies du futur en collaboration avec ses partenaires européens : l’économie bleue (éoliennes offshore, trafic ferries et conteneurs, croisière), l’économie de la connaissance (centres universitaires, pôle du livre et des arts), l’économie intelligente et numérique (télécommunications, start-ups), l’économie verte et circulaire, l’économie résidentielle.

Ses entreprises, centres de recherche et de formations, ses nouveaux équipements (un centre de congrès rénové, un nouveau palais des sports de 6 000 places) lui offrent un cadre propice. Mais ses véritables forces sont ailleurs : sa situation, à proximité immédiate du littoral, son image de « métropole verte » où la campagne n’est jamais loin de la ville et son échelle à taille humaine. L’espace et la proximité deviennent deux atouts indéniables pour inventer de nouveaux possibles. À Caen, il est facile de nouer des collaborations, d’échanger, de se rencontrer, de co-construire car tout se situe dans un rayon facilement maîtrisable. Les espaces de rencontre se sont multipliés : tiers-lieux, laboratoires de transition sur le modèle du projet Darwin à Bordeaux, agoras.

Tout est ici réuni pour ériger la ville en lieu d’expérimentation en renforçant la complémentarité entre le cœur de Caen et ses espaces agricoles environnants : biogaz produit à partir d’algues ou de résidus agricoles alimentant les transports en commun, projets d’écologie industrielle et d’agriculture urbaine, démocratie continue associant les citoyens. La ville n’est pas seulement verte grâce à un dense tissu de parcs et jardins, elle est « naturbaine » au sens où l’entend le géographe Camille Girault. La nature n’est plus seulement un interstice récréatif de la ville mais participe à son économie et à son développement.

Caen, notamment grâce à ses contacts nordiques, devient une ville intelligente et durable que des délégations françaises et étrangères viennent visiter, ce qui renforce le cercle vertueux. Des entreprises innovantes s’y installent. La ville lance pour la première fois en France un « bureau des anticipations » associant des citoyens, des élus, des membres actifs d’associations autour d’une pépinière de projet, sorte de pendant proactif et décentralisé de l’Institut des futurs souhaitables.

« Porte vers l’Europe du Nord », « relais de l’axe Seine », « écosystème créatif » : parmi beaucoup d’autres, ces horizons visent à faire converger les actions individuelles et leur donnent un sens. À un moment décisif pour Caen, son récit collectif reste en effet plus que jamais à inventer.


La Normandie, plus que jamais, un laboratoire où l'on pense aussi: le centre international de rencontres situé dans le château de Cerisy au beau milieu du bocage du Cotentin nous propose de réfléchir, précisément, sur ce que la géographie normande a de plus précieux... La "résilience" est un concept à la mode surtout dans les grandes métropoles où le saccage de la réalité est grand. La question est de savoir comment les habitants de ces territoires métropolitains hyper-urbains saccagés peuvent habiter voire réparer le réel: on appelle cela la résilience...

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Château de Cerisy la Salle (Manche): Villes et territoires résilients du 19 au 26 septembre 2017

http://www.ccic-cerisy.asso.fr/territoiresresilients17.html

DIRECTION : Sabine CHARDONNET-DARMAILLACQ, Éric LESUEUR & Dinah LOUDA (Institut Veolia), Cécile MAISONNEUVE & Chloé VOISIN-BORMUTH (La Fabrique de la Cité)

ARGUMENT: Confrontés à la mondialisation (dont l’un des aspects majeurs est l’urbanisation), les villes et les territoires s’interrogent sur leurs capacités d’adaptation face aux mutations du monde contemporain. Comment concevoir la transformation des espaces urbains, des modes de vie, des capacités d’apprentissage, des formes de gouvernance assurant des équilibres soutenables et dynamiques? Pour aborder ces questions, la notion de résilience, utilisée dans différents domaines (biologie, psychologie ou cyndinique) et qui mobilise aujourd’hui des experts, chercheurs, citoyens et élus, paraît féconde. Il s’agit, face aux perturbations, aux chocs ou vulnérabilités qui surgissent de manière parfois imprévisible, de développer à la fois une compréhension des complexités à l’œuvre et des capacités de rebond, d’organisation, d’adaptation, d’invention.

L’ambition de ce colloque, qui s’adresse à tous ceux que l’avenir des villes et territoires intéresse, est, par le croisement de multiples regards, de dégager des pistes de réflexion et d’action susceptibles de concourir à une résilience accrue des villes et des territoires. Dans une perspective pluridisciplinaire et internationale, il considérera plusieurs situations de chocs ou de perturbations (changement climatique, défis du développement économique et social, risques et ruptures technologiques, paramètres démographiques ou migratoires, terrorisme, gestion intelligente des ressources). Il interrogera aussi le lien entre bien-être urbain et résilience au filtre du rapport affectif et culturel accordé aux lieux. Il analysera les enjeux de gouvernance et les rôles respectifs des politiques publiques, de la société civile et des individus dans une perspective d’intelligence collective. Enfin, il identifiera des leviers et des processus aptes à améliorer la résilience territoriale face aux risques naturels, socio-économiques et technologiques.