C'est donc confirmé, l'Etat jacobin parisien n'a plus un rond.

Tout récemment, les élus des Hauts-de-France (sic) ont proposé au Gouvernement présidé par l'ancien maire du Havre de garantir de leurs propres deniers le fameux emprunt des 700 millions d'euros qui manquent pour boucler le tour de table financier permettant la réalisation du fameux Canal Seine Nord. Ils ont aussi proposé de prendre la gouvernance complète du projet pendant les travaux: ils ont donc proposé la "nordisation" du Canal Seine Nord Europe.

Le gouvernement réserve sa réponse pour octobre prochain et sa grande conférence sur la mobilité: Xavier Bertrand a prévenu. Si le gouvernement faisait encore la fine bouche, ce serait vécu comme une "déclaration de guerre".

Manifestement, cette "nordisation" du Canal Seine Nord semble être la seule solution: elle fera un précédent pour permettre aux Normands d'exiger la "normandisation" de l'Axe Seine, c'est à dire la régionalisation des grands ports maritimes du Havre et de Rouen et la création d'une agence régionale ad hoc avec des financements garantis pour enfin passer des discours creux ou des projets gadgets à un vrai développement notamment logistique de la Vallée de la Seine normande.

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Hervé MORIN, président de la Normandie, Frédéric Sanchez président de la métropole de Rouen et Pascal Martin président de la Seine Maritime s'entendent pour financer le projet de contournement autoroutier Nord-Est de Rouen: la NORMANDISATION de l'AXE SEINE est... en marche ! Mais tous les marcheurs (notamment ceux qui sont partis au Gouvernement) ne sont pas encore à l'heure normande comme nous le verrons tout à l'heure...

Pour nous faire une idée précise des nouvelles règles du jeu de dupes entre l'Etat central et les collectivités territoriales, nous nous sommes procuré la lettre de mission d'Edouard Philippe Premier ministre ci-devant maire du Havre, président de la communauté d'agglomération du Havre et de l'association des élus de l'Estuaire à Madame Elisabeth Borne ministre chargée des Transports.

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De cette lettre de mission on pourra lire, ci-dessous avec attention, les extraits suivants en pensant à nos urgences normandes:

On aura une pensée émue pour Monsieur Philippe Duron, l'ancien député-maire de Caen actuel président de l'AFITF parfaite coquille vidée par le lobby autoroutier et par le lobby breton (suspension de l'Ecotaxe), pour la LNPN repoussée aux calendes normandes encore plus éloignées que les grecques mais aussi et surtout pour la possibilité de régionaliser la gouvernance des projets.

"Vous rétablirez un financement réaliste des infrastructures de transport. Le secteur des transports fait face à un déficit massif de financement des infrastructures. Sur le quinquennat, près de 10 milliards d'euros supplémentaires seraient nécessaires pour tenir tous les engagements annoncés par le passé, dont 7 milliards d'euros pour des projets nouveaux. Ces engagements non-financés ne sont pas tenables dans la situation budgétaire actuelle. Ils ne constituent d'ailleurs pas toujours la réponse la plus pertinente aux besoins de mobilité de nos concitoyens et de nos territoires. Il est donc nécessaire de remettre à plat la programmation des grands projets et de l'AFITF ainsi que la trajectoire financière du système ferroviaire. Avant la fin de l'année 2017, vous dresserez un bilan de l'état réel des réseaux existants et de leurs besoins de financement pour assurer la pleine sécurité des déplacements de nos concitoyens. Vous proposerez une programmation soutenable de financement des infrastructures en mettant la priorité sur l'entretien et la modernisation de l'existant et sur les mobilités quotidiennes, en équilibrant les besoins et les ressources sur la durée du quinquennat et en fixant des priorités strictes parmi les grands projets. Vous ferez des propositions pour faire évoluer le cas échéant la répartition du financement des transports entre usager et contribuable. Par ailleurs, vous pourrez faire des propositions de modifications de la gouvernance institutionnelle de certains projets si vous estimez qu'elles sont à même de renforcer le contrôle des calendriers et des coûts."

"L'économie des différents modes de transport est fragile et certains réseaux se dégradent. Le secteur ferroviaire est largement financé par la dette de SNCF Réseau, qui a augmenté de plus de 15 milliards d'euro sur les 6 dernières années et pèse sur l'ensemble des secteurs. Nos voies navigables se dégradent lentement. Enfin, il faut veiller à conserver à notre réseau routier national sa qualité reconnue. Vous vous attacherez à rechercher un modèle économique sain pour l'ensemble des modes de transports et leurs interfaces (gares, ports), et vous proposerez les réformes nécessaires de gouvernance, de financement, et de gestion des dettes à même d'en restaurer le bon état et la compétitivité. Vous ferez en 2018 des propositions sur la gestion du réseau routier national afin d'assurer le maintien d'un haut niveau de service et un financement conforme à l'intérêt public."

"Vous organiserez des réflexions en faveur de la compétitivité de nos ports dans le cadre des conseils stratégiques de I'attractivité. D'ores et déjà, vous entamerez des réflexions sur la fiscalité applicable aux ports."


 

On lira aussi l'analyse suivante:

Lettre de Mission à Elisabeth Borne ministre des Transports : Ce que ça dit et ce que ça ne sait dire

  • Publié le 8 septembre 2017

Patrice Salini

  • La question des grands projets d'infrastructure et de leur financement est-il posé d'emblée. Avec raison, tant l'irréalisme de leur financement et les doutes associés à leur évaluation finissaient par semer plus qu'un doute - enfin - dans l'appareil d'Etat. 

  • De même l'inflexion en faveur la mobilité de tous les jours est-elle clairement visible. 

  • On notera avec intérêt que, l'on passera encore une fois par une loi d'orientation, sans qu'on sache comment ce nouveau texte aura plus d'effet que les précédents. 

  • Notons aussi l'annonce d'un "conseil d'orientation des infrastructures et des mobilités", dont le contour est inconnu mais qui doit, quelque part, témoigner de la pénurie créée par la disparition du Conseil National des Transports il y a quelques années. 

  • On sent bien aussi que la lettre est quelque part émue par les craintes de détérioration des réseaux routiers, et par la question de l'attractivité "logistique" du pays dans un contexte où la transition énergétique est une priorité assumée. 

  • Bien entendu, le texte réaffirme que "la concurrence, si elle est correctement pensée et suffisamment régulée, est une chance", ce qui implique "d'éviter ou (à) effacer toutes les causes de concurrence déloyale", et de construire des instruments de régulation "adaptés aux réalités des nouvelles économies de plateformes dans le domaine de la mobilité"C'est tout le problème...

Bref, le discours de veut à la fois libéral et pragmatiquement moderne. 

  • Vient ensuite le discours de soutien aux filières aéronautiques avant qu'on ne revienne sur l'attractivité portuaire et la politique de la mer sachant libérer les énergies de "l'économie bleue dans le respect d'un environnement plus fragile".

En gros, il convient là de faire des propositions. Le propos se termine alors par des considérations sur la sécurité et la sûreté.  Une telle lettre, met parfaitement en lumière les questions que se pose l'exécutif, et révèle en creux celles qu'il compte négliger. Ainsi, si la dégradation des voies navigables est évoquée, celles-ci ne le sont pas en ce qui concerne la desserte des ports et en l'espèce celui dont le Premier Ministre est un élu (par ailleurs ancien président du conseil des élus de l’Estuaire de la Seine). Elle met clairement sur le tapis la question des choix d'investissement et de leur financement, mais elle peine à définir des orientations concrètes en matière de politique des transports en regard des objectifs généraux avancés par ailleurs. La feuille de route est ainsi un double aveu cruel. Dommage que le second soit celui d'un page blanche. Tout cela témoigne aussi de l'abandon - espérons-le provisoire - de tout mécanisme d'élaboration collective et de cohérence des politiques. 


 

Commentaire de Florestan:

L'état jacobin impécunieux nous dit désormais: Vous voulez développer un port, creuser un canal, construire une ligne grande vitesse ou un périphérique de contournement? C'est à vous de trouver les sous. Alors les collectivités territoriales concernées doivent répliquer: Si nous devons chercher par nous mêmes les financements pour ces projets qui, pour certains, sont d'intérêt national, nous exigeons le pouvoir total de les conduire et de les gouverner car l'Etat jacobin parisien ne sert plus à rien !


 

En guise d'illustration, voici les dernières nouvelles d'un vieux serpent de mer normand, le contournement autoroutier Nord-Est de Rouen. C'est à lire dans la dernière livraison proposée par Normandie XXL:

http://www.normandiexxl.com/article.php?id=2450

Contournement Est de Rouen, l’alliance des élus met le Gouvernement au pied du mur.

Dernière mise à jour 13/09/2017

Collectivités. Cela fait 45 ans qu’on l’attend, car Hervé Morin, le Président de la Région se souvient avoir proposé le projet quand il était conseiller départemental de l’Eure en 1972, 45 ans et le contournement est encore suspendu à l’accord du Conseil d’Etat, à son décret d’utilité publique et finalement à quelques sous du Gouvernement.

On sait que le trou de 10 milliards d’euros amène le Gouvernement à remettre en cause tous les investissements concernant les grandes infrastructures mais la Normandie espère bien échapper à la moulinette pour son contournement.

Pour ne pas se heurter à l’alibi financier, et voir le projet reculé une fois de plus, la Région, la Métropole de Rouen que préside Frédéric Sanchez, et, Pascal Martin Président du Conseil Départemental de la Seine-Maritime, ont mis la main à la poche pour boucler le financement et débloquer ce projet.

Le montage financier

Montant de l’opération 890 millions d’euros HT dont 400 millions d’euros apportés par le concessionnaire, l’Etat n’apporte que 245 millions. Il fallait donc en trouver encore autant pour boucler le dossier. Alors chaque collectivité locale a apporté une rallonge au budget initialement prévu pour opération :

Région Normandie : 157 millions d’euros

Métropole Rouen Normandie : 66 millions d’euros

Département de Seine-Maritime : 22 millions d’euros

Les financeurs regrettent vivement que le département de l’Eure ne participe pas au montage alors que la région d’Evreux, les villes de Louviers et de Vernon en profiteront largement.

Aucun commentaire ne sera fait de la part des élus à ce sujet mais on sent une certaine amertume. Le fait que Sébastien Lecornu l’ex président de ce département soit désormais au cabinet de Nicolas Hulot lui donne-t-il une prévention contre les axes routiers ? C’est nous qui posons la question.

Lettre au Premier Ministre,

L’objet de la réunion de ce jour était la signature d’une lettre envoyée à Edouard Philippe, elle lui rappelle l’importance de ce projet pour la Région et son urgence pour une mise en service en 2024 année des JO. Les signataires écrivent que ce projet : « devrait prendre une place de choix dans la programmation des grands projets d’infrastructure de transport que votre Gouvernement doit arrêter à l’issue des Assises de la Mobilité ».

Le Gouvernement devrait être d’autant plus favorable, que Bruno Le Maire, actuel ministre de l’Economie, avait placé le Contournement Est dans son programme de campagne de Conseiller Régional !

Bien plus qu’une commodité locale, un axe stratégique européen

Le contournement Est de Rouen assure la liaison à 2x2 voies entre l’A28 au Nord de Rouen et l’A13 au sud, il évite ainsi que la ville soit traversée par une noria de camion. Cette autoroute c’est aussi le chainon manquant de l'axe Copenhague-Lisbonne, ce qui lui confère aussi un intérêt européen.  Pour Frédéric Sanchez, ces reports incessants ont créé une « attente longue et douloureuse» et cet accord financier constitue « un moment historique » pour favoriser le développement économique, améliorer la qualité de vie résidentielle et il rappelle « combien les infrastructures sont favorables aux développements futurs ».

Pascal Martin outre l’effort de 22 millions d’euros propose de financer : « la bretelle d’accès de l’A28 (6.5 millions d’euros) au niveau de la commune de Quincampoix : un soulagement de 4500 véhicules par jour à Isneauville, un atout indéniable pour les usagers et les riverains »

Rapidité

Tout est prêt et ce que les élus souhaitent maintenant c’est la rapidité. Pour le président de la Région : «ne pas soutenir ce dossier serait envoyer un signe très négatif à la Normandie » mais pour l’optimiste Frédéric Sanchez « tous les indicateurs sont au vert » et Pascal Martin juge que : « ce serait irresponsable que ce dossier n’aboutisse pas d’autant que la part financière de l’Etat est plutôt légère. »


 Voir aussi:

http://www.ouest-france.fr/normandie/contournement-est-de-rouen-les-collectivites-s-engagent-5243529

Lire enfin la réaction des amis socialistes "seino-marins" de Monsieur Nicolas Mayer-Rossignol ci-devant président de région en Normandie qui avait signé un papier sans réelle consistance avec le Premier ministre de l'époque nommé "contrat de plan interrégional pour le développement de la Vallée de la Seine" médiocrement financé par l'Etat central au point d'ignorer ce fameux contournement autoroutier Nord-Est de Rouen dont on parle depuis plus de quarante ans.

Il faut lire ce communiqué de presse en guise de coup de pied de l'âne pour mesurer tout le chemin qu'il reste à parcourir pour que la "Normandisation" de l'Axe Seine se mette en marche: on regrette l'absence du "marcheur" Lecornu. L'Eure est pourtant à la Normandie... Non?

Pour "nordiser" ou pour "normandiser" les grands enjeux stratégiques du territoire, il faut que les élus des collectivités concernées soient parfaitement unis et soient capables de partager une stratégie commune: dans le Nord de la France, on sait depuis longtemps que c'est la condition de la survie. En Normandie c'est une question de vie ou de mort face à la toute puissance de la région parisienne.

La posture de refus de toute participation au financement du département de l'Eure au Contournement Est de Rouen maintenue par le sous-ministre Lecornu est aberrante, consternante !

COMMUNIQUÉ DE PRESSE
 
Groupe Socialistes, Radicaux et Citoyens à la Région Normandie Contact presse : Matthieu BRASSE, 06.12.90.65.23 – groupesrcnormandie@gmail.com
 
Groupe « Pour les Seinomarins » au Département de Seine-Maritime Contact presse : François DUBOC, 07.84.25.63.24 - pourlesseinomarins@gmail.com
 
 
Rouen, le 13 septembre 2017
 
Contournement est : l’absence du Département de l’Eure est inquiétante et inéquitable.
 
 La Région Normandie, la Métropole de Rouen et le Département de Seine-Maritime ont présenté, ce jour, des financements locaux pour le contournement est de Rouen, dans l’attente de la participation de l’Etat. Cette mobilisation est une bonne nouvelle. Mais le tour de table surprend, par l’absence du Département de l’Eure. Nicolas Mayer-Rossignol, Président du groupe « Socialistes, Radicaux, Citoyens » au Conseil Régional de Normandie, et Nicolas Rouly, Président du groupe « Pour les Seinomarins » au Conseil Départemental de Seine-Maritime, réaffirment l’importance de ce projet et la nécessité d’une participation de l’ensemble des collectivités locales concernées, aux côtés de l’Etat.
 
Le contournement est de Rouen doit se faire. Bien avant 2015, les principales collectivités concernées s’étaient engagées à y contribuer, aux côtés de l’Etat. En ce sens, l’annonce aujourd’hui de financements locaux indispensables au projet est une bonne nouvelle. Mais l’absence du Département de l’Eure dans ce tour de table est à la fois choquante et inquiétante.
 
Elle est choquante, car elle entérine une répartition inégale de l’effort entre les deux collectivités départementales concernées, dont l’une (Seine-Maritime) participerait à hauteur de 22 millions d’euros et l’autre (Eure) zéro.
 
En admettant même qu’ils diffèrent, l’équité suppose que les efforts soient mieux répartis. C’est un enjeu de justice pour les contribuables seinomarins et d’efficacité pour le projet, dont la sécurité financière resterait sinon très incertaine.
 
Au demeurant, cette situation est aussi inquiétante, car elle semble annoncer un désengagement du gouvernement lui-même. Ce dernier compte en effet deux ministres eurois, MM. Lecornu et Le Maire, influents dans leur département comme au gouvernement et directement concernés dans leurs fonctions actuelles : développement durable pour l’un, économie pour l’autre. Comment ne pas s’inquiéter de les voir cautionner, de fait, le retrait du Département de l’Eure ? Faut-il voir dans leur attitude le signal d’une menace pesant sur l’avenir même du contournement est ?
 
Nicolas Mayer-Rossignol et Nicolas Rouly proposent : « Ce vendredi 15 septembre, les cinq Présidents des Départements normands seront réunis à Clères, en Seine-Maritime. C’est une belle occasion pour le Président du Conseil départemental de l’Eure de s’engager à reconsidérer sa position, à la lumière des annonces de ses collègues. A défaut, il romprait définitivement l’unanimité des collectivités, au risque de fragiliser leur position. Il reviendrait alors au Premier Ministre de mettre un terme rapide à ce suspens normand, en sécurisant lui-même le financement du projet, par un engagement clair, rapide et positif du gouvernement, au nom de l’Etat »


 Commentaire de Florestan:

Toujours s'en remettre pour tout à l'Etat central parisien! C'était la seule vision de l'avenir pratiquée dans l'ex armoire technique de la région parisienne en aval du pont de Puteaux, armoire classée "Sévéso-normande": La Haute-Normandie n'existe plus mais elle hante encore certains cerveaux politiques parfaitement profilés pour ne jamais sortir du tuyau séquanien reliant Paris à la mer...

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Pour mémoire, rappelons la signification du logo ci-devant haut-normand:

Un demi léopard solitaire se noie dans la Seine en tentant d'en remonter le cours à la nage jusqu'à Paris...

Sébastien Lecornu, à défaut de marcher pour la Normandie, sera-t-il longtemps un bon nageur dans le grand bouillon de Macron?