Le processus de restauration de l'unité institutionnelle de la Normandie va franchir une nouvelle étape importante: le retour à une académie normande unique telle qu'elle existait avant les années 1960 depuis le siège du rectorat de Caen, va être expérimenté par l'actuel gouvernement.

Caen_rectorat

Le fait de restaurer l'unité académique normande depuis le siège de Caen qui abrite une université complète depuis 1432 semble légitime au regard de l'histoire et de la géographie.

Pour mémoire:

Le 18 octobre 1808, le conseil de l'Université adopte un « statut concernant la division de l'Université en académies ». Il prévoit l'organisation à terme de trente-deux académies mais les départements qui ne possèdent pas le nombre de facultés nécessaires sont rattachés à l'académie voisine. Le ressort de l'académie de Caen s'étale donc de fait sur les cinq départements normands (Calvados, Eure, Manche, Orne et Seine-Inférieure).

Le 7 septembre 1848, un arrêté du gouvernement réduit le nombre d'académies à vingt. La situation reste inchangée pour l'académie de Caen.

La loi du 14 juin 1854 refond la carte académique et crée seize académies interdépartementales ; on adjoint alors un sixième département au territoire de l'académie de Caen, la Sarthe.

Après le désastre de 1944, il a fallu se mobiliser fermement notamment à Caen autour du recteur Pierre Daure pour que l'université de Caen soit rétablie et éviter sa suppression définitive au profit de l'université parisienne...

Ce n'est que dans les années 1960 que l'académie de Caen est divisée en deux pour coller aux périmètres des nouvelles circonscriptions d'action régionale de Haute et de Basse-Normandie suite à la création des préfectures régionales de Caen et de Rouen. La Sarthe rejoint le reste du Maine en étant incorporée à la nouvelle académie de Nantes, créée le 1er janvier 1963.

 Depuis le 1er janvier 1964, les deux départements "haut-normands" formaient l'académie de Rouen. L'académie de Caen "croupion" s'étendant sur les trois départements normands restants "bas-normands" et sur l'île de Saint Pierre et Miquelon.

Ajoutons à cela que le lycée Claudel d'Ottawa (Canada) qui relève de l'AEFE, bénéficie d'une coopération avec l'académie de Caen, notamment pour l'organisation de la formation continue.

Bien entendu, le retour à l'académie normande et caennaise unique n'implique pas d'en revenir à la seule université de Caen, l'Alma mater normande, certes, mais qui coopère depuis longtemps avec les universités de Rouen et du Havre: on rappelera que cette coopération universitaire normande est ancienne puisqu'un Pôle Universitaire Normand était créé dès les années 1990. Il est vrai aussi que certaines grandes "régions" gardent deux académies voire trois sur leur territoire: dans la nouvelle Avernorhodanalpie, on compte les académies de Lyon, Clermont-Ferrand et Grenoble...

On a envie de dire: pour combien de temps?

Car il est à craindre que le cas idéal normand (fusion de deux régions = province géo-historique) ne soit plaqué partout comme lors de la réforme territoriale par fusion régionale subie par les citoyens habitants de 2014. Le modèle de la "région académique" que souhaite mettre en place le nouveau ministre de l'Education Nationale ne marchera que pour la Normandie, puisque c'est la SEULE VRAIE REGION en France !

Plus que jamais, la Normandie est un laboratoire: la répartition harmonieuse des directions académiques régionales va se faire entre Caen (siège du recteur) et Rouen à l'instar de ce qui a déjà été fait pour la préfecture régionale (siège à Rouen, antenne à Caen) ou pour le conseil régional (siège à Caen, antenne à Rouen).

Le binôme Caen/ Rouen va donc se renforcer sans oublier Le Havre (grand port maritime et logistique internationale) et Deauville (congrès internationaux) pour permettre à la Normandie d'atteindre le niveau de services métropolitain d'une façon qui reste encore marginale et originale en France: le réseau régional urbain comme alternative durable au modèle obsolescent de l'hypercentralisation ou de l'hyperconcentration dans une ville unique...

Le retour à une académie unique va aussi renforcer le poids de la Normandie dans les hiérarchies feutrées de l'Education Nationale: la division normande en deux petites académies a certainement contribué au déclin universitaire et scientifique normand malgré la belle promesse des années 1970 et en partie réalisée de faire de Caen "la Grenoble de l'Ouest". Après des années 1980 plutôt florissantes dans les facultés normandes, les années 1990 et 2000 ont été celles d'un incontestable déclin notamment marqué par une stagnation du niveau scolaire et du niveau d'accès aux diplômes supérieurs en Normandie quand bien même l'université de Caen s'était dotée d'un réseau territorial innovant d'IUT implantés dans les villes petites et moyennes de la Basse-Normandie.

Des signes qui ne trompent pas:

Pas ou peu de grandes écoles supérieures implantées à Caen, Rouen ou Le Havre

La Normandie sous la moyenne nationale pour l'accès aux diplômes supérieurs

Exode massif des bacheliers normands hors des académies de Caen et de Rouen

Faible poids de la recherche scientifique ou de l'innovation technologique dans le PIB normand

Et last but not least, la valse permanente des recteurs en Normandie (un recteur par an  ou presque!) qui signe plus qu'un autre signe le mépris de l'Etat central jacobin pour notre région...


 

Lire ci-après, cet article paru sur le site Internet de l'hebdomadaire, l'Etudiant:

Deux académies pour un recteur : l'expérimentation normande

Laura Taillandier  |  Publié le 06.09.2017 à 18H12

Jean-Michel Blanquer expérimente une rationnalisation de la carte des académies en commençant par la Normandie.
Jean-Michel Blanquer expérimente une rationnalisation de la carte des académies en commençant par la Normandie. // © Denis Allard / R.E.A

Première dans l'Éducation nationale : deux académies, Caen et Rouen, vont être gérées par un même recteur. Cette expérimentation, qui vise à rationaliser la gouvernance académique, pourrait à terme servir de modèle pour revoir l'organisation des rectorats.

C'est la surprise de la rentrée côté gouvernance dans l'enseignement. Après le départ de Nicole Ménager, la rectrice de Rouen, en juillet 2017, le ministère de l'Éducation nationale a décidé de ne pas nommer de remplaçant afin de tester la formule "un recteur pour deux académies". Soit une "véritable région académique" en Normandie.

Actuellement, se superposent deux cartes : la première avec 30 académies, pilotées chacune par un recteur et la seconde avec 17 régions académiques. Lorsque ces dernières comportent plusieurs académies, sont nommés à la tête de ces entités territoriales des "super recteurs", soit neuf au total. 

"Nous avons hérité d'une situation très 'hybride', très 'intermédiaire' et nous devons en tirer les conséquences [...]. Il est normal que nous regardions dans quelle mesure on peut aboutir à de véritables régions académiques dans les temps à venir", souligne Jean-Michel Blanquer dans "Acteurs publics". "Nous allons donc le faire en engageant les travaux et la réflexion dans quelques régions expérimentales", explique-t-il. L'objectif visé est de rationaliser, à terme, la carte des académies.

Quelle organisation ? 

Le premier test a donc lieu en Normandie. C'est l'actuel recteur de Caen et également recteur de la région académique, Denis Rolland, qui devrait prendre ce nouveau rôle. Le ministère de l'Éducation nationale travaille actuellement au cadrage de cette expérimentation pour un démarrage imminent. Un texte réglementaire – probablement un décret – devrait instaurer cette possibilité pour un recteur d'être à la tête de deux académies. Et ce sera l'occasion peut-être de préciser le nouveau fonctionnement de la chaîne hiérarchique.

Une mission regroupant les grands corps de l'État, notamment les inspections générales, devrait être chargée d'évaluer cette expérimentation. "À la suite des conclusions de la mission début 2018, une concertation sera menée pour travailler sur l’évolution de l’organisation territoriale de l’Éducation nationale", précise l'Unsa-Éducation. Pour l'instant, "le ministère nous assure que les deux académies seront conservées et que les affectations de moyens pour 2018 seront fléchées par académie", précise l'organisation syndicale, reçue par le cabinet du ministre, début septembre.

"Cela va permettre notamment, dans un premier temps, d'avoir un seul interlocuteur au niveau de l'Éducation nationale face au président de région et des différents partenaires", ajoute Frédéric Marchand, le secrétaire national de l'Unsa-Éducation qui suit ce dossier. Et éventuellement d'avoir "une direction collégiale apaisée", note Jean-Marc Boeuf, le secrétaire général d'A&I-Unsa.

QUELLES CONSÉQUENCES ?

Pour A&I-Unsa, cette expérimentation agit toutefois comme "un détonateur". "Derrière cette apparente simplicité, se cache en effet beaucoup de possibilités d'expérimentation [...]. Il ne faut pas oublier que les décrets actuels sur la gouvernance académique permettent beaucoup : fusion de services, regroupements, missions transversales…, décrypte le syndicat. Contrairement à ce que l'on pourrait penser, l'essentiel de la réorganisation des académies peut se faire à droit constant."

"Deux scénarios sont possibles, observe Sylvain Berthaud, responsable local du Sgen-CFDT. Aller localement à terme vers une fusion de ces deux académies qui comptent cinq départements – ce qui ne paraît pas extraordinaire. Ou autre hypothèse : ne garder qu'un seul recteur par région académique sans pour autant décider de fusionner les académies lorsque les effectifs concernés sont trop importants ou que le territoire est trop vaste."

dans les rectorats, de nombreuses questions

De son côté, le rectorat de Rouen se dit dans l'attente de précisions officielles et souligne que le service de la formation professionnelle initiale et continue est déjà mutualisé avec l'académie de Caen. C'est le secrétaire général de l'académie de Rouen, Mostefa Fliou, qui assure l'intérim depuis le départ de Nicole Ménager.  "Nous sommes inquiets car le recteur de Caen ne pourra pas être partout. Sans faire de procès d'intention, va-t-il pouvoir assurer le minimum de dialogue social ?", interroge Thierry Patinaux, secrétaire régional de l'Unsa-Éducation.

Dans les services des rectorats, l'heure est aux questionnements. "Les personnels se demandent s'il va y avoir des fusions de services, s'ils vont devoir changer de service. Cette réorganisation va poser plein de questions auxquelles il va falloir répondre", poursuit Thierry Patinaux. "On sent du côté des administrateurs des rectorats une certaine tracasserie. Cette expérimentation va mettre un peu de désordre ou peut-être de confusion dans la chaîne hiérarchique. Les habitudes de travail ne sont pas les mêmes dans les académies et le rapport de proximité avec le recteur va être modifié", note Sylvain Berthaud, du Sgen-CFDT. Jean-Michel Blanquer avait pourtant prévu dès son investiture que l'"expérimentation" aurait un rôle décisif pendant son mandat. 

Laura Taillandier  |  Publié le 06.09.2017 à 18H12

 
Commentaire de Florestan:
L'antidote au poison du clochemerle: de plus en plus de Rouennais à Caen et de plus en plus de Caennais à Rouen. Il va falloir renforcer et améliorer l'offre ferroviaire entre les deux villes soeurs normandes.