Maintenant, vous le savez: il y aura, dans l'histoire de la Normandie au XXIème siècle un avant et un après 23 octobre 2017:

29-09-2017 17;56;40

Emmanuel MACRON va nous faire l'une de ses grandes messes dont il a le secret pour nous expliquer comment il entend faire de Paris le... Grand Paris de niveau mondial dont tous les experts qui hantent sa cour espèrent l'avènement.

Pour lors, la seule certitude que nous ayons c'est que Macronaparte 1er va reprendre l'idée de Sarkozy-Rufenacht-Grumbach-Delouvrier d'un Grand Paris étendu jusqu'à la mer avec l'Axe Seine: comme en 1960 ou comme en 2010, la Normandie n'est pas pensée en tant que telle mais en conséquence.

Et la conséquence, si l'on ne parle QUE d'un Axe Seine tuyau permettant de brancher le gros village provincial parisien sur l'air du large de la Mondialisation via le Havre, c'est la mort de la Normandie sacrifiée vivante sur la pierre d'autel de l'intérêt national (confondu avec celui de Paris) pour offrir son coeur palpitant, la vallée de la Seine, en offrande au Grand Paris. Bien entendu, la Normandie en tant que telle (la région présidée par Hervé Morin) n'a pas été consultée pour participer à cette initiative et il n'a pas été prévu qu'on lui demande son avis...

Si Edouard Philippe, l'ancien maire du Havre, a soufflé cette idée à Macronaparte 1er, il a pris, l'année du 500ème anniversaire de la fondation du Havre, toutes ses responsabilités. Des responsabilités historiques si la Normandie devait disparaître définitivement dans cette lubie grand parisienne et maritime...

Touret-Macron

Il n'est pas le seul d'ailleurs: Alain Tourret, notre chevaleresque réunificateur normand nous déçoit beaucoup depuis qu'il rampe en Macronie. Car, à l'entendre désormais (notamment lors d'une réunion publique en Normandie au printemps dernier pendant la campagne présidentielle) la Normandie réunifiée s'est faite belle pour qu'elle soit offerte à l'ogre parisien. Tourret, qui pourrait avoir un certain ascendant sur les autres députés normands "en marche" (sic!), défend maintenant, sans vergogne, une fusion Normandie-Ile de France ! Et les dernières nouvelles des crampes d'un Alain Tourret plutôt allongé que debout sont assez pitoyables !

http://www.lopinion.fr/edition/politique/groupe-lrem-a-l-assemblee-bientot-scinde-134911

Et il faut craindre que les "capitulards" ci-devant normands soient nombreux, notamment dans cet "Axe Seine" qui devrait être le coeur même d'un projet normand hautement défendu et clairement expliqué ou revendiqué: on ne saurait sortir indemne de près de soixante années de paresse intellectuelle dans la soumission au pouvoir parisien... notamment du côté de Rouen !

La Normandie, antiquaille prestigieuse à remiser au musée de l'Histoire géographie, après plus de onze siècles d'existence n'aurait plus rien à faire ou à dire au XXIème siècle?

On devrait plutôt poser une autre question: Est-ce pertinent de faire Paris sur Mer ? Car a-t-on déjà vu un éléphant prendre la mer? Est-ce à un hinterland aussi puissant soit-il de contrôler une façade maritime et portuaire ou l'inverse?

Concrètement les données géographiques et institutionnelles du problème sont les suivantes:

1) Fusion des départements de la petite Couronne avec le département de Paris pour créer le territoire métropolitain du Grand Paris dans une région IDF inchangée.

2) Fusion complète départements- région- et métropole du Grand Paris sur le périmètre actuelle de la région IDF

3) Fusion de Paris et des départements de la Petite Couronne dans une région IDF élargie à l'Oise (ancien Valois francilien)

4) Fusion de Paris et des départements de la Petite Couronne dans une région IDF élargie à l'Oise et à l'Eure et Loir (Chartres et Dreux)

5) Fusion de Paris et des départements de la Petite Couronne dans une région IDF élargie à l'Oise, l'Eure et la Seine-maritime (Axe Seine normand): c'est, semble-t-il ce qui a été envisagé en juillet 2017 dans cette fameuse conversation entre Macron et Patrick Ollier révélée par le Canard Enchaîné le 6 septembre dernier...

6) Fusion de Paris et des départements de la Petite Couronne dans une région IDF élargie à l'Oise mais avec une coopération interrégionale institutionnelle avec la Normandie: une agence nationale de développement de l'Axe Seine pourrait être créée avec une présidence politique. C'est l'option qui pourrait être proposée par Hervé Morin et les Normands... à condition que l'état central parisien accepte (ce serait historique) qu'un enjeu national de l'importance de l'Axe Seine (41% du PIB de la France) soit piloté, gouverné, valorisé et financé depuis la région qui le met en oeuvre, à savoir... la Normandie.

Hervé Morin et les Normands vont devoir construire un rapport de force et ils ont, pour le faire, trois arguments de poids:

1) L'Etat jacobin est impécunieux et n'a plus les moyens concrets (finances) de son arrogance affichée: la "normandisation" de l'Axe Seine proposée par Hervé Morin à l'instar de la "nordisation" du Canal Seine Nord proposée par Xavier Bertrand est la seule solution.

2) Le pilotage centralisé, jacobin, parisien de l'Axe Seine depuis les années 1960, c'est-à dire, depuis la décision de l'Etat de couper la Normandie en deux dans la perspective de faire Paris sur Mer (plan Delouvrier) a été calamiteux: le grand port maritime du Havre stagne, n'est qu'un port de transit des marchandises à destination du seul marché de la région parisienne. Le fret ferroviaire s'est effondré. Rouen, l'ancienne seconde ville de France n'est pas une métropole attractive et la Normandie divisée cumule près de quarante années de retard dans les domaines les plus stratégiques (recherche supérieure, attractivité métropolitaine, niveau des diplômes et des formations, enclavement, infrastructures...).  C'est un schéma de type colonial qui a stérilisé la Normandie au lieu de la développer: la tête parisienne s'est donc tirée une balle dans son pied... normand.

Le temps est venu de faire l'inverse.

3) La Normandie, seule vraie région de France, ayant une taille humaine, reconnue dans le Monde entier pour son prestige historique et culturel doit devenir l'antidote d'un Grand Paris menacé d'entropie pour être trop massif et trop complexe, pour n'avoir pas le temps et l'envie de s'occuper d'autre chose que de lui-même. Car l'avenir, de plus en incertain tant du côté de la révolution industrielle numérique en cours que du côté du changement climatique, risque de mettre rudement à l'épreuve le modèle dominant actuel de l'hyperconcentration de tout en un lieu urbain unique. Pour que le Grand Paris ne devienne pas invivable ou inhumain, la solution ne pourra être que normande... A condition que les Normands soient maîtres à bord, en Normandie !

Le 25 septembre 2017 à l'hôtel Mercure de Rouen, à la demande du président de région, Jean-Baptiste Gastinne, vice-président de la région Normandie en charge du dossier de l'Axe Seine recevait, dans une première réunion préparatoire, quelques grands acteurs de la société civile normande pour élaborer un point de vue normand sur le sujet: Hervé Morin souhaite présenter la vision et le projet des Normands sur l'Axe Seine avant que le président de la République n'annonce publiquement ses intentions concernant le Grand Paris.

A cette occasion, le texte à lire ci-dessous a été transmis à Monsieur Gastinne par Didier Patte, porte-parole du Mouvement Normand. Jean-Baptiste Gastinne est donc chargé de rassembler les réflexions, avis et requêtes issues de la société civile normande sur l'Axe Seine: on notera, cependant, l'absence du CESER dans ce processus de consultation sur un sujet pourtant essentiel pour l'avenir même de la Normandie...

réunion axe seine 1

réunion axe seine 2

réunion axe seine 3

réunion axe seine 4


 Mais face au néo-jacobinisme d'Emmanuel Macron qui est une arrogance qui n'en a plus les moyens réels, la fronde n'est pas que normande: elle est, désormais, générale...

http://www.paris-normandie.fr/actualites/societe/les-regions-engagent-la-fronde-DB10996234?utm_source=Utilisateurs+du+site+LA+NEWS&utm_campaign=80146ff833-RSS_EMAIL_CAMPAIGN&utm_medium=email&utm_term=0_233027d23b-80146ff833-137315997

Les régions engagent la fronde

Politique. Réunis hier en congrès à Orléans, les présidents des régions ont décidé de se retirer de la Conférence des territoires instaurée par l’exécutif et censée rassembler toutes les collectivités locales et leurs associations. Ils protestent contre la confirmation par le Premier ministre, Édouard Philippe, d’une baisse de 450 millions d’euros d’un fonds de soutien au développement qui leur était alloué au titre de l’élargissement de leurs compétences économiques. Pour la Normandie, cela représente un « trou » d’environ 45 millions.

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« Le pacte de confiance est rompu »

Vice-président en charge de l’environnement, Hubert Dejean de La Batie représentait la Normandie au congrès de Régions de France, dont il est reparti hier « extrêmement déçu » et avec encore beaucoup de questions sans réponse. « Nous sommes tous un peu restés sur notre faim », dit-il.
Dans quel état d’esprit êtes-vous sorti du congrès de Régions de France ?
Hubert Dejean de La Batie : « Déçu, extrêmement déçu. D’autant plus que l’annonce de la suppression des 450 millions d’euros de ce fonds de soutien au développement économique, intervient au lendemain de la présentation par Hervé Morin de mesures fortes pour l’économie et pour l’emploi dans notre région. C’était un fonds exceptionnel, on est bien d’accord... Mais on l’attendait quand même ! »
Comment avez-vous accueilli l’intervention du Premier ministre ?
« On a de la sympathie pour lui. On a du respect car on sait que sa tâche n’est pas facile et qu’il est soumis à des contraintes extraordinairement fortes. Mais l’annonce de la suppression de cette aide au tout début de son discours nous a porté un coup très rude, si bien que tout le reste est passé au second plan. C’était l’expression de préoccupations communes, d’une volonté de travailler ensemble... Je ne vous cache pas que nous étions tous profondément déçus qu’il n’y ait pas d’annonce en dehors du fait que nous n’aurions pas les 450 millions attendus. Rien de précis, rien de concret... »
Sur quels autres sujets attendiez-vous des réponses ?
« Ils sont nombreux. Par exemple sur la fiscalité et sur la taxe pour la transition énergétique. Tout cela nous paraît encore un peu flou alors que nous avons besoin de précision pour avancer. Prenons un exemple : le gouvernement annonce que, comme le veut la loi, les régions sont chefs de file pour la transition énergétique. Puis, juste après, que ce sont les EPCI (N.D.L.R. : Établissements publics de coopération intercommunale) qui vont contractualiser avec l’État et recevront les fonds. Il faudrait savoir ! Nous sommes confrontés à des déclarations contradictoires et tout cela entretient le flou, l’incertitude. Même chose pour la réforme de la fiscalité locale ».
Certains présidents de régions avaient déjà envisagé d’assumer de nouvelles compétences et expérimentations, par exemple sur les routes nationales et le droit à une écotaxe régionale pour les poids lourds. En a-t-il été question ?
« Non, pas du tout, et nous sommes tous un peu restés sur notre faim. Pour ce qui est des compétences, le Premier ministre a confirmé nos champs d’intervention : le développement économique, le soutien à l’emploi, la formation, l’apprentissage dont la relance se fera avec les régions. Mais pour ce qui est des modalités d’intervention, l’impression qui prévaut c’est le flou artistique ».
Le président de la République avait souhaité conclure un « pacte de confiance » avec les collectivités locales. C’est terminé ?
« Il est rompu. Pour ce qui est de la confiance, comme vient de le dire le président de Régions de France, Philippe Richert, on a besoin de preuves. D’où cette annonce de nous retirer de la Conférence des territoires. Pour ma part, je n’aime pas la politique de la chaise vide, mais cette décision traduit le trouble des régions à qui on reconnaît un rôle important dans le domaine de l’économie, de l’aménagement du territoire, mais avec qui on refuse de parler de leurs ressources. Nous sommes conscients que tout le monde doit faire des efforts, des économies. Mais ce que nous regrettons le plus est que les décisions soient prises sans aucune concertation ».
Propos recueillis  par Franck Boitelle