Nous commençons sérieusement à perdre patience...

Tandis que les officiels portuaires du côté d'HAROPA fanfaronnent sur des résultats moyens et attendus comme un verre à moitié plein ou à moitié vide, que les flonflons mouillés d'un été au Havre s'achèvent dans un automne sans Saint Martin pour le 500ème anniversaire d'une fondation qui a fait venir les bobos parisiens derrière les vitres du Musée Malraux et fait fuir le maire à Matignon, on apprend que la patience ferroviaire havraise pourrait s'exercer au-delà de 2030, on apprend que la gestion de l'Axe Seine pourrait être intégrée dans le périmètre d'études du Grand Paris, on apprend que les grands élus du Nord ont obtenu le droit de piloter le Canal Seine Nord qui branchera directement Paris sur un port municipal belge en contre-partie de son financement, on apprend le retour de l'élagueur Duron pour une énième "remise à plat" des grands projets d'infrastructures, on apprend que la dette de la SNCF dépassera les 50 MILLIARDS en 2020 et que la part du fret ferroviaire dans le trafic des grands ports maritimes normands s'est effondré à moins de 5%. En conséquence, on apprend que seuls 20%, en moyenne, des conteneurs transportés par ces géants de la mer qui escalent au Havre y sont réellement débarqués et qu'un conteneur débarqué au Havre est, en général, baladé en camion pour être dépoté à... Orléans ou à GARONOR! Et, last but not least, on apprend que les ports régionaux de Nantes-Saint Nazaire et de Dunkerque (officiellement dénommés "grands ports maritimes") se lancent dans d'ambitieux programmes d'aggrandissement ou de création de terminaux à conteneurs...

Et du côté de la Vallée de la Seine normande?

On y apprend... rien, ou presque!

Le préfet délégué interministériel au développement de la Vallée de la Seine (alias "Axe Seine") est, plus que jamais, fantômatique: François Philizot est maintenu à son poste puisqu'un fantôme ne saurait quitter ce qu'il hante... Comme on le dit dans les îles anglo-normandes, d'après Victor Hugo, les maisons hantées sont des "maisons visitées": pour sûr! le dossier de l'Axe Seine a bien été visité et pas seulement en péniche de croisière. Les décorateurs et accessoiristes qui fournissent les tuyas bien verts en pot pour les estrades ainsi que les artisans traiteurs pour garnir le fond de la salle avec des petits fours s'en souviennent bien de l'Axe Seine: ils ont bien travaillé. Les pompes funèbres générales aussi pour tendre de crèpe noir la belle affaire d'un "Gateway", "hinterland" logistique des grands ports maritimes normands. Car la grande affaire, nous dit-on, c'est qu'il n'y a plus de pognon!

Alors, oui, c'est vrai, ça bouge un peu du côté du Serqueux-Gisors pour désenclaver les accès ferroviaires du GPM du Havre par le plateau de Caux et la boutonnière du pays de Bray. Mais si ça bouge c'est surtout que les élus brayons braillent contre une future autoroute ferroviaire qui va cisailler leur terroir en deux... A quoi il faut ajouter la bétoire bouillonnante du député Bouillon qui ne veut pas d'une balafre supplémentaire dans le pays de Caux entre Rouen et Yvetot dans la perspective d'une Ligne Nouvellement Procrastinée en Normandie... Voilà pour la rive droite de la Seine.

Et du côté de la rive gauche? RIEN !

A croire qu'on y est en terre étrangère. Qu'il s'agit d'une... Catalogne indépendante alors que la Normandie est ré-u-ni-fiée et pas seulement par la grâce d'un beau tablier suspendu dans les lumières impressionnantes de l'Estuaire à 80 mètres au-dessus de l'eau!

La seule nouveauté c'est que Morin Le Normand veut expérimenter la régionalisation de la gouvernance des grands ports maritimes de l'Axe Seine: une idée frappée au coin du bon sens! Sauf que Fabienne la Jacobine ne veut surtout pas en entendre parler...

Le 23 octobre 2017 Macronaparte 1er nous prépare l'un de ses discours fleuve dont il a le secret pour tracer LA feuille de route pour l'avenir du Grand Paris et il est à craindre qu'elle se déroule non pas de l'aval vers l'amont mais plutôt de l'amont vers l'aval faute de voir sortir des brumes automnales qui hantent aussi les méandres de la Seine, la flotille de drakkars normands qui, autrefois, faisait frémir Paris d'effroi...

Alors nous perdons patience. Et, semble-t-il, nous ne sommes pas les seuls...

Aussi, pour conclure en beauté cette année de festivités pour le 500ème anniversaire de la fondation d'un port et de sa ville par un roi de France, nous prendrons le royal de luxe de poser LA question:

Veut-on vraiment préserver l'avenir du Grand Port Maritime du Havre?

Nous vous proposons de lire et de méditer le dossier documentaire présenté ci-dessous et préparé par notre correspondant havrais Michel Duval, vigie infatigable depuis 20 ans sur ce dossier essentiel quant à l'avenir de notre région... (Quand parfois le phare de la pointe de la Roque est allumé la nuit c'est qu'il y dort...)

phare-de-la-roque-21


 

1) La députée LR "constructifs" Agnès Firmin-Le Bodo vient d'interpeller le ministre de la cohésion des territoires (sic!) au sujet de l'avenir même du port du Havre (source: Paris-Normandie, 10 octobre 2017): pour mettre en oeuvre une vraie politique maritime en France il faudrait cesser le saupoudrage. Il n'y a que deux véritables GPM en France: Marseille et Le Havre.

12-10-2017 18;25;09

La réponse des Nordistes: Dunkerque a droit à sa place sous le soleil grâce à un projet largement auto-financé...

22-10-2017 22;45;27

L'objectif du Grand Port Maritime de Dunkerque est d'arriver à 2,5 millions d'EVP annuels (équivalents vingt pieds) à l'horizon 2030 contre 350 000 actuellement: on rappelera que le GPM du Havre placé sous direction jacobine plafonne à 2,5 millions d'EVP justement. L'autre objectif du port de Dunkerque plus performant que le port du Havre en matière de fret ferroviaire est de se tailler un large hinterland vers l'EST: c'est aussi l'un des objectifs du GPM du Havre qui peine cependant à s'en donner vraiment les moyens!

Lire, par exemple, cet article de la Voix du Nord:

Port de Dunkerque

Deux kilomètres de bassin à creuser pour encore plus de conteneurs

La Voix du Nord Par Laurent Leys | Publié le 18/09/2017

Le projet s’appelle CAP 2020, mais il concerne surtout la prochaine décennie. Un bassin maritime – le projet Atlantique – va être creusé en deux étapes sur deux kilomètres dans le prolongement du quai de Flandre au port ouest. Une importante zone logistique sera aménagée. Objectif : développer le trafic des conteneurs.

« Une opération relativement classique. » Voilà comment Stéphane Raison présente le projet CAP 2020. « Classique » sans doute dans le milieu portuaire, mais impressionnante pour le commun des mortels. Il s’agit de prolonger le quai de Flandre de deux kilomètres à l’intérieur des terres dans le courant de la prochaine décennie pour accueillir les plus grands porte-conteneurs.

Le président du directoire de Dunkerque-Port entend profiter du développement du marché mondial dans ce secteur, même si l’Europe ne joue pas le rôle de locomotive : « Nous voulons aller chercher des trafics qui nous échappent, par exemple ceux qui vont de Paris à Rotterdam sans passer par Dunkerque. » Objectif : atteindre 2,5 millions de conteneurs contre 340 000 à l’heure actuelle.

« Nous voulons aller chercher des trafics qui nous échappent »

Stéphane Raison évoque « un aménagement mesuré et progressif pour répondre à des objectifs de trafic ». Le chantier se décomposera en deux phases. La première verra le creusement du bassin sur un kilomètre à partir de fin 2022 - début 2023 sur une période de trois ans. La seconde se déroulera selon le même schéma. « Le projet court jusqu’à 2030-2035. »

16 000 emplois

Le Grand Port maritime mise aussi sur l’aménagement de 350 hectares de zones logistiques, près de ce futur bassin Atlantique, ce qui permettra l’installation de 170 hectares d’entrepôts.

Premier port fluvial régional, Dunkerque est aussi le premier port français pour le fret ferroviaire. Il dessert les Hauts-de-France, mais son hinterland (l’arrière-pays où s’étend son influence) court jusqu’au grand Est. On attend de ce projet la création de 16 000 emplois directs et indirects et 1,8 milliard d’euros de valeur ajoutée en 2035.

Atlantique 1 - Baltique 0

Atlantique ou Baltique ? Finalement, c’est le premier projet qui l’a emporté. Au cours de la réunion de présentation tenue hier matin au pavillon des maquettes, Stéphane Raison a présenté les avantages, à ses yeux, de la solution Atlantique.


 

Lire aussi cet article des Echos: Nordlink Ports entend bien concurrencer... HAROPA

Les ports des Hauts-de-France s'unissent

Correspondante à Lille Nicole Buyse - Les Echos | Le 03/03/2017

https://www.lesechos.fr/03/03/2017/LesEchos/22396-111-ECH_les-ports-des-hautsde-france-s-unissent.htm

 Les ports maritimes et fluviaux, leurs plates-formes terrestres et les CCI se fédèrent dans Norlink Ports.

L'union sacrée. Le Grand port maritime de Dunkerque, la Société d'exploitation des Ports du Détroit (Boulogne et Calais), Ports de Lille, les huit CCI des Hauts-de-France et le Syndicat mixte Docks Seine Nord Europe-Escaut lancent l'association Ports Hauts-de-France, sous la marque Norlink Ports.

« Nous étions le seul réseau de voies d'eau à ne pas être structuré en France ", explique Philippe Enjolras, président de la CCI de l'Oise et de Norlink Ports, faisant allusion à Haropa (Paris, Rouen, Le Havre) et Medlink pour l'arrière-pays portuaire de Marseille. « Maintenant que nous formons une grande région avec une telle façade maritime, sans oublier le futur canal Seine-Nord, il faut nous structurer pour peser et mettre en exergue le potentiel portuaire régional », ajoute-t-il.

L'association mise sur l'effet réseau pour attirer du trafic, notamment de conteneurs. « Un million de conteneurs supplémentaires créent 6000 emplois », rappelle Stéphane Raison, président du directoire du port de Dunkerque et vice-président de Norlink Ports. Pour la nouvelle structure, si on additionne le trafic de 46,7 millions de tonnes de Dunkerque et les 44,8 millions de tonnes de l'ensemble Boulogne-Calais, on dépasse 91 millions de tonnes. De quoi oser se présenter comme l'un des premiers complexes portuaires de France. Mieux, on frôle 100 millions de tonnes avec les 13 sites multimodaux, dont huit fluviaux sur la Deûle, de Ports de Lille !

Dans ces conditions, Norlink Ports a pour ambition de promouvoir la voie d'eau et le transport rail-route dans la région, mais aussi de rapprocher les ports maritimes et fluviaux en mobilisant les chargeurs qui ont des marchandises à transporter. L'association projette de capter ainsi des flux de conteneurs dans l'arrière-pays portuaire, voire plus loin. Son objectif est de gagner des parts de marché sur Le Havre, au sud, ainsi qu'Anvers et Rotterdam au nord.

En attendant le canal Seine-Nord

« De cette façon nous serons prêts quand sera enfin construit le canal Seine-Nord qui va relier les bassins fluviaux du nord de l'Europe à la région parisienne », ajoute le président de Norlink Ports. L'association travaille actuellement à l'élaboration d'un plan stratégique précis qui devrait voir le jour d'ici à deux mois.

Première mesure concrète découlant de cette union, le système d'information portuaire, ou Cargo Community System (CCS), jusque-là réservé aux professionnels portuaires, va être ouvert dans les toutes prochaines semaines aux acteurs régionaux de la chaîne de transport. De quoi faciliter les échanges d'informations, cruciaux dans le transport maritime, et réduire les coûts.

Correspondante à Lille Nicole Buyse

Lire aussi

Premier port européen, Rotterdam marque le pas dans les trafics de conteneurs et de vrac
Les grands ports français résistent


 

2) Michel Duval, nous démontre, ci-après, que l'envasement progressif de l'estuaire de la Seine est plus un phénomème politique qu'un phénomène naturel...

duval 1

duval 2

3) Pas de géopolitique sans une bonne carte !

En rose: l'emprise des zones naturelles protégées.

Les deux gros traits noirs représentent les deux options techniques possibles pour la pose d'un tunnel ferroviaire par caissons immergés au fond de la Seine. L'option la plus en aval, auprès du Pont de Normandie, présenterait un impact réduit sur cette zone naturelle protégée et menacée, non pas par des trains de conteneurs, mais par les chasseurs!

On remarquera, en outre, que s'il ne se passe rien sur la rive gauche c'est qu'elle appartient aussi au Grand port maritime de Rouen... Enfin, on notera que le futur tunnel ferroviaire jouxterait un péage routier au pied d'un pont. 

Comme le précise le fabuliste, un loup et un agneau ne sauraient boire ensemble à la rivière depuis la même rive...

12-10-2017 18;29;13

4) Il fut un temps pas si lointain où ces messieurs étaient élus du coin et fréquentaient une assemblée des élus de l'Estuaire... Remontant le fleuve de l'aval vers l'amont, tels des saumons, ils sont dorénavant abrités sous les ors parisiens de la République: l'un est devenu député et l'autre... Premier ministre. Question: les intérêts du port Havre sont-ils mieux servis depuis Paris ou depuis les quais du port du Havre?

Poser la question c'est y répondre...

codah 1

codah 2