Le dernier numéro de Patrimoine Normand (n°103 dernier trimestre 2017) en vente, depuis peu, chez votre marchand de journaux risque de partir très vite tant le sujet abordé est LE sujet de discussion pour fin de repas de famille en Normandie et en Bretagne: nous savons ici, sur l'Etoile de Normandie, qu'il y a des sujets normands plus importants ou plus urgents que celui de cette rivalité ancestrale, plutôt mal fondée et fort mal venue de notre point de vue, entre Bretons et Normands.

D'où l'intérêt de ce numéro de Patrimoine Normand que de nous proposer de faire le tour de la question avec objectivité, en en faisant, tout bonnement, l'histoire: l'argumentaire des uns et des autres sortira renforcé de cette lecture de même que certaines évidences qu'il faut, sans cesse, rappeler car, comme le disait Albert Camus, "la bêtise insiste toujours."

Pour notre part, après avoir lu avec grand plaisir ce numéro de Patrimoine Normand nous ferons, une fois de plus, les trois remarques suivantes:

1) C'est une erreur grave que de comparer entre elles les identités régionales bretonne et normande car elles ne sont pas de même nature: les Bretons nous narguent souvent sur ce sujet en disant que l'identité bretonne est plus affirmée que la normande. Il faut éviter de tomber dans ce piège car l'identité normande est d'une autre nature que la bretonne. Elle a d'autres qualités ainsi que d'autres défauts. Mais l'identité normande n'a surtout pas les mêmes inconvénients que l'identité bretonne. Pourquoi?

Parce que l'identité normande n'est pas identitaire: elle n'est pas communautaire, elle n'est pas ethno-linguistique, elle n'est pas nationalitaire, ni séparatiste: par les temps qui courent, c'est important de le rappeler ! L'identité normande évite, en général, le piège du chauvinisme ou le piège de l'égoïsme communautaire, ces caricatures de l'idée régionale qui rassurent les partisans de l'Etat central jacobin: un régionaliste normand ne sera JAMAIS un idiot utile du jacobinisme.

L'identité normande n'est pas identitaire car c'est avant tout un existentialisme individuel: il ne s'agit pas d'être plus Normand que les autres mais d'être plus soi-même grâce à la Normandie. Toute la nuance est là. C'est plus subtil et cela fait moins de bruit qu'un biniou mais cela ne veut pas dire pour autant que cela n'existe pas. Bien au contraire, c'est autre chose et cette alternative normande pourrait sauver l'avenir même de l'identité régionale en France. Rien de  moins !

2) Le Mont Saint Michel et le Couesnon... Expédions la question en rappelant simplement qu'il y a un étrange paradoxe (de la part de nos voisins bretons) à contester l'une des plus anciennes frontières provinciales françaises puisqu'elle remonte à la fin de l'Empire romain. Petite critique à l'égard de Patrimoine Normand pour avoir omis de rappeler l'évidence: le cadre mental, idéologique voire spirituel (après la conversion des Danois de la vallée de la Seine au christianisme) de la construction de l'Etat Normand est, bel et bien, la reconquête de l'unité de la province ecclésiastique de Rouen qui avait pour cadre géopolitique le périmètre de l'ancienne Seconde Lyonnaise de la fin de l'Empire romain. Depuis la création du diocèse d'Avranches, cette ville et son diocèse et, par conséquent, le futur site du Mont St Michel, étaient spirituellement placés sous la tutelle de l'archevêque non pas de... Rennes  mais de... ROUEN ! ("la bêtise insiste toujours").

3) DONC: nous redisons à tous nos amis bretons qui ont tant d'énergie à dépenser dans un chauvinisme ou un annexionisme plutôt mal placés, de mettre cette énergie précieuse à défendre l'idée régionale plutôt malmenée ces temps-ci et à se mobiliser pour rétablir la Bretagne historique sur ses cinq départements à l'instar de la Normandie... Plutôt que de nous EMMERDER !

14-10-2017 15;18;46