Pour nous régionalistes normands la chose est claire: la précipitation d'un régionalisme culturel et linguistique dans un nationalisme séparatiste est toujours provoquée par un centralisme dominateur aussi brutal qu'idiot.

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Vendredi 28 octobre 2017, le parlement de la Généralité de Catalogne a donc franchi le Rubicon que son président Carles Puigdemont n'avait pas osé franchir: l'indépendance de la Catalogne a donc été officiellement proclamée... Les grandes capitales des pays membres de l'Union européenne ont, bien entendu, refusé de reconnaître la Catalogne "indépendante" apportant leur soutien au gouvernement espagnol: seule la Première ministre écossaise s'est risquée à dire qu'elle "respectait le choix du parlement catalan". Des élections anticipées auront lieu en décembre prochain: c'est la seule solution que l'on puisse trouver à cette crise provoquée aussi par la crispation des irresponsables politiques en lice.

Prendre connaissance de l'analyse de Jean-Luc Mélenchon intéressante à lire puisqu'en dépit d'un jacobinisme militant, le leader de la France insoumise renvoie dos à dos les protagonistes de cette nouvelle version de la crème brûlée catalane: un régionalisme tombé de l'autre côté du cheval et un centralisme bête et méchant: la seule solution c'est le recours à la souveraineté des peuples en présence en provoquant des élections.

http://www.francetvinfo.fr/monde/espagne/referendum-en-catalogne/catalogne-tous-ceux-qui-souhaitent-une-issue-pacifique-et-democratique-ne-peuvent-que-s-alarmer-regrette-jean-luc-melenchon_2440585.html

Le point de départ moderne de la revendication autonomiste puis séparatiste de l'originalité linguistique et culturelle de la Catalogne est la répression sanglante en 1640  des  Faucheurs catalans, qui se révoltèrent tout comme nos Nus-pieds normands à la même époque contre les mêmes méfaits: un arbitraire fiscal féroce pour financer la guerre que se faisaient le roi Bourbon de France et le roi Habsbourg d'Espagne. Puis il y eut la décision prise, le 11 septembre 1714, par le premier roi Bourbon d'Espagne, Philippe V le petit-fils de Louis XIV, de supprimer les royaumes constitutifs des Espagnes pour lancer un processus de centralisation à la française depuis Madrid.

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Pour écouter le chant des faucheurs de 1640 devenu l'hymne officiel de la Catalogne dans sa version la plus authentique, celle proposée par la Capella Reial dirigée par le très catalan Jordi SAVALL:

https://www.youtube.com/watch?v=_lEubxn7Tec

On connait la suite: la renaissance culturelle, économique et l'aspiration à la modernité politique et sociale de la Catalogne au XIXe siècle dans un royaume espagnol ébranlé pendant près d'un siècle à la suite d'une nouvelle intrusion française, celle de Napoléon et un XXème siècle assez terrible avec les dictatures de Primo de Rivera et de Franco, dictateurs très centralisateurs qui réprimèrent sévèrement le catalanisme.

1640, 1714, 1936, 1975 et 2017: l'histoire de la Catalogne avec le centralisme espagnol madrilène est une longue série de rendez-vous ratés.

 Pour tout savoir de l'histoire de la Catalogne qui se constitue dès le Xème siècle, tout comme la Normandie d'ailleurs, avec une conscience institutionnelle et juridique forte de faire vivre des libertés individuelles et locales contre l'arbitraire d'un souverain, on peut réécouter l'excellente émission proposée par l'historien Jean-Noël Jeanneney diffusée sur l'antenne de France Culture (première diffusion en 2013):

https://www.franceculture.fr/emissions/concordance-des-temps/la-catalogne-toujours-dissidente-jusquou-0

L’ambition qu’a la Catalogne de renforcer son autonomie par rapport à l’Espagne castillane, et pour un bon nombre de ses habitants, d’aller jusqu’à l’indépendance, vient de s’affirmer de façon spectaculaire. Le 11 septembre dernier, la Diada , journée historique de la province, a été marquée par une manifestation spectaculaire à laquelle la presse française n’a peut-être pas prêté toute l’attention qu’elle méritait, du point de vue de l’Espagne comme du point de vue de l’Europe. Depuis le col du Perthus, au nord, à la frontière française, jusqu’à Alcanar, au sud, une longue ligne de citoyens se donnant la main s’est étirée sur 400 kilomètres. Le cri d’« independencia » s’est élevé de toutes les gorges à 17h14, en évocation du jour de 1714 où Barcelone se vit contrainte de céder face aux troupes des Bourbons, lors de la guerre de succession d’Espagne.

Avec Benoît Pellistrandi, ancien directeur des études de la Casa de Velasquez, la grande école française de Madrid, membre correspondant de l’Académie royale d’histoire espagnole et professeur en khâgnes au lycée Condorcet, nous allons nous interroger ce matin sur les ressorts historiques, lointains et récents, de la dissidence catalane, sur son énergie et peut-être sur ses limites, jadis et naguère, en tâchant d’éclairer les incertitudes du futur. Avec la conviction d’entrée de jeu, que cette puissante force centrifuge dans la péninsule ibérique se nourrit, comme il advient toujours, de la combinaison de facteurs culturels et économiques tout autant que directement politiques. Et que la crise violente que connaît l’Espagne ces temps-ci ne peut qu’exacerber la tension.

Jean-Noël Jeanneney.


 Commentaire de Florestan:

Il est grand temps de PRENDRE L'IDEE REGIONALE AU SERIEUX  avant qu'elle ne devienne folle! Avant que les idiots utiles régionalistes d'un centralisme aussi dominateur que méprisant ne renversent la table... y compris dans notre république française jacobine parisiano-centrée!

Les Normands proposent un régionalisme responsable avant qu'il ne soit trop tard. C'est le moment de nous écouter.