Nous faire croire qu'en fichant une paix royale aux  rentiers, aux financiers, aux actionnaires et autres milliardaires, ces derniers investiraient l'énorme capital dont ils disposent dans le développement industriel et technologique c'est prendre la plupart des gens qui ne croient plus au Père Noël pour des imbéciles!

Le capitalisme financier ne s'intéresse plus aux investissements industriels: le goût du risque ou du pari sur l'avenir ne fait plus frissonner les capitalistes surtout en France où l'esprit frileux de la rente domine le CAC 40.

Un ancien inspecteur des finances passé par l'ENA ne fait pas un bon capitaine d'industrie: la gestion comptable ne fait pas un projet industriel.

Et quand on fait l'histoire rapide du financement des grandes innovations techniques et industrielles de ces cent dernières années, on constate que c'est la volonté politique de la puissance publique de l'Etat qui fut toujours au début de toutes les aventures: le privé suivant, par opportunisme, le public. C'était tout particulièrement le cas en France et cette tradition "colbertiste" a même trouvé son acmé lors de l'ère gaullienne avec le lancement de tous les grands programmes d'innovation sur lesquels notre pays continue de fonder ce qui lui reste de souveraineté économique et industrielle.

On doit, hélas, parler au passé car cette impulsion étatique n'existe plus et le capitalisme "à la française" s'est vautré depuis les années 1980 dans l'illusion mortifère qu'une grande puissance économique "moderne" se devait d'être "post-industrielle": Claude Bébéar (qui a failli s'incruster à Rouen pour faire une carrière politique dans notre trou normand), fut celui qui éduqua une génération complète de dirigeants du capitalisme français dans la détestation de l'industrie "vieille économie", sale, lourde et encombrée de salariés syndiqués dans des usines qui ne sauraient offrir plus de 15% de profit après investissement en raison de l'importance du capital qu'il faut immobiliser pour créer une industrie et pour la moderniser sans cesse. Tant pis pour le capital humain en savoir-faire breveté, en recherche-développement ou pour le capital physique en machines et technologies: c'est trop risqué pour un banquier, un financier, un actionnaire français d'investir là-dedans d'autant plus si le soi-disant investisseur est un ancien... haut-fonctionnaire passé par l'inspection des finances.

La culture du risque n'est plus dans "l'habitus" des hauts dirigeants français qu'ils soient publics ou privés. Une preuve supplémentaire, hélas, dans ce qui suit:


 

https://actu.fr/normandie/cherbourg-en-cotentin_50129/naval-group-veut-abandonner-energies-marines-renouvelables_13194549.html

Naval Group veut-il abandonner les Énergies marines renouvelables ?

Les 200 personnels affectés à la filiale Naval Énergies pourraient réintégrer la maison mère. Seul l’hydrolien semble conforté, mais les actionnaires traînent les pieds.

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Selon le syndicat CGT de Naval Group :

Après avoir filialisé ses activités dans l’hydrolien, l’éolien et l’énergie thermique des mers, en les sortant ainsi du giron de Naval Group, notre entreprise va abandonner cette activité, pourtant présentée comme prometteuse il y a encore peu de temps…

C’est un sacré pavé dans la mare que lance le syndicat, et son inquiétude est partagée par l’UNSA et la CFDT, avec encore quelques prudences… On se souvient que, sur l’hydrolien, Siemens puis General Electric avaient déjà jeté l’éponge.

« Pas question d’abandonner »

Il y a dix mois, en annonçant la création de cette filiale, le PDG de Naval Group Hervé Guillou affichait une autre ambition :

Faire émerger un maître d’œuvre industriel solide capable d’entraîner avec lui l’ensemble de la chaîne industrielle sur le secteur des énergies marines renouvelables.

Le développement de cette nouvelle filière coûte cher, surtout quand on en est au stade des prototypes. Les deux hydroliennes installées sur le site de Paimpol-Bréhat ont ainsi connu quelques problèmes de corrosion et le calendrier des essais s’est trouvé bousculé.

Les deux turbines sont actuellement au sec, sur les quais de Cherbourg, pour une remise à niveau. L’UNSA confie :

Ces problèmes techniques auraient sans doute pu être évités si le développement industriel avait été conservé en interne.

Des actionnaires frileux

Résultat, Thierry Kalanquin, qui présidait Naval Énergies, a été débarqué pour « des divergences sur la stratégie » et remplacé par Laurent Schneider-Maunoury. La mission du nouveau PDG est d’accélérer le développement de Naval Énergies et de consolider sa croissance, indiquait alors Naval Group, qui maintient cette ligne, répondant à la CGT :

il n’est pas question d’abandonner les EMR. Nous voulons en devenir un des leaders !

Le développement des énergies thermiques de mer semble cependant avoir été suspendu dans l’établissement d’Indret, l’éolien flottant est aussi au point mort. Bref, Naval Énergies se concentre surtout sur l’hydrolien. Selon la CFDT :

Ce n’est pas le meilleur état d’esprit pour développer une filière. Les actionnaires de Naval Group n’y ont jamais été très favorables. Ils l’ont répété lors du dernier conseil d’administration. Thalès, mais aussi l’Agence de participations de l’État…

Résultats d’un audit en novembre

Et selon l’UNSA :

Aucune décision n’a pour le moment été prise. Hervé Guillou a demandé un audit sur ces activités EMR. Les résultats devraient nous être présentés lors du prochain comité central d’entreprise, en novembre.

La CGT se dit même « extrêmement en colère » :

Il y a quelques mois, nous étions les seuls à nous battre contre la filialisation de nos activités, ce qui nous fait perdre tout contrôle sur celles-ci. 

Et le syndicat d’ajouter qu’Hervé Guillou a évoqué le retour des deux cents personnels de Naval Group affectés à sa filiale. « C’est la moindre des choses. »


 

Commentaire de Florestan:

La Normandie reste une grande région industrielle en France.

Compte tenu de l'état d'abandon dans lequel se trouve l'industrie dans ce pays, la reconstitution d'une souveraineté financière régionale capable d'investir de façon stratégique selon une approche d'intelligence territoriale est une priorité absolue. Face à la défaillance du pouvoir bancaire (la Normandie ne dispose toujours pas de place bancaire régionale) et face à la défaillance de l'Etat, c'est le conseil régional de Normandie qui prend le relais avec les fonds dont il dispose: fonds européens, dotations de l'Etat et fiscalité propre.

Le conseil régional de Normandie va-t-il être obligé d'augmenter le niveau de son intervention financière pour sauver le lancement industriel des énergies marines renouvelables?

Car les marges de manoeuvre financières de la Région normande sont, hélas, plus limitées que sa volonté d'agir et elles risquent encore de se réduire avec le désengagement de l'Etat central.

La Normandie qui s'est lancée dans une action régionale très volontariste aux côtés des entreprises normandes va devoir trouver de nouvelles ressources financières à mobiliser: un fonds souverain normand a été crée qu'il faut abonder régulièrement. Le moment est venu de mobiliser l'épargne des Normands pour financer le projet d'innovation industriel normand. Des fonds en provenance des îles anglo-normandes ont déjà été sollicités: il va falloir aller plus loin...