Nous considérons ici que le retour à une seule académie normande est une bonne chose: c'était le cas avant 1960 lorsque l'académie de Caen rayonnait sur les cinq départements normands plus la Sarthe.

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1974: achèvement de "l'hôpital paquebot" du CHU de Caen conçu par Henry Bernard. A la suite des assises de la recherche publique présidées à Caen en 1971 par Hubert Curien, la capitale universitaire normande avait été programmée par l'Etat central pour être la "Grenoble de l'Ouest" avec un plateau technopolitain et scientifique complet à créer au Nord de la ville. Malgré l'arrivée du Grand Accélérateur National des Ions Lourds en 1986 par l'entremise de Michel d'Ornano,  on peut dire que la division normande a entravé durablement cette ambition...

Avec la division institutionnelle normande en tous les domaines provoquée par l'Etat central qui avait, rappelons-le, le projet d'une région parisienne inféodant la Normandie qui lui était utile jusqu'à la mer, le déclin normand s'est enclenché, notamment dans le domaine scolaire et des formations universitaires ou scientifiques. La Normandie a raté sa métropolisation régionale dans le domaine si essentiel pour l'avenir de la matière grise sauf, peut-être, à Caen dans les années 1970/1990.

Le résultat est là: la Normandie est en retard de 30 ans sur son niveau de diplômes, de revenus ou du niveau des formations supérieures proposées. Les performances normandes sont en dessous de la moyenne nationale malgré la création des universités du Havre et de Rouen en plus de celle de Caen, la plus ancienne de l'Ouest de la France (1432). Malgré des politiques d'aménagement du territoire volontaristes (on pensera au réseau des IUT de l'université de Caen), la Normandie continue de connaître une hémorragie de sa jeunesse la plus ambitieuse et la plus talentueuse faute de pouvoir trouver tant à Caen, Rouen ou Le Havre un plateau de formations supérieures suffisamment diversifiées ou attractives, tandis que dans les bassins d'emploi de la région, les employeurs n'arrivent pas à trouver des jeunes techniciens et des ouvriers suffisamment bien formés ou qui correspondent aux emplois proposés faute d'avoir eu du côté de deux rectorats qui se sont longtemps ignorés l'un l'autre, une vision globale et cohérente des besoins normands en matière de formation professionnelle.

Pourtant, le potentiel normand est grand: la Normandie est devenue, depuis peu, la première région française pour l'industrie d'exportation. La recherche développement et l'ingéniérie se sont puissamment implantées dans l'agglomération rouennaise (le technopôle du Madrillet) tandis que Caen devient, peu à peu, une technopole numérique et scientifique disposant d'une réputation mondiale.

Bien entendu, ne comptez pas sur nous pour relancer le clochemerle débile entre Caen et Rouen. Même si nous appelons, nous aussi, à la vigilance tout comme Sébastien Jumel (à lire ci-après).

Notre vigilance normande est double:

1) veiller à ce qui est, a priori, bon pour la Normandie et son unité (retour à l'académie de Caen unique comme en 1960 tout en maintenant les trois universités normandes) puisse le rester en résistant à la maladie jacobine de tout recentraliser tant à Caen qu'à Rouen.

2) veiller à ce que le cas normand ne serve pas à cautionner ailleurs, dans les autres grands machins néo-régionaux issus de la réforme territoriale de 2014 ce qui ne peut marcher qu'en Normandie: jusqu'à la preuve du contraire, la méthode de fusion régionale ne fonctionne, pour l'instant, qu'en Normandie...

http://www.paris-normandie.fr/breves/normandie/rectorat--le-maire-et-le-depute-de-dieppe-reagissent-HE11376706

Le maire de Dieppe Nicolas Langlois et le député dieppois Sébastien Jumel ont réagi à la « fusion à marche forcée des académies de Caen et Rouen, qui marque l’amplification du mouvement de déménagement des territoires, enclenché avec la loi NOTRe ». Pour eux, c’est une nouvelle marque d’éloignement des centres de décision et d’abandon de certains territoires. Ils indiquent, dans un communiqué : « Après les régions, l’agence régionale de Santé, pôle emploi... C’est une nouvelle fusion à marche forcée qui est mise en œuvre cette fois dans les services de l’Éducation nationale. La confirmation des craintes soulevées par le départ, non remplacé, de la rectrice de Rouen Nicole Ménager en juillet dernier est effective : un décret publié au Journal Officiel confirme que les employés du Rectorat de Rouen travailleront pour un Recteur installé... à Caen. Denis Rolland, « super-recteur » de région Normandie, recteur de Caen, aura autorité sur l’académie de Rouen. »

Pourtant attendue, cette situation reste préoccupante pour le maire de Dieppe qui précise : « La grande machine à déménager les territoires, la loi NOTRe, continue son œuvre. Comme une grande majorité de la communauté éducative, je crains que ce regroupement ne permette pas une bonne prise en compte de tous les dossiers de l’académie de Rouen et d’une meilleure connaissance des personnels de l’Éducation nationale. »

Sébastien Jumel, dénonce « des économies en trompe-l’œil » et redoute déjà les mauvais coups, avec une direction éloignée des territoires, en particulier du nord de la Seine-Maritime. « Là comme ailleurs, la fusion ne signifiera pas nécessairement des économies. En revanche, ce sera à coup sûr un traitement des dossiers plus lointain et plus technocratique et, on peut le craindre, moins attentif aux établissements et aux personnels de l’académie de Rouen. » Un éloignement « qui conduit inévitablement à renforcer le sentiment d’abandon des habitants qui vivent dans ces territoires oubliés de la République. »

Les deux élus du territoire soulignent qu’ils resteront « vigilants pour que la réalité et les besoins de notre territoire soient pris en considération, pour que les projets et le développement de l’offre éducative et de formation soient accompagnés ».