NOS PROVINCES, UNE CHANCE POUR LA FRANCE

 

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La France des provinces devrait être la première bénéficiaire des politiques publiques, argumente Guillaume Peltier, député LR du Loir-et-Cher

(texte de la tribune parue dans Le Figaro, jeudi 9 novembre 2017)

La nouvelle petite noblesse d'Etat, forgée dans le moule comptable et technocratique, a pris l'habitude de nous regarder avec commisération. Notre tort? Nous, habitants de la province, nous refusons de lui ressembler. Singer des individus uniformes, aseptisés, ultraconnectés mais déracinés? Non merci, vraiment.

Disons-le franchement, les enfants gâtés de l'ultralibéralisme, pour leur part, tentent d'imposer leur vision du monde: un modèle individualiste, ultra-consummériste, négateur de notre histoire et de notre exception culturelle, vénérant San Fransisco mais ne sachant pas situer Chateauroux ou Montauban, prônant l'ouverture mais érigeant des ghettos aux remparts invisibles, symboliques ou financiers; un modèle de la métropole mondialisée ressuscitant de petites féodalités. Pour ma part, avec une majorité de Français, je rejette ce modèle imposé d'en haut: loin des nouveaux jacobins enfermés dans l'obsession du chiffre, de la statistique et de la rentabilité, nous croyons tout à la fois dans un Etat fort et protecteur mais aussi en notre Nation unissant nos identités provinciales.

Paris n'est pas toute la France et la France ne rêve pas comme Bercy.

La France populaire et rurale n'est pas ringarde. La France périphérique si bien décrite par Christophe Guilluy ne doit plus se sentir en déclin. Bien loin des poncifs de la pensée dominante, fondée sur le diptyque métropolisation-mondialisation, la majorité des Français vivent dans une commune de moins de 10000 habitants. Le sait-on? Le dit-on? Non. L'Etat déverse depuis des décennies des sommes astronomiques pour toujours plus de rénovation urbaine, toujours plus de rapidité et d'échanges dans les transports, toujours plus de densité urbaine, de mobilité embouteillée et d'anonymat social. Pourtant, ce n'est pas ce à quoi aspirent les Français.

On ne peut pas comprendre la France des provinces quand on a l'occasion, chaque matin, d'aller travailler en admirant le soleil sur un étang de Sologne ou sur les champs millénaires façonnés par des générations d'agriculteurs de l'Aube ou du Tarn, l'émotion de voir la faune s'éveiller dans l'écrin de nos montagnes ou du marais poitevin, l'honneur d'aimer la France industrielle abandonnée et pourtant déterminée à se relever ou la chance de profiter des odeurs du marché provençal qui s'installe sur la place du village. Ce modèle-là n'est pas celui d'un métro souterrain où, résigné et contraint, l'Homo oeconomicus s'engouffre pour aller travailler au service du village global, sans prêter la moindre attention à son voisin.

Face aux idéologues du vivre-ensemble, aux illuminés du vivre plus vite et plus loin, je prône le modèle du vivre-mieux. Ce vivre-mieux n'est possible que dans l'enracinement, la relocalisation et l'épanouissement de la France des villages et des visages, celle des solidarités et des cercles d'appartenance. Bien sûr que nous devons avoir l'ambition d'un France conquérante. Bien sûr que nous ne devons pas opposer mais réconcilier la France des métropoles et des provinces. Mais pour atteindre l'universel, il faut des ailes et des racines. Encore faut-il que nous en prenions conscience.

Il est temps, au nom de l'équilibre et de la justice, que la France des provinces bénéficie en priorité des politiques publiques. Il ne s'agit pas d'entretenir une quelconque nostalgie mais d'entrer de plain- pied dans la modernité. Le vivre-mieux de la société française est la condition de son unité et du renforcement de son adhésion collective à la patrie. En tant que député, j'ai proposé des idées concrètes: accession sociale à la propriété, chèque carburant pour les travailleurs du monde rural, obligation à l'installation des jeunes médecins, contraintes financières pour les opérateurs téléphoniques pour l'accès de tous au numérique.

Elu du Loir-et-Cher, je suis convaincu que le redressement de la France viendra de la force tranquille de nos provinces qui abritent les héros de demain. Je pense aux élus locaux qui donnent tout pour servir le bien commun, aux ouvriers qui ne se plaignent jamais, aux Français qui se lèvent tôt, aux entrepreneurs qui prennent des risques, aux familles qui se battent pour élever leurs enfants, aux instituteurs qui élèvent l'esprit de notre jeunesse, aux jeunes qui ne rêvent pas de devenir milliardaires dans une "start-up nation". A tous ceux qui croient à la permanence d'une culture française, tramée dans 2000 ans d'histoire et dans l'étoffe des songes, aux immigrés qui aiment la France, aux anciens combattants à qui nous devons notre liberté, aux fragiles et aux silencieux, à tous les Français de gauche, de droite et d'ailleurs qui sont cette France oubliée des territoires, je dis:

Soyez fiers et conquérants car vous êtes l'avenir et la chance de la France. C'est pas le bas que se forge le haut. Ce sont les provinces de France qui nous feront renouer avec le chemin de la grandeur.

Guillaume PELTIER, député LR du Loir-et-Cher, vice-président du groupe LR à l'Assemblée Nationale


 Commentaire de Florestan:

En tant que girondin normand, je souscris sans réserves! Mais quand on fait l'éloge des provinces françaises, le député du "Loir-et-Cher" (sic!) aurait dû faire l'effort de les nommer:

Le Loir-et-Cher correspond au Blésois et Vendômois faisant partie de l'Orléanais (avec la Sologne et le Gâtinais) et on espère, un jour, qu'adviendra enfin une belle région "Val de Loire" de l'Anjou à l'Orléanais, en passant par la Touraine ou le Berry: quittons enfin roseaux et rivières ! Les Jacobins de Paris aimeraient tant continuer à gouverner un peuple de grenouilles qui coassent en vain résignation, colère ou désespoir...

L'Aube serait plus belle si elle faisait tourner un moulin en Champagne et le Tarn plus onctieux s'il coulait dans notre verre comme un joli rouge du Quercy...

Lire aussi le commentaire proposé par Michel ONFRAY paru lundi 13 novembre 2017 dans Le Figaro:

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