Le 21 novembre 1942 s'élancèrent pour la première fois dans le ciel russe les glorieuses ailes du "GC 3 N.N." : autrement dit, les avions de l'escadrille des Français libres, plus célèbre sous le nom de "Normandie-Niemen". Ces chevaliers du ciel étaient emmenés par le Normand Marcel Lefèvre qui pilotait son Yak 9 baptisé "le Père Magloire"...

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De 1942 à la fin de la guerre sur le front de l'Est, les valeureux pilotes de l'escadrille "Normandie" puis "Normandie-Niemen" (car leur premier grand engagement eut lieu dans le ciel bielorusse au dessus de la rivière Niemen) firent 5000 missions, 869 combats aériens dont 273 victoires décisives contre la Luftwaffe, 4000 heures de vol sur trois grandes campagnes militaires. 42 pilotes perdirent la vie. 21 pilotes survivants furent faits "compagnons de la Libération" par le Général de Gaulle et certains d'entre eux, furent faits "héros de l'Union soviétique".

Aujourd'hui, dans toutes les villes russes, il y a une rue qui porte le nom de "Normandie-Niemen".

Pour découvrir cette magnifique épopée de notre histoire normande et de l'histoire universelle, voir le petit film documentaire suivant, proposé par le musée de l'Air: "Normandie-Niemen, les ailes de la Fraternité".

https://www.youtube.com/watch?v=x64KdF3-b78

Voir aussi ce documentaire scénarisé proposé par France 2 qui retrace toute l'épopée de la fameuse escadrille aux léopards et à l'étoile rouge et que l'on dédiera à la mémoire de Marcel Bizien natif de Neuville-les-Dieppe, mort au combat dans le crash de son avion derrière les lignes ennemies: un ennemi nazi à ce point féroce qu'il envoya la famille normande du valeureux pilote à la mort à Buchenwald parce que les papiers d'identité de Marcel Bizien n'avaient pas totalement brûlé dans l'accident...

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https://www.youtube.com/watch?v=xuqNsKskTHY

 

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Pour commémorer le 75ème anniversaire de la fameuse escadrille qui était composée de quatre groupes d'aviation qui portaient les noms de "Rouen", "Caen", "Le Havre" et "Cherbourg", une belle cérémonie aura lieu à Rouen, mardi 21 novembre 2017 à partir de 10h00:

  • Messe anniversaire à l'abbatiale Saint Ouen à partir de 10h00
  • Cérémonie civile et militaire devant la plaque "Normandie-Niemen" sur le parvis de l'hôtel de ville de Rouen à partir de 11h15

http://normandieniemen.free.fr/Musee_Normandie_Niemen_sommaire.htm


Dans la Manche à Barenton, a été inaugurée, le samedi 18 novembre 2017, une rue dédiée au pilote Georges Lemare, natif de la commune et qui fut l'un des héros de Normandie-Niemen avant de mourir à 31 ans dans un accident d'avion en 1948. Cette cérémonie fut très suivie avec la présence de nombreux enfants des écoles venus avec leurs instituteurs ainsi que de nombreux habitants de Barenton et des environs, émus et fiers de cet hommage en présence de:

Alexandre Adrianov– Attaché culturel – Ambassade de Russie

Sergey Feschenko – Attaché militaire – Ambassade de Russie

Lieutenant-Colonel (CR) Brigitte Brière – Mémorial Normandie-Niemen

Yves Donjon – Historien du Mémorial Normandie-Niemen

Yves Loir - Historien, ancien parachutiste promoteur de cet hommage à Georges Lemare

Lieutenant-Colonel Christophe Barthélémy – Commandant en second du Groupement départemental de la Gendarmerie de la Manche

Christiane Vulvert – Conseillère régionale de Normandie

Didier Patte – Mouvement Normand

Docteur Hubert Guesdon - Maire de Barenton

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A signaler enfin que notre ami Yves Loir de Cherbourg signe un superbe dossier sur l'histoire du Normandie-Niemen dans la dernière livraison de Culture Normande:

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Georges LEMARE (1917- 1948) natif de Barenton en Normandie (Manche) était l'un des pilotes héroïques du Normandie-Niemen. Notre ami Yves Loir nous en retrace la vie dans la notice à lire ci-dessous:

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GEORGES   LEMARE UNE  VIE  COURTE  MAIS  INTENSE

 Issu d'une famille qui plonge ses racines depuis des générations dans le sud du département de la Manche, de Granville à Percy, de Marcey les Grèves à La Colombe Georges Lemare naît à Barenton le 16 novembre 1917. Son père, Edouard Auguste Lemare né à Granville en 1886 d'un père lui-même né à Granville, est agent voyer cantonal. Cette fonction disparue depuis sous cette appellation,  pourrait être assimilée aujourd'hui à celle d'architecte-urbaniste public. Fonctionnaire départemental, l'agent voyer effectue diverses prestations au profit des communes (établissement de plans, devis d'équipements publics...) C'est ainsi qu'en 1912 Edouard Lemare est chargé par la commune de Barenton de l'étude d'un projet d'adduction d'eau pour celle-ci .La mère de Georges Lemare Elise née Fontaine, sans profession, est, elle même née en 1893 à Marcey les Grèves. Au moment de la naissance de son fils, pendant la première guerre mondiale,  Edouard Lemare est mobilisé  au 3ème régiment du Génie .Le couple  a déjà un enfant, une fille prénommée Berthe née en 1913.

UNE  JEUNESSE  BAIGNANT  DANS  L'ATMOSPHERE  DE   LEGENDE  DE  L ' AVIATION NAISSANTE

Les premières années du jeune Georges Lemare sont sans histoires et au moment où il effectue ses études primaires et secondaires jusqu'en 1937, année de son engagement dans l'Armée de l'Air, il n'est pas inutile de rappeler un certain nombre d'événements qui se passent en France à cette époque et qui expliquent sans aucun doute  la vocation qui sera la sienne par la suite. Les décennies 1920 et 1930 sont en effet marquées en France d'abord par le souvenir des exploits des pilotes militaires français de la première guerre mondiale mais aussi par  la naissance et  l'essor de l'aviation civile et commerciale et les différentes séquences de celles-ci sont largement portées à la connaissance du grand public par la presse, la radiodiffusion et la littérature.

La première Guerre mondiale avait vu l'apparition de l'aviation militaire chez les différents belligérants, notamment en France, et aucun Français n'ignorait les exploits du Capitaine aviateur Georges Guynemer contre les aviateurs allemands avant qu'il ne disparaisse en 1917 à l'issue d'un combat aérien. 

La naissance et l'essor de l'aviation civile et commerciale est portée par des personnages de légende tels que les fondateurs de la « Compagnie générale aéropostale »  assurant, au cours des années 1920, les premières liaisons  de Toulouse vers l'Afrique occidentale d'abord et ensuite l'Amérique du Sud : Didier Daurat , Guillaumet , Mermoz ,  Antoine de Saint Exupéry , qui joint à ses talents de pilote ses dons de romancier ( « Courrier- Sud » (1929)-- « Vol de nuit » ( 1931) « Terre des hommes » (1939)

Evénement significatif,  lorsque Mermoz disparaît  lors de sa 24 ème traversée de l'Atlantique sud, le 7 décembre 1936, cette disparition est ressentie dans toute la France comme une catastrophe nationale. Le 30 décembre suivant, la France entière en deuil fait au pionnier de l' « Aéropostale » des funérailles nationales dans la Cour des Invalides où le catafalque est exposé.

 Indépendamment de l'écho que suscite dans le grand public l'avènement de l'aviation commerciale et les exploits de ses pionniers, à la même époque, au niveau politique en France, il se produit une prise de conscience de l'importance potentielle de ce nouveau secteur et de l'intérêt qu'il y aurait à le soutenir et à le développer. Cette prise de conscience se traduit par la création d'un Ministère de l'Air dès 1928 ,la popularisation et démocratisation de l'aviation civile sous le gouvernement du front populaire en 1936-1937 (formation de pilotes par le biais de l'   « Aviation populaire » ) Un autre facteur concourant à cette prise de conscience de l'intérêt qu'il y aurait pour la France de disposer d'une aviation militaire performante est suscité par l'environnement politique  européen de l'époque marqué par l'accession au pouvoir de dictateurs en Italie (Mussolini) Allemagne (Hitler) Espagne  (Franco) qui, à la fin de la décennie trente, sont alliés et représentent une menace globale pour la France.

De nombreuses vocations de pilotes militaires  vont naître de cet environnement particulièrement stimulant et nul doute que le jeune Georges Lemare  aura trouvé là  une des sources de sa propre vocation.

LA FORMATION  DES  PILOTES

Avant la seconde guerre mondiale, en France, le dispositif de formation des pilotes y compris militaires est marqué par son caractère disparate. Dans l'immédiate avant –guerre, certains pilotes qui ont contracté un engagement dans l'armée de l'Air ont reçu une formation au pilotage civil par le biais des S.A.P  (Sections d'aviation populaire) et des aéroclub avant d'être intégrés dans l'Armée de l'Air. D'autres sont formés par des constructeurs aéronautiques privés. La nationalisation des industries aéronautiques en 1936 va faire passer aux mains de l'Etat l'activité de formation qui était auparavant du ressort du privé.

GEORGES  LEMARE  A  L'ECOLE  HANRIOT DE  BOURGES

Qu'est-ce que l'Ecole Hanriot ? Pour répondre à cette question il faut remonter quelques années en arrière. Après la première guerre mondiale et devant les perspectives de développement de l'aviation militaire et civile, un certain nombre d'usines de  construction aéronautique voient le jour en France. Parmi elles, une a été créée avant la première guerre en 1908 par un pionnier de l'Aviation, René Hanriot. Concomitamment avec cette fondation, René Hanriot crée dès 1909 une école de pilotage à Bétheny près de Reims: il ne s'agit pas en effet seulement de vendre des avions, il faut former des pilotes pour les utiliser. En 1927 le gouvernement incitant les constructeurs aéronautiques à s'implanter loin de la frontière franco-allemande l'entreprise Hanriot s'installe à Bourges, dans le centre, avec implantation d'une école de pilotage correspondant (1928). L'Ecole privée est payante mais reconnue par le Ministère de l'Air. Elle forme des pilotes militaires et civils (aviation commerciale et tourisme). Quelques années plus tard, en 1936, l'usine Hanriot de Bourges comme celles d'autres constructeurs aéronautiques est nationalisée par le gouvernement du front populaire et passe, comme l'Ecole de pilotage, sous le contrôle direct de l'Etat. Certains aspirants pilotes militaires sont donc dirigés sur l'Ecole Hanriot de Bourges pour leur formation. Le jeune Georges Lemare (il a 19 ans) qui a contracté un engagement dans l'Armée de l'Air le 24 avril 1937 entre ainsi à l'Ecole Hanriot ou il obtient son brevet de pilote en Juillet 1937.

GEORGES  LEMARE  PENDANT LA CAMPAGNE  DE  FRANCE (1939-1940)

  Le 1er septembre 1939, l'Allemagne dirigée par  Adolph Hitler poursuivant la politique agressive qu'il mène depuis son accession au pouvoir en 1933 attaque la Pologne. Consécutivement à cette agression, trois jours plus tard, le 3 septembre la France et la Grande Bretagne déclarent la guerre à l'Allemagne. Dès le début de la guerre, Georges Lemare est immédiatement engagé avec son unité, la 2ème escadrille du Groupe de chasse 1/4 (G.C. ¼) dans le Nord de la France et obtient ses premières victoires en abattant plusieurs avions allemands. En mai et juin 1940 la situation militaire générale de l'armée française s'étant considérablement dégradée, le G.C ¼ se replie vers le Sud puis vers le  Maroc (alors sous administration française) à Meknès ou Georges Lemare apprend le 25 juin 1940 la signature de l'armistice franco-allemand qui met fin aux hostilités.

Georges Lemare t-il envisagé à ce moment de rallier les forces aériennes libres du Général de Gaulle en cours de constitution à Londres ? Il est impossible de répondre à cette question mais ce qui est sûr c'est que de très nombreux aviateurs français présents avec leur unités sur différentes bases de l'Empire colonial français ont été dissuadés de le faire à cause de l'agression anglaise contre la flotte française au mouillage le 4 juillet dans la base de Mers el Kébir près d'Oran en Algérie, agression qui a fait 1400 morts et 400 blessés parmi les marins français. De nombreux français civils et militaires se sont posés la question à cette époque de savoir si la Grande Bretagne n'était pas l'ennemie au même titre que l'Allemagne.

 Quoi qu'il en soit, du Maroc, le G.C 1 /4 fait mouvement le 16 juillet 1940 sur Dakar au Sénégal (également sous administration française) Georges Lemare restera au Sénégal avec son unité jusqu'au 3 juillet 1942, date à laquelle il regagne la France ou il est affecté au dépôt de stockage de Pau.

LEMARE  S'EVADE  DE  FRANCE  PAR  L'ESPAGNE

    La fin de l'année 1942 va voir la situation de la France bouleversée sur le plan politique et militaire, ce qui va avoir des conséquences majeures sur le destin de Georges Lemare. En effet, le 8 novembre 1942, avec l'aide de Résistants français, les Anglo-américains débarquent en Algérie et au Maroc alors sous administration française et où stationnent des forces militaires françaises maintenues depuis l'Armistice franco-allemand de 1940, et dépendant donc du Maréchal Pétain installé à Vichy. Après quelques combats ou s'affrontent Français et Anglo-saxons, une  situation politique nouvelle va émerger de ces événements avec l'accession au pouvoir civil et militaire à Alger en décembre 1942 du Général Giraud évadé d'Allemagne quelques mois auparavant où il était prisonnier depuis 1940. Consécutivement au débarquement anglo- américain, les Allemands envahissent  la zone sud de la France qui était libre jusque-là. Georges Lemare, qui est basé à Pau au cours du second semestre 1942, se retrouve donc dans une France totalement occupée tandis qu'à Londres avec le général de Gaulle depuis 1940 et à Alger depuis décembre 1942 avec le Général Giraud, d'autres Français continuent la lutte contre l'Allemagne. Dès lors, Georges Lemare décide de rejoindre à Alger l'armée du Général Giraud mais il n'existe alors qu'un moyen pour le faire: traverser l'Espagne. Ce qui paraît simple en apparence ne l'est pas en réalité: l'Espagne est, en effet depuis 1939, dirigée par le général Franco, sympathisant de l'Allemagne de Hitler. Lorsqu'il passe clandestinement en Espagne le 15 janvier 1943, par l'intermédiaire de filières d'évasion, Georges Lemare sait qu'il risque très gros. D'abord il peut être capturé par les militaires allemands omniprésents près de la frontière franco-espagnole: c'est alors la certitude d'être capturé ou abattu sur place ou envoyé en camp de concentration en Allemagne. S'il échappe à cette issue fatale, il devra affronter sur le territoire espagnol, l'hostilité du pouvoir franquiste. Etant parvenu à pénétrer en Espagne en janvier 1943 Lemare est capturé  et emprisonné dans les prisons espagnoles dont la plus tristement célèbre est Miranda de Ebro. Après six mois d'internement, Georges Lemare, en  août 1943, parvient à atteindre le Maroc au moyen de navires mis à la disposition des évadés au départ des ports du sud de l'Espagne par les autorités françaises d'Alger.

GEORGES  LEMARE  EN  ALGERIE

 Du Maroc, Georges Lemagne gagne l'Algérie où il retrouve son ancienne unité le groupe de chasse 1/4- dont la 2ème escadrille est commandée par le Capitaine Delfino qui rejoindra lui aussi la Russie et sera le dernier commandant du « Normandie- Niémen » et que Georges Lemare connaît depuis 1940. Le G.C ¼  est affecté dans le cadre interallié à l'unité de défense côtière « Coastal Command »  en Afrique du Nord, chargé principalement de la protection des convois en Méditerranée. Mais les tâches  assignées à cette unité apparaissent bien  routinières tant à Lemare qu'à Delfino. Ils aspirent, à un moment où l'on se bat sur de nombreux théâtres d'opérations, à des activités militaires plus conformes à leur tempérament et à leur nature c'est à dire celles d'hommes recherchant l'affrontement direct avec l'ennemi  et aussi avec le risque qui lui est associé.

LE GROUPE  AERIEN  FRANCAIS « NORMANDIE »  EN  RUSSIE

    Le 21 juin 1941, l'Allemagne d’Hitler, sans déclaration de guerre, envahit la Russie alors partie intégrante de l'U.R.S.S (Union des Républiques Soviétiques Socialistes). Le Général de Gaulle décide immédiatement de soutenir l'URSS et d'établir des relations militaires avec les Russes. Le 1er septembre 1942 il crée le Groupe de chasse n° 3 (G.C 3) basé à Rayack au Liban alors sous administration française. En novembre, le groupe, qui a été baptisé « Normandie » entre temps,  gagne le 28 novembre  la Russie, via Bagdad et Téhéran, et s'installe sur la base d'Ivanovo à 300 km au Nord-est de Moscou où ont lieu l'instruction et l'entraînement du groupe français. En mars 1943 et dans les semaines qui suivent dans la région d'Orel au nord de Koursk,  commencent les premières opérations militaires du Groupe « Normandie » qui est intégré à la 303ème division aérienne soviétique commandée par le Général Georgy Zakharov dépendant elle-même de la Première armée aérienne soviétique.

OCTOBRE  1943: LA SURVIE  DU  « NORMANDIE » EN  QUESTION

En octobre 1943, consécutivement aux pertes subies (Orel- Ielnia) (dont celle de son premier commandant opérationnel  Jean Tulasne) par le groupe « Normandie » lors de sa première campagne,  il ne reste que 6 pilotes opérationnels. Le 16 octobre 1943, le général Zakharov avertit le groupe qu'il ne demanderait plus de missions en raison de son effectif plus que réduit.

Conscient que la survie du Groupe « Normandie » est en jeu, le Commandant Pouyade, qui a pris la suite de Tulasne, décide de se rendre à Alger qui est, depuis  la fusion des forces du Général de Gaulle et de celles du Général Giraud réalisée en juillet 1943, le siège du pouvoir civil et militaire français libre  afin d'obtenir de celui -ci un envoi significatif de renforts de nouveaux pilotes destiné à combler les pertes subies depuis mars 1943 et, au-delà, de développer le potentiel du « Normandie ». A Alger, Pouyade rencontre le Général de Gaulle, le Général Giraud et le Général Bouscat, chef de l'Armée de l'Air française réunifiée (le général Valin étant son chef d'Etat-major). Tous répondent favorablement aux requêtes de Pouyade (promu entre temps Lieutenant-Colonel) qui regagne la Russie et retrouve le groupe « Normandie » sur la base de Toula ( à 200km au sud de Moscou) le 16 janvier 1944 où les premiers renforts sont déjà arrivés et ont commencé leur entraînement. D'autres contingents de nouveaux pilotes vont arriver par la suite en URSS. C'est ainsi que le 18 mars suivant, 12 pilotes français arrivent à Toula en provenance d'Afrique du Nord. Parmi eux, Georges Lemare qui s'était porté volontaire pour le front russe le 11 janvier précédent. Lemare avait été précédé à Toula par son chef en Algérie, le Capitaine Delfino, courant  janvier 1944 et qui, d'Algérie, avait décidé lui aussi de rejoindre le front russe.

 A son arrivée l'aspirant Lemare est affecté à la 4ème escadrille  du « Normandie » qui en compte quatre, désignées du nom de villes normandes (1-Rouen- 2-Le Havre- 3-Caen- 4-Cherbourg). Après cette période d'instruction, Lemare est dirigé le 25 mai vers le front (base de Doubrovka à l'ouest de Smolensk, près de la frontière orientale de la Biélorussie). L'état-major soviétique ayant décidé le lancement d'une opération militaire majeure contre les positions allemandes au cours de l'été 1944 (opération « Bagration ») la 303ème division aérienne dont fait partie le groupe « Normandie » va  être partie prenante de cette offensive.

OPERATION« BAGRATION »: LE« NORMANDIE » DEVIENT « NORMANDIE-NIEMEN »

L'opération « Bagration » conçue début 1944 par le haut commandement soviétique va déboucher sur une opération militaire de très grande ampleur,  à partir du 23 juin 1944 jusqu'en août, de sorte qu'elle soit concomitante avec le  débarquement de Normandie, permettant la réussite de celui-ci, en fixant sur le front russe les troupes allemandes qui, autrement, auraient été dirigées sur le front ouest. Cette opération, majeure, répétons-le, dans le déroulement de la seconde guerre mondiale, va permettre aux Soviétiques, l'année suivante, d'atteindre le cœur de l'Allemagne de Hitler.

 Le début de l'opération « Bagration » va voir, après l'anéantissement du « Groupe d'armées Centre » allemand, une avancée foudroyante de l'armée soviétique avec la libération de la Biélorussie (la capitale, Minsk est prise dès le 3 juillet) et l'atteinte de la Lituanie et de la frontière de la Prusse orientale allemande. Au cours de cette offensive, le fleuve  Niémen, dernier rempart naturel de la Prusse orientale, est franchi. Pour récompenser les unités ayant contribué à ce franchissement, le dirigeant soviétique Staline,  décide d'adjoindre à leur nom d'origine celui de « Niémen ». Le 21 juillet 1944, le « Régiment Normandie » devient ainsi « Régiment Normandie-Niémen » et va participer aux opérations ultérieures, notamment l'offensive contre la  Prusse orientaleet contre la ville-forteresse, symbole de la puissance allemande, Koenigsberg. (Précisons que l'appellation de « régiment » avait été donnée au « groupe Normandie » au début de l'année 1944).

A l'occasion des  opérations en Prusse orientale, Georges Lemare va ajouter à son palmarès antérieur, 9 nouvelles victoires en se distinguant particulièrement du 20 au 27 octobre 1944, période pendant laquelle il abat 6 appareils allemands (trois Fokke-Wulf 190 et trois Messerschmitt 109) puis en janvier, février et mars 1945, toujours en Prusse orientale, ou il abat trois Fokke-Wulf 190.

La troisième campagne du « Normandie-Niémen » s'achève, avec la fin de la guerre, le 8 mai 1945, à Heiligenbeil, au sud de Koenigsberg.

LE RETOUR  EN  FRANCE  DE  GEORGES  LEMARE

 Après la capitulation allemande du 8 mai 1945, le rapatriement en France du régiment « Normandie-Niémen » est décidé. Les pilotes français, s'attendent pour celui-ci, à reprendre en sens inverse la route qu'ils ont prise pour gagner la Russie, c'est à dire par Téhéran et Le Caire. Mais le 9 juin ils apprennent qu'ils regagneront la France à bord des Yak 3 utilisés par eux d'une manière si efficace au cours des opérations. Ainsi en a décidé Staline, pour manifester la reconnaissance de l'URSS envers les Français. Du terrain d'Elbing, en Prusse orientale où ils sont rassemblés les Yaks du « Normandie- Niémen », salués avec émotion par leur ami Zakharov, vont donc regagner la France où ils arrivent le 20 juin 1945 au Bourget, accueillis par une foule immense. Pour Georges Lemare et ses camarades se termine ainsi une période intense de leur existence.

 Témoignant de sa valeur et de son courage, de hautes distinctions françaises et soviétiques ont distingué Georges Lemare : chevalier de la Légion d'Honneur, Médaille militaire, Croix de guerre, Ordre du Drapeau rouge, Médaille de la Victoire (URSS). En outre, Georges Lemare figure officiellement au nombre restreint  des « As » de l'aviation française de la seconde guerre mondiale.

GEORGES  LEMARE  A  « AIR-FRANCE »

 Après  être rentré en France, se clôt une période de la vie de Georges Lemare consacrée à l'aviation militaire commencée près de dix ans plus tôt, le 24 avril 1937. Comme à un certain nombre de ses camarades, se pose le problème de la poursuite éventuelle d'une carrière militaire ou d'une « reconversion » dans le civil. Georges Lemare va s'orienter rapidement vers la seconde solution et le 12 novembre 1945 il est admis au CPPN (Centre de perfectionnement du personnel navigant) du Bourget. Ses qualités remarquables le font choisir au CPPN d'Air-France en janvier 1947. C'est l'époque où la compagnie nationale tente de remettre sur pied, après la période de la guerre et de destruction du potentiel aéronautique français qu'elle a entraîné, une flotte d'appareils destinés à la reprise de son trafic commercial national et international. Le choix d'Air-France se porte entre autres  sur un appareil français conçu avant la guerre dès 1937 par le constructeur Marcel Bloch (qui deviendra par la suite Dassault) le quadrimoteur « Bloch 161 ». Le 26 janvier 1948 Georges Lemare dans le cadre de la formation de nouveaux pilotes décolle de l'aéroport du Bourget au nord de Paris. Peu après le décollage le quadrimoteur décroche et s'écrase à Romainville entraînant dans la mort Georges Lemare et ses deux pilotes.

GEORGES  LEMARE : UNE  VIE  COURTE  MAIS  INTENSE

Le général russe Nicolas Touniev (qui fut mécanicien au « Normandie-Niémen ») ex Président des Anciens du « Normandie – Niémen » en Russie décédé en 2003, évoquant les pilotes  disparus du  Régiment français sur le front russe au cours de la seconde guerre mondiale, faisait à leur propos le commentaire suivant: «  Ils n'ont pas vécu longtemps mais ils ont vécu intensément ».

Cette remarque  s'applique également à Georges Lemare, l'enfant de Barenton, qui n'a survécu que moins de trois années à son retour de Russie, alors qu'il n’était âgé que de 30 ans.

                                                     SOURCES

OUVRAGES  GENERAUX

                         -Histoire de l'escadrille « Normandie-Niémen » -Journal de marche

                           Office français d'éditions- 1946

                         -Normandie-Niémen -Un temps pour la guerre – Yves Courrière

                             Presses de la Cité-1987

                         -Un du « Normandie-Niemen »- Roger Sauvage- Ed .Martel-1950

                         -Ceux du Normandie-Niémen – Yves Donjon -Editions Astoure-2014

                         -Marcel Lefèvre- Chevalier des Andelys – Marcel Bonissent -Editions 

                           H.E.P 1984

                         -Mémoires de guerre -Charles de Gaulle- Plon- 1954

                          -Un seul but, la victoire- Général Giraud- Julliard- 1949

                          -La France libre – J.L Crémieux-Brilhac- Gallimard- 1996

                          -Carnets de guerre -De Moscou à Berlin -1941-1945

                             Vassili Grossman- Calmann- Levy- 2007

SOURCES  LOCALES

                   Registres d'Etat-Civil de :

                         -Barenton (50)

                         -Granville (50)

                         -Marcey les Grèves (50)

                         -La Colombe (50)

Voir aussi le lien suivant:

http://www.cieldegloire.com/004_lemare.php