C'est, certainement, le coeur battant de l'industrie normande et on en parle si peu. Du moins pas assez. La dernière livraison disponible de la Chronique de Normandie éditée par Bertrand Tierce (n° 517, 4 décembre 2017) a eu la bonne idée de nous parler de la Communauté d'Agglomération Seine Eure (CASE: Louviers- Val de Reuil) qui est devenue le grand centre de fabrication et de conception ou d'innovation de l'économie normande, son coeur industriel tourné résoluement vers l'avenir et vers l'exportation tout en faisant vivre des savoir-faire ancestraux et une exigence qui font que l'on parle, de plus en plus, d'une qualité normande comme d'autres pouvaient parler d'une "Deutsch qualität". 

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Cette puissance industrielle et entrepreneuriale normande logée dans les boucles de la Seine et de l'Eure entre Louviers, la vieille cité drapière normande et Val-de-Reuil, la ville nouvelle rescapée du Plan Delouvrier qui devait effacer la Normandie sous une région parisienne déroulée jusqu'à la mer, est en train de changer l'image de notre région par trop bucolique si on ne fait que regarder le paysage défiler à la fenêtre du train de Paris...

Pour découvrir la Communauté d'Agglomération Seine-Eure:

https://www.agglo-seine-eure.fr/


LA CASE DE L'AVENIR...  On aurait tort de l’oublier.

Contrairement à beaucoup d’autres, Bernard Leroy n’est pas un président obsédé par son image, qui cherche absolument à se mettre en lumière. À la tête de la Communauté d’Agglomération Seine-Eure depuis 3 ans, il fait sérieusement son travail, son action est discrète et appréciée et, grâce à lui, la CASE offre l’image d’une collectivité bien gérée.

- De là à penser qu’elle n’est pas une priorité régionale et qu’il vaut mieux s’intéresser aux agglomérations qui l’entourent, il n’y a qu’un pas que certains élus du Conseil régional franchissent gentiment en expliquant “là-bas, on n’a pas de problème, avec Bernard, tout va bien”. Et on comprend qu’ils préfèrent s’intéresser aux enjeux métropolitains de Frédéric Sanchez, au contrat de territoire de Guy Lefrand ou encore à la structuration de Seine Normandie Agglomération, la protégée de Sébastien Lecornu.

- Répétons-le : “avec la CASE, il n’y a pas de problème...”

Mon commentaire : on aurait tort de l’oublier parce qu’elle est bien gérée. La CASE est un territoire d’excellence pour la Normandie tout entière qui mérite, à ce titre, d’être conforté. Oui, on peut reprocher à Bernard Leroy d’être trop discret et de ne pas valoriser davantage son agglomération, bien positionnée et bien desservie à une heure de Paris, peuplée de 70 000 habitants, organisée autour de deux villes moyennes (Louviers et Val-de-Reuil) comme une chance pour la Normandie tout entière.

Une vitrine à éclairer...

La force principale du territoire est son tissu d’entreprises déployées sur une quinzaine de zones d’activités. Il est remarquable par sa diversité et “ses couleurs industrielles très typées” qu’on peut décrire de la façon suivante : recherche et développement, technologie de pointe, excellence et qualité, présence à l’international et investissements continus. L’industrie du futur en somme.

Tout cela forme un écosystème exemplaire, de plus de 300 entreprises, soutenu par l’agglomération qui favorise la mise en réseaux des acteurs, facilite l’implantation des PME-TPE, encourage la création de start’ups et cherche à développer un cadre de vie de qualité.

- Les résultats sont positifs : le nombre des chômeurs de catégorie A a baissé de 2,6% en un an (c’est deux fois plus que la Normandie) et plus de 1 500 emplois nouveaux ont été créés depuis 3 ans, un mouvement “qui n’est pas fini” se félicite Bernard Leroy.

Oui, pour la Normandie, la CASE est une vitrine à éclairer.

Mon commentaire : tout n’est pas parfait, bien sûr. Par exemple, à Alizay, Double A a abandonné son projet de construction d’une unité de fabrication de pâte à papier, compromettant du même coup la réalisation du port fluvial qui lui était associé. “Nous ne renonçons pas, explique Bernard Leroy, nous allons reconfigurer le projet de port fluvial afin de l’adapter à la situation nouvelle...”

Comment faire mieux ?

Le travail sur l’adéquation “emploi/formation” est une grande priorité. Bernard Leroy constate que de nombreux emplois générés par le tissu local ne sont pas occupés par les habitants de l’agglomération, lesquels ne possèdent pas les qualifications nécessaires. Résultat, beaucoup d’entreprises recrutent à l’extérieur, à Rouen, en Ile-de-France ou ailleurs avec, pour conséquence, un va-et-vient quotidien de cadres et de techniciens supérieurs, notamment en direction des sites industriels les plus dynamiques.

- “Il faut réduire cet écart-là, explique le président, la bataille passe par une politique d’apprentissage pour améliorer l’adéquation “emploi/formation” ; elle passe aussi par la construction d’un cadre de vie agréable pour attirer et fixer chez nous les professionnels qui nous font défaut”.

- Dans cette perspective, la CASE travaille à la montée en gamme de son parc de logements ; des aides publiques ont été mises en place pour la valoriser ; les résultats sont positifs, 700 nouveaux habitants sont arrivés entre 2016 et 2017.

Naturellement, tout cela s’inscrit dans une politique d’attractivité plus globale promue par le président : le travail sur l’identité et le marketing territorial, le Très Haut Débit pour tous (99,7% du territoire couvert) , la valorisation touristique, sportive et culturelle... la CASE fait tout pour ne pas être oubliée, c’est sa deuxième priorité.

Mon commentaire : en mars 2015, la CASE avait signé un contrat de territoire de 112 M€ avec la Région Haute-Normandie. À l’époque, ses priorités étaient le THD, le port fluvial d’Alizay, l’aménagement de parcs d’activités et l’amélioration du cadre de vie. Ce contrat devrait être révisé, en début d’année prochaine, avec la Région Normandie, son “ADN industriel” devrait rester le même. À cette occasion, on peut toutefois faire une suggestion : montrer que la CASE est un territoire d’avancées et d’expérimentations qui expriment ce que veut devenir la Région ; en d’autres termes, c’est la Normandie du futur en concentré.

Vive l’industrie du futur
À sa manière, la CASE est la vitrine normande de l’industrie du futur :
- Avec son pôle pharmaceutique, le premier de Normandie, dont SANOFI-Pasteur est la poutre maîtresse.
Les 170 M€ d’investissement annoncés par le groupe, le 17 octobre dernier, pour construire son nouveau bâtiment de production de vaccin, conforte sa présence à long terme. On pourrait aussi parler de la construction d’une nouvelle salle blanche, chez Holopharm.
- Avec son pôle parfumerie/cosmétique/ maroquinerie de luxe, dont Hermès est l’étendard. À Léry, la pose récente de la première pierre d’un nouveau bâtiment de 10 000 m2, de l’entreprise Duhamel, dédié à la logistique internationale de ce secteur, illustre sa vitalité. Cette PME locale compte déjà 170 salariés en Normandie et aux États-Unis.
- Avec ses activités plus traditionnelles, comme la métallurgie, qui vivent de très grandes mutations. L’implantation, en 2018, d’une usine de fabrication de poudre métallique du groupe MetalValue, adossée à la fonderie Manoir Industries de Pitres, est une parfaite illustration de “la révolution en marche”. C’est une première en France, rappelons que l’investissement est de 50 M€.

Commentaire de Florestan:

Rappelons néanmoins, l'évidence. La création de cette belle réussite territoriale associant deux villes trop longtemps en rivalité (Louviers la vieille cité drapière normande vs les extra-terrestres de la planification jacobine de Val-de-Reuil) est la concrétisation de la belle idée de Franck MARTIN, ancien maire de Louviers et ardent défenseur de l'unité normande à une époque où il était courageux de la défendre...

https://fr.wikipedia.org/wiki/Franck_Martin

 

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 Et pendant ce temps-là... A ROUEN que l'on dit métropole:

Chronique de Normandie, suite...

Pauvre Ville de Rouen !
Les efforts entrepris par la Ville de Rouen, depuis 7 ans, pour limiter son endettement excessif tout en préservant ses capacités d’investissement, ont-ils porté leurs fruits ?
- “Ils sont très insuffisants” répond la Chambre régionale des comptes de Normandie (CRC) dans son rapport d’observation sur les exercices 2012 et suivants ; depuis 2013, l’épargne nette de la Ville est devenue négative, elle ne peut plus rembourser sa dette avec ses recettes récurrentes et les mesures correctrices mises en place depuis lors ne lui ont pas encore permis de rétablir la situation.
- Pour Yvon Robert, le maire, l’injonction finale de la CRC est sévère : “l’ancienneté des difficultés commande à la ville de Rouen, soit de prendre très vite des mesures de réelle maîtrise de ses dépenses de fonctionnement, d’une ampleur plus importante que celles décidées jusqu’à présent, soit de réduire de manière très importante et durable ses investissements...”

Mon commentaire : cette situation difficile se traduit par un affaiblissement politique de la Ville dans son agglomération et sa région. Yvon Robert fait “au mieux, avec le peu qu’il a”, ses marges de manoeuvre sont réduites, son action est dépendante de celle de la Métropole de Frédéric Sanchez.

Commentaire de Florestan: on se souvient qu'un "pôle métropolitain" associe la CASE à la métropole de Rouen et on s'interrogera de savoir qui fait le manche et qui fait la poêle dans cette aventure...


 Du côté de la Normandie de l'Ouest ou de la ci-devant "Basse" Normandie, certains s'inquiètent du fait que les projets les plus stratégiques qui font de la Normandie un enjeu national se concentrent dans la vallée de la Seine: on conseille à ces élus et ces décideurs de faire, d'urgence, deux choses:

1) Ne plus se considérer comme un "Bas" Normand faisant du tourisme ou de la figuration dans la "Graaaande" Normandie (Franck Besnier)

2) Ne pas lire que... Ouest-France ou regarder que... France 3 Normandie-Caen.

Lire, ci-après, cette analyse proposée par la Chronique de Normandie:

Et nous, et nous, et nous ?
Depuis la rentrée, le débat public sur l’avenir de la région se concentre sur la vallée de la Seine et sur ses enjeux industriels, logistiques et portuaires, “d’intérêt national”.
- On l’a vu avec la LNPN, le Contournement Est de Rouen, la régionalisation des ports, la modernisation de Serqueux/Gisors, le projet de création d’un établissement public d’aménagement de la vallée, le contrat de territoire Métropole/Région.
- Ce débat est animé par un nombre limité de personnalités : Édouard Philippe et Sébastien Lecornu pour le gouvernement, Hervé Morin, Frédéric Sanchez, Luc Lemonnier et Pascal Martin, pour les collectivités, Fabienne Buccio et François Philizot
pour l’État. Dans leur sillage, les principaux responsables économiques sont “aspirés”.
- Résultat, Caen, Cherbourg, Saint- Lô et Alençon semblent être sorties des radars régionaux ; le poids de l’axe Seine déséquilibre la Normandie; le centre de gravité est positionné sur Paris-Rouen-Le Havre ; les autres territoires sont relégués
au second plan.
- “Et nous, et nous, et nous ?” s’inquiètent de nombreux représentants de l’ex-Basse-Normandie qui craignent d’être les éternels oubliés d’une région toujours divisée.
- Dans l’ex-Haute-Normandie, on se veut rassurant : “si l’axe Seine va bien, toute la Normandie ira mieux”, c’est la théorie du ruissellement.

Mon commentaire : tout le monde reconnaît qu’Hervé Morin fait de gros efforts pour être présent dans les cinq départements, tout en constatant que les grands projets stratégiques sont surtout “haut-normands” : “Et nous, et nous, et nous ?” Les faits sont têtus.

Commentaire de Florestan: et la volonté de porter un intérêt général normand et d'en finir avec le poison du clochemerle entre Haut et Bas Normands est plus têtue encore... Du moins sur l'Etoile de Normandie!

Car on on rappelera que la vallée de la Seine pensée comme un corridor, un tuyau branché sur le ventre du Grand Paris, c'est la mort assurée de toute la Normandie!

C'est la raison pour laquelle nous disons ici que la Normandie c'est une vallée de la Seine dont la rive gauche va jusqu'à Cherbourg, Le Mont St Michel et Alençon.

Et que Caen se développant comme une Silicon Valley ou une "smart city" à la française devient un enjeu normand d'intérêt national aussi important que la vallée de la Seine proprement dite...


 Enfin, on ne manquera pas de saluer Jean-Léonce Dupont comme le dernier grand baron du localisme normand (selon son voeu  puisqu'il a refusé de blanchir son harnais sous les ors du Sénat à Paris) ... Si chacun y trouve son compte, pourquoi pas. Mais il faudra que le grand baron du château de Bénouville soit au rendez-vous lorsqu'il faudra lever le ban et l'arrière ban pour affirmer, avec Hervé Morin, le projet normand face au Grand Paris de Monsieur Macron... Nous rappelons cette évidence alors que les cinq présidents de département normands se sont réunis à Alençon en l'absence du président de région.

https://www.tendanceouest.com/actualite-254271-le-g5-normand-reuni-a-alencon.html

Lire le commentaire proposée par la Chronique de Normandie:

La potée contractuelle de Jean-Léonce Dupont.
Président du Calvados, Jean-Léonce Dupont rappelle toujours que la Région n’a pas le monopole de la contractualisation territoriale et que son Département reste un partenaire incontournable des communes et des intercommunalités. Il vient de le prouver en signant avec Bayeux Intercom et ses principales communes un “contrat de territoire” de 36 M€ pour la période 2017/2021, une opération qu’il a renouvelé, quelques jours plus tard, avec la Communauté urbaine de Caen-la-Mer pour un montant de 70 M€. À chaque fois, il s’agit d’une étonnante “potée contractuelle” qui agrège des financements différents pour leur donner davantage de poids et de visibilité sur le territoire concerné. En les mélangeant, le Département cherche à montrer son importance. À Bayeux comme à Caen, les ingrédients sont les mêmes.
- Il y a des subventions attribuées au titre des “contrats départementaux” qui sont en réalité les contributions du Calvados au contrat de territoire de la Région. On parle ici d’abondements.
- Il y a ensuite les subventions accordées au titre de l’aide aux petites communes.
- Il y a enfin les investissements directs engagés par le Département sur le territoire des deux intercommunalités, dans le cadre de l’exercice de ses compétences ordinaires : travaux sur les routes départementales, travaux portuaires, construction d’un nouvel Ehpad...


Mon commentaire : en mélangeant les choux et les carottes, le président Dupont se bat contre la marginalisation de son Département, il cherche à s’interposer dans la relation EPCI/Région établie par Hervé Morin. “N’oubliez pas que j’existe puisque je vous finance”, dit-il en substance aux élus des EPCI.


Commentaire de Florestan:

Messieurs Morin et Dupont, promettez-nous de ne plus toucher à la SHEMA...