En fouinant sur Internet dans le cadre de notre revue de presse normande hebdomadaire nous avons déniché la perle suivante qui démontre l'artificialité aussi inutile qu'inefficace d'une approche jacobine et institutionnelle des réalités économiques, sociales et culturelles qui font la richesse et la complexité concrète des territoires normands. Parmi ces réalités les plus furieusement éloignées et rétives à toute saisie institutionnelle, à toute approche officielle avec uniformes, képis, casquettes, bicornes et autres pompes compassées, on trouvera les jeunes qui s'abstiennent, qui fuient, qui s'éclatent dans leurs bulles, qui expérimentent aussi ailleurs. Toujours ailleurs... En tout cas, le plus loin possible des murs imposants d'une préfecture de région. Ou d'un conseil régional...

Et pourtant si, par définition, il y a bien un sujet de réflexion sur l'avenir qui a de l'avenir, c'est bien celui de la jeunesse et de son avenir. C'est un sujet essentiel pour la Normandie car c'est un sujet de préoccupation:

1) La population normande vieillit rapidement car elle subit une véritable saignée dans sa jeunesse la plus talentueuse et la plus ambitieuse qui choisit de partir. Définitivement. On estime que près de 6000 jeunes normands quittent les académies de Caen et de Rouen après leur formation scolaire initiale. C'est énorme.

2) La cause? Un manque certain d'attractivité des grandes villes normandes où l'avenir de la jeunesse régionale pourrait se fixer et se construire. Un niveau de salaire encore inférieur à la moyenne nationale. Un manque d'information sur une région de "vieux" qui a une mauvaise image auprès des jeunes. Un retard dans le niveau de diplômes, de la formation ou de l'ambition chez les jeunes normands qui restent en Normandie.

Voilà, résumé à gros traits, le tableau, guère réjouissant, de la jeunesse en Normandie. Et comme c'est un sujet bien compliqué et difficile à aborder, le plus simple est de ne pas en parler avec les principaux intéressés, notamment les jeunes. Mais aussi en n'en parlant pas avec les collectivités territoriales qui ont dans le coeur même de leurs compétences, le souci de la jeunesse... On s'étonnera donc (en fait, nous ne sommes pas surpris) de constater qu'au séminaire convoqué par Madame la préfète de région pour réfléchir à un "plan normand pour la jeunesse" (sic!), on ne trouvera aucune représentation des associations et des organisations de jeunesse ou qui travaillent directement avec les jeunes tout comme on notera l'absence des... représentants des conseils départementaux officiellement chargés de la politique publique de solidarité à l'égard des jeunes.

Cependant, renseignements pris auprès d'une bonne source, on nous assure que cette réunion du 13 septembre doit en préparer d'autres avec les principaux intéressés dont les organisations de jeunesse car la construction d'une politique publique régionale de la jeunesse est révélatrice de la bonne ou de la mauvaise volonté des uns et des autres qui doivent, dorénavant, apprendre à travailler ensemble car s'il y a bien un sujet d'intérêt général "transversal" c'est bien celui de la jeunesse: mobilité, insertion sociale et culturelle, formation initiale scolaire et professionnelle ou supérieure, l'Etat (services de la préfecture), les départements, les C. A. F. , les EPCI (intercommunalités) et le Conseil régional doivent travailler ensemble...

Sauf que cette aventure préparée depuis 2015 et ayant fait l'objet d'un travail préparatoire de qualité tant du côté des services de la préfecture que du côté du conseil régional semble échouer sur un problème d'agenda: le président de la Normandie, Hervé Morin ne  sera pas présent à cette réunion du 13 décembre 2017 alors que la préfète de région, Fabienne Buccio a fait savoir qu'elle y serait, la date ayant été fixée depuis longtemps selon le principe d'un rendez-vous annuel de travail sur la question de l'avenir de la jeunesse normande entre la préfecture et le conseil régional.

Cette situation est donc une extravagance pour nous!

En outre, selon nos informations, le conseil départemental de la Seine-Maritime, dont le siège est situé sur la rive gauche de la Seine traversant l'agglomération rouennaise, n'était même pas au courant de l'existence d'un séminaire sur l'avenir de la jeunesse normande organisé à l'initiative de Madame la préfète de région dont le bureau est situé sur la rive droite de la Seine traversant ladite agglomération rouennaise...

Qui n'a donc pas fait son travail?

Derrière cette absence d'Hervé Morin, il y a, bien entendu, non pas une querelle d'égos ou de personnes mais bel et bien une vraie question politique désormais posée dans toutes les grandes collectivités destabilisées par les postures néo-jacobines du président de la République Emmanuel Macron:

Une politique publique régionale peut-elle être laissée à l'initiative du conseil régional ou non? Un président de région girondin peut-il coopérer avec une préfète de région qui ne fait pas mystère de son jacobinisme?  Les hauts-fonctionnaires de l'Etat veulent-t-ils vraiment partager leur pouvoir d'arbitrage et d'expertise avec leurs collègues territoriaux de la région? Poser ces questions c'est y répondre hélas...

Et il est à craindre que la querelle sur la gouvernance portuaire ne se transporte sur l'ensemble des grands sujets transversaux qui commandent les urgences de l'intérêt général normand: contrairement à la préfète de région qui est nommée en conseil des ministres à Paris, Hervé Morin tient sa légitimité et son pouvoir d'action au service de l'intérêt général normand du suffrage universel des citoyens Normands. Cela lui donne un avantage certain mais aussi des devoirs qui est de faire passer avant toute autre considération les urgences de l'intérêt général normand.

Alors, s'il faut co-présider une réunion aux côtés d'une femme qui porte un bicorne jacobin, on conseillera à Hervé Morin de faire comme Henri IV pour qui Paris valait bien une messe!

En tout cas, le 13 décembre prochain risque de se tenir une réunion officielle et inutile de plus qui n'arrangera pas l'actuelle querelle naissante entre les cinq départements normands d'un côté et la région, la métropole de Rouen ou les grandes EPCI de Normandie de l'autre, au sujet de savoir qui doit financer quoi dans le nouveau cadre issu de la réforme territoriale de 2014 (loi NOTRe) sachant que le législateur a, dans sa sagesse, prévu la réunion régulière d'une "conférence territoriale de l'action publique" (CTAP) co-présidée par le préfet et le président de région pour réunir toutes les grandes collectivités territoriales de la région concernées par une grande question d'intérêt général.

La loi Egalité et Citoyenneté de janvier 2017 confie à la Région le "chef- de- filat" pour coordonner les politiques jeunesses sur tous les territoires normands: la responsabilité de la région va donc au delà des décisions ponctuelles à prendre lors d'une CTAP. Il faut donc discuter de ces politiques avec l’ensemble des acteurs.... dont les CAF qui préparent l'orientation de leurs politiques à l'horizon 2018-2022 en faisant de la jeunesse leur priorité. Les CAF ont des moyens que l’Etat n’a plus. Donc il leur faut un vrai partenaire qui ne soit ni un donneur d'ordres (comme, auparavant, l'Etat jacobin "en région") ni un donneur de leçon!

C'est donc à la région et à son président d'inventer un rôle qui n'existe pas encore: là encore, la Normandie pourrait devenir le laboratoire privilégié d'une nouvelle gouvernance plus horizontale, plus respectueuse des responsabilités, des expériences et des savoir-faire des uns et des autres, plus qualitative, donc plus ... "girondine"!

C'est à Hervé Morin de relever le gant, d'assurer la relève d'un Etat qui se désengage, comme on dit maintenant, sans pour autant jouer au niveau régional des batailles nationales si ces dernières ne confortent pas l'intérêt général normand.

Mais sous le prétexte bien légitime de ne plus se faire imposer par l'Etat ce qui est à faire de bon ou de bien sur le territoire régional, fallait-il pour autant prendre la décision unilatérale de suppimer tout soutien financier au Centre Régional d'Information de la Jeunesse situé à Rouen (au risque de rallumer l'inutile clochemerle avec Caen) avec le risque de provoquer, à terme, une dizaine de licenciements?

http://www.crijnormandierouen.fr/

la région doit devenir le chef d'orchestre des politiques publiques territoriales de la jeunesse... à condition qu'il y ait un orchestre et que le chef le respecte!


 http://normandie.drdjscs.gouv.fr/spip.php?article1504

Le 13 décembre 2017, l’Etat et la Région organisent à Rouen au "pôle des savoirs" 115, boulevard de l'Europe , à destination des acteurs publics, un séminaire intitulé : « coordination des acteurs et co-construction de politiques de jeunesse en Normandie ». (sic!)  Une centaine de représentants des collectivités territoriales et EPCI, des services de l’Etat et des cinq caisses d’allocations familiales (CAF) sont conviés à cette occasion. Ce séminaire se déroulera en présence des deux auteurs du rapport sur la jeunesse remis récemment au Premier ministre : Célia VEROT, conseillère d’Etat et Directrice générale de la Fondation du Patrimoine, ainsi qu’Antoine DULIN, vice-président du Conseil économique, social et environnemental (CESE).

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Pour télécharger le programme de ce nouveau pince-fesse officiel organisé en l'absence des principaux intéressés:

http://normandie.drdjscs.gouv.fr/sites/normandie.drdjscs.gouv.fr/IMG/pdf/programme_seminaire_13.12.2017.pdf