A Cherbourg, le 14 décembre 2017, le quotidien ligéro-breton "Ouest- France" convoquera la Normandie aux Assises! Et la Normandie, prévenue, sommée de s'expliquer sur sa prétention renouvelée à exister, aura intérêt à montrer bonne figure voire... patte blanche! Sinon les professionnels de l'idée régionale ou du développement régional à la mode de Bretagne ne voudront pas déliver le blanc seing de l'acquittement!

Non mais quel toupet! Comment osez-vous donc prétendre faire une vraie région si près de Paris alors que tout le monde croit savoir qu'à l'Ouest de Paris il ne saurait y avoir que la Bretagne?

L'article qui suit et qui remet implicitement en cause par son titre existentialiste, la possibilité même de l'existence d'un projet normand dans cinquante ans, n'est guère équivoque... Jean-Christophe LALAY journaliste qui sévit depuis des années à la rédaction bas-normande de Ouest-France Caen n'est pas à son coup d'essai: le déclinisme régional voire le négationisme normand sont des réflexes de pensée directement issus des années de soumission complexée des Normous d'une Basse-Normandie qui était en passe d'être transformée en marche orientale de la Bretagne à la fin des années 1990. (Ah! les si belles années René Garrec...) 

Nous apprécions beaucoup, par ailleurs, les réflexions d'Arnaud Brennetot le géographe rouennais qui est l'une des chevilles ouvrières du collectif des géographes universitaires normands qui s'était mobilisé depuis 2010 pour le retour à l'unité normande (aucune mention de ce collectif dans l'article à lire ci-dessous). Mais nous regrettons que les analyses d'Arnaud Brennetot puissent participer d'une posture de dénigrement de la Normandie qui a longtemps été pratiquée par certains journalistes de Ouest-France avant qu'ils ne soient obligés à suivre quelques séances rééducatives de "Normandywashing" depuis la providentielle réunification voulue par le Rouennais Hollande la veille du 6 juin 2014...

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Quelle place pour la Normandie dans 50 ans? (sic!)

Source: Ouest-France 12/12/17

Quel avenir pour le développement de la région à l'horizon des prochaines décennies? Arnaud Brennetot, géographe à l'université de Rouen, nous livre un scénario pessimiste et un optimiste.

Des tendances qui inquiètent

"Si on se base sur l'étude des tendances des 40 dernières années, l'on peut faire preuve de pessimisme pour l'avenir de la Normandie". Arnaud Brennetot dresse un premier tableau plutôt noir. Le chercheur pointe notamment un phénomène de désindusrialisation. "Il a touché des filières historiques comme le textile, la sidérurgie ou les chantiers navals. Il pourrait concerner demain la pétrochimie ou l'automobile, si elle ne trouve pas la voie sur les projets électriques."

Dans le sillage de cette désindustrialisation, le géographe pointe une autre faiblesse: "La région n'a pas réussi à promouvoir le secteur du services aux entreprises. Sur les services financiers, les activités de conseil, le commerce entre les entreprises, c'est Paris qui fournit ces fonctions. Même si Rouen a le statut de métropole, elle n'en offre pas toutes les composantes."

Arnaud Brennetot s'interroge aussi sur l'agriculture: "Dans le cadre des difficultés de l'Europe, la remise en cause de la politique agricole commune pourrait fragiliser des bassins où cette filière est fondamentales."

Des infrastructures de transport pas au niveau, une région peu attractive pour les cadres, une population vieillissante sont d'autres difficultés qui peuvent alimenter cette vision pessimiste.

Des raisons d'espérer (ah quand même !)

Pour un scénarion plus rose, la Normandie peut avancer aussi des arguments. "Dans le cadre de la recomposition des territoires, la Normandie a une chance. Elle forme une vraie région à l'identité forte et très présente dans l'imaginaire collectif", souligne Arnaud Brennetot. Il souligne aussi l'émergence de filières à fort potentiel de développement: l'aéronautique, le numérique, l'énergie ou l'élevage équin.

La remise en réseau des acteurs et se regrouper pour atteindre des effets de seuil peuvent être des stratégies porteuses:" On l'a bien vu sur le label French Tech. Quand les agglomérations de Caen, Rouen et Le Havre ont chacune présenté un dossier, elles n'ont rien obtenu. Le label a été attribué grâce à une candidature commune."

"Faire sauter des verrous" sur la question des transports est un autre enjeu des prochaines décennies. "Pour financer la Ligne Nouvelle Paris Normandie,la ligne de fret Serqueux-Gisors, le contournement Est de Rouen, et la meilleure desserte du port du Havre, la Normandie a besoin d'une petite dizaine de milliards d'euros (ndlr: le coup d'un seul EPR à Flamanville...) . Elle va devoir faire du lobbying auprès des grands financeurs que sont l'Europe et l'Etat".

Pour Arnaud Brennetot, la position géographique de la Normandie reste un atout: "la région est ouverte pas seulement sur l'Europe mais sur le monde entier. L'axe Seine doit devenir un trait d'union entre Paris et l'océan mondial. Pour y arriver, Caen, Rouen et Le Havre doivent former un réseau métropolitain qui connectera Paris à la mer. Historiquement, la Normandie s'est développée en accueillant des activités qui ne trouvaient pas de place en Ile de France. En étant mieux connectée, elle peut retrouver cette position."


 Commentaire de Florestan, très agacé:

Cet article pose un problème élémentaire de logique... Le scénario "noir" décrit par Brennetot décrit la Normandie de Ouest-France, c'est à dire la Normandie tellement aimée par Ouest-France que ce journal en voulait deux... Surtout la Basse-Normandie. C'est le passif d'une division qui n'existe plus fort heureusement depuis deux ans maintenant. On dirait que Monsieur Lalay n'est pas au courant: les réalités qu'il  n'aime pas n'existent pas...

Une fois de plus, il ne faudrait pas confondre les conséquences de plus de quarante années de division régionale avec les causes qui invalideraient définitivement tout projet normand dans le cadre de la réunification!

Quant au scénario "rose", le géographe rouennais ne dit pas assez l'essentiel: la Normandie, désormais seule vraie région de France est en train d'expérimenter le retour en France sur une base régionale d'une politique publique industrielle dynamique, chose qu'on n'avait plus vue dans notre beau pays peuplé d'ingénieurs et de haut-fonctionnaires surdiplômés depuis les années 1980...

Et quand Arnaud Brennetot dit que la Normandie pour ses investissements va devoir "faire du lobbying auprès des grands financeurs que sont l'Europe et l'Etat" on doit lui dire que la question ne se pose plus exactement dans ces termes avec, d'un côté, une Normandie passive qui fait la manche devant la porte de Bercy et de l'autre un Etat central qui lui dit d'attendre. La grande nouveauté du dynamisme normand retrouvé au niveau du pilotage politique régional sous l'impulsion d'Hervé Morin, c'est que, pour palier les effets du passif de la division (par ex: absence d'une vraie place bancaire normande à Rouen), le conseil régional de Normandie est en train de mettre en place ses propres outils de souveraineté financière pour agir directement avec les entreprises régionales: c'est très original, c'est normand et on en parle régulièrement sur l'Etoile de Normandie mais pas dans Ouest-France...

En outre, il est important de ne plus parler de l'AXE SEINE qui évoque trop le corridor, sinon le tuyau étroit étiré entre un terminal portuaire havrais et un terminus encombré parisien: il est préférable de parler plutôt de la vallée de la Seine normande dont la rive gauche va jusqu'à Cherbourg, Alençon et jusqu'au delà des Pyrénées (axe "Plantagenêt") et dont la rive droite pourrait s'étendre logistiquement vers Amiens et jusqu'à Mannheim en Allemagne...

Enfin, il est une autre idée qui s'est soudainement ringardisée depuis deux ans, depuis qu'une action régionale normande originale et puissante existe désormais en matière économique, à savoir: définir la Normandie comme le vase d'expansion de la région parisienne. C'est la reconstruction d'un réseau normand, celui d'une métropole régionale de l'économie maritime, logistique, numérique et technologique qui permettra au Grand Paris de se connecter à la mer: Paris s'en fout de nous et plus encore de la mer. C'est notre chance car cela nous oblige ENFIN à nous occuper par nous-mêmes de nos propres affaires! (Le "laissez-nous faire" normand et girondin proposé par Hervé Morin dans la gouvernance portuaire, par exemple...)

Le seul problème et il est de taille, c'est que ce nouvel agenda normand n'est porté, pour l'instant que par un certain... Hervé Morin!