Un fidèle lecteur de l'Etoile de Normandie a repéré cette très intéressante réflexion de Laurent CHALARD, géographe spécialiste des questions d'aménagement du territoire.

C'était à lire récemment dans le quotidien Les Echos. Nous faisons nôtre la prémisse du raisonnement tenu ci-après: le modèle de l'hyperconcentration mégalopolitaine de la région parisienne est de plus en plus coûteux pour le territoire national car la fonction de redistribution financière de la région capitale vers les provinces qui pouvait justifier la centralisation par la péréquation républicaine (thèse de Laurent Davezies) se fait de plus en plus mal puisqu'on a décidé, ces vingt dernières années, tout à la fois, de désengager l'Etat central de son devoir d'Etat providence sur le dos des collectivités territoriales à moyens constants ou en baisse au nom de la décentralisation tout en privilégiant les métropoles les plus compétitives.

Bien entendu, le cas normand n'est convoqué par ce géographe que pour déplorer la décadence rouennaise, ancienne seconde ville de France "cannibalisée" par Paris alors qu'il permettrait d'illustrer idéalement la perspective défendue ici d'un aménagement du territoire par la périphérie: plutôt le réseau urbain que la concentration en une ville unique.

Il est donc très dommage que MM. Bruneau, Lemonnier et le couple infernal Robert/ Sanchez restent de parfaits analphabètes du mode d'emploi métropolitain normand et que la "tripolitaine normande" ne fasse pas encore l'objet d'une politique d'attractivité territoriale en tant que telle.

Candidater ensemble pour le titre de capitale européenne de la culture en 2025 pourrait enfin constituer le déclic... Il serait temps! Car le trou normand a commencé en 1964 lorsque Rouen qui candidatait pour être la métropole régionale d'équilibre pour le Nord-Ouest n'a pas été retenue au profit du projet monstreux d'étendre la région parisienne jusqu'au Havre!

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Aménager le territoire par la périphérie

Laurent CHALARD / Géographe-consultant Le 07/12 à 09:11

 

 La France a longtemps été aménagée par le centre, autour de Paris .

 

Favorisons l'essor de métropoles périphériques comme Lille, Nice ou Bordeaux, afin

de rééquilibrer le territoire.

 

 

La politique d’aménagement du territoir français suit une logique Paris-province depuis sa mise en place à la fin de la

Seconde guerre mondiale, en réponse au célèbre ouvrage de Jean-François Gravier, «Paris et le désert français»,

publié en 1947.

 

Il s’agissait de déconcentrer une partie de l’activité économique de la capitale vers le reste du territoire, dans une

optique où la concentration en un seul point était jugée néfaste pour la cohésion nationale, Paris vidant la France de sa

substance.

 

Cette politique reposait sur la mise en place d’une fiscalité décourageant les implantations en région parisienne et sur

l’équipement des autres grandes agglomérations du territoire, considérées comme des métropoles d’équilibre.

 

 

Tout pour Paris

 

 

Au premier abord, cette politique semble avoir été couronnée de succès. L’industrie est désormais principalement

provinciale, voire rurale, et certaines grandes villes de province ont connu une croissance économique soutenue.

 

Mais dans les faits, Paris s’est simplement débarrassée des activités gênantes ou à faible valeur ajoutée , c’est-à-dire la

quasi-totalité de l’industrie (en-dehors des centres de recherche ) tout en continuant de concentrer les activités nobles,

en particulier dans le secteur du tertiaire supérieur, et le pouvoir politique. En effet, les régions françaises ont un

budget faible et des compétences limitées par rapport à leurs homologues européennes malgré la récente réforme

territoriale.

 

Parallèlement, si les autres grandes agglomérations du pays ont connu un développement certain, elles n’ont, jusqu’ici,

jamais réellement pu devenir indépendantes de la capitale, leur permettant de concurrencer d’autres métropoles

européennes d’États décentralisés, comme l’Allemagne ou l’Italie.

 

Leur secteur privé dépend largement de donneurs d’ordre extérieurs, parisiens ou étrangers, et elles se caractérisent

par une relative incapacité à exister politiquement nationalement, comme en témoignent les énormes difficultés que

les élites lyonnaises ont à convaincre l’État de la nécessité de la construction de la ligne à grande vitesse Lyon-Turin

pour le développement économique du chef-lieu de la région Auvergne–Rhône-Alpes. Pour l’instant, il n’existe pas de

Munich ou de Stuttgart français !

 

Nous ne sommes donc jamais vraiment sortis de la logique de la macrocéphalie, d’autant que la concurrence

internationale exacerbée pour que Paris demeure une des quatre principales villes globales de la planète réoriente,

depuis la crise économique de 2008, les investissements vers la capitale comme le témoignent le projet considérable

du réseau de transport du Grand Paris Express, celui du pôle technologique de Saclay, les candidatures aux Jeux

Olympiques de 2024 (obtenus) et à l’Exposition Universelle de 2025 (en attente de réponse) ou encore les nombreuses

tours de bureaux en construction ou à l’étude.

 

 

Cercle de métropoles

 

 

Une analyse synthétique de l’organisation du territoire français en 2017 fait émerger un cercle de métropoles,

pouvant potentiellement exercer un réel contrepoids par rapport à Paris, sous réserve qu’il puisse fonctionner en

réseau, car, contrairement à la capitale, il alimente l’ ensemble du territoire français.

 

En le délimitant depuis le Nord, ce cercle, très imparfait, part de Lille, passe par Strasbourg , puis descend vers le

sud par Genève (en Suisse), Lyon et Nice, où il bifurque vers l’ouest, par Aix- Marseille , Toulouse et Bordeaux, avant

de remonter vers le nord, en passant par Nantes,  (ndlr: TROU NORMAND) et de venir se terminer au point de départ, Lille.

 


 

Les tailles démographique et économique combinées de l’ensemble de ces neuf métropoles (en incluant Genève)

approchent la taille globale de la région parisienne . Bien évidemment, cette puissance du cercle n’est que très

potentielle, mais la mise en place d’une réelle forme de coopération politique entre l’ensemble de ces métropoles,

visant à faire jouer les complémentarités, qui existent partiellement (pensons au domaine de l’aéronautique entre

Bordeaux, Toulouse et Aix-Marseille), ne pourrait que s’avérer positive.

 

En outre, le cercle bénéficie d’un atout certain, dans le contexte de l’ ouverture européenne , que sont les possibilités

de connexion, existantes ou futures, vers le reste du continent : au nord vers Bruxelles et la conurbation de la Randstad

Holland par l’intermédiaire de Lille, à l’est vers Stuttgart et Munich depuis Strasbourg, au sud-est vers Turin par

Lyon…

 

 

Une autre vision

 

 

Il s’agit donc de repenser totalement notre vision de l’aménagement du territoire français, qui doit désormais être

perçue comme un aménagement par la périphérie et non plus par le centre, puisque ces grandes métropoles se

situent toutes en périphérie du territoire hexagonal, Paris ayant cannibalisé son environnement proche.

(ndlr: la Normandie n'a pas envie d'être mangée!!!

 

En effet, le développement de la capitale a empêché l’émergence de toute métropole de taille importante dans le

cadre du bassin parisien , Rouen, ancienne seconde ville de France , ayant été ramenée au rôle de simple avant-

port fluvial de la capitale, vivant sous sa dépendance totale, avec des fonctions de recherche grandement

limitées.

 

 

Laurent Chalard est consultant et géographe

 


En savoir plus sur:

https://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/cercle-176887-le-cercle-un-outil-pour-repenser-lamenagement-du-territoire-francais-2136507.php#CSGtAW0gPS3CULCU.99

 


 

Commentaire de Florestan:

Merci à Laurent Chalard de partager notre lucidité sur le triste état de Rouen notre métropole normande...

Mais nous affirmerons aussi qu'il y a une place dans le cercle pour les Normands entre les Bretons à l'Ouest (Nantes et Rennes) et les Nordistes (Lille). Une place pour un réseau de trois villes: la RANDSTAD NORMANDE

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