L'Alpine n'est pas savoyarde mais normande. C'est la production accomplie du savoir-faire de la Normandie, première région de France pour la qualité artisanale et industrielle... Mais comme tous les bons produits normands (on pensera au bon beire ou au Calvados hors d'âge, il faudra consommer l'Alpine Renault normande... "avec modération" puisque le gouvernement envisage de limiter à 80km/h la vitesse maximale autorisée sur les routes départementales et nationales...

Alpine_Berlinette_2017

Lire l'article de Paris-Normandie (15/12/17):

http://www.paris-normandie.fr/actualites/economie/carlos-ghosn-et-bruno-le-maire-essaient-a-dieppe-l-alpine-a-110-FH11701958?utm_source=Utilisateurs+du+site+LA+NEWS&utm_campaign=d1d301d358-RSS_EMAIL_CAMPAIGN&utm_medium=email&utm_term=0_233027d23b-d1d301d358-137315997

Carlos Ghosn et Bruno Le Maire essaient à Dieppe l’Alpine A 110

Carlos Ghosn, P.-D.G. de Renault, et Bruno Le Maire, ministre de l’Économie et des Finances, ont inauguré hier après-midi la nouvelle ligne de production de l’Alpine A110 au sein de l’usine Alpine de Dieppe. Plus de 35 millions d’euros ont été investis sur le site de Dieppe, 151 personnes recrutées et l’usine rééquipée, entre tôlerie, assemblage, peinture... Le ministre de l’économie, Bruno Le Maire, salue l’investissement de Renault, l’implication aussi des collectivités et de l’État sur le dossier, l’excellence industrielle à la française.

«Comme un gosse qui a rêvé d’une Alpine à 10 ou 12 ans ! » C’est l’expression lâchée hier après-midi par le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, après avoir inauguré la ligne d’assemblage de l’Alpine A110 à Dieppe. Quelques virages serrés plus tard lors d’un court essai en compagnie du P.-D.G. de Renault, Carlos Ghosn, ont fait en sorte que ce rêve le rattrape. « Je repartirai bien avec », sourit le ministre. Tandis que le député de la circonscription Sébastien Jumel confie qu’il a bel et bien prévu - ce n’est pas une blague - « de se pointer à Matignon prochainement », et qu’il a promis « à son chauffeur de lui laisser le volant ».

« Fierté », c’est le mot qui revient sans arrêt dans la bouche des 392 salariés de l’entreprise, du ministre de l’Economie et du P.-D.G. Parce que la berlinette est superbe, son bleu éclatant, son allure racée reléguant aux oubliettes l’effet masse de certaines concurrentes outre-Rhin. Carlos Ghosn parle de la « légende » née à Dieppe, sous la houlette de Jean Rédelé (lire ci-dessous), de l’engouement déjà pour cette icône. « En décembre, 1 955 voitures - en référence à l’année de naissance d’Alpine - ont été mises en vente avant même la présentation de l’Alpine au salon de Genève. Et 1 000 autres Alpine sont commandées ».

Mais il s’agit de les fabriquer, la seule critique pour l’heure - émanant des acheteurs comme des observateurs du marché - c’est l’attente de plusieurs mois pour la toucher. « Compacité, légèreté, agilité, c’est ce que tous les journalistes, étrangers notamment, ont écrit. Et comme la voiture est plus légère que les Allemandes, notamment la Porche Cayman sa principale concurrence sur le segment, ses 250 chevaux suffisent largement, explique Dominique Sérafin, délégué CFDT du site, devenu un vrai ambassadeur de l’Alpine. « Normal, on a une vraie belle voiture sportive, fabriquée à Dieppe, 151 embauches en deux ans, 140 heures de formation par salarié, et une production qui peut atteindre 30 véhicules par jour, on l’espère rapidement. La persévérance a payé. On a même ici des critères de qualité supérieurs à Porsche et Mercedes, des gradations plus élevées ».

La concurrence en alerte

Qu’on se le dise : la nouvelle Alpine est programmée pour faire un carton, en France et aussi partout en Europe. Ce qu’esquisse Carlos Ghosn. « La presse britannique et allemande n’est pas toujours tendre avec les Françaises. Les premiers commentaires ont semblé alerter la concurrence ». Alors Gilles, intérimaire, est sur les plots de départ. « Parmi les 151 embauchés, il y a des intérimaires. Alors si l’Alpine se vend bien, d’autres embauches pourraient venir ». À condition que la main-d’œuvre soit disponible. « Déjà, on a puisé largement dans le bassin d’emploi, souffle Sébastien Jumel. Avec un vrai accompagnement en formation, et l’aide de la Région, on peut aller beaucoup plus loin ».

En attendant, les salariés arborant le blouson bleu siglé Alpine s’affichent dans leur atelier respectif. Flambant neuf, l’atelier tôlerie est un modèle de logistique, de travail de précision. « Nous avons 80 personnes qui travaillent ici. La caisse de la voiture fait 240 kg, la voiture complètement assemblée 1 080 kg ; c’est donc peu par rapport aux concurrentes. Mais c’est ce qui crée son équilibre, sa dynamique », revendique Jérôme Gabillet, futur responsable de fabrication venu tout droit de Sandouville.

À 4,18 m de long pour 1,80 m de large et 1,25 m de haut, la sportive française est plutôt menue. Pour atteindre l’objectif de légèreté, les matériaux composites structurels tels que la fibre de carbone ont été rapidement écartés pour des raisons de coût. Les concepteurs de l’A110 ont préféré l’aluminium, « sous forme d’éléments extrudés collés et rivetés en partie inférieure, surmontés d’une super structure constituée d’éléments emboutis, également collés et rivetés », décline Jérôme Gabillet. L’avantage, en clair, c’est de compenser le roulis lors des virages, et de préserver le confort sans compromettre le comportement de la voiture.

Sur les circuits dès 2018

Au bout du compte, l’usine de Dieppe présente aujourd’hui une voiture « premium », équipée d’un moteur de 250 chevaux d’1,8 l, vendue aux alentours de 58 000 €. À ce prix-là, Renault ne doit rater son entrée, la nouvelle Alpine devenant sans doute le véhicule le plus cher jamais vendu par la marque au losange, en tout cas au public. La genèse de cette nouvelle sportive a cependant été tumultueuse. Le projet initial lancé en grande pompe en 2012 devait être réalisé en partenariat avec Caterham, spécialiste anglais de voitures de sport spartiates et légères construites en petite série. Mais celui-ci a finalement quitté le navire en 2014.
De franchement radicale sous influence britannique, la future Alpine fut alors repensée dans le but d’en faire une voiture mieux finie et plus polyvalente, afin de justifier un prix plus élevé, permettant de rentabiliser le projet sur un volume de vente réduit. Construite à Dieppe sans son usine historique, l’A110 devrait donc connaître une production limitée à seulement quelques milliers d’exemplaires par an. « On n’avait pas produit d’Alpine ici depuis 1995. Alors on voit l’avenir beaucoup plus sereinement », confient des opérateurs en peinture.
Renault et Alpine vont miser sur ce qui a fait aussi la force d’Alpine : la course automobile. L’Alpine A110 évoluera courant 2018 sur les circuits européens de Spa, de Silverstone, du Castelet dans le cadre de l’Alpine Europa Cup.

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Alpine, fondée par Jean Rédelé en 1955

Alpine renaît aujourd’hui alors qu’Alpine est mort deux fois avec la disparition de son fondateur en 2007, à l’âge de 85 ans. Presque tous les pilotes français des années 60-70 (circuit et rallye) doivent beaucoup à Jean Rédelé dont l’histoire se confond avec celle d’Alpine. S’il était là, le Dieppois serait sans doute fier de l’Alpine A110, indéniable réussite selon les pilotes et les journalistes auto spécialisés. D’une agilité sans pareille, performante et sobre grâce à sa légèreté, elle se montre parfaitement capable de concurrencer la Porsche 718 Cayman jusqu’ici considérée comme la référence incontestée du segment.
D’où vient Alpine ? Jeune concessionnaire Renault à Dieppe, Jean Rédelé est diplômé de HEC, et un expert de la 4cv quand il se fait connaître, s’imposant en rallye. En 1954, il conçoit des coupés (toujours à moteur de 4cv). Ce sont les Rédelé Speciales. Un industriel américain veut en produire l’un d’eux sous le nom de Marquis, qui est présentée au salon de New York 1954. Mais il n’y aura pas de suite. En 1955, il présente l’A106 (Alpine/moteur de 1062) à Renault. La firme est dubitative : de Louis Rosier à René Bonnet, beaucoup frappent à sa porte et la plupart des projets sont sans lendemain. L’A106 est néanmoins produite chez les frères Chappe.
Cabriolet, A108 (devenu A110 avec le moteur de la R8), GT4..., Alpine monte en puissance au cours des années 60, racontent les spécialistes du blogauto.com. En sport, la marque commence à briller, malgré des moteurs Renault sous-puissants. Alpine est LE client de Renault. En 1968, Rédelé s’offre une vraie usine à Dieppe. En 1971 et 1973, l’A110 est championne du monde des rallyes. Rédelé rêve de concurrencer
Porsche avec l’A310. En 1972, une grève paralyse Alpine. Jean Rédelé appelle au secours Renault, qui rentre dans le capital. Mais c’est aussi le début de la fin. En 1976, les services sportifs d’Alpine et Gordini disparaissent au profit de Renault Sport. En 1978, Renault rachète le reste des parts de Rédelé. Miné d’avoir du céder « sa » marque, Rédelé redevient simple concessionnaire Renault. Le site de Dieppe se met à produire des R5 et des Espace. L’A610 est un flop et Alpine meurt en 1996.

Renault en chiffres

Renault, c’est 10 000 salariés en Normandie. Cléon (5 300 salariés) produit moteurs et boîtes de vitesses. Sandouville (près de 3 000 salariés) produit le Trafic. Alpine à Dieppe (392 salariés) assemble la nouvelle Alpine, la Clio RS. Renault Tech (150 salariés à Heudebouville) transforme et adapte des véhicules. Renault compte une plate-forme logistique pour pièces automobiles à Grand-Couronne (200 salariés), une filiale dans le conditionnement à Saint-André-de-l’Eure : Sofrastock International (350 salariés).

Dieppe en version « premium »

Carlos Ghosn, P.-D.G. de Renault, a rappelé hier que l’objectif de l’usine dieppoise n’est pas de faire de gros volumes, mais plutôt d’opérer une percée sur un segment « premium » en pleine expansion au niveau mondial et dégageant de fortes marges. « Dieppe, c’est un site différent. Ici, en un an, on produit autant qu’en quelques jours à Flins ou à Douai ». Mais les défis sont autres, au premier chef de « faire revenir un modèle iconique, symbole d’excellence à la française ».
Et le P.-D.G. de dire lui aussi sa fierté « de produire ici, à Dieppe, en France, et pas par nostalgie ». D’autant que 35 M€ ont été investis pour la renaissance de l’A 110. Avec l’apport de l’Etat (0,7 M€), de la Région également. « En l’occurrence 9 M€, dont  3 M€ de subventions liées à l’innovation, et  6 M€ de prêts à taux zéro sur l’investissement productif », détaille Sophie Gaugain, 1re vice-présidente de la Région Normandie, en charge de l’économie.
Renault va continuer d’embaucher
Rappelant que l’usine de Dieppe ne comptait que 220 salariés en 2014 et 392 aujourd’hui, Carlos Ghosn insiste sur la politique volontariste du groupe en matière d’embauches. « Avec 3 500 recrutements en France courant 2017, et 3 600 embauches prévues d’ici trois ans dans le cadre du programme Cap 2020 ».
Evidemment, le ministre de l’économie Bruno Le Maire applaudit, salue l’effort industriel, suggère qu’il faut « alléger la fiscalité sur le capital, insister sur la formation ». Il plaide pour une réforme visant à « un meilleur intéressement des salariés, une plus grande participation en récompense des résultats des entreprises », évoque même un « développement de l’actionnariat salarié pour stabiliser les entreprises ».
Discours livré devant l’ensemble des salariés d’Alpine, non sans saluer la performance de la nouvelle sportive. « Mais ici, vous ne fabriquez pas une voiture mais une légende, c’est totalement différent ! L’industrie française a de l’avenir et un bel avenir ».
Bruno Le Maire dit qu’il est venu à Dieppe aussi comme un élu normand, apprécie l’investissement du député Sébastien Jumel, l’implication de la Région sur le dossier, se félicite que les « baffles » du système de sonorisation de l’Alpine soient faits avec du lin normand.
  Marc BRAUN