Alors qu'on vient de vivre un nouveau psychodrame intime, une nouvelle querelle dans ce vieux couple que forment Caen et Rouen, l'idée est de passer enfin à autre chose en faisant ménage à trois avec Le Havre pour inventer l'alternative à ce qui marche de moins en moins bien en France, ou qui ne marche plus, voire, qui n'a jamais vraiment marché en Normandie, à savoir de tout concentrer, sans imagination, en une ville unique pour atteindre on ne sait quelle masse ou taille critique pour peser... Peser sur quoi au fait?

Le modèle impérial romain qui sévit depuis 2000 ans chez nous avec son avatar parisien depuis au moins cinq siècles risque de ne pas passer l'épreuve du XXIe siècle, celui du changement climatique: il nous faut radicalement inventer autre chose qui est la diffusion de la présence et des services urbains sur tout le territoire à partir d'un réseau de villes. "Mettre les villes à la campagne" comme le disait notre honfleurais préféré, Alphonse Allais.

La Normandie, nous ne cessons de le clamer ici, a déjà la géographie urbaine pour cela: une tripolitaine de tête Caen-Rouen-Le Havre, trois villes plus complémentaires que concurrentes entre elles, coiffe un réseau de villes au maillage régional exceptionnel par sa densité et sa régularité: une ville de 10000 habitants environ tous les trente kilomètres sur tous les territoires normands.

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L'alternative idéale...

A condition que nous ayons des élus, maires et présidents d'EPCI suffisamment lettrés pour lire le mode d'emploi de la géographie normande. Malheureusement, ce n'est toujours pas le cas même après deux années de retour à l'unité normande: Messieurs Bruneau (Caen), Lemonnier (Le Havre) et la paire impayable rouennaise Sanchez-Robert sont toujours aux abonnés absents pour faire vivre cette belle idée d'une métropole normande en réseau qui vient de recevoir le doux prénom de "CAROLE" pour CAen, ROuen, LE havre, histoire de faire pièce au peu avenant HAROPA qui veut plutôt dire en anglais, pour ceux qui ne sont pas dupes: "Harbours of Paris".

Comme la maladie du clochemerle continue de sévir, de façon endémique, malgré deux années de campagne approfondie de vaccination normande, que les Caennais préfèrent coopérer avec une ville belge, que les Havrais sont repartis à Paris tandis que les Rouennais se querellent entre eux pour savoir qui va récupérer les lustres de l'opéra, alors qu'il y a toujours trois pôles métropolitains au lieu d'un seul... Alors qu'Alençon préfère devenir une carpette mancelle, que Le Tréport risque devenir le port de Lille et que depuis l'opération commune d'aller chercher ensemble, avec succès, le label Normandy french tech plus rien d'intéressant ou presque n'a été fait entre les trois grandes agglomérations normandes: cela doit être la raison pour laquelle le président de la métropole rouennaise nous annonce son intention de candidater pour le titre de capitale européenne de la culture sans rien dire à personne!

La Normandie est réunifiée et il y a un projet normand qui est désormais mis en oeuvre du côté du conseil régional qui aimerait ne pas le mettre en oeuvre tout seul: cherche désespérement métropole normande pour partager une belle aventure commune!

Bref! il est temps de mettre des gens sérieux au travail sur ce dossier!

Comme le disait Clémenceau, "la guerre est une affaire trop sérieuse pour la laisser aux seuls  militaires".

Ainsi, la question métropolitaine normande est une affaire trop importante pour la laisser aux seuls élus concernés...

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Arnaud Brennetot, géographe à l'université de Rouen

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Et Pascal Buléon, géographe à l'université de Caen directeur de la Maison de la Recherche en Sciences Humaines...

Nos deux "Pygmalion" préférés viennent d'être chargés d'éveiller... CAROLE

Hervé MORIN, tout à la fois agacé et inquiet par la panne prolongée du moteur métropolitain normand, a donc décidé d'intervenir directement dans le dossier en confiant à deux experts géographes que nous connaissons bien ici le soin de lui préparer une étude complète sur le sujet. Cette expertise existe déjà: c'est celle du collectif des géographes universitaires normands qui réfléchit depuis 2010 à la possibilité de faire vivre une authentique métropole régionale de plus d'un million d'habitants à deux heures à l'ouest de la mégalopole parisienne à partir de la mise en réseau de nos trois principales agglomérations normandes

 Lire, ainsi, cette brève qui vient de paraître dans la dernière édition de la Lettre EcoNormandie (15 décembre 2017, n°1558)

Pascal, Arnaud, CAROLE et les autres

Les géographes Arnaud Brennetot et Pascal Buléon se préparent à former un collectif d'experts pour cogiter sur ce à quoi pourrait ressembler une métropole normande en réseau. C'est Hervé MORIN qui les a sollicités. Connus pour leurs positions pro-réunification, les intéressés ont déjà produit quantité d'études en faveur de cette "tripolitaine" que la région désigne désormais sur le nom de CAROLE comme Caen, Rouen et Le Havre. Ils sont donc ravis. "C'est la première fois que nos discussions avec une collectivité débouchent sur autre chose qu'un accord de principe" se félicitent-ils. Reste à donner de la consistance à ce concepte de ménage à trois séduisant sur les cartes mais encore très nébuleux dans les esprits (ndlr: les leurs, pas le nôtre). La dernière polémique sur l'implantation du CROUS qui échoiera finalement à Rouen démontre qu'il y a du chemin à parcourir"


 Commentaire de Florestan:

Nous souhaitons bonne réussite à nos amis géographes: depuis 2010, ils sont enfin entendus!

En outre, on ne peut pas s'empêcher de penser que cette excellente initiative d'Hervé Morin, président de la Normandie, est sa réponse au dernier clochemerle politico-médiatique en cours entre Caen et Rouen: c'était la seule réponse intelligente à apporter et qui puisse être à la hauteur des enjeux d'un cadre normand dont les premiers acteurs concernés peinent à concevoir l'existence: les grands élus des trois villes concernées me font penser à des célibataires endurcis qui n'ont toujours pas compris l'intérêt d'une collocation!

Enfin, nous apprécions que notre terme de "tripolitaine" soit repris par la lettre EcoNormandie car cela correspond bien à la réalité urbaine normande et à l'usage qu'elle nous commande de suivre: un partage collaboratif, complémentaire et solidaire non pas entre deux villes mais trois...

Lire en contrepoint de notre point de vue, celui développé par Nicolas Escach, géographe à l'antenne de sciences-po Rennes à Caen (quand on parle d'antennes justement...):

https://actu.fr/normandie/rouen_76540/tribune-rouen-rafle-caen-siege-crous-normandie-une-reunification-deux-vitesses_14532188.html

Dans cette tribune, le géographe caennais réclame une méthode transparente pour construire cette tripolitaine normande que nous appelons tous de nos voeux pour que les rôles complémentaires des uns et des autres soient bien attribués et définis. On ne pourra qu'approuver cette demande et la mise en oeuvre de cette méthode pour nous épargner la peine d'un nouveau clochemerle!

Sauf que Nicolas Escach s'oppose aussi à la localisation du CROUS normand à Rouen tout en soutenant l'idée que nous soutenons ici depuis des années sans aucune ambiguité, de partager entre les trois villes normandes principales voire avec d'autres villes (l'exemple de Lisieux pour la ligue régionale de football est, effectivement, un bon exemple) les agences et les directions régionales: n'y a-t-il pas comme une contradiction?