L'Etoile de Normandie vous donne à lire cette analyse proprement "géo-politique" proposée par la journaliste Diane de Fortanier pour le Figaro Vox (15/12/17) où il est question des traductions politiques possibles pour la représentation de la fameuse "France périphérique" décrite par le géographe Christophe Guilluy et qui serait larguée par la France des métropoles. On verra aussi dans ce qui suit, le rappel des positions de Michel Onfray, le philosophe normand qui n'a pas renoncé à la Normandie.

Bien entendu, nous serons parfaitement d'accord avec les prémisses présentées ci-dessous. En revanche, nous considérons que la solution d'un jacobinisme néo-régional porté actuellement bien maladroitement par un certain Laurent Wauquiez dans la pseudo région "Avernorhodalpie" (le vrai nom de "Auvergne-Rhône-Alpes") soit politiquement crédible.

Vous ne serez donc pas surpris de lire ici que, dans l'actuel paysage politique en ruines tant au niveau idéologique  ("et en même temps, et en même temps" nous serine en permanence l'Autre) qu'au niveau partisan (quid des "LR" ou du PS?) voire même au niveau géographique (fin du cumul des mandats, montée en puissance des EPCI, métropoles et "grandes" régions), la Normandie, seule vraie région sur la carte de France, pouvant devenir le laboratoire territorial pour la mise en oeuvre d'un projet politique alternatif "girondin" ou "violemment modéré" (André Siegfried) , ambition incarnée sur la scène nationale par un certain Hervé Morin, nous paraîtra plus crédible que l'ascension du Mont Mézenc par un certain Laurent Wauquiez...

ccorday

Sous le haut patronnage de Charlotte Corday, une alternative politique normande est possible sinon souhaitable...


 

Mis à jour le 15/12/2017 à 19h44 | Publié le 15/12/2017 à 17h40
FIGAROVOX/ENTRETIEN -
Avec Diane de Fortanier
Face à Emmanuel Macron, libéral et centralisateur, une nouvelle génération d'élus de province veut désormais incarner la France des territoires. Diane Le Fortanier analyse les ressorts de cette nouvelle opposition.
Diane de Fortanier est journaliste à la rubrique "Pouvoirs" pour le journal Contexte. Elle vient de mener une enquête sur les nouveaux parlementaires de la droite.
  • FIGAROVOX. - Laurent Wauquiez vient d'être élu à la tête des Républicains et propose que la droite se renouvelle. Mais la refondation de la droite n'a-t-elle pas déjà commencé au parlement? Qui sont les nouveaux députés qui vont compter à l'avenir?
Diane DE FORTANIER. - Depuis la défaite de François Fillon, le parti Les Républicains est quasiment inerte. Les ateliers de la refondation lancés par Bernard Accoyer ont servi de thérapie de groupe, mais n'ont pas permis de relancer le débat au sein de la formation politique de droite.
Du côté de l'Assemblée nationale, cent députés LR ont survécu à la vague La République en marche. Parmi eux, certains n'ont pas seulement résisté, ils ont remporté des territoires ancrés à gauche. C'est le cas de Pierre-Henri Dumont (Pas-de-Calais), ou encore Aurélien Pradié (Lot). Le désir de renouvellement politique a porté, à droite aussi, des trentenaires et des quadragénaires aux responsabilités. Signe distinctif par rapport à leurs camarades LREM: ils ont fourbi leurs armes grâce à des mandats locaux.
Ces Dumont, Pradié, Di Filippo, Schellenberger, Dive, Peltier sont très actifs sur les bancs de l'hémicycle et ont très rapidement intégré les codes. L'absence de discipline de groupe leur laisse une liberté de parole et de ton qu'ils jugent légitimes, car ils se sont fait élire seuls.
  • La particularité de ces nouveaux élus est de venir de régions rurales?
En effet, Les Républicains n'ont conservé que deux députés à Paris. Tous les autres ont été élus dans des territoires ruraux ou des villes moyennes. De manière générale, les députés LR constatent que dans les bureaux de vote situés dans les quartiers aisés, de gauche comme de droite, on a voté pour En marche au second tour. Ils ont dû leurs victoires aux zones plus rurales, où le vote à droite est enraciné. Mais aussi à des voix de gauche, sur leur nom.
  • Le géographe Christophe Guilluy a théorisé dans Fracture française l'opposition entre la France périphérique et la France des métropoles. Sur le plan politique, ce nouveau clivage est-il en train de remplacer le traditionnel clivage droite/gauche?
Les députés LR accusent Emmanuel Macron d'être le « président des métropoles », face auquel ils se doivent d'incarner la France des territoires.
C'est en tout cas ce qu'assument les députés LR de la nouvelle génération. Ils reprennent à leur compte les thèses de Christophe Guilluy et accusent Emmanuel Macron d'être le «président des métropoles», face auquel ils se doivent d'incarner la France des territoires.
Répondant à une tribune de Guillaume Peltier dans vos colonnes adressée «à tous les Français de gauche, de droite et d'ailleurs qui sont cette France oubliée des territoires», le philosophe Michel Onfray, qui vient de la gauche, s'est félicité de ce virage stratégique. Il souscrit à la définition du clivage décrit par Peltier entre France des provinces et «technocratie parisienne […] [urbaine], cosmopolite, individualiste, inculte, consumériste, mondialiste, [déracinée], anhistorique».
Sur le plan politique, l'opposition entre pouvoir central et territoires fonctionne d'autant mieux que La République en marche a très peu d'élus locaux et tient les autres institutions. À l'exception du Sénat, la chambre des territoires. La politique de Macron, jugée défavorable aux collectivités territoriales, et contraire à leur libre administration donne aussi du grain à moudre à l'opposition. D'ailleurs la gauche aussi a vu le créneau politique, et a lancé son initiative "Territoires en colère".
  • Cela va-t-il conduire la droite à mener une politique moins libérale pour s'adresser davantage aux catégories populaires?
Emmanuel Macron a réuni les électorats libéraux de droite et de gauche. Dans les faits, il tient les promesses de son programme et accomplit des vieux rêves de la droite libérale, comme la suppression de l'impôt sur la fortune ou la libéralisation du Code du travail. Il asphyxie physiquement une partie de la droite, à la fois en la délestant de certaines de ses personnalités réputées libérales (Bruno Le Maire et les juppéistes) et en captant une partie d'un électorat rétif au vote socialiste et traditionnellement acquis à ce titre à la droite. L'espace politique de la droite se retrouve réduit, si bien qu'elle doit se repositionner.
Ancrés dans leurs territoires, les députés LR ont aussi, par leur parcours, une plus grande sensibilité sociale. Issus de la classe moyenne, Pradié et Dumont se sont abstenus sur les réformes du Code du travail, qu'ils ne jugent pas assez protectrices des salariés. Pour un Di Filippo, la droite doit prioritairement se saisir des problématiques d'égalité des chances. En tout état de cause, la jeune garde LR assume ne pas être libérale, ni jacobine. Schellenberger est même ouvertement régionaliste. À contre-courant de la doctrine qui prévalait à droite.
Le vivier des classes populaires, qui ne se sentent pas visées par la politique menée par Macron, s'offre donc à la droite. Selon un sondage paru dans Libération, 65% des Français se considèrent comme les «perdants» des réformes de Macron.
Peltier aime à claironner qu'un peu plus de 51% des habitants de ce pays vivent dans des villes de moins de 10 000 habitants. Une raison de plus de s'adresser à cet électorat.
  • Ces nouveaux députés sont-ils prêts à abandonner une partie de l'électorat «bourgeois» à Macron?
Le constat est partagé que les «riches» sont perdus pour un moment. Difficile de taper sur Macron et de garder en même temps les faveurs de cet électorat aisé, pour qui, quoi qu'on en dise, le nouveau président a restauré l'image de la France et inspire confiance au plan économique.
Certains considèrent que les classes aisées finiront par revenir fatalement à la droite après échec - qu'ils jugent inéluctable - de sa politique. En attendant la priorité doit être mise sur les classes populaires et les jeunes. Un électorat qui n'a pas voté Fillon.
Évidemment, un Claude Goasguen qui ne pensait pas faire campagne au second tour dans le XVIe arrondissement de Paris, et qui d'ailleurs a été élu de justesse après avoir été mené de 6 points au premier tour, ne voit pas d'un très bon œil l'opposition systématique à Macron. Au fil des interventions, les observateurs notent une complaisance de plus en plus affichée.
  • Dans ce contexte la synthèse entre la droite et le centre, qui est aussi une synthèse entre droite bonapartiste et droite néo-libérale et européenne, a-t-elle toujours un sens?
Le nouveau patron des Républicains, Laurent Wauquiez, vient de nommer deux vice-présidents aux antipodes politiquement l'un de l'autre. Virginie Calmels est une ancienne juppéiste, issue de la société civile ; et Guillaume Peltier, un sarkozyste venu du Mouvement pour la France de Philippe de Villers. Il va y avoir y avoir un combat entre deux lignes, qui d'ailleurs a déjà commencé. Virginie Calmels est isolée, puisque les poids lourds de la Juppéie ont rejoint Macron.
Aujourd'hui, la droite veut encore croire que la synthèse est possible. Sarkozy avait bien réussi à concilier les deux franges avec son fameux «travailler plus pour gagner plus». C'était en 2007. Depuis, une crise économique, la montée du Front national, le défi migratoire et le spectre du terrorisme islamiste ont crispé les positions, rendant la synthèse entre la droite et le centre plus difficile que jamais. D'autant plus que Macron satisfait encore la droite néo-libérale et européenne.

Alexandre Devecchio


 

Commentaire de Florestan:

Hervé Morin et les centristes qui le suivent viennent de quitter le vaisseau fantôme de l'Union Démocratique Indépendante (UDI). L'objectif ne serait-il pas de construire une nouvelle synthèse entre ce qui reste du centre et de la droite parlementaire autour de la renaissance d'un parti girondin?

Affaire à suivre de très près...