La Normandie est une région à taille humaine: pour preuve, l'expérience unique en son genre d'y déployer sur l'intégralité de son territoire une monnaie locale pour développer l'économie sociale et solidaire, les circuits courts...

Reste à lui trouver un nom: le riche patrimoine régional normand nous donne l'embarras du choix. Autre chose: la future monnaie régionale normande va cohabiter avec les monnaies locales déjà existante, notamment l'Agnel de Rouen: la monnaie normande pourrait permettre la généralisation de cette monnaie rouennaise, à condition qu'elle porte un nom qui soit reconnu par tous les Normands.

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Pour la première fois, une région est à l'initiative de la création d'une monnaie. Numérique, elle sera complémentaire des monnaies locales déjà existantes sur le territoire.

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Elle n'attend plus que son nom et son logo, qui pourrait rappeler le passé viking de la Normandie. Mise en circulation au 1er trimestre 2018, la future monnaie normande rayonnera sur l'ensemble des cinq départements du territoire régional (Calvados, Eure, Manche, Orne et Seine-Maritime). Une première depuis la création des nouvelles régions. Comme toutes les monnaies encouragées par la loi Hamon de juillet 2014 sur l'économie sociale et solidaire (ESS), celle-ci vise à favoriser l'économie régionale en intégrant les critères de développement durable, les circuits courts et le commerce de proximité.

Autres monnaies

Point délicat : elle arrivera dans un paysage déjà occupé par des monnaies qui circulent au Havre ou à Rouen, tandis que d'autres sont en réflexion à Bayeux, à Cherbourg, à Coutances ou à Evreux. « Nous avons engagé, dès juin 2016, avec les monnaies locales existantes et tous les partenaires du territoire, un travail partenarial et collaboratif pour la création de cette monnaie normande », souligne Hervé Morin, président de la région Normandie.

Pour y parvenir, l'Association de la monnaie normande citoyenne a été lancée en novembre, réunissant plus de 70 parties prenantes. « Nous avons mis du temps car nous n'avons pas voulu brusquer les choses. C'est une opportunité de valoriser la culture normande et de renforcer les liens entre les acteurs du territoire, citoyens, entreprises, associations et collectivités », poursuit Hervé Morin.

Budget

Pour crédibiliser sa démarche, la région a fait appel à une assistance à maîtrise d'ouvrage. Le cabinet Coreum, sélectionné sur appel d'offres en février dernier, a mené une étude (financée pour moitié par l'Ademe) afin de définir le cahier des charges de la nouvelle monnaie régionale. La région a d'ores et déjà budgété 350.000 euros pour 2018, dont plus d'un tiers ira au déploiement numérique.

Des monnaies locales à foison

Elles sont une petite quarantaine à circuler aujourd'hui en France. Depuis la première, l'abeille, créée en 2011 à Villeneuve-sur-Lot (Lot-et-Garonne), les monnaies locales complémentaires se multiplient : sol-violette (Toulouse), stück (Strasbourg), gonette (Lyon), heol (Pays de Brest)... La loi Hamon sur l'économie sociale et solidaire (ESS) du 31 juillet 2014 leur a donné une sécurité juridique. Mais pas grand chose à voir avec le Bitcoin, la monnaie numérique virtuelle tant décriée qui s'est envolée l'an dernier.. Selon l'Ademe, qui a publié en janvier 2017 un rapport sur le sujet, ces moyens de paiement complémentaires à l'euro constituent même un levier de transition écologique. Elles circulent dans un réseau de prestataires choisis (commerçants, artisans, producteurs...) et privilégient souvent les circuits courts, les économies d'énergie, le tri des déchets, etc. 

Car, et c'est une originalité pour une monnaie locale, elle sera exclusivement digitalisée. Une raison financière essentiellement, l'impression de billets coûtant cher, autour de « 30 centimes par coupon sécurisé » selon la région. « Elle sera 100 % traçable et 100 % sécurisée, carte de paiement et/ou application smartphone, grâce à un écosystème numérique que nous sommes en train de mettre sur pied », souligne Lynda Lahalle, conseillère régionale, déléguée à l'économie sociale et solidaire.

Outil de l'économie locale

La question est de savoir si toutes les monnaies circulant en Normandie pourront cohabiter. Si celle du Havre marche moins bien, la monnaie de Rouen réussit plutôt son pari. En deux ans, l'agnel totalise 1.500 utilisateurs et 200 commerçants qui manient au quotidien les coupons billets auprès de petits producteurs agricoles, dans des commerces de proximité ou des services aux particuliers. La monnaie normande représente-t-elle une menace ? « L'échelle régionale est pertinente si la monnaie reste citoyenne et un outil de l'économie locale » analysent Delphine Deltour et Mathieu Perru, coreprésentants légaux de l'agnel, né à Rouen en 2015 et étendu depuis à plusieurs villes de Seine-Maritime et de l'Eure. Aujourd'hui, 100.000 agnels seraient en circulation.

Philippe Legueltel