Assumons la chose car ça va se dire dans tout l'Ouest, comme on dit dans Ouest-France: le Normand Edouard Philippe et le petit gars du Touquet mais surtout "grand parisien" Emmanuel Macron ont décidé de dire NON au fantômatique aéroport du Grand Ouest qui plane sur le bocage de Notre Dame des Landes depuis 50 ans.

C'était une décision difficile à prendre. Elle est prise. Et c'est finalement la bonne: Nicolas Hulot va pouvoir rester au gouvernement et Macron fait du "et en même temps"pour surfer sur l'écume médiatique: un grand coup de menton à droite sur la répression de la misère humaine migratoire et un grand coup de barre à gauche pour réjouir les écologistes et la gauche radicale. Un bel exercice de navigation à la godille qui donne le  mal de mer aux élus bretons et ligériens qui sont en marche avec port obligatoire des godillots: il suffisait de voir la tronche du finistérien Richard Ferrand après l'annonce du Premier ministre normand.

A droite, Bruno Retailleau le président LR de la région Pays de la Loire a sorti, ce jour, la panoplie complète du chouan girondin pour dénoncer "César" qui décide de tout depuis Paris contre la province alors qu'il s'agit d'en finir avec le modèle dominant du "petit Paris de province": Nantes serait condamné à n'être qu'une sous-métropole relié à Roissy-Charles de Gaulle par une LGV qui ignore les territoires et régions "interstitiels" comme l'Anjou, le Maine ou la Touraine...

Pour aller au fond des choses, le choix de la cohérence a, enfin, été fait: on ne saurait, "et en même temps" devenir le leader mondial de la lutte contre le changement climatique et de la transition écologique et poursuivre un grand projet inutile d'aménagement conçu à l'époque du tout pétrole et du Concorde. L'avenir est à l'organisation des transports et de la mobilité en réseau au profit de la mobilité quotidienne pour le travail et pour les loisirs au service de la majorité des habitants et non pas pour une caste de cols blancs métropolitains nantais qui rêvent d'un Tokyo-NDDL par semaine pour faire la promo de la Bretagne au Japon: Jean-Yves Ledrian a, ce jour, officiellement fait remarquer qu'il faisait, lui aussi la goule.

Cette décision donne l'occasion de penser un aménagement beaucoup plus harmonieux et équilibré à l'échelle d'une ou de plusieurs régions: le modèle aérien contemporain et qui est économiquement viable n'est pas d'installer un aéroport international tous les 200 km mais d'organiser les trafics selon des hubs en mettant au travail un réseau régional d'aéroports: c'est le projet prévu en Normandie avec les plateformes de Caen-Carpiquet, Deauville-Saint Gatien et de Rouen-Boos, au lieu de concentrer toutes les dessertes aériennes au même endroit avec ses nuisances et coûts induits.

Rappelons que le projet d'aéroport du Grand Ouest à Notre Dame des Landes impliquait le déclassement ou la fermeture de Rennes Saint Jacques et de Nantes Atlantique dont le cône de protection en raison du survol de la ville par les avions contraint l'activité des promoteurs immobiliers avec, pour conséquence inattendue, une préservation du cadre de vie contre le bétonnage systématique aux abords du lac naturel de Grand Lieu, grande réserve internationale pour les oiseaux migrateurs classée Natura 2000.

Cette décision signe symboliquement l'échec de développer un Grand Ouest à partir de la seule métropole de Nantes: on se souviendra de l'initiative PREGO "Pour une REgion Grand Ouest" portée par Pierre Méhaignerie qui rêvait à l'Ouest de la France d'une grande Bavière démocrate-chrétienne en confondant la géographie régionale de l'Ouest français avec la zone de diffusion de Ouest-France. C'était au début des années 1990: l'A84 Caen-Rennes devait rester gratuite pour faire plus encore de la Basse-Normandie une carpette à mettre sous les pieds de Nantes ou de Rennes.

Ce rêve du Grand Ouest s'effondre donc ce jour, en attendant que ne s'effondre aussi le rêve d'un Grand Paris pharaonique qui commence à inquiéter du côté de la Cour des comptes. On ne parlera même pas du projet de Canal Seine Nord Europe: les élus nordistes doivent être inquiets de ce qui vient d'être décidé pour Notre Dame des Landes.

On revient donc sur le plancher des vaches avec un argent public devenu rare, des contraintes environnementales qu'il faut respecter et surtout un aménagement du territoire plus équilibré et plus respectueux des besoins réels des populations et des économies régionales: la réplication à toutes les échelles possibles de l'hypercentralité parisienne est impossible. Il faut, dorénavant, de la complémentarité et de la coopération à mettre en oeuvre à partir d'un réseau de villes et sur un territoire régional de taille humaine, ni trop grand ni trop petit: en ce sens, la Normandie est la région idéale pour cet aménagement et ce développement territorial compatible avec les enjeux du XXIe siècle.

Enfin, le dossier de Notre Dame des Landes ne manque pas de poser, à nouveau, le problème lancinant de l'inachèvement de l'état de droit en France, d'une république autoritaire, arbitraire, discrétionnaire et centralisée qui en restée au stade infantile (ou de l'infantilisation) de son développement démocratique: faute de connaître l'existence de la 3ème maîtrise dans la conduite des projets, à savoir, la maîtrise d'usage qui doit démocratiquement conduire les deux autres (maîtrises d'oeuvre et d'ouvrage), les décideurs français (élus, ingénieurs et haut-fonctionnaires) plantent systématiquement les projets du haut de leur stupide arrogance en divisant la population en deux: entre ceux qui savent et les crétins qui ne savent que s'opposer à l'occasion de débats publics et d'enquêtes d'utilité publique qui ne sont que des simulacres de démocratie.

Ce n'est pas sans raison qu'Edouard Philippe a déclaré que l'aéroport de Notre Dame des Landes ne verrait jamais le jour car c'était "l'aéroport de la division"...

Aux Pays Bas, Maasvlakte II, l'extension portuaire géante réalisée dans l'avant port de Rotterdam, a entièrement été réalisée sous la conduite d'une maîtrise d'usage après dix années de débats publics spécialisés ayant une valeur prescriptive contrairement à ceux organisés par notre commission nationale du débat public qui n'ont qu'une valeur consultative.

Le gouvernement Philippe/ Macron qui vient de prendre cette décision finalement courageuse à Notre Dame des Landes devrait "et en même temps" évacuer les plus irréductibles et les plus illégitimes des zadistes et réformer le statut et étendre les pouvoirs de la CNDP pour éviter que ne se répande en France la seule méthode de discussion politique qui semble efficace, à savoir la méthode de la violence et du rapport de force, une méthode souvent utilisée avec succès en Bretagne d'ailleurs...

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Sur France Inter, ce mercredi 17 janvier 2018, l'ambiance était morose sur le plateau du Téléphone sonne: face au représentant passablement énervé de l'association des "ailes de l'Ouest", David Cormand, secrétaire national d'EELV jubilait en tant qu'écologiste mais aussi en tant que... Normand en déclarant qu'il y avait de l'inégalité entre territoires et que des régions n'avaient ni TGV ni trains quotidiens corrects car tout l'argent est allé aux TGV pour brancher des métropoles à la sauce nantaise sur la région parisienne. Et de citer la Normandie pour illustrer cette inégalité. En réponse, son aimable interlocuteur ligéro-breton lui a dit qu'il "méprisait le Grand Ouest" tout en le traitant de "parisien", pire! de "parisianiste"! Et Cormand d'assurer: "mais puisque je vous dis que je suis Normand! NOR-MAND!"

Echange savoureux à réécouter sous le lien suivant:

https://www.franceinter.fr/emissions/le-telephone-sonne/le-telephone-sonne-17-janvier-2018

Après 50 ans de controverse, une consultation, une médiation… Le Premier Ministre vient d’annoncer l’abandon du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes.

On ne va pas refaire l'histoire. Elle court depuis 50 ans. 

L'histoire d'un projet d'aéroport qui ne sortira jamais de terre.

L'histoire d'une discorde. 

L'histoire de procès et contre procès, d’études et de contre études.

L'histoire d'un référendum, à bout d'arguments.

L'histoire d'une zone de non-droit pour les uns, une zone à défendre pour les autres.  

L'histoire a un épilogue. C'est aujourd’hui. Il n'y aura pas d'aéroport Notre-Dame-des-Landes. 

A la place, vous avez entendu le Premier ministre parler de travaux sur l'aéroport actuel ; en incluant les nuisances sonores. Vous avez entendu parler de redistribution du trafic aérien et de meilleurs accès aux aéroports parisiens. Vous avez entendu aussi que la ZAD devait disparaître, mais que des projets d'installation seraient examinés.

On est repartis pour autre chose. Et ce que vous en pensez, c'est à vous de nous le dire.