Si ce n'est par la mise en oeuvre d'une méthode transparente au service de l'intérêt général de la Normandie: malheureusement, les grands élus concernés sont irresponsables et n'ont pas encore compris que le terrain de jeu c'était la Normandie toute entière et qu'elle ne devait plus être une cour de récréation où s'égayer à loisir à des jeux localistes sous l'oeil débonnaire de l'Etat central.

Il y a un stade infantile à dépasser:

La Normandie existe à nouveau, l'Etat central jacobino-parisien s'est retiré, ou pis, n'a plus les moyens concrets de ses beaux discours, de ses promesses et de ses grand'messes.

On doit, désormais, se débrouiller seuls et démontrer par nous-mêmes, par nos projets que le projet normand est utile à la France.

Le temps est venu de faire à nouveau équipe ensemble pour animer le plus beau réseau urbain des régions de France à moins de trois heures à l'ouest du Grand Paris:

Le grand pari normand d'une "Hanse" régionale en France doit être politiquement porté. Le problème, actuellement, c'est que seul Hervé MORIN fait le travail. Il manque au moteur de la région normande qui tourne, enfin, à plein régime depuis près de deux ans maintenant, un autre moteur qui, hélas, reste désespérement en panne: le moteur métropolitain et urbain paralysé par le poison de la MEFIANCE localiste.

Les élections municipales et régionales auront lieu en 2021: Les "grands" élus actuellement en place qui sont responsables de la crise de localisme en cours (sera-ce enfin la dernière?) devront être sanctionnés dans les urnes par les électeurs Normands.

Sur l'Etoile de Normandie nous ne manquerons pas d'en informer et d'en avertir nos lecteurs: que chacun prenne ses responsabilités!

Prochainement vous trouverez ici le texte d'un APPEL:

STOP AU CLOCHEMERLE que nous vous inviterons à recopier et à envoyer aux grands élus concernés (les maires et présidents d'agglomération de Caen, Rouen et Le Havre) ainsi qu'aux députés et sénateurs de la représentation nationale de la Normandie.

En attendant, on lira avec intérêt cette nouvelle tribune proposée par le géographe caennais Nicolas ESCACH:

https://actu.fr/societe/tribune-crous-cour-appel-reunification-equilibree-transparente-entre-caen-rouen-havre_15160559.html

TRIBUNE. Crous, Cour d’appel… Pour une réunification équilibrée et transparente entre Caen, Rouen et Le Havre

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« La crise que nous traversons doit être l’occasion d’assumer enfin ensemble, en Normandie, une nouvelle vision de l’aménagement du territoire. Nous avons tout pour inventer une voie nouvelle», pense Nicolas Escach, docteur et agrégé de géographie. (©Normandie-actu)

La « guerre » entre les grandes villes normandes semble repartie de plus belle avec de nouveaux arbitrages à faire. L'universitaire Nicolas Escach demande plus de transparence.

 

Face aux tergiversations quant aux choix des villes pour l’installation des sièges d’institutions normandes, Nicolas Escach, docteur et agrégé de géographie, maître de conférences au campus de Caen de Sciences Po Rennes, prône la naissance d’une « métropole normande » triangulaire. « La crise que nous traversons doit être l’occasion d’assumer enfin ensemble, une nouvelle vision de l’aménagement du territoire. Nous avons tout pour inventer une voie nouvelle », insiste l’universitaire. Sa tribune.

« Un apaisement entre Caen et Rouen semblait s’amorcer »

« Crous, Cour d’appel, Agence régionale de la biodiversité, Agence régionale du livre et agence régionale du cinéma, directions régionales des grands groupes, ligues sportives, les arbitrages se multiplient ces derniers mois en Normandie, le plus souvent dans l’opacité la plus complète et sans aucune vision globale.

Comprendre la répartition des compétences entre les principales agglomérations relève désormais de l’exploit. Les élus régionaux s’étaient pourtant entendus sur un modèle – un partage équilibré et polycentrique de la gouvernance – mais sans ligne directrice claire concernant la méthode.

Alors que l’apaisement entre Caen et Rouen semblait s’amorcer grâce à la division entre capitale politique et capitale administrative (Conseil régional/préfecture), ces derniers mois montrent à quel point les fondations posées restaient encore fragiles.

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Lever les non-dits de la réunification

La Normandie est sans doute la région en France qui se prête le moins à une centralisation jacobine. Aucune de ses trois agglomérations principales ne peut prétendre seule rayonner à l’échelle nationale ou européenne et, à l’échelle régionale, la vie de ses habitants reste profondément divisée en au moins deux territoires distincts, la Seine créant toujours une coupure forte entre ancienne Basse et Haute-Normandie.

Quel intérêt Rouen (Seine-Maritime) pourrait-elle avoir dans le développement de Caen (Calvados) alors que le sien passe nécessairement par la ligne Paris-Le Havre ? Pourtant, au-delà des frontières physiques et quotidiennes, les trois premières villes sont situées à proximité les unes des autres (de 1h à 1h20 environ), ce qui permettrait d’envisager la naissance d’une « métropole normande » triangulaire, comme l’avait imaginé le groupe des quinze géographes (sur le lointain modèle de la « Randstad » hollandaise).

Au printemps 2015, élus locaux et ministres ont donc travaillé sur un partage des services de l’État avant qu’Hervé Morin effectue lui aussi, à la suite de son élection, un organigramme régional. En 2016, la Normandie réunifiée était proclamée, avec un horizon puissant, mais non-exempt de non-dits qu’il convient de lever.

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Le premier non-dit révèle une tradition différente en termes de gouvernance et d’aménagement des territoires entre les deux anciennes régions. Rouen considérait être la capitale unique de la Normandie puisqu’elle cumulait le statut de chef-lieu (en réalité désignant le siège de la préfecture) et de métropole, chaque attribution à une autre ville étant alors vécue comme une large concession.

Au passage, elle n’a pas hésité à utiliser un argument démographique largement gonflé par l’étendue de son intercommunalité pour faire prévaloir son bon droit. Caen, à l’inverse, imaginait plusieurs capitales, l’une politique et l’autre administrative. Cette revendication était tout aussi légitime en raison de sa centralité, de son dynamisme économique et de son double ancrage (terrestre et maritime). N’oublions pas d’ailleurs qu’une carte publiée dans la presse en avril 2015 annonçait Caen comme chef-lieu et Rouen comme siège du Conseil régional avant que le gouvernement ne fasse marche arrière au cours de l’été.

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Le deuxième non-dit planant sur la réunification concerne la méthode adoptée dans la répartition des services de l’État et de la Région. En effet si les « fonctions supports » et les boîtes aux lettres ont globalement été définies par niveau de gouvernance : la région à Caen, l’État à Rouen, le choix s’est porté, sans forcément l’assumer ouvertement, sur une répartition thématique des principales directions régionales et directions générales.

En ce qui concerne l’État en région, « les atouts » des deux villes auraient été pris en compte dans les sièges : l’agriculture et la forêt, la culture, l’éducation, l’enseignement supérieur et la santé à Caen, l’aménagement et l’attractivité économique des territoires, l’industrie, les transports, la jeunesse et les sports, en plus du cabinet de la préfecture, à Rouen. Avec, entre autres, le siège du Sgar (Secrétariat général pour les affaires régionales), de la Dreal (Direction Régionale de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement), de la Dirrecte (Directions régionales des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi), de la Caisse régionale des dépôts, Rouen s’en sortait plus que bien et Caen héritait de directions qui ressemblaient aux contreparties proposées dans les autres ex-capitales, loin de favoriser le modèle normand d’équilibre tant annoncé.

Quelle désolation de voir d’ailleurs la culture et l’agriculture considérées comme un simple lot de compensation dans des villes jugées par quelques technocrates peu stratégiques ! Sans compter les allusions à peine voilées sur la volonté de quelques-uns (heureusement minoritaires) de préférer Rouen pour continuer en réalité à habiter…Paris.

Loin de se contenter d’une division avantageuse, les élus rouennais ont par la suite négocié une partie des directions générales du Conseil régional (dont les transports et l’aménagement des territoires, la formation, la jeunesse et les sports ainsi que les lycées et une partie des relations internationales) et l’accueil de deux assemblées par an. Les directions, sous-directions et services se sont alors établis sur ce qu’il est désormais convenu d’appeler « les deux sites » – un site de Caen et un site de Rouen – sans qu’il ne soit plus possible de dire avec exactitude où était quoi tant le système de directeurs, sous-directeurs, chargés de mission s’avère inextricable. Les numéros des seuls organigrammes publiés semblent pourtant montrer un tropisme rouennais majoritaire.

Le troisième non-dit est né d’une absence de définition de ce qu’est un siège régional. Doit-on entendre par siège la boîte aux lettres administrative de l’institution, l’adresse de résidence du directeur, l’adresse professionnelle du directeur, le lieu de la plupart des réunions ? Tous ces lieux sont loin d’être synchronisés. Bien souvent, là où des institutions pourraient apparaître à Caen, leur fonctionnement quotidien s’ancre en réalité plutôt à Rouen. 

Un dernier non-dit relève de la distinction entre temps court et temps long. Il pourrait être nommé « syndrome de Bonn » (les ministères placés à Bonn après la réunification allemande ayant été progressivement déplacés à Berlin). Que restera-t-il des « antennes », « sites associés », « établissements secondaires » à Caen (ou plus rarement Rouen) lorsque les derniers agents non déplacés seront partis à la retraite ?

Il est facile d’annoncer que des fonctions supports (comptabilité, secrétariat, direction) ne sont que symboliques ou que les effectifs humains sont équivalents dans les deux villes, mais il est encore plus facile de ne pas remplacer, un jour ou l’autre, des postes qui seraient éloignés des centres de décision au nom de l’optimisation des ressources financières et humaines.

La technique est bien rôdée. Un site devient site associé pendant un moment, avec des missions plus ou moins vaporeuses, avant qu’un constat sans appel soit dressé : pourquoi donc faudrait-il maintenir un bureau coûteux et inefficace ?

Rigueurs comptables ou comptes à rendre ?

Ces derniers mois, l’affrontement entre Caen et Rouen a été relancé par l’annonce d’un recteur régional unique pour les deux académies. L’attribution des institutions de l’enseignement supérieur à Caen, prévue dès 2015, a pourtant fait l’objet d’intenses remises en question des Rouennais appelant à une « compensation » pour la disparition de leur recteur par l’obtention du Crous. Un important lobbying a débuté à Paris débouchant sur un revirement inattendu.

Alors que le Premier ministre annonçait finalement que le Crous partirait à Rouen, la préfète de Normandie, Fabienne Buccio, répondait récemment à Ouest-France laissant entendre qu’une cour d’appel régionale devrait compenser le siège du rectorat : « si le recteur est à Caen, le premier président et le procureur général pourraient être dans l’ancien parlement de Normandie du XVIe siècle, à Rouen ».

Combien de sièges devrons-nous donc céder pour que le compte soit bon ? Devrions-nous aussi abandonner toute velléité sur l’Agence régionale du développement durable ou de la biodiversité ? Ces comptes finissent par devenir absurdes, mettant en rapport des institutions qui n’ont rien à voir les unes avec les autres. En espérant même que le compte soit un jour bon, ménager est une étape qui ne dit en rien ce que nous allons construire.

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Le Crous et la cour d’appel sont symptomatiques d’une irruption de l’informel, du non-dit, et de l’improvisation dans un partage qui avait pourtant été anticipé, sans être vraiment entériné par les protagonistes et annoncé au grand public. Sur le Crous, beaucoup de mots ont été écrits, dits, débattus avec force au nom du respect des engagements pris à l’époque de la réunification et dans les derniers mois de 2017. Une mobilisation transpartisane et un engagement des salariés à Caen ont ponctué la fin du mois de décembre. Malgré un déficit ancien de réseaux et relais au niveau national, une revendication légitime a enfin été portée côté caennais. Depuis, aucun décret n’a été publié ; aucune déclaration officielle n’a été faite, suscitant attentes et inquiétudes.

L’installation du Crous est une question d’autant plus cruciale, qu’elle pourrait constituer un cheval de Troie côté rouennais. Est-il improbable d’envisager Rouen réclamer un recteur tournant (une fois Rouen, une fois Caen) et le siège de Normandie Université sur le futur campus du Madrillet ?

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Ces constats ne doivent pas être confondus avec une quelconque « querelle de clocher ». En réalité, sous couvert de déclarations sur les sièges qui peuvent paraître symboliques, se cache un danger pour la construction de la Normandie de demain.

Les élus rouennais, défendant pour certains d’entre eux une vision hégémonique et une négociation volontiers tournée vers Paris, souhaitent-ils seulement contribuer à une démarche collective ? Ont-ils renoncé à une métropole en réseau ? N’aurait-il pas été plus facile de défendre une voix commune et concertée sur des sujets comme le Crous, la Cour d’appel, l’Agence de biodiversité auprès de l’État ou de la région ? N’aurait-il pas été plus efficace d’appeler ensemble à l’organisation de la capitale européenne de la culture ?

Répondre à ces enjeux suppose un respect mutuel sans sous-estimer ce que des administrations peuvent avoir de structurantes pour des territoires en termes d’emplois (notamment métropolitains), de visibilité (rester sur les cartes), de synergie (avec des formations, à l’image de la cour d’appel), de rayonnement.

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Une nouvelle ambition régionale

Et si cette dernière lutte entre Caen et Rouen était sublimée par une nouvelle ambition régionale ? Quatre conditions doivent à mon sens être réunies pour que cette crise soit le début d’une trajectoire d’innovation.

• Tout d’abord, considérer conjointement le plus rapidement possible l’ensemble des dossiers restant à trancher (Crous, Cour d’appel, Agence régionale du développement durable et Agence régionale de la biodiversité) pour porter un avis unique auprès des instances régionales et étatiques et rappeler à l’occasion la volonté revendiquée et partagée d’un territoire normand à plusieurs capitales. Concernant le Crous et les fonctions supports de la Cour d’appel régionale, il apparaîtrait logique que l’un aille à Caen, l’autre à Rouen (tout en maintenant les deux cours d’appel) pour une question d’équilibre. Les deux dispositifs se justifient : si un Crous à Caen permettrait une proximité avec Normandie Université et avec le rectorat, la cour d’appel régionale à Caen serait justifiée par des locaux optimisés et par l’existence de services supports pour d’autres cours d’appels comme Angers. Pour les deux futures agences liées à l’environnement, l’une pourrait s’installer à Caen, l’autre à Rouen.

• Les prochaines Assises de la Normandie seraient ensuite l’occasion pour les acteurs publics régionaux et nationaux de présenter un rapport assorti de cartes exposant de manière transparente, pédagogique et globale (administrations, sièges d’entreprises, ligues sportives) l’état de la gouvernance régionale. Ces cartes seraient mises en ligne sur les différents portails institutionnels (gouvernement et région Normandie) et citoyens.

• Sur le modèle du G5 lancé par les départements normands en 2015, une réunion régulière, dont les résultats seraient rendus publics, pourrait aussi se tenir entre les trois agglomérations de Caen, Rouen et Le Havre afin d’avancer vers un modèle de métropole en réseau. Celui-ci pourrait faire date, avec pourquoi pas une adaptation du statut de métropole pour le cas normand, permettant que Caen et Le Havre le rejoignent, comme Rouen auparavant, mais cette fois dans un ensemble unique et réticulaire. Pourquoi ne pas imaginer des vœux annuels conjoints permettant d’exposer aux Normands les projets communs qui seront réalisés dans l’année ? La cérémonie des vœux a une dimension fortement symbolique, est particulièrement médiatisée, et a été dans le passé trop souvent l’occasion d’affirmer un égoïsme territorial malvenu (comme à Rouen en janvier 2015).

• Les acteurs normands auraient enfin tout intérêt à affirmer leur vocation à rayonner par la promotion d’un nouveau modèle rompant avec la tradition jacobine. Les déclarations des différents acteurs étatiques, régionaux, intercommunaux et municipaux seraient l’occasion de défendre la métropole en réseau. Une Datar (Délégation interministérielle à l’aménagement du territoire et à l’attractivité régionale) régionale serait envisageable sur le modèle de la Datar Nouvelle Aquitaine afin de proposer une vision de l’aménagement des territoires en Normandie. Une candidature de Caen, avec le soutien de ses partenaires, à l’accueil du siège de l’Agence nationale de la cohésion des territoires, renouerait d’autre part avec la décentralisation d’instances nationales dans les régions.

« Nous avons tout pour inventer une voie nouvelle »

La crise que nous traversons doit être l’occasion d’assumer enfin ensemble, en Normandie, une nouvelle vision de l’aménagement du territoire. Nous avons tout pour inventer une voie nouvelle, en dehors de l’hégémonie d’une métropole sur les autres. Cette innovation institutionnelle, certes semée de difficultés (dépassement des rivalités et harmonisation des cultures territoriales), sera le berceau de nombreuses autres innovations numériques, économiques, sociétales et démocratiques. Plus que la polarisation, la réticularité est sans doute la plus à même de créer en Normandie une fertilisation croisée des territoires.