L'Etoile de Normandie vous invite à lire la réflexion suivante proposée par Adrien Dubrasquet publiée récemment dans Le Figaro: manifestement, la décentralisation de "Grand Papa" celle procédant des lois Deferre des années 1980 est en train de mourir.

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François Hollande l'a blessée. Emmanuel Macron est en train de l'achever sous nous yeux à l'occasion d'un moment néo-jacobin qu'on n'avait plus connu depuis près de 50 ans. Le problème c'est que nous nous trouvons au milieu du gué: l'Etat central voudrait revenir au premier plan pour décider, à nouveau, de tout dès que cela lui paraît relever de l'intérêt national. Mais il n'a pas plus qu'auparavant les moyens de ses déclarations d'autant plus que les collectivités territoriales ont assuré sur leurs finances une externalisation des services publics de l'Etat, ce dernier se gardant pour lui la partie la plus "noble" et prestigieuse.

Et avec l'aide de l'idéologie managériale dominante, les collectivités territoriales sont traitées par l'Etat central comme le seraient les sous-traitants d'une multinationale. Le seule avantage du moment que nous vivons c'est que, désormais, il se voit: Macronaparte 1er ne se gêne plus!

Bien entendu, nous défendons la vision inverse qui est celle de parier enfin sur le dynamisme, les projets et les potentiels d'une société civile qui refuse, de plus en plus, d'être infantilisée par une République des caciques, que cela soit une caste de haut-fonctionnaires parisiens arrogants ou une caste d'élus locaux qui furent aussi les barons de la décentralisation.

Notre parti c'est la démocratisation dans la régionalisation en prenant enfin au sérieux l'idée régionale sur une base géohistorique et sociale authentique pour mettre en oeuvre une démocratie locale de la maîtrise d'usage.

Pour qu'un intérêt national soit géré et piloté depuis le territoire où ce dernier se déploie selon le principe de "subsidiarité" qui est un principe de responsabilité, de pragmatisme et d'efficacité: Macronaparte 1er est en marche pour tuer la décentralisation de "Grand Papa" mais sûrement pas pour opérer la révolution copernicienne d'une régionalisation de l'intérêt national. 

Le projet normand conçu à Paris, pour Paris c'est catastrophique: la division normande a été nuisible à la France car le potentiel normand a été stérilisé pendant 50 ans.

Il est temps de faire l'inverse:

UN PROJET NORMAND conçu en Normandie pour la Normandie qui sera utile à la France pour la bonne et simple raison qu'il fonctionnera.

A tout malheur quelque chose de bon: Macronaparte 1er se plait à être le fossoyeur de la décentralisation de "Grand Papa" (celle des grands barons aménageurs à la Georges Frêche). Libre à lui.

Mais surtout libre à nous de défendre et de mettre un oeuvre un projet normand ambitieux: la Nature ayant horreur du vide!

ESSAYONS L'OPTION GIRONDINE et NORMANDE...


 

LA FIN DE L'AGE D'OR DE LA DECENTRALISATION

Adrien Dubrasquet
Publié le 18/01/2018 à 15h22
FIGAROVOX/ANALYSE - L'abandon du projet d'aéroport à Notre-Dame des Landes a contenté 3 Français sur 4. Selon Adrien Dubrasquet, cette décision n'est pas un recul de l'État devant les zadistes, mais plutôt un gage d'autorité face à des «barons locaux» qui se sont approprié le monopole de l'aménagement du territoire.


Adrien Dubrasquet est ancien élève de l'École Normale Supérieure.

«L'État a une fois encore reculé face à la pression de l'opinion». Tel est, en substance, ce qui ressort de nombreux commentaires sur la décision prise par le chef du gouvernement d'enterrer définitivement le projet de construction de l'aéroport de Notre-Dame-Des-Landes. Pourtant, les premiers sondages vont à rebours de cette interprétation puisque 74 % des Français approuvent cette décision (dont 36 % très favorables). Plus spécifiquement, 56 % estiment que le gouvernement a fait preuve de courage, selon un sondage Odoxa et Dentsu Consulting pour Le Figaro. Les zadistes et les écologistes n'ont pas gagné. L'autorité de l'État n'a pas été une fois de plus sapée avec cette décision. Au contraire même, il semble qu'on puisse y voir les prémisses d'un rétablissement de cette autorité, à plus d'un titre.

D'une part, parce que les «zadistes», ce rassemblement hétéroclite de casseurs, d'anarchistes, de militants ultragauchistes et de soixante-huitards attardés, vont enfin être expulsés de terrains publics et privés qu'ils occupent illégalement. La plaisanterie a fait long feu, et c'est une décision qui aurait dû être prise et assumée dès le premier jour. Si l'on arrive à croire qu'une poignée de «black blocks» et de militants radicalisés a réussi à mettre l'État en échec, c'est bien parce qu'il y a eu à son sommet une série d'atermoiements et de tergiversations auxquels il était temps de mettre un terme.

Le chef de l'État ne siffle pas seulement la fin de la récréation pour les zadistes, mais aussi pour les élus locaux.

D'autre part, en prenant une telle décision, le chef de l'État ne siffle pas seulement la fin de la récréation pour les zadistes, mais aussi pour les élus locaux. Emmanuel Macron n'éprouve pas une affection particulière pour les élus d'une manière générale. C'est d'abord et avant tout un haut fonctionnaire, qui s'est tenu soigneusement à l'écart des scrutins locaux, qui a été éduqué dans un certain idéal de l'État, et qui s'est investi en politique parce qu'il ne supportait plus la médiocrité du personnel politique et les décisions prises par des demi-habiles qui tentent de concilier calculs politiciens, coups de billards à trois bandes et intérêt général. À ses yeux, engloutir des milliards dans un projet qui est dans les cartons depuis 50 ans, alors que la société s'est profondément transformée depuis et que la donne économique et technologique a changé (apparition de la LGV, des vols low-cost, révolution numérique, etc.), parce que tel élu local se rêve en Vauban ou que tel autre confond son bureau avec ceux de la DATAR, est assez peu conforme avec sa conception de l'intérêt général.

On objectera avec raison que le chef de l'État se livre à un déni de démocratie, qu'il y a eu un référendum local, et que ce projet est soutenu par nombre de représentants élus. C'est vrai. Et c'est sur ce point qu'il se distingue de ses prédécesseurs immédiats: c'est la décision d'un haut fonctionnaire de formation, pénétré de l'idéal technocratique, qui croit fermement dans le pouvoir de l'État et dans la vertu de l'administration, qui doute fortement de la capacité d'un conseiller départemental ou d'un conseiller municipal à déterminer l'intérêt général et qui se montre sceptique sur la légitimité d'un référendum local à arbitrer une décision d'aménagement du territoire de dimension nationale.

Sans doute n'a-t-il pas tout à fait tort et sans doute tout cela mériterait d'être discuté plus avant. Mais ce n'est pas cette dimension psychologico-politique - d'aucuns diront sa pensée saint-simoniste - (NDLR: "remplacer le gouvernement des Hommes par le gouvernement des choses") qui nous semble la plus intéressante à relever. En refusant la construction de l'aéroport, Emmanuel Macron signifie la fin de l'âge d'or de la décentralisation.

Cette décision vient à la suite de plusieurs signaux faibles adressés aux élus locaux. Loin de prétendre à l'exhaustivité, citons-les pêle-mêle:

  • La suppression partielle de la taxe d'habitation a pour conséquence une diminution du pouvoir de taux et d'assiette des collectivités locales en matière de fiscalité locale, puisque celle-ci va être remplacée par une enveloppe normée.
  • L'établissement de nouvelles exigences s'agissant des emplois aidés entraîne une réduction du pouvoir d'animation économique des élus locaux et encadre plus strictement leurs capacités d'action sur l'emploi.
  • La réduction des APL réduit les marges de manœuvre des acteurs locaux de l'habitat social, et les rend dépendants d'hypothétiques compensations de l'État puisqu'il est désormais demandé à ces mêmes offices de compenser la baisse de ressources.

L'objectif est clair : diminuer les compétences des collectivités au profit du rétablissement de l'autorité de l'État.

Par petites touches et de façon latente, se mettent en place les mécanismes d'une réduction des pouvoirs des collectivités territoriales et des différents acteurs locaux. Le procédé est habile: pas de grandes déclarations ni de coups de menton, mais une série de mesures extrêmement techniques qui n'ont a priori aucun rapport avec la décentralisation et l'organisation politique et administrative des territoires puisqu'elles visent officiellement à restaurer le pouvoir d'achat des ménages, par exemple. (NDLR: la suppression de la taxe d'habitation). Mais l'objectif est clair: diminuer les compétences des collectivités au profit du rétablissement de l'autorité et du pouvoir de l'État sur un certain nombre de secteurs.

En cela, Emmanuel Macron s'inscrit dans le sillage de son prédécesseur, François Hollande, qui, en réduisant la dotation globale de fonctionnement et en supprimant la clause de compétence générale pour les départements et les régions, avait limité le pouvoir des collectivités en les privant, financièrement et matériellement, de leurs moyens. Au-delà du souci d'endiguer la dérive des finances publiques, est donc mis un coup d'arrêt au processus de décentralisation à l'œuvre depuis 1982, et dont chaque nouvelle étape s'est traduite par l'octroi de compétences et de moyens supplémentaires aux différentes collectivités.

Il est encore trop tôt pour caractériser ce phénomène plus précisément. Pour l'heure, nous ne sommes en face ni d'un mouvement «recentralisateur», ni d'une redistribution des compétences entre les différents échelons territoriaux et administratifs, mais d'une paralysie progressive d'un système qui, s'il a démontré largement ses vertus et ses réussites, a aussi laissé voir ses excès et ses vices.

En décidant unilatéralement de suspendre la construction de l'aéroport de Notre-Dame-Des-Landes, Emmanuel Macron a lancé un nouvel avertissement aux grands élus et autres barons locaux: la politique d'aménagement du territoire, lorsqu'elle revêt des enjeux qui dépassent largement la dimension locale, relève exclusivement de l'État, de son autorité et de sa responsabilité. Cette annonce, on l'a vu, n'est pas un acte isolé. Surtout, elle s'inscrit dans un projet plus global, celui de clarifier la répartition des compétences et la responsabilité de chaque organe décideur, de l'échelon communal jusqu'au niveau européen, qui constitue un des principes directeurs de la réflexion politique du chef de l'État et une des clefs de lecture de son quinquennat.