Ce matin, dans la salle des professeurs d'un lycée professionnel de Caen, on a vu venir, d'un pas alerte, l'air content de lui, un proviseur adjoint qui avait les bras chargés, tel un coursier, d'une grosse liasse de paperasses imprimées sur "du papier UPM produit en Allemagne à partir de 52% de fibres recyclées, porteur de l'écolabel européen n°FI/11/001" par Ouest-France Rennes (35) intitulé, sans rire, "Ouest-France Orientation" (d'où l'expression: "être totalement à l'Ouest") et prétendant proposer "des parcours d'études pour aller vers l'emploi"... en Bretagne ou dans les Pays de Loire, avons-nous envie de rajouter puisque nous avons, hélas, quelques solides arguments pour être de mauvaise langue avec ce "supplément offert par votre journal": quelle délicate attention! car vous ne saviez peut-être pas que Ouest-France était "votre" journal.

En fait si... Par la grâce de nos impôts, cet organe de presse qui revendique la première diffusion quotidienne de France, reçoit près de 10 millions de l'Etat central français au titre de la garantie du pluralisme dans la presse et les médias.

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Ouest-France, la "P.Q" en papier recyclé... Sur l'Etoile de Normandie, nous défendons l'économie circulaire!

Le pluralisme c'est ce qu'on cherchera vainement dans cette feuille de propagande ligéro-bretonne dirigée par une certaine Clotilde CHERON qui consiste à distribuer à tous les lycéens Normands un bon bol de lait ribot breton avec une pierre de sucre normande...

Sur 23 pages de "publi-reportages" officiellement consacrées à la "Normandie" on trouvera, comme d'habitude, une solide tranche de jambon breton entre deux pubs d'écoles ou d'institutions de formation de Normandie...

Une lecture précise de cette propagande dont le papier ne refuse pas l'encre donne ceci:

sur 23 pages, en comptant autant les encarts de pub que les articulets vantant le mérite ou le parcours de tel ou tel étudiant, on trouvera 45 "contenus rédactionnels". Mais sur ces 45 contenus, seuls 17 concernent la Normandie, et encore pas toute la Normandie puisque les Haut-Normands ne se sont pas embarqués dans cette feuille de chou pour un naufrage dans l'Ouest, c'est à dire en Bretagne.

Car le plus consternant c'est d'avoir à constater que cette feuille est financée par les annonceurs qui y font leur publicité et voir une ou deux fois les léopards officiels de la région Normandie dans cette triste aventure soi-disant normande, on a l'impression que certains sont capables d'acheter sans le savoir la corde qui va les pendre.

En effet, les parcours de réussite des jeunes bretons et ligériens sont mis en valeur et le parcours d'un petit Normand de Condé sur Noireau qui a réussi avec mention Très Bien son bac STI2D pour devenir ingénieur à Nantes acquiert la valeur d'un trophée au profit d'un modèle breton de la réussite scolaire qui continue de narguer une Normandie toujours à la traîne en ce domaine. Et dans ce naufrage général de la Normandie sanctionné par un terrifiant tableau classant les trois régions en lice (Bretagne, Pays de la Loire et Normandie, dans l'ordre selon... Ouest-France) en ce qui concerne la sélection à l'entrée des BTS et des IUT dans "l'Ouest" (sic!) on ne sauvera que le témoignage d'une certaine Camille Tessier passée par l'Ecole de Management de Normandie pour, ensuite, partir au Chili et revenir... en Normandie pour travailler chez Sidel.

Que les choses soient clairement dites: volontairement ou non, Ouest-France est l'une des principales armes de destruction massive de toute fierté normande et le héraut d'un chauvinisme breton sans vergogne financé par les impôts d'un Etat français que certains régionalistes bretons voudraient quitter !

Et c'est ainsi qu'il faut lire ou non des articles ayant les titres suivants:

"Armelle voudrait être professeure de breton" (on rappelle que c'est le cahier spécial "Normandie")

"Goulwen aime cette formation qui laisse les choix ouverts"

Alors quand on montre au proviseur adjoint et à d'autres professeurs la réalité parfaitement biaisée du contenu rédactionnel de cette propagande bretonne les réactions furent de deux ordres:

1) la dénonciation du soft power breton c'est du chauvinisme normand

2) Il faut que nos jeunes soient "mobiles"... Ben voyons!

Mais d'autres, et c'est nouveau, ont trouvé que la chose manquait d'un minimum de vergogne, que ce monopole de diffusion de Ouest-France dans les lycées était pour le moins étrange (une collègue a même exigé de pouvoir lire Paris-Normandie) et après un examen attentif de la prose de Ouest-France, la liasse de papier recyclé allemand, apportée une heure plus tôt par le proviseur adjoint, est allée tout droit au fond du conteneur de tri sélectif...