L'Etoile de Normandie relaye l'inquiétude des professionnels de la Culture en Normandie qui craignent que l'unité normande ne soit qu'un centralisme à l'échelle régionale. Nous partagerons cette crainte non sans oublier que l'argument de la proximité peut être aussi celui du localisme qui s'est longtemps satisfait de l'infantilisation confortable mis en oeuvre par l'Etat central et qui fait que dans l'esprit de nombreux professionnels de la Culture "en région", la collectivité territoriale qui s'est substituée à l'Etat central dans le cadre de la décentralisation, est considérée comme un simple robinet à subventions.

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Désormais, la logique est d'aller vers plus de responsabilisation des acteurs culturels qui doivent, plus qu'auparavant, démontrer que leurs activités et leurs créations apportent un bénéfice aux citoyens habitants la région et pas seulement à des petits publics initiés plutôt urbains qui ont les revenus suffisants pour se payer une offre culturelle pourtant largement subventionnée et organisée selon des prescriptions médiatiques, parisiennes sinon officielles.

Paradoxalement, les pratiques culturelles populaires trop souvent méprisées par les prescripteurs officiels de la culture publique subventionnée coûtent plus chères que la culture élitiste: un billet pour pour écouter Johnny au Zénith (paix à son âme) coûtait dix ou vingt fois plus cher qu'un ticket d'entrée à une expostion d'art contemporain dans un FRAC qui n'est fréquentée que par l'étudiante payée à rester assise sur une chaise une journée entière pour surveiller une salle vide.

Ce qui nous amène à rappeler une nouvelle fois encore qu'il y a un impensé, sinon un tabou, planant sur la définition d'une politique publique culturelle régionale que nous avions déjà évoqué il y a quelques mois lors de la présentation officielle des nouvelles politiques culturelles normandes au cirque-théâtre d'Elbeuf en mai 2017...

S'agit-il de financer à fonds perdus une offre culturelle "en région" que l'on pourrait trouver partout ailleurs en France et plus particulièrement dans les grandes métropoles (à commencer par Paris) ou s'agit-il de financer en priorité la culture régionale en Normandie en mettant en valeur les talents et les créations des artistes normands? (Avec un volet spécifique de soutien à la transmission d'une culture normande, on pensera à la langue, qui est menacée de disparition).

On se doute bien des postures et des impostures idéologiques qui empêchent encore d'ouvrir le sujet et c'est bien dommage: il faut dire que les instrumentalisations politiciennes des élus locaux du Front National sur fond d'inquiétude identitaire n'ont rien fait pour aborder cette question avec sérénité. Pourtant, certaines régions que l'on croit dotées d'une "identité forte" ont réussi à dépasser une politique culturelle "en région" manquant d'originalité et menacée par la standardisation privée ou publique (par ex: les FRAC qui accueillent l'art contemporain subventionné sinon officiel) pour mettre en oeuvre une authentique politique culturelle régionale: la Normandie dispose de ressources fabuleuses dans son patrimoine mais aussi dans son potentiel contemporain.

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Le Frac Normandie va bientôt ouvrir dans l'ancien couvent des Visitandines de Caen, rue caponière: peut-on espérer que les artistes Normands auront un accès privilégié à cette institution publique officiellement chargée de diffuser la création artistique de notre époque, dans notre région?

Ce qui manque c'est de la curiosité intellectuelle pour la Normandie: pas sûr que ce soient les professionnels de la Culture qui vivent du robinet à subventions du conseil régional de Normandie qui en fassent, hélas, le plus preuve...


 Lire, ci-après, l'article de Ouest-France:

https://www.ouest-france.fr/normandie/normandie-les-acteurs-de-la-culture-ecrivent-herve-morin-5556209

Les artistes, structures culturelles, syndicats professionnels et fédérations de Normandie se sont réunis mardi. Ils expriment leurs inquiétudes au président de Région sur change.org concernant la politique culturelle régionale.

Selon les acteurs culturels normands signataires, qui se réclament de la CGT-spectacle/Fédération des arts de la rue/SNSP/Synavi/Syndeac, « les espoirs suscités par votre projet de politique culturelle porté par Catherine Morin-Desailly, présidente de la commission culture et par Emmanuelle Dormoy, vice-présidente en charge de la culture, laisse place à la désillusion du secteur professionnel ».

Et de citer des propos tenus par Hervé Morin en mai 2017 : « Vous avez déclaré : « nous souhaitons favoriser l’accès de tous à la culture. Elle ne doit pas être réservée exclusivement aux habitants des grandes métropoles. Il faut équilibrer l’offre si l’on ne veut pas d’une Normandie à deux vitesses. »»

Les signataires soulignent : « La Région a, l’année dernière, renforcé son soutien à certaines structures culturelles implantées sur la métropole, accentuant ainsi le déséquilibre territorial. De plus, elle a imposé à certaines structures culturelles sans concertation préalable des fusions et des relocalisations qui ont renforcé ce phénomène de concentration. »

Crainte du « désengagement »

Ils craignent « un désengagement auprès d’acteurs locaux : événements culturels, festivals, lieux intermédiaires ou collectifs… Par ailleurs, des dysfonctionnements internes à la Région ont fortement perturbé la relation des professionnels avec leurs interlocuteurs ».

La pétition pointe « l’absence du nouveau directeur au sein des instances de suivi de nos structures ou à l’occasion de nos manifestations, contribue à instaurer un climat anxiogène ».  Les acteurs culturels demandent « la mise en place du projet culturel présenté le 3 mai 2017 au cirque-théâtre d’Elbeuf ; un rééquilibrage des subventions allouées par la Région sur l’ensemble de son territoire ; le respect de votre engagement quant à l’augmentation du budget de 37 millions à 40 millions en 2019 ; une meilleure concertation avec les acteurs et les territoires concernés dans la mise en place des fusions ou relocalisation ; la nomination d’interlocuteurs susceptibles de garantir l’accompagnement, l’expertise et le soutien des projets culturels sur le territoire ».