A tout malheur quelque chose de bon...

L'outrecuidance pleine de morgue de notre haut-fonctionnaire inspecteur des finances devenu président de la République dans un concours de circonstances et qui affiche une autorité néo-jacobine toute "saint simonienne", cette arrogance du "savant" surplombant le réel qui a intérêt à bien se tenir va finir par remettre en selle l'idée girondine qu'on croyait guillotinée depuis 1793 avec notre belle et grande Charlotte Corday.

Et celles et ceux qui ont la mémoire longue doivent se souvenir qu'Emmanuel Macron, puisqu'il s'agit de lui, avait fait campagne sur l'idée de mettre en oeuvre un "pacte girondin" de coopération ou de cogestion responsable des grands dossiers de l'intérêt national entre l'Etat central et l'ensemble des corps dits "intermédiaires" de la société civile française, à commencer par les collectivités territoriales. Or, depuis juillet 2017, la guimauve électorale s'est transformée en vinaigre dosé depuis les bureaux du minsitère du Budget à Bercy.

Le tête à queue est complet et c'est avec aplomb que le bonimenteur qui loge pour cinq ans à l'Elysée se fait donneur de leçons ou de conseils avisés: le pacte de confiance de la décentralisation qui existait depuis près de quarante années n'existe plus... Alors parler de "pacte girondin" aux élus locaux sous les ors solennels du Sénat c'est, au mieux une vaste blague, ou pire, un cynisme désinvolte qui met à rude épreuve l'honneur même des élus locaux à qui le président de la République ou son factotum havrais qui occupe Matignon, ont osé raconter cette salade plus jacobine que jamais!

Politiquement, alors que la droite n'en finit pas de se décomposer et que l'armée des Godillots officiellement "En Marche" peine à s'étendre au delà des professionnels de l'opportunisme politique, Hervé Morin devient, depuis la "Plaine" normande, structurellement et idéologiquement le principal opposant à Emmanuel Macron à l'instar d'un Jean-Luc Mélenchon qui, depuis la "Montagne" de la Gauche, s'oppose au Macronisme pour des raisons tout aussi idéologiques...

En effet, Mélenchon s'oppose frontalement au libéralisme pro business de l'ancien banquier d'affaires Macron tandis que Morin essaye d'organiser une opposition tout aussi frontale contre le néo-jacobinisme autoritaire de l'ancien haut-fonctionnaire Macron.

On voit ainsi qu'une nouvelle cohérence politique se dessine à condition de pouvoir nourrir un nouveau rapport de force plus pertinent que celui proposé par le Front National avec le "Penot" Laurent Wauquiez qui court derrière le grand méchant loup frontiste pour tenter un retour au bercail des brebis égarées dans une colère populiste sans lendemain contre des élites plus mondialisées que françaises.

Le grand moment d'effondrement politique que nous vivons depuis les dernières élections présidentielles s'arrêtera lorsque va se reconstruire le contre pouvoir critique du projet d'adapter totalement et définitivement la France à la Mondialisation sous standard anglo-saxon (c'est, grosso modo, le projet de Macronparte 1er) par le retour d'alternatives sociales et écologiques à gauche (Les Insoumis de Mélenchon) et par le retour des alternatives territoriales au centre droit (les centristes girondins de Morin).

Hervé Morin pense que ce moment est arrivé: l'alternative girondine n'a jamais été réellement prise au sérieuse dans notre pays depuis plus de deux siècles. Le moment "girondin" est peut-être arrivé et Hervé Morin, fort de l'évidence normande qu'il incarne politiquement, a bien l'intention de le faire exister totalement...

A condition de ne pas être seul à le faire: une coordination d'esprit "fédéraliste" entre les grandes collectivités territoriales constituant le maillage territorial de la République tant en métropole que dans les outremers doit être mise en place avec une plateforme de revendications mais aussi de propositions alternatives  face aux échecs gestionnaires et organisationnels du centralisme jacobin de l'Etat.

Pour prendre un exemple concret: un "pacte girondin" demandant à expérimenter une gestion régionale et locale des grands ports maritimes. Cette revendication forte devrait mobiliser toutes les régions maritimes de France.

Malgré un séjour de deux jours plutôt désastreux en Corse, Emmanuel Macron a lâché du lest sur un point essentiel en se souvenant, soudainement, de l'une de ses promesses de campagne d'accorder le droit à l'expérimentation aux collectivités régionales (modification de l'article 72 de la Constitution):

C'est aux véritables Girondins qu'il revient de mener fermement le combat politique en marquant à la culotte le faussaire qui a, hélas, le droit souverain de décider de tout ou presque en dernier ressort dans notre belle République qui n'a pas oublié qu'elle fut surtout un empire et un royaume.

Lire dans Ouest-France (12 février 2018):

Morin central

Article qui était accompagné d'un dessin d'Emmanuel CHAUNU, impertinent comme il se doit... Nous avons pris sur nous le droit d'en accentuer le propos:

grand pari normand

A lire, enfin, une très intéressante tribune signée Jérôme Besnard, élu local normand (LR) parue récemment dans Le Figaro: selon l'élu Normand qui rappelle quelques éléments trop méconnus d'un mouvement politique fédéraliste français né en Normandie, la Corse est prête pour le moment fédéral et girondin...

Corse : pour un fédéralisme à la française

  • Par  Jérôme Besnard, publié le 09/02/2018 à 13:25

FIGAROVOX/TRIBUNE - Pour Jérôme Besnard, la solution au problème corse n'est pas girondine mais fédéraliste. Le mouvement initié par Gilles Simeoni doit inciter l'État à repenser l'organisation territoriale française, tout en se remémorant son histoire commune avec la Corse.


Jérôme Besnard est conseiller national du parti Les Républicains et conseiller municipal de Mont-Saint-Aignan (Seine-Maritime).


Avouons d'entrée une peine certaine devant la gestion de la question corse par le Président de la République. Voir le président d'une région française soumis à une fouille avant de pouvoir assister au discours du chef de l'État est choquant. Gilles Simeoni s'inscrit dans une tradition politique revendicative mais nullement terroriste. Un demi-siècle de militantisme familial est là pour le prouver. Qui connaît Gilles Simeoni sait qu'il est de la trempe de ces militants régionalistes pour lesquels la violence symbolique, lorsqu'elle doit s'exercer, doit toujours demeurer au service de la raison. On pense bien entendu ici au FLB de Jean Bothorel ou au Mouvement Normand de Didier Patte. Pas à l'ETA ou aux dérives, savamment entretenues par certaines officines, du FLNC. Gilles Simeoni a la confiance et l'estime d'Hervé Morin, président de l'Association des régions de France qui est en train de réussir la fusion des deux régions normandes. C'est un avocat de profession, un humaniste au plus beau sens du terme. J'étais l'un des trois élus continentaux présents au rassemblement fondateur de Femu A Corsica le 29 juillet dernier à Corte. Je n'y ai rien constaté de séditieux ou de choquant pour notre commune décence politique française.

La solution à la question corse n'est pas « girondine » pour la bonne raison que le girondisme n'est qu'un jacobinisme modéré.

L'absence de drapeau corse lors du discours d'Emmanuel est tout aussi stupide. On pense à l'étonnement du général de Gaulle face au drapeau malouin flottant au sommet de l'Hôtel de Ville de la cité corsaire: le rappel qui lui fut fait de l'indépendance de Saint-Malo au XVIe siècle lui fit convenir qu'il ne s'agissait pas là d'une offense à la République. Pensons aussi au discours du même général de Gaulle en langue bretonne à Quimper le 2 février 1969. Une intervention du chef de l'État en langue corse aurait eu un certain panache.

La solution à la question corse n'est pas «girondine» pour la bonne raison que le girondisme n'est qu'un jacobinisme modéré. Les Girondins furent aux Jacobins ce que les Mencheviks furent aux Bolcheviks. La solution est à rechercher dans le trésor du fédéralisme français, si conforme au principe de subsidiarité. Le débat est ancien si l'on se réfère aux premiers écrits de l'Association normande d'Arcisse de Caumont (1831) ou à l'Association bretonne fondée en 1843.

Même s'il a forcé le trait, on relira avec profit L'Ancien régime et la Révolution d'Alexis de Tocqueville. On se souviendra surtout que notre fête nationale du 14 juillet ne doit pas grand-chose à la prise de la Bastille mais tout à cette fête de la Fédération de 1790 que l'historien Marc Bloch plaçait au même niveau que le sacre de Reims dans la symbolique française.

«La Corse est au cœur de la République» est venu dire Emmanuel Macron dans une de ces phrases creuses dont il a le secret. Non, la Corse n'est pas au cœur de la République, elle est un territoire insulaire, montagneux et en grande partie rural, situé non seulement en périphérie de la France métropolitaine mais au cœur de cette France périphérique si bien décrite par le géographe Christophe Guilluy, cette France qui doute de son avenir et qui ne se retrouve pas dans le discours de mondialisation heureuse qui a été celui du Président de la République depuis son émergence sur la scène politique nationale.

Non, la Corse n'est pas au cœur de la République, elle est un territoire insulaire, montagneux et en grande partie rural.

Plutôt que d'invoquer des principes républicains aux contours souvent flous, on serait mieux inspiré d'en appeler à notre histoire commune depuis 1768 et l'achat de l'île à la République de Gênes par le roi Louis XV. Que l'on se souvienne des jours heureux et des peines communes, des batailles de Borgo et de Ponte-Novo, de la rivalité entre Bonaparte et Pozzo di Borgo, de la place centrale des Corses dans l'administration française, des sacrifices du 173e Régiment d'infanterie pendant la Première guerre mondiale. Allons écouter le vent dans les châtaigniers qui entourent la maison natale de Pascal Paoli à Morosaglia. Inclinons nous devant le sacrifice des goumiers marocains au col de Teghime. Saluons les deux églises, latine et grecque, de Cargèse. Pensons au dernier vol de Saint-Exupéry au départ de Poretta. Songeons au mariage de Romain Gary et Jean Seberg à Sarrola-Carcopino. Souvenons-nous de la Légion étrangère quittant Calvi pour aller libérer les Belges et les Français dans l'enfer de Kolwezi.

Commémorons ces pages de l'histoire française qui ont fait de la Corse une île de notre pays. Donnons-nous les moyens institutionnels de la conserver dans le giron français en respectant sa culture et son peuple. Cela passe par l'ouverture d'un vrai dialogue avec Gilles Simeoni et ses amis que leurs succès électoraux accumulés depuis quatre ans revêtent d'une légitimité incontestable. Des outils juridiques et constitutionnels existent pour que la Corse résolve avec l'aide de la France ses problèmes culturels et économiques, qu'elle préserve ses paysages et qu'elle offre un avenir à sa jeunesse.