La question du Grand Paris va bientôt arriver dans l'agenda des grands médias: on entend déjà au loin battre le tambour. Et ça fait longtemps qu'on l'entend battre... La conférence territoriale tant attendue, prévue en octobre dernier, est repoussée à mars 2018. Les hérauts de l'Elysée vont bientôt distribuer la pâtée prête à être digérée aux gros chiens médiatiques qui vont aboyer ensemble: "Grand Paris, Grand Paris, Grand Paris". Le sujet va tourner en boucle dans tous les grands médias quelques jours durant avant de pouvoir passer à autre chose. Il y a une pendule sur chaque marbre de cheminée à l'Elysée: Emmanuel Macron est, plus que jamais, le maître des horloges sur le mode: "passe moi ta montre et je te dirai l'heure".

Voir par exemple, la présentation proposée par Le Parisien-Aujourd'hui: les commentaires des internautes sont assez... symptomatiques! Bien entendu, aucune allusion à la dimension fluviale et maritime du projet dans cette présentation: ce qui veut dire qu'on n'est jamais aussi bien servi que par soi-même...

Personne ne s'occupera de la Normandie à notre place: on déjà vu ce que cela pouvait donner sur les cinquante dernières années avec la quasi nationalisation parisienne de la Normandie dans la division régionale avec Rouen, ancienne seconde ville de France, rétrogradée au rang peu enviable de banlieue industrialo-portuaire en aval de Mantes La Jolie...

http://www.leparisien.fr/grand-paris/tout-ce-que-le-grand-paris-va-changer-pour-vous-12-02-2018-7555857.php

"Hâte-toi lentement!": après octobre, décembre 2017 puis février... Maintenant, c'est mars 2018 pour les "annonces institutionnelles" d'Emmanuel Macron sur le Grand Paris.

https://www.lejournaldugrandparis.fr/edito-on-parle-de-mars/

Contrairement à ce que l’on indiquait, aucune annonce n’interviendra le 14 février sur le Grand Paris institutionnel. Pour deux raisons. La première, de l’aveu d’un proche d’Emmanuel Macron, c’est que le président lui-même, qui doit trancher, ne parvient pas à trouver la martingale. La seconde, c’est que les annonces sur l’organisation administrative n’auront lieu qu’après celles concernant le nouveau calendrier du Grand Paris express. Celles-ci pourraient intervenir d’ici à fin février, selon le préfet Cadot lui-même. Ce qui laisse donc penser que le sort des établissements publics territoriaux, de la métropole du Grand Paris, des départements et de la Région pourrait être connu dès mars. Voilà. La prochaine fois que l’on annoncera une date, c’est qu’elle figurera noir sur blanc dans les agendas… En attendant, faites vos jeux…

Plus que jamais, les Normands ont intérêt à voir midi à leur porte car le midi du Grand Paris c'est minuit en Normandie: le visuel publicitaire de Monsieur GRUMBACH ne dit pas autre chose en montrant les tentacules lumineuses du Grand Paris qui serpentent jusqu'à la mer dans la nuit normande!

img-1-small580

Et ce n'est pas faute ici d'avoir prévenu: le fanal dans la nuit grille les phalènes qui s'en approchent ainsi que quelques grosses mouches rouennaises qui n'ont pas encore compris que le fanal grand-parisien pouvait leur être fatal!

14527456089_d7c708de36_b

Rêve médiocre, suicidaire, d'un minuit normand, celui d'une banlieue sombre définitvement placée dans l'ombre de la Ville Lumière alors que nous détenons ici même les clefs de la lanterne parisienne pour qu'elle brille dans le Monde entier. Car il n'y a pas de véritable "ville-monde" sans liaison concrète et véritable à la mer et à une façade portuaire maritime: la mer est chez nous. La mer c'est nous.

Les Normands doivent dire: "nous avons un projet". Et ils le disent désormais. Ils doivent dire la suite logique: "nous avons un projet et nous avons l'intention de le mettre en oeuvre nous-même"...

"Laissez-nous faire!"

Dans la dernière livraison de la Chronique de Normandie éditée par Bertrand Tierce (n°525 en date du 12 février 2018) on trouvera décrites les deux évidences normandes vis-à-vis du Grand Paris:

1) Les Grand-parisiens se contrefichent de nous: en aval de Mantes La Jolie, la Seine s'enfonce dans la profondeur de la géographie pour disparaître majestueusement dans le paysage...

2)  La Normandie est la pièce maîtresse d'un ENJEU NATIONAL qui pèse 28% du PIB de la 5ème puissance économique mondiale: la Normandie est l'élément maritime d'un dispositif qui souffre d'être trop terrien, trop... parisien

Conclusion: le moment d'occuper politiquement le dossier est arrivé.


 Chronique de Normandie (n°525 en date du 12 février 2018)

Le rendez-vous manqué...

À l’époque, c’était le 12 janvier 2017, Valérie Pécresse et Hervé Morin s’étaient retrouvés à Gaillon pour proclamer leur amitié et confirmer leur volonté d’aménager ensemble la vallée de la Seine.

- Sept axes de coopération avaient été identifiés : la régionalisation des ports, la maîtrise du foncier, la coproduction d’un plan logistique, l’appui aux filières industrielles, la préservation écologique du fleuve, la mise en œuvre de différentes actions touristiques, le  lobbying européen. Tout cela constitue la “Déclaration de Gaillon”. À l’époque, Valérie et Hervé étaient repartis contents, c’était le temps des grandes embrassades, le temps de l’UMP, l’Union Morin Pécresse...

Où en est-on un an après ? Hervé Morin a fait le job, comprenez qu’il s’est fortement exprimé sur les dossiers de Gaillon. À l’automne, devant le Premier Ministre, il a réaffirmé sa volonté de régionaliser les ports et réclamé la création d’un établissement public de la vallée de la Seine dont il serait le président.

Question : a-t-il reçu le soutien qu’il espérait de Valérie Pécresse  ?

- Quand on interroge les services de la Région Ile-de-France sur la mise en oeuvre de la déclaration de Gaillon, ils sont embarrassés pour répondre :“on a beaucoup d’autres choses à faire !”,s’excusent-ils. Quand on consulte le site de leur Région au chapitre “Coopération avec la Normandie”, on retombe sur la déclaration de Gaillon, celle qui avait été publiée le 12 janvier 2017. Pour l’Ile-de-France, on en est toujours là, rien de nouveau sous le soleil, la Normandie n’est pas la priorité de Paris. Dans l’entourage d’Hervé Morin, on tempère ce manque d’intérêt : - “Les relations sont bonnes entre les deux présidents...” “Valérie Pécresse ne s’est pas opposée frontalement à Serqueux-Gisors, c’est important...” “Elle a fait le service minimum sur le canal Seine-Nord.” “Elle s’intéresse beaucoup à la réforme portuaire voulue par Hervé”. Rien de nouveau, on entendait déjà cela en janvier 2017.

Déception... En réalité, les relations entre la Normandie et l’Ile-de-France font désormais du surplace.

- Pour l’Axe-Seine, les élus franciliens ne sont guère “allants” ;  Michel Cadot, le préfet de la région Ile-de-France, doit se décarcasser pour les convaincre d’agir. De son côté, Hervé Morin semble avoir perdu beaucoup d’illusions sur Valérie Pécresse.

Le 13 octobre dernier, il n’a pas hésité à la recadrer quand elle s’est exprimée sur l’élargissement possible des frontières de sa région : “aucun Normand n’accepterait d’être le croupion de l’Île-de-France, c’est une lubie de Valérie Pécresse.”

De sa part, on constate aussi des évolutions de discours. Quand il parle des ports, il parle désormais de l’intérêt supérieur du pays et refuse d’envisager l’avenir d’Haropa dans le périmètre limité de l’Ile-deFrance. C’est une autre forme de distance.

Mon commentaire: le rendez-vous de Gaillon n’a pas tenu toutes ses promesses ; l’optimisme d’hier a cédé la place au pragmatisme décevant d’aujourd’hui,  on peut le regretter, la Normandie reste seule avec elle-même pour porter son projet...

(...)

• La Normandie en chiffres et en cartes.

Utile. L’Etat, la Région et la CCI Normandie viennent de publier l’édition 2018 de “La Normandie en chiffres et en cartes”, l’essentiel de ce qu’il faut savoir sur la région.

- En 68 pages, ce panorama synthétique présente, le territoire, la population, l’organisation administrative, l’économie, l’enseignement, la recherche, l’environnement et les réseaux à connaître... Vous l’avez compris, c’est un outil d’aide à la décision.

- Page 10, le document décrit les “territoires de projet”. En réalité, il décrit surtout “le grand territoire de projet”, la vallée de la Seine, axe majeur de développement durable.  Et on comprend qu’il s’agit là de l’axe stratégique de la Normandie, que c’est à cette échelle là que la région peut construire son futur en valorisant tous ses “avantages concurrentiels” en France et dans le monde : son système logistique et portuaire pour traiter les flux de marchandises, ses grandes filières industrielles, ses réserves foncières, son cadre de vie, ses laboratoires de recherche appliquée et ses centres de formation. En d’autres termes, l’avenir de la région s’inscrit dans un territoire plus vaste.


 

Commentaire de Florestan:

... Qu'il faut, dorénavant, piloter et développer depuis la Normandie pour éviter la reproduction mentale d'un schéma colonial qui risque de stériliser le potentiel normand: c'est dans l'intérêt du Grand Paris que de s'associer à une Normandie libre d'agir.