L'Etoile de Normandie a décidé de mettre en ligne un document très important qui pourrait devenir, si la démarche entreprise pouvait aboutir, un jalon important dans l'actuelle renaissance de notre Normandie.

En effet, nos amis de la Fédération des association pour la langue normande (la FALE) remettait officiellement ce 21 février 2018 un rapport complet diagnostic et prospectif sur la langue normande à Hervé Morin, président de la Normandie.

Comme vous pourrez le ressentir, vous aussi, en lisant ci-après le texte intégral de ce rapport suivi des résultats d'un sondage sur l'image de la langue normande réalisé en 2017 sur un échantillon de près de 800 personnes, nous avons ressenti une certaine fierté devant le constat de l'évidence:

La langue normande est la matrice de l'une des grandes civilisations de l'universalisme occidental, la civilisation anglo-normande et cette langue, patrimoine immatériel de la Normandie (l'autre grand patrimoine immatériel régional étant le droit normand) permettrait à nos jeunes de mieux apprendre l'anglais tout en comprenant mieux le français...

Mais nous avons ressenti aussi, hélas, une grande amertume sinon une frustration face au constat du délabrement de ce patrimoine linguistique: les vandales du jacobinisme linguistique français n'ont pas rendu service au français officiel qui devient, de plus en plus, un créole d'anglais à Paris alors que les ressources patrimoniales des langues régionales d'oïl ou d'oc peuvent être mises à profit pour éviter l'effondrement du français parisien dans le franglish.

Une autre amertume aussi: c'est de constater la honte "patoisante" normande qui craint toujours d'être moquée par la bêtise crasse et satisfaite de penser, vite fait bien fait, la chose de la hauteur plus que médiocre d'un préjugé méprisant et dominateur de type colonial: parler Normand serait ringard, un "baragouin" pour analphabètes dirait ici un Marommix, un folklorisme ruraliste dépassé, poussiéreux, identitaire et réactionnaire pétainiste voire facho... N'en jetez plus! Quand on refuse de s'intéresser à certaines réalités mieux vaut dire qu'elles sont négatives ou qu'elles n'existent plus: c'est le pense bête de tous les crétins! Alors que l'on sait que le bilinguisme pratiqué depuis le plus jeune âge développe l'ouverture d'esprit et la tolérance.

Mais le plus irritant dans cette lecture, c'est de constater la négligence quasi absolue des grandes collectivités territoriales et institutions publiques normandes pour prendre en charge la valorisation et la transmission de ce patrimoine immatériel culturel normand: il n'y a aucune curiosité ni aucune volonté en la matière!

A croire que les préjugés négatifs s'enfoncent plus facilement dans les têtes dirigeantes des élites que dans celles du reste de la population: même si trois ans de retour à l'unité institutionnelle normande permettent une renaissance normande réelle et permettent de donner enfin un écho à la question de promouvoir l'identité normande, on doit constater, hélas, que cette dernière reste un tabou dans les têtes officielles normandes.

C'est à croire qu'à l'ouest de Paris, la promotion d'une identité régionale complète (géographie, histoire, culture, patrimoine, langue) est devenue un monopole breton...

Mais de quoi ont-ils peur? D'un nouveau débarquement de Vikings? Alors qu'il faudrait plutôt s'alarmer au sujet de l'occupation de Paris par des mercenaires qui ne causent plus que globish!

Ce préjugé qui demeure négatif sur la question de l'identité régionale normande (faute d'avoir la curiosité de s'y intéresser sérieusement) et qui valorise, par contraste, l'exception culturelle bretonne reste le cadre idéologique impensé (c'est pour cette raison que nous faisons ici l'effort de le décrire) dans lequel il va falloir faire bouger les lignes pour mettre, enfin, en place une vraie politique publique régionale de la langue normande qui n'est pas réalisée ni assumée par la seule association qui est actuellement subventionnée par le conseil régional de Normandie (avec 6000 euros annuels) dans le champ de l'ethnographie régionale: la LOURE, basée près de Vire et animée par Yvon Davy fait un travail de grande qualité sur le collectage des traditions populaires et rurales notamment axées sur la musique et les chansons dans toute la Normandie mais n'a semble-t-il pas les moyens ni l'envie de s'engager dans la valorisation ou la transmission de la langue normande en tant que patrimoine immatériel vecteur d'attractivité et d'identité pour la Normandie...

Mais de quoi ont-ils peur aussi ceux-là?

Avec nos amis de la FALE, l'Etoile de Normandie, demande à Hervé Morin, le président de la Normandie de n'avoir peur de rien dès lors qu'il s'agit de promouvoir nos fiertés normandes...

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Monsieur le Président,

                Nous célébrons aujourd’hui la journée internationale de la langue maternelle. L’occasion pour les membres de la Fédération des Associations pour la langue normande (la FALE) de vous transmettre ce rapport sur la langue normande.

Car bien qu’elle subisse depuis longtemps maintenant les assauts du français, la langue normande n’en reste pas moins notre langue maternelle, notre langue régionale. Celle avec laquelle nous nouons depuis notre tendre enfance une relation intime et forte qui participe, inconsciemment parfois, à notre identité normande.

                Vous-même qui n’hésitez pas parfois à employer quelques mots et expressions de notre belle langue dans vos discours, vous savez tout le poids qu’a la langue normande, toute la symbolique qu’elle renferme, même si, par pudeur sans doute, les Normands l’emploie du bout des lèvres et la laisse peu à peu disparaître.

Cette année, alors que nous célébrons également l’année européenne du patrimoine immatériel, nous souhaitons sauvegarder cet élément impalpable de notre culture et de notre histoire bien présent encore dans les mots des Normands et dans notre identité même si le nombre de locuteurs ne cesse de baisser. L’UNESCO, qui a déjà reconnu la grandeur du patrimoine normand en classant le Mont-Saint-Michel, la tapisserie de Bayeux, les tours Vauban, la ville du Havre et dernièrement le carnaval de Granville s’alarme par ailleurs pour la langue normande qu’elle classe comme « sérieusement en danger ». Pouvons-nous y rester indifférent ?

Nous pensons donc que la région Normandie doit aujourd’hui s’investir en faveur de ce qui est notre langue régionale pour la défendre et la promouvoir. Dans de nombreuses régions françaises, les langues régionales sont mises en avant et affichées comme un élément important de la culture locale (Bretagne, Hauts-de-France, Corse, Alsace…). Nous déplorons que la Normandie, qui a pourtant le leadership en matière de politique régionale dans bien des domaines, ne s’investisse pas en faveur de la langue normande qui peine à survivre, malgré l’action des associations, car elle ne trouve pas de soutien auprès des collectivités. Nous avons donc décidé de nous mobiliser, de mener l’enquête auprès des Normands et d’étudier notre situation en Normandie vis-à-vis de la langue régionale.

Aujourd’hui, nous avons l’honneur de vous adresser, Monsieur le Président, ce rapport sur la langue normande qui vous donnera un aperçu de la situation actuelle du normand et qui vous éclairera nous l’espérons sur des mesures à mettre en place au niveau de la région, grâce à nos différentes recommandations.

Vous en souhaitant bonne réception et restant à votre disposition pour une rencontre future,

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président, mes salutations distinguées.


 


Fédération des Associations pour la Langue normandE
(FALE)


Haro !

 


RAPPORT SUR LA LANGUE NORMANDE

Janvier 2018

Introduction


A l’heure de la réunification de la Normandie, la fédération des associations pour la langue normande (la FALE) a souhaité s’interroger sur l’état de la langue normande dans notre région et sur son avenir. Cette enquête et le rapport qui s’en suit, inspirés par des travaux similaires menés dans d’autres régions, se veulent un état des lieux de la pratique du normand, de sa perception par les Normands et de ses perspectives d’avenir.

Créée en janvier 2016, la FALE a pour objectif de sauvegarder et promouvoir la langue normande et de fédérer toutes les initiatives allant en ce sens. A travers cette fédération, nous espérons pouvoir instituer au sein de la Normandie une politique de valorisation, de revitalisation de la langue normande. Depuis la création de la fédération, plusieurs projets ont été menés à bien (mise en place de panneaux bilingues à Brestot/Brétot dans l'Eure, site internet de l'office du tourisme de Montfort/Risle en normand, Nuit de la Normandie au festival les Traversées de Tatihou, ateliers de langue normande dans quelques écoles primaires, etc.). A travers ses différentes commissions, la FALE agit pour la création de supports pédagogiques en normand, l’implantation de panneaux en normand dans nos villes et villages, l’adaptation du normand à notre monde actuel avec la création de mots nouveaux. La FALE agit également auprès de nos élus pour faire reconnaître le normand et faire en sorte qu’il s’implante durablement dans notre quotidien. La FALE assure enfin la présence du normand dans la presse écrite, sur internet et sur les réseaux sociaux.


Tirant ses racines du latin, le normand fait partie des langues dites d’oïl mais il n’est en aucun cas un dérivé du français. Au XIIe siècle, les premiers romans sont écrits à la cour des ducs de Normandie par des Normands et... en normand.

On peut citer par exemple le Roman de Brut et le Roman de Rou du Jèrriais Wace, ainsi que la Chanson de Roland, le Roman du roi Arthur, qui furent écrits en partie en Normandie tout comme le Roman de Renart dont l'un des auteurs connus est Richard de Lison. Dès le Moyen Age, la production littéraire normande se montre très prolifique tandis qu'à Paris, aucune oeuvre en français ne remonte au-delà du XIIIe s. car on y écrivait alors en latin et non pas en langue vernaculaire, c’est-à-dire dans la langue parlée à l’époque par le peuple. Ce n’est qu’au fil des siècles, dans un Etat au pouvoir de plus en plus centralisateur que le français s’imposa face aux langues régionales. Avec François Ier, le français devient en 1539 la langue officielle du droit et de l'administration, en lieu et place du latin. Lors de la Révolution française, le décret du 2 thermidor An II impose le français comme seule langue de toute l’administration. Plus tard, l’industrialisation et l’exode rural, l’école obligatoire en français, la guerre 1914-18, le mépris généralisé de la bourgeoisie donnent peu d’espoir pour maintenir ce qui est alors considéré comme un patois, c’est-à-dire « une langue socialement déchue et considérée comme inférieure, méprisée par les citadins ».


Tous ces éléments ont conduit à une dévalorisation du normand, peu à peu considéré comme une déformation du français, et même à sa quasi interdiction diligentée par les "hussards noirs de la République", c'est-à-dire par les professeurs qui ont réprimé l'emploi du normand par leurs élèves quand bien même il s'agissait de leur langue maternelle.


«Heureusement, il y avait encore un coin de Normandie qui, n’étant pas français, échappait à la religion des idées générales : les îles… » (Fernand Lechanteur)

Car le normand est parlé dans toute la Normandie mais aussi dans les îles anglo-normandes (Jersey, Guernesey, Sercq) qui ont gardé cet héritage de l'époque où elles ne faisaient qu'un avec le duché de Normandie.

A Jersey, 2700 personnes parlent encore le jèrriais (3,18% de la population). A Guernesey, 1300 personnes déclarent parler le guernesiais (2% de la population). Un patrimoine de deux cents mots normands a également été relevé par les linguistes italiens, souvenir de l'époque où des Normands régnaient sur le royaume de Sicile : « La présence linguistique des mots des Normands s’est enracinée si profondément dans les dialectes siciliens qu’elle reste vivante de nos jours »


A Cambridge, le normand est enseigné pendant tout un trimestre aux élèves de linguistique par le professeur Mary Jones qui juge que le normand fait partie du patrimoine linguistique de l’Angleterre.

La conquête du pays par Guillaume le Conquérant en 1066 a en effet bouleversé durablement la vie, les coutumes et la langue des Anglo-saxons. L’influence du normand est telle qu’on ne peut construire une phrase en anglais sans utiliser un mot d’origine normande ! Entre le XIIe et le XVe siècle, plus de 10 000 mots normands sont entrés dans le vocabulaire anglais.

Ainsi, enseigner aux jeunes le normand, c’est dans une certaine mesure leur enseigner l’anglais et bâtir des ponts entre deux langues et deux civilisations plus proches l’une de l’autre que ce que l’on pourrait penser de prime abord.


En Normandie, à la fin du XIXe siècle, des érudits avaient rassemblé dans des dictionnaires, des glossaires, tous ces mots normands que l'on entendait alors dans les campagnes mais qui commençaient déjà à disparaître à cause du français dont on imposait l'usage. Auteurs, poètes et chansonniers, sentant peut-être qu'il était temps de redonner de la vigueur au normand, sortirent alors leur plume.

En Cotentin, Alfred Rossel écrit à partir de 1872 des chansons très populaires dans les assemblées grâce à Charles Gohel qui les chante. Su la mé est ainsi toujours repris en choeur dans le Cotentin et en est devenu en quelque sorte l’hymne.


A cette suite, une littérature de qualité éclot vers 1900 autour de la revue Le Bouais-Jan (nom de l’ajonc épineux) et se perpétue après 1968 dans la revue Parlers et Traditions Populaires de Normandie (devenue Le Viquet), fondée par un universitaire et qui révéla de grands auteurs en Cotentin : Côtis-Capel (A gravage, Raz-Bannes, Ganache, le vuus pêqueus...), Gires Ganne (És set vents, poèmes), Aundré-J. Desnouettes (L’Épopée cotentine), André Louis (Zabeth, roman, drame sur la condition féminine), Aundré Smilly (Flleurs et plleurs dé men villâche, sept nouvelles émouvantes, bilingue).


Preuve encore de la vitalité du normand, les Universités Populaires Normandes qui existent à Cherbourg, Coutances, St-Lô et Yvetot (Pays de Caux) ont publié des grammaires pour ceux qui veulent approfondir et écrire leur langue. Les Universités Inter-Âges remplissent les salles. Sous le titre de Trésor de la langue normande un dictionnaire (français-normand et normand-français) de trente mille mots est également paru récemment.


Face à cette importante production écrite qui remonte au Moyen Age et qui reste toujours vive, comment pourrait-on qualifier le normand de "parler" ou de simple "patois" ? Aujourd'hui, faute de reconnaissance, notre crainte est de voir ce précieux « patrimoine immatériel » disparaître. L’économie et la culture sont liées: les produits normands de la terre et de la mer mériteraient que l’on écrive dans les commerces leur nom local ou régional… Les touristes ne viennent-ils pas pour découvrir une culture différente de celle de Paris ? Le Rot de la mé, Tcheu P’tit Louis, le Gohan, le Haitier… sont des noms de bars ou de crêperies ; mais trop peu encore de villages affichent leurs noms normands sur des panneaux.

Faute d'être enseigné, le nombre de locuteurs en normand ne cesse de diminuer. L’avenir de la langue est dans les mains des Normands, qui peuvent s'ils en ont la volonté, se réapproprier leur langue, la faire rayonner.

Mais l'avenir du normand est aussi dans les mains des élus locaux et régionaux, encore bien trop complexés par le mot « patois ». A Jersey et Guernesey le normand est langue officielle. Sur le continent en revanche, le normand ne bénéficie d’aucune reconnaissance par la région Normandie !


De plus en plus, aujourd’hui, les jeunes s’intéressent au normand avec la volonté de retrouver leurs racines et aussi avec le sentiment que cette langue peut évoluer avec son temps. La langue normande représente, comme la musique ou les jeux et sports traditionnels en plein développement chez nous, un lien intergénérationnel fort, le ciment d’un avenir mieux perçu. Sa pratique n’est en aucun cas désuète. En revanche, empêcher ou simplement ne pas encourager la pratique et l’enseignement rendra la langue caduque puis inexistante !


L'avenir de la langue normande a reposé depuis de nombreuses années sur le dynamisme des associations par le biais de publications, d’ateliers et de diverses manifestations culturelles (fête des Rouaisons, fête des Normands...). L'Education Nationale ne reconnaissant pas l’enseignement du normand, les seules initiatives de sensibilisation à la langue normande sont le fait du bon vouloir de quelques enseignants motivés et militants (collège de Bricquebec, école primaire de la Mailleraye/Seine, institut Jean-Paul II à Rouen…) et d'associations dans le cadre des temps périscolaires (Tonneville, Caudebec en Caux...). Réduites à cela, les perspectives de voir le nombre de locuteurs augmenter paraissent bien maigres !


Toutefois, l'avenir pourrait nous venir du conseil régional de Normandie auquel nous adressons aujourd’hui ce rapport avec la volonté d’une reconnaissance institutionnelle du normand et au-delà un soutien à la valorisation de la langue régionale.


En lançant sa grande enquête sur la langue normande au début de l’année 2017, la FALE a entrepris de recueillir auprès des Normands leur sentiment vis-à-vis de notre langue régionale, la manière dont ils l’emploient et leur avis sur l’avenir à donner au normand. Près de 750 personnes ont accepté de répondre à cette enquête. Leurs réponses ont été le point de départ et le terreau des réflexions du rapport que nous délivrons aujourd’hui.

 

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I – Le normand aujourd'hui : état des lieux d'une langue toujours pratiquée mais reconnue comme « sérieusement en danger »


« O vous tous ! Braves Normands des îles de la Manche, qui rougissez de parler comme ont parlé vos pères et qui faites enseigner l’anglais à vos fils, vous qui ôtez à vos rues leurs vieux noms français…sachez que votre « patois » est vénérable ; votre « patois » est sacré ; car c’est de lui qu’est sortie comme la fleur de la racine, cette langue française qui demain sera la langue de l’Europe. » Votre patois vos père de Normandie sont morts pour le répandre en Angleterre, Sicile, en Judée, à Londres, à Naples et jusque sur le tombeau du Christ. Car ils savaient que perdre sa langue c’est perdre sa nationalité, et qu’en apportant leur idiome, ils portaient avec eux la patrie. Oui votre « patois » est vénérable, car le premier poète qui la parlé a été le premier des poètes français. »


François-Victor Hugo, La Normandie inconnue


1 – langue ou patois ?


Le normand a longtemps été dénigré, mal vu au point d'être relégué au rang de patois, défini à une époque par le dictionnaire Le Petit Robert comme un parler local employé par « une population généralement peu nombreuse, souvent rurale et dont la culture, le niveau de civilisation sont inférieurs à ceux du milieu environnant ».


L'alsacien, le breton (brezhoneg), le corse étaient autrefois qualifiés de patois eux aussi. Aujourd’hui, ces parlers sont qualifiés de langues régionales en grande partie grâce à leur éloignement avec la langue française. Pourtant, l’absence de tradition écrite du corse, de l’alsacien, du breton, du basque a conduit aussi à une variation phonétique considérable qui rend difficile la normalisation et l’enseignement de ces langues.

Alors pourquoi refuserait-on le mot parler ou langue pour qualifier le normand, le picard et d’autres langues d’oui (« d’oïl ») qui ont produit une littérature très importante dès le XIe siècle ? Les premiers romans du Moyen Age n'étaient point écrit en "ancien français" mais dans les différentes langues d'oïl: Chrétien de Troyes écrivit ses romans de la Table ronde en bourguignon tandis que Le Roman de Brut, Le Roman de Rou, la Chanson de Roland ou encore une grande partie du Roman de Renart ont été écrit en normand ou anglo-normand. Ces écrits sont un trésor pour notre région et témoignent de l'importance et de l'ancienneté de la littérature normande.

Quant Rou a Roen arriva
Qui de north homes amena
Cil furent Normant apelé
Por ceu que de north furent né
[…] e de Normanz est apelee
Normendie que il unt poplee
Extrait du Roman de Rou de Wace
Quand Rollo arriva à Rouen,
Amenant des hommes du nord,
Ceux-ci furent appelés Normands
Parce qu’ils étaient nés dans le Nord
Et la Normandie a reçu ce nom
Des Normands qui l’ont peuplée


Selon la définition du dictionnaire de l'Académie française, une langue est un "système d'expression verbale qui est d'emploi conventionnel dans un groupe humain et permet à ses membres de communiquer entre eux".

Un dialecte n'est en revanche qu'une "variété régionale d'une langue", une forme dérivée de cette langue, or si le normand devait répondre à cette définition c'est uniquement en tant que variété régionale de la langue d'oïl en Normandie, au même titre que le gallo, le picard et même le français qui est originellement un dialecte de la langue d'oïl.


Pour les linguistes, il n'existe pas réellement de distinction entre une langue et un dialecte ; un dialecte est une langue. Quant au terme de "patois", voici comment Henriette Walter, linguiste française le définit :


« Le terme de patois en est arrivé progressivement à évoquer dans l'esprit des gens l'idée trop souvent répétée d'un langage rudimentaire […]. Nous voilà loin de la définition des linguistes, pour qui un patois (roman) est au départ l'une des formes prises par le latin parlé dans une région donnée, sans y attacher le moindre jugement de valeur : un patois, c'est une langue [...] Il faut donc bien comprendre que non seulement les patois ne sont pas du français déformé, mais que le français n'est qu'un patois qui a réussi » en ce sens que le français est devenu la langue officielle et de référence au sein de la république.


C’est la Révolution française qui avait la première souhaitée la mort des « patois » et langues régionales. Le virulent abbé Grégoire avait ainsi proclamé « la nécessité d’anéantir les patois et d’universaliser l’usage de la langue française ». Un précepte qui fut appliqué par l’Education nationale et y compris par la constitution de la Ve République qui entérina cette prédominance du français sur toutes les autres langues en consacrant à l’article 2 que « la langue de la République est le français ».


Dans un ouvrage consacré à la langue corse, Marie-Josèphe Dalbera-Stefanaggi, professeur de linguistique, revenait en 2002 sur le concept de langue et de patois et donnait les conclusions suivantes :


"Le langage courant emploie souvent le terme de « langue » avec la valeur implicite de langue officielle, langue nationale, langue de culture. Cette acception oppose - toujours de manière naïve - langue et dialecte, voire patois : la langue est écrite, codifiée et enseignée, donc normée, tout au moins pour l'essentiel, alors que le dialecte, plus « libre », s'utilise et se transmet dans un cercle social restreint, ou familial, de bouche à oreille - a fortiori le patois, terme qui recouvre une réalité linguistique encore plus réduite dans sa diffusion et surtout son prestige... [...] Mais par ailleurs, et la linguistique moderne l'a bien établi, tout système linguistique en vaut un autre, et il est parfaitement illégitime, linguistiquement parlant, de hiérarchiser les langues selon qu'elles sont ou non officielles, investies de prestige, qu'elles ont ou non accédé à l'écriture, donné naissance à une littérature, à l'élaboration d'ouvrages de grammaire... Dans cette acception, toute variété linguistique peut prétendre au titre de langue, quelle que soit son aire de diffusion, son degré de prestige, l'importance de la culture qu'elle véhicule... "


De même, le rapport sur les langues de France adressé à l’attention du ministère de l’Education nationale par Bernard Cerquiglini en 1999 considère que « l’écart n’a cessé de se creuser entre le français et les variétés de la langue d’oïl, que l’on ne saurait considérer aujourd’hui comme des « dialectes du français » ; franc-comtois, wallon, picard, normand, gallo, poitevin-saintongeais, bourguignon-morvandiau, lorrain doivent être retenus parmi les langues régionales de la France ; on les qualifiera dès lors de « langues d’oïl », en les rangeant dans la liste des langues régionales de la France. »


Du côté des linguistes, la question semble donc tranchée : le normand est une langue ! Une langue d’oïl, une langue régionale de France et LA langue régionale de la Normandie pourvue d’un vocabulaire riche (dictionnaire de plus de 40 000 mots), d’une grammaire et d’une conjugaison propre ainsi que d’une littérature vivante et de plus en plus abondante.


On entend souvent dire que le normand n’est pas unifié, que d’un coin à l’autre de la Normandie on ne parle pas normand de la même façon. Il existe il est vrai des nuances dans les prononciations et le vocabulaire mais à aucun moment cela ne doit remettre en cause l’unité de la langue normande. Le parler de la Hague, du Val de Saire, le Cauchois, le Brayon sont autant de dialectes d’une même langue : la langue normande.


Pour comparaison, la langue bretonne elle aussi se compose de plusieurs parlers (Cornouaillais, Léonard, Trégorrois, Vannetais) qui ont été unifiés pour créer le « peurunvan », un breton standardisé mais appauvri et donc sujet à de nombreuses critiques. Une certaine unification de la langue est un écueil difficile à éviter lorsque l’on souhaite l’enseigner mais loin d’être un handicap dans la diffusion et l’apprentissage de la langue, cette diversité est une richesse qu’il nous faut aujourd’hui conserver dans la langue normande. La graphie créée par le dialectologue Fernand Lechanteur permet un bon compromis entre les différents dialectes du normand. Ainsi, pour une même orthographe, chacun pourra lire chaque mot avec la prononciation qui lui est propre, permettant ainsi de conserver la majorité des particularismes. Il y a par ailleurs de nombreux mots utilisés sur l’ensemble de la Normandie. Par exemple leune (lune), beire (boire), creire (croire), l’ergent (l’argent), etc.


Malgré tout ce travail sur la langue, de nos jours, le normand souffre encore de son image « rurale » et reste pour certains un « patois » perçu comme un français mal parlé. Mais aujourd’hui, comme hier et demain, le normand s’affirme comme une langue de poésie, de contes et récits pour tous les jours, de chansons originales et reste une langue de travail et d’échanges protégée par ceux qui ne veulent pas voir disparaître notre patrimoine linguistique.


Dauns men prechi
Coumbyin de feis m’assyisaunt lenreit aù hâot de la tablle
Coume hiyi coume à c’sei, tenaunt ma taête à pouégnie
J’érais vouli ichin dire dé dequei d’indisablle
Et je restais en jé n’sais. Je viyais touot s’alouégni
Dauns mon loceis normaund pique ch’est ainchin qu’je prêche
J’guette d’eun bord et de l’âote et touot me viynt coume i deit
Touot m’arrive en débord, touot s’mêle et touot se vouêche
Dauns le loceis de tcheu nous, jé n’sis brin à l’étreit


Côtis-Capel, Raz-bannes


Dans mon parler
Combien de fois m’asseyant là au bout de la table
Comme hier, comme ce soir, tenant ma tête entre mes mains
J’aurais voulu ici dire quelque chose d’indisable
Mais je restai bloqué, je voyais tout s’éloigner
Dans ma langue normande, puisque c’est comme ça que je m’exprime
Je regarde d’un côté et de l’autre, et tout me vient comme il faut
Tout m’arrive en cascade, tout s’emmêle, tout s’agite,
Dans la langue de chez nous, je ne suis pas à l’étroit

 

NX-3790

 


Depuis 1945, le normand est devenu aussi une langue d’intellectuels, défendue et promue par eux. Notre langue reste parlée un peu partout en Normandie, notamment dans les fêtes familiales et régionales mais aussi, de plus en plus, sur internet.

Pourtant, le normand est en danger.


2 – Une langue classée "sérieusement en danger" par l’UNESCO, mais qui n'est pas reconnue en France


Publié pour la première fois en 2001 et réédité en 2010, l'Atlas UNESCO des langues en danger "vise à ce que les autorités, les communautés de locuteurs et le public en général prennent conscience des menaces pesant sur les langues et du besoin de sauvegarder la diversité linguistique mondiale". 6 000 langues y sont référencées comme étant en danger de disparition parmi lesquelles... le normand qui est classé parmi les langues étant "sérieusement en danger"car la transmission n'a pas lieu. La langue est parlée par les grands-parents et alors que la génération des parents peut la comprendre, ils ne la parlent pas entre eux ou avec les enfants.


Par ce texte, l'Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO) confirme d'une part que le normand est bel et bien une langue et d'autre part nous alerte sur sa fragilité. Ce qui détermine selon l'UNESCO la vitalité et le danger de disparition d'une langue. Voici la situation du normand sous ces différents critères.


Nombre absolu de locuteurs: 20 000 locuteurs estimés. Le taux de locuteurs sur l'ensemble de la population 0,57% de la population de la région.

La disponibilité de matériels d’apprentissage et d’enseignement de la langue: Des matériels d’apprentissage existent en petit nombre qui ont été produits par les associations (lexiques, mes premiers mots en cauchois, méthode d’apprentissage du normand) mais avec une faible diffusion. L’enseignement du normand est aujourd’hui quasi nul et se réduit à une classe au collège de Bricquebec, des interventions sur les temps d’activités périscolaires et des cours plutôt à destination des adultes dans les associations.


La réaction face aux nouveaux domaines et médias: Face aux nouveaux domaines, la langue normande accuse un retard significatif même si actuellement une commission de la FALE est en charge du vocabulaire nouveau pour adapter la langue à la réalité actuelle. Pour ce qui est de la présence sur les nouveaux médias, le normand a su s’y intégrer, notamment sur les réseaux sociaux avec sur Facebook plusieurs pages et groupes consacrés à la langue normande. Le compte Twitter de la FALE assure quant à lui la diffusion du normand sur cet autre réseau social. Plusieurs sites internet existent également depuis plusieurs années maintenant et proposent des ressources en normand.


Le type et la qualité de la documentation: Documentation de qualité produite par les associations oeuvrant pour la sauvegarde du normand mais il lui manque une plus large diffusion.

La transmission de la langue d'une génération à l'autre: Aujourd’hui, la transmission de la langue se fait presque uniquement dans le cercle familial et dans une très maigre mesure. Le plus souvent, quelques mots ou expressions seulement sont transmises aux jeunes générations, entraînant un appauvrissement de la langue qui entraînera à terme sa disparition si la tendance ne s’inverse pas.


L'attitude des membres de la communauté vis-à-vis de leur propre langue: Les locuteurs âgés ont du mal à intégrer le normand comme une langue en raison du fait qu’elle a longtemps été dévalorisée. Il y a encore un sentiment de honte persistant.

La forte pratique familiale fait que le normand reste, quand même, une langue de communication, ce qui incite les jeunes à l’apprendre et qui redonne de la modernité à la langue.

L’utilisation de la langue dans les différents domaines publics et privés:Très peu visible malgré quelques initiatives locales en particulier dans le secteur du tourisme et de l’agro-alimentaire. Des chroniques hebdomadaires en normand sur une radio publique (France bleu Cotentin) et dans la presse régionale.


Les attitudes et politiques linguistiques au niveau du gouvernement et des institutions, usage et statut officiels: Il n’y a aucune reconnaissance officielle de la langue normande, aucun statut officiel, hormis dans les îles anglo-normandes où le jerriais et le guernesiais sont reconnus et bénéficient d’une reconnaissance réelle.


A travers ce tableau, on constate que la situation de la langue normande est inquiétante, et ce sur bien des points, le point noir étant la reconnaissance de la langue.


- La charte européenne des langues régionales ou minoritaires:


Signée le 5 novembre 1992 à Strasbourg par les membres du Conseil de l’Europe, la charte européenne des langues régionales ou minoritaires s’est donnée pour objectif de permettre la défense et la promotion des langues existantes dans chaque pays européen considérant que la pratique de ces langues est un droit imprescriptible.


« Considérant que le droit de pratiquer une langue régionale ou minoritaire dans la vie privée et publique constitue un droit imprescriptible, conformément aux principes contenus dans le Pacte international relatif aux droits civils et politiques des Nations Unies, et conformément à l'esprit de la Convention de sauvegarde des Droits de l'Homme et des Libertés fondamentales du Conseil de l'Europe ».


Cette charte n’est applicable dans les pays membres de l’Union européenne que si les états décident de signer la charte. Actuellement, 25 pays ont signé et ratifié la charte. La France l’a signée mais ne l’ayant pas ratifiée, la charte n’entre pas en application dans notre pays ce qui pose de nombreux problèmes dans la reconnaissance de nos langues régionales.


Ratifier la charte, c’est assurer « la protection des langues régionales ou minoritaires historiques de l'Europe, dont certaines risquent, au fil du temps, de disparaître et contribue à maintenir et à développer les traditions et les richesses culturelles de l'Europe »


Extrait du préambule de la charte:

Les objectifs et les principes généraux de ce texte, ligne directrice des actions pouvant être menées à l’échelle nationale, ou régionale, sont les suivants :


- La reconnaissance des langues régionales ou minoritaires en tant qu'expression de la richesse culturelle - La nécessité d'une action résolue de promotion des langues régionales ou minoritaires, afin de les sauvegarder - La facilitation et/ou l'encouragement de l'usage oral et écrit des langues régionales ou minoritaires dans la vie publique et dans la vie privée - La mise à disposition de formes et de moyens adéquats d'enseignement et d'étude des langues régionales ou minoritaires à tous les stades appropriés - La mise à disposition de moyens permettant aux non-locuteurs d'une langue régionale ou minoritaire habitant l'aire où cette langue est pratiquée de l'apprendre s'ils le souhaitent - La promotion des études et de la recherche sur les langues régionales ou minoritaires dans les universités ou les établissements équivalents


Si la région Normandie n’a pas la responsabilité de la ratification, qui est du ressort du Parlement français, les différentes dispositions de la charte européenne peuvent néanmoins lui inspirer la mise en place de mesures qui sont de ses compétences dans le cadre de la mise en place d’une politique régionale en faveur de la langue normande, comme cela s’est déjà fait, avec succès, dans d’autres régions.

En matière culturelle par exemple, la charte invite les signataires à :


- Encourager et/ou à faciliter la production et la diffusion d'oeuvres audio et audiovisuelles dans les langues régionales ou minoritaires.


- Encourager et/ou à faciliter la création et/ou le maintien d'au moins un organe de presse dans les langues régionales ou minoritaires ; ou à encourager et/ou à faciliter la publication d'articles de presse dans les langues régionales ou minoritaires, de façon régulière.


- Encourager l'expression et les initiatives propres aux langues régionales ou minoritaires, et à favoriser les différents moyens d'accès aux oeuvres produites dans ces langues.


- Favoriser l'accès dans des langues régionales ou minoritaires à des oeuvres produites dans d'autres langues, en aidant et en développant les activités de traduction, de doublage, de post-synchronisation et de sous-titrage.


- Veiller à ce que les organismes chargés d'entreprendre ou de soutenir diverses formes d'activités culturelles intègrent dans une mesure appropriée la connaissance et la pratique des langues et des cultures régionales ou minoritaires dans les opérations dont ils ont l'initiative ou auxquelles ils apportent un soutien.
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En matière institutionnelle, la charte invite les autorités compétentes à « créer, si nécessaire, des organes chargés de conseiller les autorités sur toutes les questions ayant trait aux langues régionales ou minoritaires » et à « encourager et/ou faciliter la création d'un ou de plusieurs organismes chargés de collecter, de recevoir en dépôt et de présenter ou publier les oeuvres produites dans les langues régionales ou minoritaires ». Nous aurons l’occasion de revenir sur ces points précis.


- Législation française quant aux langues régionales:


Sans avoir ratifié la charte européenne des langues régionales et minoritaires, la France s’est tout de même efforcée d’offrir une reconnaissance aux langues régionales, en particulier depuis l’adoption de la loi constitutionnelle n° 2008-724 du 23 juillet 2008 aux termes de laquelle « les langues régionales appartiennent au patrimoine de la France ».

Le rapport sur les langues de France de Bernard Cerquiglini, déjà évoqué plus haut, listait en 1999, 75 langues en France auxquelles pourrait s'appliquer cette loi ainsi que la charte. L’article de loi ne précisant quelles sont les langues régionales concernées, le flou demeure sur la reconnaissance de telle ou telle langue, comme cela est le cas pour le normand et d’autres. Notons également que si cette loi reconnaît officiellement en France l’existence de langues régionales, elle ne s’est en revanche accompagnée d’aucune mesure particulière en leur direction. Elle n’a également pas été une étape vers la ratification de la charte européenne contre laquelle les parlementaires se sont encore prononcés à l’automne 2015.

Le sort des langues régionales reste donc en suspens pour le moment au niveau de l’Etat.


- Les langues régionales dans l’éducation:


En matière d’éducation, le Parlement français avait pourtant fait un pas dans les années 1950 vers la promotion et la transmission des langues régionales en permettant un enseignement facultatif des langues régionales.

La liste des langues concernées est restée néanmoins très limitée. A l’origine, seul l’enseignement du basque, du breton, du catalan et de l’occitan fut autorisé. Des décrets y ajoutèrent par la suite le corse, le tahitien et les langues mélanésiennes mais aucune démarche dans tout cela en faveur des langues d’oïl.

Leur reconnaissance par l’Education nationale est d’ailleurs un problème qui entrave aujourd’hui les initiatives d’enseignants souhaitant mettre en valeur auprès de leurs élèves une langue et une culture régionale.

Pourtant, selon le code de l’éducation, « Les langues et cultures régionales appartenant au patrimoine de la France, leur enseignement est favorisé prioritairement dans les régions où elles sont en usage». Cependant, en Normandie, les initiatives pour permettre un enseignement de la langue normande auprès des élèves rencontrent de nombreux obstacles.


Grâce aux quelques libertés permises actuellement par les programmes scolaires, quelques enseignants parviennent, tant bien que mal, à proposer une approche de la langue normande. Les élèves étant amenés à "connaître les principaux caractères géographiques, physiques et humains" de la région dans laquelle ils vivent et à apprendre à "interpréter de mémoire une chanson",(article L312-10 du code de l’éducation). certains professeurs en profitent alors pour proposer l’apprentissage d’une ou deux chansons en normand mais cela reste limité dans la mesure où les programmes et horaires sont définis précisément.

Bien sûr, nous observons quelques écoles qui vont établir un projet, une année, sur un horaire fatalement réduit, mais rien qui puisse se pérenniser en l'état actuel. Chaque région gagnerait à ce que sa langue d'origine soit une option obligatoire à un cursus langue. Des jeunes qui ont appris feront des parents sensibles à l'option normand.


En définitif, sur le plan institutionnel, la langue normande jouit d’une reconnaissance au niveau mondial, grâce en particulier à l’UNESCO, mais pas au niveau national où elle est absente des textes et des débats, y compris dans l’Education nationale qui a pourtant ouvert la porte à l’enseignement d’autres langues régionales.


Au niveau régional, il en est de même qu’à l’échelle nationale : aucun élu du conseil régional délégué à la culture/langue normande, aucune aide de la région en faveur de la culture normande (à ne pas confondre avec la culture en Normandie), rien sur le site institutionnel de la région quand tant d’autres régions, y compris les nouvelles qui n’ont pourtant pas une identité aussi forte que la Normandie, mettent en avant leurs langues régionales sur le web.

Aujourd’hui, nous pensons que la région Normandie peut et se doit d’agir en faveur d’un pan entier de notre culture régionale qui s’éteint faute de soutien, de promotion et d’initiatives individuelles et collectives, notamment chez les élus.

 

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- Que peut faire le conseil régional ?


La loi NOTRE du 7 août 2015 précise que le « Conseil régional a compétence pour assurer la préservation de son identité et la promotion des langues régionales, dans le respect de l’intégrité, de l’autonomie et des attributions des Départements et des Communes ».

La Normandie a bien intégré cette ouverture de compétence en créant l’agence d’attractivité mais quid de la langue régionale ? Là encore il faut se tourner vers les autres régions pour observer ce qui se fait, s’en inspirer, pour ensuite adapter et créer une politique régionale spécifique pour la langue normande qui nous fait défaut pour le moment.


Dans plusieurs régions, la loi Notre n’a fait que conforter des pratiques plus anciennes et des politiques déjà menées parfois depuis plusieurs décennies. Les politiques linguistiques établies visent à permettre le développement des usages et l’accroissement du nombre des locuteurs à travers la promotion de la diversité linguistique, la multiplication des outils de transmission et de socialisation.


Il y a nécessité aujourd’hui à sauvegarder notre langue et à la promouvoir au nom de la diversité linguistique mondiale et dans le cadre de la valorisation plus large de la culture et de l’identité normande.

Depuis la réunification de la Normandie, le conseil régional s’est efforcé de promouvoir l’excellence normande et ses différents atouts à travers la mission/agence attractivité. Nous ne pouvons que nous féliciter de ce beau projet qui a su mobiliser les Normands et qui a permis d’ores et déjà de réconcilier les Normands et leur identité pour faire en sorte qu’aujourd’hui chacun se sent fier d’être normand et aime à le revendiquer comme le prouve le fleurissement des drapeaux normands partout dans notre région. Cependant, au cours des différentes réunions qui ont précédé la création de l’agence d’attractivité, nous regrettons que les propositions que nous avons remontées au sujet de la culture et de la langue normande aient été peu ou pas prises en compte alors que de nombreux projets pourraient s’accompagner d’un volet en normand.

Le site internet de l’agence d’attractivité pourrait par exemple bénéficier d’une traduction en normand (le manifeste a été traduit et envoyé à M.A.N, le premier paragraphe a été enregistré pour exemple).


En matière d’enseignement auprès des jeunes, la région a aussi la possibilité d’intervenir. Le code de l’éducation stipule que « les langues et cultures régionales appartenant au patrimoine de la France, leur enseignement est favorisé prioritairement dans les régions où elles sont en usage » et que « cet enseignement peut être dispensé tout au long de la scolarité selon des modalités définies par voie de convention entre l'Etat et les collectivités territoriales où ces langues sont en usage ».

Aujourd’hui, il manque un enseignement du normand, alors même que les jeunes sont l’avenir de la langue. Sur l’île de Man, le mannois, langue locale datant du XVe siècle avait failli s’éteindre avec la mort en 1974 du dernier locuteur originel. C’est grâce à un groupe d’étudiants ayant découvert avec enthousiasme cette langue de leur île et l’ont appris grâce aux enregistrements et aux oeuvres laissées par d’anciens locuteurs. Aujourd’hui, le mannois est reconnu comme une langue officielle sur l’île et commence à être réaffirmé comme une langue maternelle, poussé par l’élan de la jeunesse.


L’implication des collectivités en faveur de l’enseignement du normand peut prendre des modalités très diverses, comme par exemple :


- la prise en charge financière d’intervenants extérieurs dans les écoles
- l’aide à la formation du personnel non enseignant
- le développement de projets et de ressources pédagogiques
- la mise en oeuvre d’actions culturelles extrascolaires
- la diffusion d’informations auprès des parents et des élèves, par le biais de plaquettes ou d’autres outils de communication (jeux…)


Ce que nous demandons de la part du conseil régional, c’est donc un soutien affiché envers les actions que nous menons ainsi qu’un soutien dans la formation qui est l’une des compétences de la région et donc sur laquelle elle peut intervenir.


3 – Un manque de renouvellement des locuteurs faute d’enseignement:


Aucune enquête n’ayant été faite à ce jour sur l’ensemble de la population normande et sur la langue normande, il est très difficile d’estimer le nombre des locuteurs. Seuls les échanges avec les gens, l’écoute et la connaissance du territoire permettent un petit aperçu.


Sur les 749 personnes interrogées au cours de notre enquête, 26,9% ont déclaré parler normand quotidiennement ou de temps en temps et 63,9% déclarent ne pas parler réellement normand tout en connaissant quelques mots, quelques expressions.

Même sans le parler, il est également à noter qu'une majorité de personnes aujourd'hui encore comprend le normand (seuls 12,2% des interrogés déclarent ne pas le comprendre du tout). Aux vues des collectages et des rencontres faites par les associations la Chouque et le Solé Rit, la pratique du normand reste moribonde dans l'Eure malgré la production d'un dictionnaire et de livres en normand par des auteurs contemporains (Roger Dubos, Gilles Mauger, ...) et l’existence d’un atelier d'initiation au normand avec l'association la Chouque à Montfort-sur Risle (27). Il semblerait que l’un des derniers bastions de la langue normande soit l'ouest de l'Eure, mais la part de locuteurs dans ce département doit difficilement dépasser les 2%.

Dans le Cotentin, le nombre de locuteurs est estimé à 5% de la population. Sur l’ensemble de la Normandie, nous considérons qu’il y a encore environ 20 000 locuteurs réguliers et occasionnels.

Comment ces personnes ont-elles appris le normand ? Pour une majorité c’est par l'intermédiaire de leurs parents ou grands-parents. Mais, pour les jeunes générations en particulier, de nouvelles sources d'apprentissage du normand apparaissent : les articles dans la presse et les revues, les éditions bilingues de livres en normand, des cours et rencontres auprès d'associations (ex. la Chouque) et bien sûr grâce à internet et aux ressources mises en ligne par les associations de promotion de la langue normande comme Magène.

Grâce aux médias et aux nouvelles technologies il y a donc aujourd’hui des personnes qui apprennent le normand, sans qu’il soit forcément déjà parlé dans leur cercle familial.


Si ceux qui connaissent encore le normand aujourd’hui l’ont principalement appris dans leurs familles, ils sont cependant devenus une minorité. L’école interdit l’usage du normand par les enfants, la transmission de la langue cesse. Les personnes qui parlent normand quotidiennement ou occasionnellement, sont aujourd’hui devenues une très petite frange de la population normande. Les évolutions techniques et nos changements de modes de vie depuis le milieu du XXe siècle ont fait que beaucoup de techniques agricoles ont disparu et les mots avec. Mais pour désigner le corps et le caractère des gens, la famille, les animaux, la légeume (les légumes), ces mots et expressions ont une saveur irremplaçable !

Malheureusement, les jeunes générations n’utilisent plus qu’un vocabulaire réduit et sont des « locuteurs passifs », mais souvent capables de pratiquer la langue dans la chanson ou dans des situations favorables. Même si le normand est exclu de l’école et des échanges dans la sphère publique, un regain d’intérêt se fait jour… Il n’est jamais trop tard pour apprendre à parler normand, et à écrire en normand pourvu que l’on s’en donne les moyens et que l’on bénéficie d’un accompagnement adapté (structures, supports pédago, lieux d’échanges…).


Pour 88,9% des personnes interrogées, ce n'est pas "ringard" de parler normand aujourd'hui, tous les sujets peuvent être évoqués dans notre parler, y compris les sujets les plus contemporains. En voici un exemple, écrit par Maurice Fichet :


"Dé depis le début dé juilet
Leus cône-prêchi byin pairaé,
I touornient sus touos les sens,
Launluuraés pal eus écrauns
A pyis ou byin en vélo,
I jostent à Pokémoun Go !
Dehors i guettent pus les gens,
I veient pus qué leus écrauns"


Sur 684 personnes interrogées qui ne parlent pas normand, 80,4% seraient intéressées par la possibilité d'apprendre le normand. Seulement, il n’existe plus aujourd’hui qu’un collège (ils étaient deux encore il y a trois ans) qui enseigne le normand aux enfants, celui de Bricquebec dans la Manche. A Jersey, l’office du jerriais a obtenu à l’été 2017 le recrutement de professeurs (dont un venant de la Manche…) pour permettre que le normand soit enseigné dans l’ensemble des écoles de l’île. L’office assure leur formation et est à l’origine de la création des supports pédagogiques utilisés en cours. Dans les années à venir, tous les enfants de Jersey auront ainsi reçu un enseignement en jerriais au cours de leurs études et ce grâce au soutien des institutions envers la langue.


En Normandie, l’enseignement du normand passe depuis une trentaine d’années par les associations et les universités populaires qui proposent un peu partout dans la région des réunions et des cours de normand, réunissant des locuteurs et des apprenants invités à échanger et à découvrir des oeuvres en normand.

Cependant, les associations ne peuvent porter seules le poids de l’enseignement.

 

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4 – Des associations en difficulté faute de soutiens et de visibilité:


Dès la fin du XIXe siècle, des associations ont vu le jour pour assurer la sauvegarde et faire la promotion de la culture normande. Le Bouais-Jaun, fondé en 1896 par Louis Beuve et François Enault s’était ainsi donné pour but d’ « entretenir l’amour du pays au coeur des exilés », de perpétuer un sentiment normand en faisant (re)vivre la culture et les traditions normandes, notamment à travers l’usage de la langue. L’association normande Alfred Rossel, créée en 1912 s’est, elle aussi, donnée pour but « l’étude et la mise en valeur de la culture et de la littérature normande ». En 1968, c’est sous l’égide de Fernand Lechanteur que se crée l’association Parlers et Traditions Populaires de Normandie, oeuvrant à la défense et à la promotion du patrimoine normand, et plus particulièrement son patrimoine linguistique.


A la suite de ces associations, tout un réseau s’est créé sur l’ensemble de la Normandie. Chacune avec leurs particularités, elles s’efforcent de collecter la langue auprès des locuteurs, de proposer des cours, d’organiser des événements divers (conférences, veillées, expositions…) ou de produire des oeuvres (livres, musique) en langue normande. On retrouve ainsi :


- l’association Magène, éditrice d’albums musicaux et d’ouvrages en normand sur l’ensemble de la région
- l’émai, toute jeune association proposant des cours de normand à Caen
- l’université populaire normande du Coutançais, créée en 1983 et à l’origine de plusieurs ouvrages pédagogiques pour l’apprentissage du normand
- les Amis du Donjon, association d’histoire de Bricquebec proposant également des réunions mensuelles de normand
- la Chouque, qui propose chaque année de nombreux rendez-vous autour de la langue normande
- l’université rurale du Cauchois qui recueille la mémoire du cauchois
- le Pucheux, publiant des revues et livres sur l’histoire, les traditions et la langue normande au nord de la Seine
- la fédération des jeux et sports normands enfin qui, à travers les jeux traditionnels s’intéresse également à la langue normande.


Le 18 janvier 2016, ces différentes associations ont décidé de se fédérer pour créer la Fédération des Associations pour la Langue normandE (la FALE) dans le but de défendre et promouvoir la langue et la culture normande et de fédérer l’ensemble des acteurs souhaitant oeuvrer dans ce sens. Au niveau de son fonctionnement, il a été décidé de créer au sein de cette fédération, différentes commissions agissant dans différents domaines :

- communication sur internet
- chroniques, journaux, presse
- relations avec les élus
- relations entre les associations
- enseignement
- développement de supports pédagogiques
- panneaux normands
- vocabulaire nouveau


Avant cela, les associations qui ont présidé à la création de cette fédération ont déjà réussi depuis plusieurs années à mettre en place quelques cours et groupes d’échanges de normand, à éditer des publications (à faible tirage) en normand ou bilingue français/normand, à installer quelques panneaux de noms de communes en normand ou encore à faire en sorte que certains produits/marques s’affichent avec des noms normands.


Cependant, malgré cette forte activité des associations et de leurs bénévoles, les personnes que nous avons interrogées déplorent dans leurs réponses des initiatives trop isolées et un manque d'efficacité parfois. Surtout, beaucoup avouent méconnaître ce qui se fait actuellement en matière de défense de la langue normande.

Bien sûr, les associations sont responsables en partie de ce manque de visibilité, imputable peut-être à un manque de communication et de publicité ou à une communication pas suffisamment « accrocheuse » mais elles ne peuvent être les seules à blâmer. Elles font face à un manque de relais et de visibilité empêchant également une plus grande reconnaissance de la langue et de la culture traditionnelle normande auprès de la population.

Sur ce point, les collectivités ont leur rôle à jouer et ont une responsabilité vis-à-vis des acteurs associatifs de leur territoire et plus globalement envers leurs administrés.


73,2% des personnes interrogées au cours de notre enquête souhaiteraient que les pouvoirs publics interviennent davantage en matière de préservation et de promotion de la langue normande.

Lorsqu'on leur demande quels sont les acteurs devant agir pour la promotion du normand, la majorité des personnes répondent que c'est aux associations culturelles et à la région d'intervenir.

Les associations et la FALE souhaiteraient elles aussi bénéficier d’un soutien et d’une écoute auprès du conseil régional. D’où la nécessité selon nous de créer entre la FALE et le conseil régional de Normandie, des liens et un organisme d’échange pour que région et associations travaillent de concert sur ces questions.

De ce point de vue, la création d’un office de la langue et de la culture normande, chapeauté par le conseil régional, serait un geste fort qui apporterait reconnaissance et visibilité du normand.


Un premier geste a déjà été réalisé par le conseil régional qui a permis l’acquisition du dictionnaire français/normand par l’ensemble des CDI des lycées normands. La FALE applaudit ce geste symbolique mais s’interroge néanmoins. Proposer des dictionnaires aux élèves sans proposer de cours ou de sensibilisation au normand, cela est-il pertinent ? Les élèves vont-ils aller d’eux-mêmes vers ces ouvrages s’il n’y a pas d’enseignement à côté ?

II – SAUVEGARDER et PROMOUVOIR pour assurer l’avenir du normand


1 – sauvegarder un héritage patrimonial de notre région.


Pour l'immense majorité des personnes sondées, le normand fait partie de notre patrimoine et est notre langue régionale, le parler propre à la Normandie. Ils reconnaissent que la culture normande fait partie de leur identité et que pour eux, la disparition du normand représenterait une perte d'identité pour notre région. Les liens que les Normands entretiennent avec leur langue, que beaucoup appellent « patois » avec amour, sont forts et montrent un réel attachement. Pour 18,4% des sondés, il s'agit même de leur langue maternelle ! Beaucoup parmi les anciens ont parlé normand dès le plus jeune âge avant d’apprendre le français en arrivant à l’école.

 

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Renouer avec la langue normande, c’est renouer avec notre histoire, réaffirmer nos liens avec la Scandinavie, qui donna de nombreux mots normands (havre, mielles, varech, flot, raz…) et également avec l’Angleterre à qui nous avons offert une majeure partie de la langue.

C’est s’ancrer dans une culture multiséculaire, celle des chansons de geste, et des nombreux auteurs que notre province a offert à la littérature. Barbey d’Aurevilly, le Connétable des Lettres, s’il écrivait en français, n’en restait pas moins attaché à la langue normande. Il écrivait d’ailleurs en note du Chevalier Destouches : « Je suis plus patoisant que littéraire, et encore plus Normand que Français ». Ce « patois » normand, il le glissait dans la bouche de ses personnages, ceux qui étaient le plus attachés à la terre et à ce pays.

Entendre résonner le normand, c’est voir ressurgir la musique quotidienne des siècles passés, sortis de la bouche de nos ancêtres. Comme le faisait remarquer fort joliment une personne interrogée au cours de notre enquête "chaque langue est une façon originale de penser le monde" et une autre d'ajouter que "certaines choses ne peuvent bien s'exprimer qu'en normand".

La langue normande est si riche qu’elle possède des mots, des tournures que le français ne pourrait exprimer. Sans aucune contestation possible, le normand est intimement lié à l'identité de notre région, à notre patrimoine, à notre culture et à notre manière de penser. Il pourrait même être un réservoir pour le « français officiel » si celui-ci voulait s’en servir. C’est pourquoi, il faut absolument aujourd’hui le valoriser et rendre fiers les Normands de parler à nouveau cette langue.


Les réponses à l'enquête que nous avons menée laissent entrevoir qu’il y a aujourd’hui en Normandie un réel sentiment d'infériorité vis-à-vis d'autres régions qui savent mettre en avant mieux que nous leur langue régionale et leur culture et qui ont une politique volontariste dans ce domaine. Les cas des Corses et plus encore celui de nos voisins Bretons sont souvent cités, non pas avec l'idée de les copier mais avec la volonté de voir la Normandie s'affirmer d’avantage, conscients d'avoir nous aussi une identité propre à faire valoir.


2 – promouvoir un particularisme de notre région, marqueur de notre identité


« Les régions qui ont une identité forte ont souvent une forte attractivité ». Cette affirmation d’une personne interrogée renferme une réalité évidente : la culture et l’identité qui font certaines régions jouent un rôle sur l’image renvoyée de celles-ci et sur l’attrait qu’elles peuvent exercer sur les touristes ou même sur des entreprises qui cherchent à s’implanter.

En France aujourd’hui, des régions comme la Corse, l’Alsace ou encore le pays basque attire des touristes qui cherchent à y découvrir une autre culture, d’autres traditions, qui leur apparaissent comme différentes de ce qu’ils connaissent. 93,5% des personnes interrogées déclarent que l'histoire, la langue et la culture normande sont un atout pour le tourisme et pour notre région. Le conseil régional l’a bien compris en décidant de créer la marque Normandie, une marque relativement tournée vers les entreprises mais qui doit aussi offrir une place à la culture normande.

Favoriser la culture normande et la langue normande, c’est affirmer un peu plus l’identité normande. Certaines entreprises l’ont déjà compris et ont fait le choix d’intégrer le normand à leur communication en utilisant des noms normands.


L’utilisation de plus en plus large du drapeau normand partout en Normandie est un signe qui montre à tous qu’aujourd’hui les Normands sont fiers de leur région et de leur identité. Pour une majorité de personnes interrogées le normand est un atout pour le dynamisme de notre région. Parler normand, afficher le normand dans nos villes et villages c’est s’affirmer un peu plus normand et affirmer ce qui fait notre région et ce qui la distingue de toute autre. Cela est lié également à un besoin de plus en plus répandu aujourd’hui de retrouver des racines, d’avoir des repères, dans un monde entièrement ouvert à l’international et dans lequel on se perd parfois.


Aucune idée de repli identitaire ou de discrimination dans cette valorisation de la langue et de l’identité normande.

A la question « la pratique du normand est-elle pour vous un signe d'ouverture ou de repli sur soi-même?» 72,9% des personnes interrogées répondent que c'est un signe d'ouverture à la fois sur d'autres cultures, d'autres langues et également sur notre propre région.

La Normandie est, en effet, de par son histoire une région multiculturelle et ouverte sur le monde. Plusieurs personnes soulignent également que la promotion du normand dans notre région serait un signe d'ouverture en direction des îles anglo-normandes et que cela renouvellerait les échanges avec Jersey et Guernesey autour d'une histoire et d'une culture commune.

Il en est de même avec la langue anglaise dont la teneur universelle s’affirme chaque jour (en véhiculant notre langue normande en son sein), profondément influencée par la conquête normande.

La langue normande peut alors devenir une passerelle pour s’ouvrir à d’autres pays tout en restant ancrée dans sa petite patrie.


3 – des avantages du multilinguisme:


Issue du latin, influencée par le norrois (la langue des Vikings et des Islandais), cousine des autres langues d’oïl comme le picard ou le gallo, ayant grandement influencé l’anglais mais aussi dans une moindre mesure le sicilien, le québécois, la langue normande est une passerelle entre les langues et entre les civilisations. De ce fait, enseigner le normand, le relier à ce vaste maillage de langue et de culture c’est permettre une plus large ouverture d’esprit sur l’autre.


A Jersey, l’apprentissage du jerriais, variante locale du normand, est ainsi vu comme une passerelle entre l’anglais et le français. Chez les anciens de l’île, le jerriais était souvent la langue maternelle. Ils apprenaient ensuite l’anglais à l’école et certains firent plus tard le choix d’apprendre le français avec certaines facilités dues à leur connaissance du jerriais.

De la même manière, le normand peut devenir aujourd’hui pour les jeunes de notre région, une passerelle entre le français et l’anglais, permettant en outre de renouer un peu plus nos liens historiques avec l’Angleterre et les îles anglo-normandes.

 

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Cette connexion entre le normand et l’anglais pourrait se comparer dans une certaine mesure à la relation entre la langue française et le latin. Si on continue d’enseigner le latin aujourd’hui, c’est notamment pour mieux comprendre la formation de la langue française.

Sur le même principe, l’enseignement du normand et la mise en lumière des mots normands entrés dans la langue anglaise pourrait aider les apprenants à mieux comprendre l’anglais et peut-être s’intéresser davantage à son apprentissage en voyant les liens qui unissent nos deux langues, leur faisant apparaître l’anglais comme une langue un peu moins « étrangère » et finalement assez proche du normand. L’occasion également de leur rappeler l’histoire commune de nos deux nations.


( Sur les différents débats et sur les enquêtes autour du multilinguisme précoce, nous renvoyons au site suivant qui a servi de base à notre réflexion : http://multilingues-precoces.over-blog.com/)

De nombreuses études ont déjà montrés les avantages qu’il y avait à apprendre plusieurs langues dès le plus jeune âge.

En 2005, 690 spécialistes se sont unis pour affirmer « qu’une éducation bilingue est un avantage appréciable pour l'intelligence et l'ouverture d'esprit.....Les personnes qui ont bénéficié d'un bilinguisme familial apprenant plus facilement une troisième, une quatrième langue. Au contraire, ne connaître qu'une seule langue dans notre monde contemporain est un handicap pour de nombreuses professions...Les enfants de France ont tout à gagner à valoriser les langues les plus diverses parlées dans le pays. Le progrès de la société française doit constituer à encourager les familles à être bilingues voire trilingues ou plus : C'est un investissement fondamental pour l'avenir des jeunes de la nation ».


Apprendre deux langues c’est acquérir une double culture, une plus grande ouverture d’esprit qui amène à faire preuve de plus de tolérance. Le bilinguisme ou multilinguisme accentue les capacités d’apprentissage, offre aux enfants une plus grande agilité mentale et augmente les capacités de mémorisation. Apprendre une seconde langue accentue également la connaissance de la langue maternelle, et ne l’affaiblit pas. L’apprenant doit en effet passer par un exercice de traduction, de recherche d’équivalence pour apprendre une nouvelle façon de parler et par là même il conforte sa connaissance de sa langue maternelle. Il n’y a donc que des avantages à permettre aux enfants d’apprendre plusieurs langues, de s’ancrer dans plusieurs cultures. En apprenant le normand, les jeunes auront un attachement plus fort à la culture normande et donc à leur région.

III – Actions et projets à promouvoir


1 – créer un office de la langue normande:


La volonté première des membres de la FALE aujourd’hui serait de voir se créer un office de la culture et de la langue normande sous l’égide du conseil régional de Normandie. A travers cet office, la région Normandie manifesterait ainsi son intérêt pour la culture et la langue régionale et elle construirait de cette manière une politique linguistique en faveur du normand.


Cet office s'inscrirait dans une mission de service public qui s'exercerait avec les acteurs de la vie publique mais aussi avec les acteurs éducatifs, culturels, sociaux et associatifs. Il pourrait assurer de nombreuses missions autour de la sauvegarde et de la promotion de la culture régionale.

Il apporterait ainsi son soutien à différentes initiatives pédagogiques (imagier en normand pour enfants, concours de textes en normand aux collèges...), littéraires (prix littéraires, aide à l'édition de livres…), culturelles (fête des Rouaisons, fête des Normands, pièce de théâtre, spectacle jeune public...) et avec les médias (diffusion du normand en radio, télévision, presse écrite, internet...).

Cet office pourrait être une source de proposition, d'animation et de suivi d'une politique visant à développer la pratique de la langue normande à travers des ateliers, des cours de langue normande, des universités d'été, des conférences... des activités bilingues en milieu scolaire. Il pourrait instruire les demandes communales d'installation de panneaux bilingues (français/normand) et être un pôle d'information et de documentation dans les domaines de la langue et la culture régionale. Mais aussi, il pourrait concevoir et diffuser des documents d'information et de sensibilisation à la transmission du normand (jeunes parents, étudiants), et pourquoi pas jouer aussi un rôle d'observatoire de la langue régionale en publiant des données et en conseillant les collectivités territoriales (ex : signalisation bilingue français/normand).


Tout cela pourrait également s’inscrire dans une démarche plus large autour d’un « office de la culture normande » qui regrouperait la langue, les musiques, les jeux, les sports, etc. en suivant l’exemple d’organisme similaires déjà existants et ayant faits leurs preuves dans d’autres régions.

Pour ne prendre qu’un exemple, l’office pour la langue et les cultures d’Alsace et de Moselle est à la fois une « source de proposition, d’animation et de suivi » d’une politique visant à développer la pratique dialectale de la langue en milieu adulte, notamment à travers des ateliers et des cours de langue, y compris dans le cadre de la formation professionnelle. Il est un « conseil des décideurs de la vie publique, économique ou culturelle pour la mise en place d’une signalétique respectueuse des spécificités locales (ex. : plaques de rues bilingues) », un pôle d’information et de documentation, un centre de rencontre et un observatoire linguistique, en collaboration avec les autres institutions et associations, afin de produire périodiquement un instantané de l’état de la langue régionale. Nos voisins jersiais et guernesiais ont des structures qui fonctionnent et qui, fortes de leur succès, deviennent de plus en plus développées. Pourquoi ne pas s’en inspirer ?


( https://www.olcalsace.org/fr/l-olca-c-est-quoi/missions-et-activites)

Ci-dessous les missions qui pourraient être attribuées à un office du normand:

 

 

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Etudes recherche et développement des ressources et actions Service du patrimoine linguistique, qui aurait pour mission de collecter, conserver, traiter afin de le diffuser et faire mieux connaître le patrimoine oral et écrit de Normandie. La collecte des toponymes (des micro-toponymes en particulier) permettrait de recueillir des noms ne figurant dans aucun cadastre et de savoir comment se prononcent ceux qui figurent sur les cadastres (ceux-ci sont souvent mal orthographiés parce que les formes dialectales anciennes étaient incomprises). Il s’agit d’un chantier important car, en cette période de forte mutation, notamment dans le monde rural, les noms de lieux anciens risquent de disparaître définitivement avec les derniers patoisants.

Ces toponymes pourraient être utilisés pour la dénomination des quartiers, places, etc. L’enregistrement de corpus oraux est également urgent car la documentation disponible est pauvre sur ce point, beaucoup d’enquêtes (anciennes en particulier) ne s’étant intéressé qu’au vocabulaire (recueilli d’ailleurs sans enregistrement). La numérisation et l’archivage des fonds actuels doivent être poursuivis et amplifiés afin de sauvegarder tous les fonds sonores existants dans les centres de recherches, musées, bibliothèques et/ou centre régional de ressources en ligne.

Entamer une réflexion sur des ateliers de transmission des savoirs (chansons, comptines, contes) que possèdent encore certains locuteurs âgés des langues régionales, et produire des livrets (accompagnés d’audio) qui pourraient servir de base de discussion entre grands-parents et petits-enfants, voire entre arrière-grands-parents et arrière-petits enfants. Aide aux musées pour la traduction en langue régionale des noms d’objets qu’ils présentent, en coordination avec les associations locales. Aide à la traduction à la demande de particuliers, associations, collectivités, entreprises

Participation et mise en place d’événements Olympiades régionales des jeux et sports normands à l’échelle des 5 départements plus les iles voire plus (Québec, Islande, Norvège, Sicile…) / Festival Normandie cousinage (cinéma, musique, etc). Scène d’expression régionale musique, chansons, théâtre, contes Relais pour la fête des Normands Organisation tous les 3 ans de la fête de la langue normande avec Jersey et Guernesey

• Coordination entre les associations oeuvrant pour la culture régionale

• Liens avec les « mondes normands » à l’étranger

• Reporting CR Normandie

2 – permettre à tous, et en particulier aux jeunes, d’apprendre le normand:


Sur les 684 personnes interrogées dans notre enquête et qui ont déclarés ne pas parler normand, 80,4% seraient intéressés par la possibilité d'apprendre la langue et 66,3% souhaiteraient que leurs enfants aient la possibilité de suivre des cours de normand. Parmi les mesures à mettre en place pour assurer la sauvegarde et le maintien du normand, celles en faveur de l’enseignement, sous diverses formes, arrivent très largement en tête des sondages.


- l'enseignement du normand dans les écoles et auprès des jeunes avec le concours de la région:


Pour développer l’enseignement du normand, différentes formules sont évoquées qui pourraient être mises en place : un enseignement obligatoire ou facultatif dans les écoles primaires, des initiations proposées sur les temps d'activités périscolaires (TAP), en faire une LV2 ou LV3 au collège/lycée, des cours du soir. L'enseignement du normand peut donc prendre différentes formes selon les possibilités offertes par la région dans le cadre de ses compétences.


En effet, en matière d'enseignement du normand, la région peut intervenir, en relation avec les établissements scolaires et l'Education Nationale comme le prévoit le code de l'éducation art. (L216-1) :


Les communes, départements ou régions peuvent organiser dans les établissements scolaires, pendant leurs heures d'ouverture et avec l'accord des conseils et autorités responsables de leur fonctionnement, des activités éducatives, sportives et culturelles complémentaires. Ces activités sont facultatives et ne peuvent se substituer ni porter atteinte aux activités d'enseignement et de formation fixées par l'Etat. Les communes, départements et régions en supportent la charge financière. Des agents de l'Etat, dont la rémunération leur incombe, peuvent être mis à leur disposition. Les activités complémentaires mentionnées au premier alinéa peuvent porter sur la connaissance des langues et des cultures régionales. L'organisation des activités susmentionnées est fixée par une convention, conclue entre la collectivité intéressée et l'établissement scolaire, qui détermine notamment les conditions dans lesquelles les agents de l'Etat peuvent être mis à la disposition de la collectivité.


Reste que même si les textes officiels offrent des possibilités, nous constatons que dans la réalité bien peu de choses sont faites. Aujourd’hui, nous pensons que le sujet doit être pris à bras le corps et que la région doit saisir l’opportunité que lui permet la loi pour apporter son soutien à la langue normande, l’urgence étant pour le moment de stabiliser le nombre de locuteurs pour permettre son augmentation par la suite.

Une étape ultérieure dans le développement de l’enseignement du normand au sein des établissements scolaires serait la création d’un conseil académique des langues régionales en Normandie. Sept académies en sont déjà dotées, permettant une reconnaissance des langues régionales et leur intégration aux programmes scolaires avec la possibilité de les présenter aux examens. Une telle institution serait un atout indéniable dans la revitalisation du normand.


La loi constitutionnelle n° 2008-724 du 23 juillet 2008 reconnaît que « les langues régionales appartiennent au patrimoine de la France » et révèle une volonté institutionnelle en faveur de la reconnaissance et de la valorisation de ces langues. De son côté, la loi n° 2013-595 du 8 juillet 2013 déclare que « les langues et cultures régionales appartenant au patrimoine de la France, leur enseignement est favorisé prioritairement dans les régions où elles sont en usage » et que « cet enseignement peut être dispensé tout au long de la scolarité ».

Certes, cette loi ne mentionne pas pour le moment le normand mais elle y inclut curieusement une autre langue d’oïl, le gallo, dont la littérature est moindre pourtant.

Ce texte pourrait donc en théorie s’adresser aux autres langues d’oïl d’autant plus que la circulaire n° 2017-072 du 12 avril 2017 du ministère de l’éducation nationale reconnaît à ces bilinguismes français-langues régionales, un intérêt éducatif certain.


La mise en place d’un office de la langue normande semble néanmoins être une étape préalable à ces mesures en faveur de l’enseignement du normand au sein de l’éducation nationale. Dans l’immédiat, il nous paraît nécessaire de développer et encourager, quand c’est possible, une sensibilisation à la langue régionale dans les écoles primaires à travers des contacts associations/écoles. Et c’est ici que les collectivités, et la région en particulier, peuvent s’investir en faveur de l’enseignement du normand par des modalités très diverses, comme par exemple :


- la prise en charge financière d’intervenants extérieurs dans les écoles
- l’aide à la formation du personnel non enseignant
- le développement de projets et de ressources pédagogiques
- la mise en oeuvre d’actions culturelles extrascolaires
- la diffusion d’informations auprès des parents et des élèves, par le biais de plaquettes ou d’autres outils de communication.


Quelle que soit la forme d’enseignement choisie, celle-ci devra permettre à la génération qui n’a pas transmis la langue de pouvoir transmettre aujourd’hui son savoir linguistique à la plus jeune génération. Enseigner le normand, c’est favoriser le contact entre les générations, s’ancrer dans un patrimoine ancestral tout en se tournant vers l’avenir.


Ce développement de cours de normand, devra nécessairement s’accompagner de la rédaction et de l’édition de supports pédagogiques en coordination avec les locuteurs et l’éducation nationale et si possible avec le soutien de la région.

http://www.education.gouv.fr/bo/2001/33/encarta.htm


https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000027677984&dateTexte=20171104

 

http://www.education.gouv.fr/pid285/bulletin_officiel.html?cid_bo=115565

 


- Aider au développement de ressources pédagogiques:


Il ressort de notre enquête que 94,5% des personnes interrogées se disent intéressées voire très intéressées par la possible mise en place de matériel pour initier les jeunes au normand et que 91,3% sont intéressées par un éventuel développement des formations pour adultes afin d'apprendre le normand (stages, cours du soir). Le développement de ressources pédagogiques nous paraît donc devoir être une de nos priorités mais cela nécessite le déploiement de moyens humains et financiers. Là encore la création de l’office régional de la langue normande serait un atout et un moteur pour le développement de livres, brochures, site internet en faveur du normand.


A ce jour, la FALE et ses associations ont déjà publié un dictionnaire de plus de 40 000 mots français-normand/normand-français (Eurocibles, 2013) une grammaire de la langue normande (UPNC, 2015), un livret pédagogique avec CD audio à destination des enfants (les caunchounettes) et de nombreux ouvrages bilingues.

Cependant, beaucoup reste à faire en matière d’édition de supports pédagogiques et ludiques que ce soit sous forme papier, en format audio ou sur des supports numériques.


Dans le cadre des enseignements en normand, il sera ainsi nécessaire de développer pour les enseignants en exercice et les futurs enseignants des « kits », éventuellement en ligne, d’aide à l’enseignement, avec l’appui des associations et des enseignants ayant une compétence en didactique du normand. L’idée est ici de pouvoir répondre aux exigences de l’éducation nationale en proposant des manuels et supports de cours calqués sur les méthodes éducatives utilisés actuellement dans l’enseignement des langues vivantes et des langues régionales. Or il existe potentiellement des jeunes retraités et des étudiants près à s’investir dès à présent !


Ayant déjà souligné les bienfaits du multilinguisme dès le plus jeune âge, nous pensons qu’une campagne d'information accompagnée de la conception de livrets à l’intention des parents sur l'intérêt du bilinguisme précoce pourrait être un moyen d’éveiller les esprits sur l’intérêt qu’il y a apprendre le normand et à le transmettre. Tout au long de la croissance de leur enfant, les parents devront pouvoir trouver des supports pour les accompagner linguistiquement : livres de contes, de comptines, chansons, etc.

 

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Des classiques de la littérature française, déjà traduits dans une centaine de langues à travers le monde, mériteraient également une traduction en normand et seraient susceptibles d’attirer les jeunes vers le normand. Les bandes-dessinées en particulier, tels Tintin ou Astérix, pourraient être une bonne porte d’entrée sur la langue normande et assureraient à n’en pas douter une large diffusion d’oeuvres en normand. Tintin a ainsi été traduit dès la fin des années 1950 en breton et en occitan avant d’être traduit en bourguignon, charentais ou encore vosgien et saintongeais. Mais point de Tintin normand pour le moment…


En 2004, la sortie de l’album d’Astérix la rentrée gauloise, s’était accompagnée de sa traduction en 6 langues régionales de France (breton, gallo, picard, corse, alsacien et occitan), Albert Uderzo ayant exprimé la volonté de mettre son héros « au service de l’apprentissage des langues régionales ». Là aussi les oeuvres de ce héros de BD mériteraient une édition normande. Des auteurs se sont déjà attelés à la tâche en réfléchissant à des traductions d’Astérix et les Normands ou encore d’Astérix et la Traviata mais ces projets n’ont pour l’instant pas pu aboutir faute d’un financement suffisant, que les associations ne peuvent assumer seules. Des publications de ce genre assureraient pourtant une bonne publicité pour le normand et fourniraient en même temps des outils pédagogiques pour son enseignement.


 http://www.asterix.com/la-collection/les-traductions/asterix-en-picard.html


 http://www.actuabd.com/Asterix-a-son-tour-est-publie-en-langues-regionales

 

A l’heure où les réseaux sociaux sont omniprésents en termes de communication médiatique, il est apparu indispensable à la FALE d’être visible sur ces différentes plateformes. Se voulant aujourd’hui très présente sur internet, la FALE possède un groupe Facebook:

https://www.facebook.com/groups/languenormande/

comptant plus de 274 membres et un compte twitter:

https://twitter.com/LangueNormande suivi par 111 personnes.

A côté de cela, des membres de la FALE et leurs associations ont également créé et développé des pages Facebook dédiées à la langue normande :

Groupe Langue normande
https://www.facebook.com/groups/114257758584958/


Les délices du patois cauchois, brayon et du purin de Rouen
https://www.facebook.com/groups/230324357614/?ref=group_browse_new


La Chouque
https://www.facebook.com/La-Chouque-483618471743195/


Fédération des jeux et sports normands

https://www.facebook.com/jeuxtradinormandie/

A côté de cela, deux sites internet ont également été développés, proposant chacun de l’information, des textes en normand et des ressources pédagogiques permettant à ceux qui le souhaitent d’apprendre par leurs propres moyens la langue normande.

Le site de l’association Magène (http://magene.pagesperso-orange.fr/) créé il y a de nombreuses années, propose ainsi une actualité de la langue normande, un dictionnaire normand/français, des biographies d’auteurs normands accompagnées de leurs textes, des articles sur les liens entre le normand et d’autres langues, des recettes, des jeux, etc.


Le site choses normandes (https://www.choses-normandes.com/), plus récent, a été développé par Jean-Pierre Montreuil. Professeur à Harvard puis à l’université d’Austin au Texas, il a souhaité créer un site regroupant des textes, des documents audios, des vidéos et autres matériels pédagogiques pour apprendre le normand.


La FALE a donc réussi à s’implanter sur internet et les réseaux sociaux mais les moyens manquent pour développer plus de ressources en ligne, en particulier sous formes de vidéos et de fichiers audios demandant des compétences particulières en informatique. Une personne en charge de l’office de la langue normande pourrait être chargée de ces missions.

3 – favoriser la production d’oeuvres en langue normande:


De longue date, les associations oeuvrant pour la sauvegarde et la promotion de la langue normande se sont efforcées de fixer la langue par écrit et de publier revues et livres en normand. Aujourd’hui les associations Magène et le Pucheux sont les fers de lance de l’édition d’oeuvres en normand. Leur diffusion reste néanmoins limitée faute de moyens supplémentaires et d’une plus large publicité.


Les chiffres de notre enquête ont montré que 57% des personnes interrogées déclarent lire de temps à autres des textes en normand, en particulier les diverses chroniques paraissant dans les journaux locaux (Le Courrier cauchois, l’Eveil de Pont-Audemer, la Presse de la Manche, le Publicateur libre). Plus surprenant, 31,9% déclarent écrire en normand ! Les Normands montrent donc un intérêt pour leur langue et souhaitent pouvoir s’exprimer dans cette langue quand bien même cette pratique n’est pas encouragée à ce jour.


95,5% des gens interrogés déclarent ainsi qu’ils seraient intéressés par une offre culturelle élargie autour de la langue normande (théâtre, concert, cinéma, festival...). La langue normande semble donc avoir toute sa place dans l’offre culturelle en Normandie.

Il apparaît en tout cas qu’il y a une réelle demande dans ce domaine. Plusieurs démarches, plusieurs projets pourraient alors être menées par les associations et la FALE avec le soutien nécessaire des institutions pour encourager la production d’oeuvres en normand :


- Aide à l’édition de livres en normand comme nous l’avons déjà évoqué plus haut en y ajoutant pourquoi pas la création de prix littéraires qui pourrait encourager un peu plus cette production d’oeuvres en normand.


- Soutien de la région à des groupes de musique s’exprimant en normand ou création d’un projet d’album en langue normande. Un projet similaire a déjà été mené à Jersey avec le groupe Badlabeques (https://badlabecques.net/) qui rencontre un grand succès et qui vient de sortir son deuxième album en novembre dernier. La création de chansons pour enfants à l’exemple de l’album « Caunchounettes » de Magène pourrait également être encouragée dans la mesure où elle est un outil pédagogique qui peut facilement être pris en main par les professeurs des écoles. Depuis plusieurs années déjà, plusieurs d’entre eux ont ainsi utilisé l’album des « Caunchounettes » comme un prétexte à l’initiation de leurs classes à la langue normande.

 

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- Des concours de diries, à destination des scolaires principalement mais en y joignant parents et grands-parents pour en faire un rendez-vous intergénérationnel autour de la culture normande et de l’écoute.
Toutes ces démarches doivent favoriser à terme une plus large diffusion dans les médias de la langue normande, permettant aux gens de mieux la connaître, de mieux l’appréhender, afin que la langue redevienne l’un des marqueurs de l’identité normande.
 

4 – Faire revenir la langue normande dans le quotidien des Normands:


72,9% des personnes que nous avons interrogées souhaiteraient que le normand prenne une place plus importante dans notre vie de tous les jours et notamment dans les lieux publics pour 60,6% d’entre eux.

C’est pourquoi la FALE souhaite proposer différentes actions et démarches pouvant permettre de voir la langue normande se réimplanter durablement dans le paysage et dans les échanges qu’ont les Normands.
Le normand est trop souvent encore réservé à la sphère privée, la majorité des personnes interrogées parlent normand en famille ou entre amis seulement.

On remarque qu'il y a souvent une gêne à oser parler normand ne sachant pas si l'interlocuteur qui nous fait face comprend et parle le normand. De même, dans un groupe de personnes, même si la majorité d'entre eux parlent normand, il suffit qu'une personne du groupe ne parle pas normand pour que tous abandonnent le normand au bénéfice du français. La langue normande a trop souvent été dévalorisée, qualifiée de simple patois dont l’usage était interdit et réprimé dès l’entrée à l’école. Il y a nécessité de redonner aujourd’hui aux Normands la fierté de parler leur langue et d’oser l’afficher.


- Pour une signalétique en normand:


Sur la question précise de la mise en place de panneaux de signalisation en normand, notre enquête révèle que 59,5% se disent très intéressés par le sujet et 25,9% intéressés. L'immense majorité des personnes interrogées se montre favorable à l'installation de panneaux en normand sur les routes, dans les commerces ou bien encore dans les gares et aéroports comme cela se fait déjà par exemple chez nos voisins de Jersey qui ont su implanter le jerriais, variante locale du normand, un peu partout en ville : au marché au poisson… à l’aéroport… Au bureau de poste de Saint Hélier et même sur les camions des éboueurs !

Dans un rapport sur la mise en place d’une politique linguistique en Rhône-Alpes, des chercheurs de l’université de Lyon déclaraient ainsi que « la signalisation routière est la manière la plus évidente pour faire voir une langue. Lui permettre de réinvestir ainsi l’espace public, c’est lui rendre une partie de sa dignité, et c’est rendre à nombre de toponymes leur forme première. C’est montrer que la réalité régionale peut se dire dans (au moins) deux langues. »


Brétot/Brestot dans l'Eure, Barflleu/Barfleur et Rhômeva/Hémévez dans le Cotentin ont franchi le pas. Espérons que d’autres suivront bientôt. La meilleure façon pour une commune d’afficher sa « normanditude » n’est-elle pas d’afficher aux entrées de son territoire son nom en normand ?


À l’extérieur pour ses visiteurs cette appartenance à la Normandie sera clairement affichée. À l’intérieur sera exprimée cette fierté, ce plaisir de faire partie d’un collectif. Sera affichée la reconnaissance d’un passé riche et d’une culture vivante. D’une simplicité extrême (mise en oeuvre aisée, faible coût...), c’est un symbole fort qui rend fiers certains habitants, qui ne dérangent pas les autres et qui permet à la langue normande d’investir l’espace public. Les noms en normand de centaines de communes ont été répertoriés et validés, que la FALE met à disposition des communes souhaitant s’inscrire dans cette démarche. L’attractivité de la Normandie passe par une politique volontariste d’affichage pour des citoyens soucieux de leur identité culturelle.


Exemple de site en normand: l'office du tourisme de la Vallée de la Risle


- Pour que les marques normandes s’affichent en normand

 

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Du point de vue des marques, c'est 69,4% des personnes qui se disent très intéressées par l'inscription de mots ou slogans en normand sur les produits qu'ils achètent. Nous voyons en effet un véritable engouement depuis quelques années pour les marques territoriales. (par exemple: "Heula") La Normandie a d’ailleurs suivi ce mouvement l’année passée et la FALE ne demande qu’à prendre part à ce développement de la marque Normandie.

5 - Renforcer nos liens avec les îles anglo-normandes et l'Angleterre à travers la langue et la culture:


Promouvoir la langue normande c’est aussi s’ouvrir sur le monde et renouer des liens avec des régions du monde partageant une histoire commune avec la Normandie. Peuple de conquérants et de navigateurs, les Normands se sont implantés au cours de l’histoire en Angleterre, en Sicile et en Italie du sud, au Québec, apportant à chaque fois avec eux leur langue qui s’est plus ou moins fortement ancrée localement. Cela est particulièrement vrai pour l’anglais et c’est pourquoi nous pensons qu’il peut être intéressant, voire grandement nécessaire de développer des liens avec l’Angleterre, et plus encore avec les îles anglo-normandes, autour de la langue et de notre histoire commune.


Dernier reliquat de l’empire anglo-normand, les îles de Jersey, Guernesey, Aurigny et Sercq ont su conserver un statut à part leur garantissant leurs lois, leurs traditions et leur langue, variante du normand teintée d’apports anglais. Dans ces îles comme en France, la langue locale a durement souffert pendant des décennies du système éducatif qui interdisait de parler son emploi par les enfants des îles au profit de l’anglais. Ainsi, aujourd’hui le jerriais est minoritaire sur l’île de Jersey, mais il connaît un nouveau souffle grâce à l’action de ces locuteurs, encouragés par le soutien institutionnel qu’ils ont reçu ces dernières années.

http://www.jerriais.org.je/

 

Autour de l’office du jerriais, de nombreuses initiatives ont été menées à bien sur l’île : panneaux de signalisation bilingues (voire trilingues), cours dans les écoles, promotion de la musique en jerriais, traductions, publication d’ouvrages, etc.

Aujourd’hui, les îles anglo-normandes montrent une volonté forte de renouer avec notre histoire, notamment à travers le développement de leurs langues historiques. A nous de saisir cette main tendue et de renforcer nos liens avec elles quand dans le même temps le Royaume-Uni s’éloigne un peu plus de l’Europe.

La Normandie, qui se veut une « région-monde » se doit se tisser des liens avec ses plus proches voisins, dans divers domaines et en particulier à travers une culture commune.


Depuis 1998, les associations de langue normande du continent se sont évertuées à entretenir ces liens avec les îles, à l’occasion notamment d’une grande fête annuelle, celle des Rouaisons, autrement appelée fête de la langue normande. Organisée alternativement en Normandie, à Jersey et à Guernesey, elle réunit un grand nombre de locuteurs normands autour d’animations diverses de lecture, musique, danses et autres échanges en rapport avec la culture normande. L’occasion de raviver les liens historiques unissant la Normandie et les îles.

Cet événement, géré depuis des années par des associations ne demande qu’à prendre de l’envergure pour devenir une grande fête régionale pour les Normands et leurs cousins des îles.

http://www.jerriais.org.je/fete/index.html


Les liens ancestraux évidents qui unissent la Normandie et les îles anglo-normandes devraient également être l’occasion d’échanges scolaires entre les jeunes normands et les insulaires. Dans une publication du ministère de l’Education nationale parue en 2013, il est dit que « la proximité de certaines langues régionales avec d’autres langues européennes permet également le développement de projets pédagogiques autour des similitudes et des différences de ces langues, voire d’apprentissages croisés ».

Des échanges entre des établissements scolaires de Normandie et de Jersey pourraient être l’occasion pour les élèves de découvrir la culture normande et d’échanger à travers une langue commune, à la condition que les élèves de Normandie apprennent le normand, les Jersiais s’étant déjà lancé dans l’apprentissage du jerriais. A travers de tels projets, nous pouvons faire en sorte que le normand redevienne une langue de communication, par-delà les frontières, autour d’une histoire commune qui nous permette d’avancer ensemble vers l’avenir.

Conclusion

 

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L’année dernière, Thomas Pesquet a emporté un drapeau Normand dans l’espace. Mais aurait-il également emporté du normand avec lui ? Eh bien oui, qu’il l’ai voulu ou non, il emporta son nom (eul pêqueus = le pêcheur) !

Que nous le voulions ou non le normand voyage itou (aussi) notamment dans les espaces linguistiques anglais et français, ces deux langues qui prétendent à l’universalité.

A tel point qu’au français, peut-être, il pourra survivre, un jour si l’anglais devenait langue internationale définitive, c’est une partie de la culture normande qu’il véhiculerait alors. Que nous le voulions ou non, également, les lieux dits, les villes et villages de Normandie, du Québec, d’Islande, de Norvège, du Royaume-Uni… nous rappellent notre langue muchi yens (cachée à l’intérieur).


Mais au-delà nous devons assurer l’avenir du normand et ainsi sauvegarder un héritage patrimonial de notre région. Nous devons promouvoir ce particularisme de la Normandie, il s’agit de la survie de notre identité et de notre force pour envisager l’avenir de nos enfants ici et les encourager vers le multilinguisme via leur langue locale.
Pour cela il nous faut créer un office de la langue normande chargé de réfléchir aux moyens à mettre en oeuvre et détenteur d’un budget propre lui permettant d’envisager précisément les actions à mener et notamment :


- Promouvoir l'enseignement du normand dans les écoles et auprès des jeunes avec le concours actif de la région


- Aider au développement de ressources pédagogiques (jeux, Bds, Cours en ligne…)


- Favoriser la production d’oeuvres en langue normande (Cds, concerts, livres, web TV…)


- Réintroduire la langue normande dans le quotidien des Normands (publicité, panneaux indicateurs, spectacles…)


- Renforcer nos liens avec la Normandie culturelle au sens large : les îles anglo-normandes, l'Angleterre, les pays Nordiques, l’Italie du Sud, le Québec… à travers la langue et la culture.


Tout quenâle (enfant) quand je venais de la capitale visiter la famille ou les amis à Villedieu, Barn’vi Kartré ou St Maurice en Cotentin, m’étonnais je d’entendre une autre façon de parler que celle de Vincennes ou Rochechouart ? Oh que non, il s’agissait du « parler » des gens d’ici qui allait si bien aux paysages de bocages et de plages, à l’enfance plus ou moins sage. Quoi de plus naturel, quoi de plus évident !


Rêvons et imaginons que demain, le normand aidera les jeunes Normands à mieux apprendre l’anglais dont ils auraient tant besoin pour le commerce et le tourisme mais aussi à mieux maîtriser ce français qui veut se prétendre plus langue que d’autres alors que, si nous étions vils, nous pourrions le traiter de « patois » de langues d’oïl. Mais nous ne le sommes pas et nous nous souvenons de ces fermiers Normands qui utilisaient cette langue normande avec truculence et gourmandise et se payaient le luxe d’écrire un français châtié et sans faute !


Curieusement, ce sont souvent des linguistes, des professeurs, des instituteurs qui se mirent à soutenir cette langue qui seule exprimait le ressenti de leur région. Ne laissant, de fait, à la définition de « patois » que des oripeaux qui insultent la prestance même de ceux qui l’emploient !

Comme les « cats » qui flottaient dès ma plus tendre enfance dans les villages, la langue normande vibrait dans le vent normand. Si elle ne dit pas tout de notre vie actuelle elle en dit beaucoup, suffisamment pour la faire vivre à nos côtés pour toujours !


Seyez roguus pouor voute loceis !

Restez forts pour soutenir votre langue.


Jean Philippe JOLY


Vice-Président de la FALE


Président de la Fédération des jeux et sports Normands
Auteur, chanteur compositeur en normand
Parrain de la fête des Normands 2015

 

 

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Résultats de l’enquête régionale sur la langue normande réalisée par la FALE

 

  • Parlez-vous normand ?


 Oui, quotidiennement 5.9%
 Oui, de temps en temps 21% Non, mais je connais quelques mots, expressions 63.9%
 Non, pas du tout 9.2%

 

  • Quel est votre rapport au normand ?

 Je sais bien le parler 7%
 Je le comprends bien et sais le parler un peu 21.4%
 Je le comprends un peu et sais le parler un peu 25.9%

Je le comprends un peu mais ne sais pas le parler 33.3%
 Je ne le comprends pas du tout 12.2%

 

  • Est-ce qu'il vous arrive de lire des textes en normand ?

 Souvent 11.8%

Rarement 45.2%
 Jamais 43%

 

  • Est-ce qu'il vous arrive d'écrire en normand ?

 Souvent 6.3%
 Rarement 25.6%

Jamais 68.2%

 

  • C'est "ringard" aujourd'hui de parler normand ?

 Tout à fait d'accord 1%
 Plutôt d'accord 4.8%
 Plutôt pas d'accord 20%

Pas du tout d'accord 68.9%
 Ne se prononce pas 5.4%

 

  • Si vous ne parlez pas le normand, si vous ne savez pas le lire ou l'écrire, seriez-vous intéressé par la possibilité d'apprendre le normand ?Oui 80.4%  Non 6.7%  Ne se prononce pas 12.4%
  • Si vous parlez et/ou comprenez le normand, comment l'avez-vous appris (plusieurs réponses possibles ?

 Par vos parents 50.5%  Par vos grands-parents 63.3%
 Par votre conjoint(e) 2.7%
 Par d'autres membres de votre famille 28.8%
 Par vos voisins, des amis 27.8%
 Grâce à des cours 6.2%
 Autre : 11,4% sur internet, par des recherches personnelles, grâce à des collègues, sur le site de Magène, avec un dictionnaire, grâce aux articles publiés dans différents journaux et revues, avec des Guernesiais, grâce aux musiques en normand, etc.

 

  • Dans quelles circonstances parlez-vous normand ?

En famille 67.5%
 Entre amis 45.9%
 Dans des veillées, des assemblées normandes 14 %
 Autre : 13.4% dans un atelier de langue normande, au travail, avec les anciens, sur internet

  • Vous diriez vis à vis que de ces affirmations que vous êtes :

Tout à fait d’accord
Plutôt d’accord
Plutôt pas d’accord
Pas du tout d’accord
Ne se prononce pas


Le normand fait partie de notre patrimoine: 87% plutôt d'accord
11.3%
1.5%
0%
0.1%


La disparition du normand serait une perte d'identité pour notre région:76.1% plutôt d'accord
16.8%
3.4%
1.9%
1.8%


Apprendre et parler normand dès le plus jeune âge permet ensuite d'apprendre plus facilement d'autres langues: 38.4% plutôt d'accord
34.3%
11.4%
4.2%
11.7%


Le normand est un atout pour le dynamisme de notre région: 50.1% plutôt d'accord
29.7%
11.2%
3.7%
5.3%


La culture normande fait partie de mon identité: 79.3% plutôt d'accord
15.6%
2.7%
1.2%
1.1%

 

  • Vous diriez que le normand est (plusieurs réponses possibles) :


 Une langue ancienne 36.3%
 Votre langue maternelle 18.4%  Notre langue régionale 75.1%
 Une langue comme les autres 13.6%
 Un dialecte 21.4%

 

  • Quel est pour vous l'intérêt de parler et de comprendre le normand ?

Les réponses évoquent majoritairement le rapport à l’identité de notre région, au patrimoine et soulignent un réel plaisir à parler normand: « Chaque langue est une façon originale de penser le monde »; « Certaines choses ne peuvent bien s’exprimer qu’en normand ».

 

  • La pratique de la langue normande est-elle pour vous un signe d'ouverture ou de repli sur soi-même ?

Les ¾ des personnes interrogées y voient un signe d’ouverture, 6% y voient un signe de repli, les autres sont plus nuancés et pensent que ce n’est ni l’un ni l’autre. L’idée que ce pourrait être un signe d’ouverture et de rapprochement avec les îles anglo-normandes est développé par plusieurs personnes.

 

  • Souhaiteriez-vous que le normand prenne une place plus importante dans la vie de tous les jours ?Oui 72.9%

 Non 11.2%
 Ne se prononce pas 15.9%

 

  • Pour vous, la promotion de la langue normande est :

 Prioritaire 12.2%
Importante 74.5%
 Sans importance 12.8%
 A ne pas faire 0.5%

 

  • Que pensez-vous de ce qui est fait actuellement pour la défense du normand ?

Beaucoup pensent que c’est insuffisant, qu’il y a un manque d’investissement de la part des collectivités, que les initiatives sont trop isolées. Il y a une méconnaissance de ce qui se fait, le sentiment d’être en retard par rapport aux autres régions. D’autres déplorent un manque d’efficacité, un manque d’investissement, certains allant jusqu’à juger que rien n’est fait. Pour d’autres la situation est encourageante.

  • Si vous parlez normand, l'avez transmis ou avez-vous l'intention de le transmettre à vos enfants ?

 Oui en leur parlant régulièrement en normand 11.5%
 Oui parce qu'ils m'entendent régulièrement parler normand 8.9%  Oui en leur apprenant quelques expressions ou en leur chantant des chansons en normand 48%
 Non je ne leur ai pas transmis ou n'ait pas l'intention de le faire 7.1%
Ne se prononce pas 24.5%

 

  • Souhaiteriez-vous, si vous en avez la possibilité, que vos enfants suivent des cours en normand ?  Oui 66.3%

 Non 9.1%
 Ne se prononce pas 24.5%

 

  • Que faudrait-il faire concrètement selon vous pour que le normand ait un avenir et ne disparaisse pas ?

Les réponses proposent avant tout des cours dans les écoles, une plus large diffusion dans les médias, une promotion de la culture normande (livres, musique, théâtre…). Il faudrait redonner une image plus positive au normand, l’utiliser davantage dans la vie quotidienne, le faire reconnaître comme langue régionale. D’autres proposent de le promouvoir de façon ludique en utilisant les nouvelles technologies, d’installer des panneaux bilingues dans les communes, d’organiser des fêtes autour de la langue normande et de développer nos liens avec les îles anglo-normandes grâce à la langue.

 

  • Vous diriez de ces différentes actions qu'elles sont:

Très intéressantes
Intéressantes
Pas intéressantes
Ne se prononce pas


Mettre à disposition du matériel pour initier les jeunes au normand 50.4%
44%
3.3%
2.3%


Proposer davantage de formations pour les adultes (stages, cours du soir) 47.5%
43.9%
5.5%
3.2%


Développer l'offre culturelle normande (théâtre, concert, festival, cinéma, etc.) 58.6%
37%
3%
1.4%


Développer la présence du normand dans les lieux publics (brochures, docs informatifs, annonces bilingues) 60.6%
29%
8%
2.4%


Mettre en place des panneaux de signalisation en normand 59.5%
25.9%
12.7%
1.9%


Renforcer la présence du normand dans les médias (tv, presse, radio) 51.5%
34.2%
11%
3.2%


Inscrire des mots ou slogans en normand sur des produits 69.4%
25.6%
3.1%
1.9%

 

  • Souhaiteriez-vous qu'en matière de préservation et de promotion de la langue normande, les pouvoirs publics interviennent:  Plus? 73.2%

 Autant ? 9.1%
 Moins? 0.8%
 Pas du tout 6.5%
 Ne se prononce pas 10.3%

 

  • Quels sont selon vous les acteurs devant agir pour la promotion du normand (plusieurs choix possibles) ?

 L'école, l'éducation nationale 61.1%
 Les parents, la famille 61.7%
 Chacun d'entre nous 64.4%  La région 78.7%
 Le département 50.2%  Les associations culturelles 80.3%

  • Êtes-vous pour qu'il y ait des panneaux ou textes en normand ?

Tout à fait d’accord
Plutôt d’accord
Plutôt pas d’accord
Ne se prononce pas


Dans les gares, aéroports, bus: 49.1%
29%
18.1%
3.8%


Dans les commerces que vous fréquentez: 51.3%
34.1%
11.2%
3.4%


Dans les bureaux des administrations: 38%
30.8%
28%
3.2%


Sur des panneaux routiers: 57.5%
23.2%
15.6%
3.7%


Sur des produits que vous achetez: 61.8%
30.1%
5.4%
2.6%

 

  • Pensez-vous que l'histoire, la langue et la culture normande sont un atout pour le tourisme et la région Normandie ?

93.5% des personnes pensent que oui


« Les régions qui ont une identité forte ont souvent une forte attractivité »

 

  • Vous êtes:

 Une femme 40.5%
Un homme 59.5%

 

  • Tranche d’âge

 12-17 1.2%
 18-29 22%
30-44 34.9%
 45-59 25.4%
 60 et plus 16.6%

 

  • Êtes-vous membre d'une association oeuvrant pour la promotion de la langue normande ?

 Oui 8.8%
Non 91.2%

 

 D’après les résultats de notre enquête, 75% des Normands déclarent que le normand est notre langue régionale.