Nous avons trop de respect pour la vérité historique pour que l'Etoile de Normandie participe, à l'occasion du 50ème anniversaire des événements de mai 1968, à la sacralisation quasi officielle d'une révolte iconoclaste. De nombreux livres vont sortir, des colloques, des émissions de télé et de radio, et comble de l'ironie, une commémoration officielle à l'Elysée, vont pontifier en rond avec les Soixante-huitards attardés qui ont, vite fait bien fait, retourné leurs vestes pour ne garder de leur révolte libertaire colorée de rouge marxiste que l'intérêt pour leur carrière de piloter un "capitalisme à visage humain".

Le sociologue Jean-Pierre LEGOFF sort, ces temps-ci, un livre justement... Et celui-ci on vous le recommande puisqu'il s'agit d'un essai "d'égo-histoire" qui fait preuve d'une grande honnêteté intellectuelle qui nous intéressera d'autant plus qu'il s'agit de l'Histoire vue depuis les épaules d'un gamin d'Equeurdreville, puis d'un lycéen de Cherbourg et, enfin, d'un étudiant exalté de l'université de Caen qui se souvient que la ville universitaire normande était l'une des capitales bouillonnantes de la jeunesse française avec l'enseignement du grand professeur de philosophie Claude Lefort. Caen était aussi l'une des villes où le grand mouvement ouvrier pour exiger des augmentations de salaires significatives avait démarré: c'était à la SAVIEM à Blainville sur Orne.

Dans ce livre fort intéressant, lucide, le sociologue revient sur la Normandie des années 1950/1960 encore marquée par les tragédies de la Seconde guerre mondiale, encore baignée par l'anthropologie d'un catholicisme humaniste mais rigoureux notamment en matière d'éducation, mais surtout confrontée au choc de civilisation et de génération généré par l'arrivée massive des nouveautés américaines apportant avec elles le futur triomphe de l'individualisme hédoniste contemporain.

Le conflit de génération entre celle, héroïque et rigoureuse, qui avait connu les terribles souffrances de la Guerre et la nouvelle qui s'éveillait au bien-être insouciant d'une place sous le soleil en sirotant les mièvreries d'outre-atlantique était donc inévitable.

La lecture de Jean-Pierre Legoff nous fera penser aussi à celle d'un Marcel Gauchet, un autre Normand issu de l'Avranchin et qui participa, lui aussi, au bouillonnement universitaire caennais en tant qu'élève de Claude Lefort. Nous apprécions donc chez ces deux auteurs, une approche lucide, critique mais aussi bienveillante sur cette crise de la civilisation dont nous ne sommes pas sortis car depuis 1968, la France a renoncé, de fait, à proposer sa civilisation comme un modèle universalisable au monde entier.

Et ce n'est pas un hasard pour nous que cette histoire nous soit contée depuis la Normandie...

images

Ecouter l'émission "Répliques" sur France Culture (le 3 mars 2018): Alain Finkielkraut, autre ancien "soixante-huitard" recevait Jean-Pierre Legoff:

https://www.franceculture.fr/emissions/repliques/la-france-dhier

Qu'est ce que la France d'hier et est-elle différente du monde d'après 68 ? Jean-Pierre Le Goff répond à Alain Finkielkraut.

Sur le chemin de l'école en 1951

Sur le chemin de l'école en 1951 Crédits : AFP

20 ans après le livre qu'il a consacré à _l'héritage impossible de mai 68  Jean-Pierre Le Goff revient dans un essai d'égo-histoire, qu'il a intitulé La France d'hier,_  sur les deux décennies qui ont précédé et préparé ces évènements. Ayant le même âge que Jean-Pierre Le Goff, j'ai trouvé dans son dernier livre les éléments d'un Je me souviens à la Pérec : " je me souviens de la piste aux étoiles, je me souviens du temps des copains avec Henri Tisot, du slow allemand Sag warum...." Reste à donner un sens à ces fragments dispersés. C'est ce à quoi s'est employé Jean-Pierre Le Goff dans son récit. Pour commencer je lui demanderai de définir la France d'hier et qu'est ce qui la différencie du monde d'après mai 68.