Poule d'Eau qui nous fait notre revue de presse normande quotidienne, nous a repéré l'article suivant tant il est édifiant d'un effondrement de civilisation qui laisse un vide qui sera, à n'en pas douter, comblé (car la civilisation comme la Nature a horreur du vide). Sauf qu'on ne sait pas encore vraiment par quoi: sont-ce les résidents parisiens adeptes du week-end prolongé dans la profondeur calme et verte du Perche normand qui pourraient remplacer une civilisation rurale séculaire rythmée par les rites individuels et collectifs du catholicisme?

Poser la question c'est, hélas, y répondre...

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Les deux églises présentes sur la commune de Courtomer dans le Perche: la première, l'église Sainte Geneviève d'époque romane est déjà désaffectée...

https://actu.fr/normandie/courtomer_61133/a-courtomer-fin-la-messe-nuit-commerce_15775276.html

A Courtomer, la fin de la messe nuit au commerce

Les commerçants de Courtomer sont inquiets quant à l'avenir de leur activité. La fréquentation des magasins diminue, un peu à cause de la fin de la messe.

Le maire, Monique Bracke, proposait aux artisans et commerçants locaux d’échanger pour envisager des perspectives. La chute de fréquentation n’est pas seulement celle de l’hiver normand que fréquentent peu les parisiens, franciliens, propriétaires de résidence secondaires, c’est une baisse particulièrement manifeste depuis que la messe du dimanche n’est plus célébrée. La propriétaire de la boulangerie Girard le confirme.

« On est ici depuis 5 ans, le dimanche matin nous avions besoin d’être trois, notre vendeuse ne suffisait pas, il fallait que mon mari passe des fourneaux à la boutique et vient nous seconder. Ce n’est plus le cas, le dimanche je peux gérer seule l’affluence, le chiffre d’affaires a baissé de 25 % ».

La fin de la messe sonne le glas du commerce

Idem pour le second boulanger, Nicholas est installé ici depuis 9 ans, « ça baisse tous les ans. Depuis que la messe n’est plus dite ». Une flexion qui s’est accentuée notablement encore depuis la fermeture de l’agence du Crédit Agricole. S’annonce maintenant une réduction du nombre des ambulants qui viennent sur la place les jours de marché, le vendredi et le dimanche matin. Le petit marchand de légumes quittera en effet la région. N’oublions pas que la gendarmerie a fermé et que la tour HLM a été démontée. Il y a aussi beaucoup de non-résidents permanents.

Autour de la table les cinq commerçants présents ont bien conscience qu’il s’agit là aussi d‘un enjeu plus grand, une réflexion sur l’avenir. « Que deviendront les petits villages ? Les ambulants s’absentent de plus en plus. Pas seulement à Courtomer, voyez le marché de Courteilles, à Alençon. Comment envisager que le marché de Courtomer puisse continuer, quand on sait que le marchand de légumes va s’en aller et que le poissonnier va prendre sa retraite ? Comment trouver des artisans ? »

Jean-François Roblin, installé à Courtomer depuis 1983, pense que « le problème du marché vient du fait que plus ça va plus les gens ont des grosses structures. Il devient compliqué de se déplacer le dimanche matin, par tous les temps. »

De l’avis partagé, il « y a un ensemble de choses à prendre en considération, de l’extérieur. Et on peut se demander si pour beaucoup d’ambulants le jeu en vaut la chandelle. »

Places gratuites à Courtomer

On sait que le marché de Pâques attire chaque année plus de visiteurs, d’où la proposition du maire.

« Pourquoi ne partirait-on pas sur un marché atypique, peut-on envisager de faire venir des gens qui représentent un métier qui n’est pas représenté à Courtomer, pas forcément de l’alimentaire ».

Car sait-on qu’à Courtomer les places sont gratuites ? Monique Bracke lance donc un appel aux artisans qui seraient intéressés, voudraient venir le vendredi matin et le dimanche matin. Alex Boulan, lequel est souvent sur les marchés, profitera de ses rencontres pour essayer de faire venir de nouveaux exposants.

La réunion a permis de décliner quelques perspectives, outre la gratuité déjà offerte par la mairie pour les ambulants, les totems posés à l’entrée du village, on envisage de chercher à attirer des marchés de producteurs.

La mairie met à disposition le numéro 02 33 28 40 23 pour tous ceux qui ont des idées ou seraient intéressés.


 

Sur le fond, le philosophe et anthropologue Marcel Gauchet (d'origine normande) s'était penché sur cette question depuis de nombreuses années:

http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Bibliotheque-des-Sciences-humaines/Le-desenchantement-du-monde

http://journals.openedition.org/assr/3947