La lecture de l'article qui suit (Normandie Actu pour le Pays d'Auge) est édifiante: cet article documente l'un des archaïsmes les plus criants de la République française qui, sur le point évoqué ci-dessous, est moins apparenté à un état de droit évolué ou à une démocratie occidentale libérale (au sens des droits politiques) qu'à un despotisme plus ou moins éclairé situé quelque part entre entre la Prusse de Frédéric II, l'empire russe de la Grande Catherine ou la Sublime Porte... A moins qu'il ne s'agisse plutôt de singer la défunte Union Ratatinée des Saucissons Secs.

Colbert_Presenting_the_Members_of_the_Royal_Academy_of_Sciences_to_Louis_XIV_in_1667

Colbert présente à Louis XIV les membres de l'académie royale des sciences...

L'article de Normandie Actu rapporte une décision parfaitement arbitraire, discrétionnaire: un haut fonctionnaire ingénieur membre du très important, très haut et très puissant corps des "Ponts et chaussées" a décidé qu'une solution technique n'avait pas droit de cité dans son corps et donc, par voie de conséquence, dans le reste de la France. Une réalité technique qu'un ingénieur haut-fonctionnaire estime ne pas vouloir connaître... n'existe pas. Du moins en France.

Avant de vous laisser apprécier ce qui est rapporté par l'article à lire ci-dessous (une "Turquerie" aurait dit Molière...), on vous rappelera deux exemples de ces choix discrétionnaires imposés par cette véritable "nomenklatura" française, choix qui ont des conséquences, au final, très coûteuses pour le Trésor public...

1) Le refus d'expérimenter un train circulant à 250/260 km/h utilisant la technologie pendulaire pour desservir efficacement un réseau régional de villes à partir du réseau ferré déjà existant: les ingénieurs du corps des mines de la SNCF ne juraient que par un TGV à 350 km/h. Résultats: 46 MILLIARDS de dettes pour la SNCF et la Normandie sans solution ferroviaire efficace depuis la fin des Turbotrains.

2) Le refus d'expérimenter les tunnels par caissons immergés pour franchir les fleuves, estuaires voire des bras de mer, solution efficace et éprouvée beaucoup moins coûteuse que de forer des tunnels profonds ou de construire de grands ponts suspendus. En France, le tunnel par caisson immergé est littéralement interdit! A croire qu'un ingénieur des Ponts et Chaussées ou du Corps des Mines a prononcé une fatwa contre ces tunnels immergés puisque la vérité réside dans le pont suspendu à haubans résistant aux ouragans et qui donne à voir et à penser sur la puissance intellectuelle de nos ingénieurs "à la française": un tunnel a contre lui le fait qu'il ne se voit pas dans le paysage. Conséquence normande: nous n'avons toujours pas de solution ferroviaire efficace pour franchir la vallée de la Seine...

Maintenant évoquons un vrai sujet d'Ancien Régime idéal pour commencer une révolution comme en 1789, à savoir, l'alliance dans le mépris pour les gens entre une féodalité autoroutière (une "ferme générale"² aurait-on dit au XVIIIe siècle) et un corps d'ingénieurs de l'Etat (des "aristocrates" aurait-on dit dans le printemps 1789).

Bien entendu, il n'est nullement question, dans ce qui suit, de maîtrise d'usage démocratique: "une idée idéale d'écrivain philosophe" aurait-on raillé à la Cour de Versailles...

Bref! quitte à être comme un scientifique fasciné par la découverte d'un fossile toujours vivant, nous dirions que ce despotisme à la française se survit à lui-même comme un vieux coelacanthe:

coelacanthe

L'ingénieur haut-fonctionnaire d'Etat a donc décrété que la technologie des "piles déportées" n'existait pas en France. En conséquence que quoi, les manants vivant à proximité du chemin royal A13 devront supporter 8 mois de déviations en raison de la fermeture pour travaux des ponts enjambant l'autoroute... Par ordre du Roi, de la Convention nationale, du Directoire de la République, du Premier consul, de sa majesté l'Empereur, du roi (encore) du Préfet de la république, de l'empereur (encore!), du Préfet de la République 3ème, 4ème et 5ème du nom... (c'est tout?)

https://actu.fr/normandie/dozule_14229/travaux-delargissement-la13-colere-sophie-gaugain-elus_15786081.html

Travaux d’élargissement de l’A13 : la colère de Sophie Gaugain et des élus

Les modifications récentes du chantier d'élargissement de l'A13 placent les communes impactées dans l'embarras. La grogne monte du côté des élus de Dozulé et des environs.

« Je suis en colère. On n’a pas eu d’information à temps et on n’a aujourd’hui aucune explication… » Le maire de Dozulé (Calvados), Sophie Gaugain, est remonté contre la SAPN (Société des autoroutes de Paris Normandie) qui doit mener les travaux d’élargissement de l’A13 de 2×2 à 2×3 voies.

Cet imposant chantier doit débuter en septembre 2018 et s’achever au printemps 2019. Des travaux qui vont engendrer, logiquement, des dommages collatéraux pour les communes impactées et notamment, pour les voies de circulation concernées par les ouvrages d’art qui enjambent ou passent en dessous de l’autoroute. C’est le cas de la RD142, la RD675 ou la RD45C, du côté de Dozulé, Cresseveuille, Cricqueville-en-Auge, Danestal ou encore Angerville.

Les répercussions

Des répercussions auxquelles les élus s’attendaient inévitablement, mais qui ont pris une tournure problématique ces dernières semaines, suite aux réunions publiques organisées à Pont-l’Évêque et Dozulé. C’est à cette occasion que les élus ont appris que les données avaient changé. 

« Notre première réunion avec la SAPN remonte à janvier 2017, puis d’autres ont suivi » rappelle Sophie Gaugain. Des échanges incontournables puisqu’il faut dès lors anticiper les problématiques, penser à mettre en place des déviations pour la circulation, car l’intervention sur les ouvrages d’art notamment, doit alors se faire suivant la méthode dite des « piles déportées ». À savoir, des fermetures temporaires d’une semaine à la circulation.

On avançait en confiance, j’ai pris soin de signaler la présence de la Zone d’activité communale et intercommunale, ainsi que les voies qui desservent une partie du territoire de Normandie Cabourg Pays d’Auge, avec un flux très important.

Les conséquences économiques

Les choses se gâtent début 2018, lors de réunions organisées à la demande des élus auprès de la SAPN pour faire le point sur la situation. Les données changent de manière drastique. « On nous apprend alors que la méthode n’est plus envisageable, c’est un refus technique venant de l’État pour les ponts de Dozulé et Cresseveuille ». Motif évoqué : la solution des « piles déportées » est innovante en France et ne présente pas les garanties nécessaires.

La conséquence tombe dès lors comme un couperet : certains ouvrages seront détruits et reconstruits et, par voie de conséquence, les accès seront fermés à la circulation durant huit mois, de septembre à avril. Inconcevable pour les élus.

Les conséquences vont être très lourdes au niveau économique si ce schéma est retenu par l’État, cela va avoir un impact dramatique sur l’activité des entreprises.

Les accès à la zone artisanale de Dozulé, la zone intercommunale qui commence, vont notamment être très compliqués.

Le maire de Dozulé ne décolère pas, d’autant que « c’est à nous, élus, de prévenir les chefs d’entreprise et de leur expliquer ce qui va se passer ». Les répercussions seront évidemment plus larges pour le bassin de vie et les flux entre Dozulé et la côte, pour les habitants, les agriculteurs, d’importantes entreprises principalement impactées comme Agrial…

C’est comme si Dozulé était mis sous embargo… 

La portion concernée par les travaux de l’A13. (©SAPN)

La discorde

Mais ce qui passe le moins, c’est l’attitude et la communication de la SAPN, « qui était au courant depuis l’an dernier du changement, et on nous informe au dernier moment, quelques mois avant le début des travaux. Comment s’organise-t-on alors que des arrêtés de circulation ont déjà été pris ? Pour les déviations, les transports scolaires, les secours… ? » 

Les élus attendent également de véritables explications sur ce changement de cap de la part de la SAPN, ce qui n’a, pour le moment, pas été le cas…

J’aimerais qu’on m’explique ce choix : Est-ce pour des raisons techniques ? Financières ? Pourquoi tous les ouvrages ne sont pas concernés ?… On se pose plein de questions et on n’a aucune justification.

Sophie Gaugain a d’ores et déjà saisi le sous-préfet et le préfet sur la question, ainsi que la Ministre des transports « pour l’alerter sur les lourdes conséquences économiques ».

Je serai mobilisée jusqu’au bout. L’État doit mieux nous expliquer et la SAPN doit faire suivre les informations. J’attends une réunion de travail spécifique sur le sujet afin de pouvoir examiner des solutions moins contraignantes. On a des préoccupations communales, mais c’est tout le collectif que l’on défend !.

À Angerville, « on est crucifié » 

Du côté d’Angerville, 180 habitants, le maire Gérard Naïmi est concerné par les travaux avec la RD675 et la RD45C, il est aussi agacé, quasi résigné. « On discute depuis plus d’un an avec la SAPN. On nous garantissait que les deux ponts seraient faits successivement et on me colle la reprise de deux ouvrages en même temps. On est crucifié. On nous demande de faire des arrêtés de circulation, et on ne les respecte pas. Les gens viennent à la mairie se plaindre. Un collectif de propriétaires veut porter plainte ». 

À Cresseveuille, les nuisances sont quasiment les mêmes, mais le maire Serge Marie reconnaît « on a la chance que la SAPN ait un terrain à proximité, ce qui leur permet de réaliser un pont parallèle. Sinon, ça aurait été impossible en termes de sécurité ».

Les craintes d’un chef d’entreprise 

Eric Andro, responsable du magasin Super U de Dozulé, ne cache pas ses inquiétudes à l’annonce des changements du chantier de l’A13 :

J’ai été informé des évolutions de l’organisation et du déroulé des travaux très récemment. Jusqu’alors, j’étais serein car, d’après les infos qui m’avaient été délivrées depuis des années dans le cadre de ces travaux, il y avait un respect des acteurs économiques locaux du fait que la liaison Sud Nord/Nord Sud était respectée, car cet axe est très passager. Or, pour une entreprise comme la nôtre, c’est plus de 15 % de flux client en provenance des communes de Gonneville-sur-Mer, Houlgate, Villers, Auberville, sans oublier Heuland, Saint-Pierre-Azif, Périers… qui proviennent de cet axe, et se priver de 15 % d’activité, c’est mettre en péril notre exploitation. Nous sommes des indépendants et devons assumer seul la gestion et les conséquences désastreuses que cela pourrait avoir dans la perspective où une remise en cause du déroulé des travaux n’était pas envisagée. Donc, à ce titre, j’ai interpellé notre maire, Mme Gaugain, que j’ai trouvé très active et inquiète. J’ai décidé d’interpeller M. le Préfet et Sous-préfet par un courrier, afin que soit prise en considération cette problématique importante. En ma qualité de chef d’entreprise, nous montrons une grande inquiétude, à laquelle je joins tous mes collaborateurs.


 

Commentaire de Florestan:

Que ne faut-il pas faire pour aggrandir le chemin du Roi afin que les très nombreux carrosses de la cour de Bretagne puissent rejoindre de façon agréable et commode une lointaine province tous les vendredis soirs depuis Versailles!