Le jacobinisme sans nuances de Lille à Perpignan et de Brest à Strasbourg confine au ridicule avec cette mesure de réduire la vitesse à 80 km/h sur les routes départementales à double sens sans séparateur central...

Officiellement c'est une mesure pour améliorer la sécurité routière.

Officieusement, ladite "sécurité routière" tout comme la sécurité de nos poumons à préserver du tabagisme, est gérée depuis un bureau du Trésor public à Bercy.

S'obstiner à évoquer la sécurité routière pour justifier cette mesure relève de la pire des tartuferies puisque la sécurité routière relève, concrètement et objectivement, de la... fiscalité: les amendes sont des taxes qui ne disent pas leur nom.

La majeure partie de l'argent collecté à l'occasion des infractions au Code la Route, notamment les contrôles de vitesse, ne va ni à l'entretien des routes ou à l'amélioration de la sécurité des routes dangereuses ni même à la prévention et à la formation des automobilistes. L'essentiel entre dans le budget général de l'Etat au même titre que la TVA.

Voilà pour le premier point.

Pour le second, on ne dira jamais assez que les tartufes de la sécurité routière sont les pires: si les routes sont, avant tout, des cimetières, alors pourquoi autoriser des engins de mort roulants qui sont, à notre connaissance, les seuls outils techniques dont les possibilités outre-passent dangereusement la norme juridique qui justifie ou encadre leur utilisation? Revivons d'urgence nos belles amours dans les 2CV de notre jeunesse et interdisons l'accès de nos routes à tous ces SUV hauts sur roues ou ces pseudo-sportives dont le compteur est gradué au delà de 200 km/h. Si la loi exige que nous ne roulions pas au-delà de 79,9 km/h, alors que les moteurs soient moins puissants, soient bridés et que tous les véhicules soient équipés d'un système de régulation de la vitesse...

Sachant que dans la vraie vie et dans les moments du réel le plus concret, un concret qui, hélas, peut nous conduire, il est vrai, à la mort ou à faire advenir la mort d'un innocent ayant le tort d'être là au mauvais endroit et au mauvais moment (autrefois on parlait volontiers du "destin", du "fatum"), il est rare que tout arrive parfaitement selon ce qui était préalablement prévu par l'ingénieur ou par le législateur: c'est le fameux risque "zéro" qui n'existe pas et qui rend la conception d'un véhicule automobile entièrement automatisé si difficile...

Car, soyons honnête: qui n'a jamais fait aucun excès de vitesse, ne serait-ce que pour doubler sur une route départementale de campagne, un tracteur ou un camion gênant?

Qui n'a jamais confondu le chiffre inscrit au centre d'un panneau cerclé de rouge avec la valeur de la vitesse "idéale" autorisée? Qui donne l'impression d'avoir le droit de rouler dans une zone de tolérance et de confort implicitement admise par tous ou presque autour de 50/55 sinon 60km/h au lieu d'un 45 km/h parfaitement légal lorsque la vitesse est officiellement limitée à 50km/h? Qui n'a jamais pilé à l'approche d'un radar préalablement signalé pour réaccélérer après?

PERSONNE!

A moins de n'avoir jamais conduit, qui plus est, sur une route départementale rurale où les alternatives à l'automobile pour se déplacer sont parfois inexistantes...

A moins de ne conduire que sur des autoroutes concédées à péage où de grosses berlines de marques allemandes s'offrent le droit de rouler au moins jusqu'à 130 km/h si ce n'est davantage en payant sa "Liber-T"...

Les tartufes de la sécurité routière sont donc insupportables, à commencer par ces donneurs de leçon officiels qui roulent en voiture officielle à chauffeur en explosant les limitations de vitesse pour ne pas rater l'heure de l'inauguration officielle...

Ainsi, on se souviendra qu'en 2015 sur l'A13 entre Le Havre et Paris, un certain Edouard Philippe alors député-maire du Havre s'était fait contrôler à 150 km/h sur la portion de l'autoroute limitée à 110 à la hauteur de Rouen dans le cadre d'un déplacement à caractère privé: son permis lui avait été retiré sur le champ par les gendarmes...

http://www.lepoint.fr/politique/quand-edouard-philippe-roulait-a-150-km-h-10-01-2018-2185466_20.php


Lire, ci-après cet article de La Manche Libre (06/03/18) qui rend compte de la position des présidents des départements de la Manche, Orne et Calvados opposés à une généralisation de la vitesse maximale autorisée à 80km/h sur les routes départementales:

https://www.lamanchelibre.fr/actualite-478181-limitation-a-80km-h-des-elus-de-normandie-ecrivent-au-gouvernement

Limitation à 80km/h : des élus de Normandie écrivent au gouvernement

478181

Les présidents des départements de la Manche, du Calvados et de l'Orne font partie des 28 signataires d'une lettre adressée au gouvernement concernant la réduction de 90 à 80km/h de la vitesse sur les départementales. Ils demandent une application "au cas par cas" de cette nouvelle limitation. 

Le passage de 90km/h à 80km/h sur les routes "à double sens et sans séparateur central qui composent le réseau secondaire de notre pays" ne fait toujours pas l'unanimité.

Trois Normands signataires

28 présidents de départements appartenant au groupe "Droite, Centre, Indépendants" de l'Assemblée des départements de France viennent de prendre leur plume pour écrire au gouvernement sur le sujet. Parmi eux, trois élus de Normandie : le président du Département de la Manche Marc Lefèvre, celui du Calvados Jean-Léonce Dupont et celui de l'Orne Christophe de Balorre.

Quel bilan ?

Les signataires s'appuient sur un dossier publié le mardi 13 février 2018 par l'association 40 millions d'automobilistes. Cette dernière a rendu public le bilan de l'expérimentation de cette nouvelle mesure sur trois tronçons (entre Vesoul et Rioz, entre Auxerre et La Charité-sur-Loire et entre Crozes et Hermitage-Valence). "Selon les chiffres compilés par l'association, la baisse de la limitation de vitesse n'a pas permis de réduire la mortalité routière", expliquent les signataires.

Du cas par cas demandé

Les élus poursuivent : "L'application généralisée et indifférenciée de cette nouvelle règle engendre inévitablement une incompréhension de la part des automobilistes. C'est pourquoi, les Présidents des Départements soussignés demandent au gouvernement de renoncer au projet d'abaissement global de la limitation de vitesse de 90 à 80km/h sur les routes du réseau secondaire et de privilégier des solutions pragmatiques, au cas par cas, en concertation avec les Départements sur les tronçons les plus accidentogènes."