Un grand poète?

C'est celui dont les poèmes peuvent faire pleurer comme la ripplleure fine et argentée qui, à ma droite, fait briller les toits et lustrer toutes les feuillles du jardin sous le soleil et l'azur revenus tout en dessinant, à ma gauche, le bel arc-en-ciel sur le dos de plomb du poème qui nous a transi d'émotions fouettées comme sous un grain tempêtueux...

"Marcel DALARUN est à coup sûr un vrai poète, un grand poète" déclarait en 2010 l'écrivain Gilles Perrault, véritable amoureux du Cotentin...

Un grand poète normand, qui depuis la hauteur du cap de Carteret qu'il aimait arpenter, faisait chanter l'âme de notre Normandie: il était la voix des fleurs, des oiseaux, des arbres, des nuages du ciel. Il était un amoureux passionné: les filles, les femmes et les enfants qui s'éveillent au réel.

C'est le poète d'un pays poétique, de paysages pas si sages, parfois mystérieux sinon inquiétants: il est bien difficile d'être le poète d'un pays poétique car il faut, avec une science de l'écriture qui confine à la sagesse, éviter le pittoresque, ou pire, la carte postale sinon le cliché. Il faut de longues heures de silence, de sensations et de contemplations pour que le poète se fasse, authentiquement, l'interprête sinon le traducteur du grand poème délivré en permanence et pour l'éternité par la Réalité.

Marcel DALARUN était doublement un poète normand puisqu'il utilisait les mots du pays qu'il a chanté. Des mots aussi mouillés, colorés, rugueux ou gaillards que les êtres et les choses de ce Cotentin vivifiant. Des mots palpitants et chauds comme des organes vitaux: ceux de la mère ou de la grand-mère qui président (on l'espère encore) aux transmissions essentielles.

Marcel DALARUN était donc enraciné non pas dans la terre mais dans les mots d'une langue: la langue du pays qui voulait dégoiser des poèmes et qui fut heureux de trouver son poète.

Cet ancien instituteur devenu poète est mort dans l'indifférence générale en février 2017, quasi aveugle dans une maison de retraite à l'âge de 95 ans.

A l'occasion de ce séminaire "Normandie" de l'Université populaire de Caen que nous avons consacré, cette année, à la langue normande, nous avions prévu de réparer un oubli fâcheux en rendant, enfin, un bel hommage à celui qui fut, assurément, le plus grand poète normand d'expression normande depuis Louis Beuve et Fernand Lechanteur...

C'était donc ce 13 mars 2018 de 18h00 à 21h00 à l'auditorium du musée des Beaux arts de Caen (enceinte du château ducal) avec une cinquantaine de personnes venues pour la circonstance de toute la Normandie (du Nord-Cotentin, de Coutances, du pays d'Alençon, de Caen mais aussi de Montfort sur Risle, Pont Audemer, Le Havre et Yvetot) pour une belle soirée festive consacrée à la langue normande de toute la Normandie car après l'hommage émouvant rendu à Marcel Dalarun par Rémi Pézeril de l'association Magène, nous avons accueilli vers 19h15 Denis Ducastel, le président de la revue et des éditions du Pucheux venu tout exprès d'Yvetot (non sans avoir passé quelques longues minutes dans les bouchons du périphérique caennais) pour une présentation du cauchois dont la verve pleine d'humour des conteurs (le Père Alexandre, Jehan Povremoyne) peut rivaliser avec la profondeur des poètes chanteurs du Cotentin...

A partir de 19h30, un buffet normand était ouvert avec, sur la table, nos quatre spécialités fromagères aoc/aop au lait cru offertes à la gourmandise de l'assistance (deux vrais camemberts: le fameux "Champsecret" entièrement fermier et bio et le "Réo" le meilleur camembert de laiterie; un Coeur de Neufchâtel; un petit Livarot et un grand Pont-L'Evêque au lait cru bien crémeux). Mais aussi: une véritable andouille de Vire; des huitres de pleine mer venues de Pirou, de cette côte des havres du Cotentin qui attire si naturellement les poètes et les musiciens et l'inévitable pot de teurgoule de Janville à la cannelle. Côté "bon beire" nous avions un excellent cidre fermier, très racé et fruité venant de la côte du Bessin (près d'Isigny sur mer); un cidre doré augeron venu d'Ouilly le Vicomte et un poiré qui fut magnifique avec les huitres venu de Céaucé, ce "Maine normand" qui s'étend au pied de la colline fortifiée de Domfront...

Et comme toute bonne chose devait avoir une fin, nous avons terminé en "canchounettes", celles écrites et chantées par Jean-Philippe JOLY, alias "Maît'Gires", auteur compositeur interprète dans la langue normande du XXIe siècle et qui nous a donné, accompagné de sa guitarre, quelques belles chansons pleines de mélancolie, notamment celle qui évoque le départ des migrants pour l'Amérique sur le port de Cherbourg ou celle, pleine d'humour, chantant la pluie qui fuit un pays où on ne l'aime pas assez...

Bref! ce fut une très belle soirée, chaleureuse où nous étions tous et toutes heureux de nous retrouver là, ensemble, autour de ce bien commun, ce trésor immatériel qui vaut plus que de l'or: une langue maternelle, celle du pays d'où nous sommes soit pour y être né soit pour y être arrivé par les hasards de la vie et dont la disparition définitive participerait de l'appauvrissement général que nous subissons tous en ce moment:

A l'instar des abeilles qui meurent à cause des pesticides, des oiseaux de nos haies de bocage qui disparaissent car ils ne savent plus où nicher, de certaines plantes qui meurent ou de nos anciens ormes tous crevés pour avoir été bouffés par un champignon tenace, une langue peut mourir.

Le français de Paris perclus d'anglicismes comme un vieil arbre attaqué par la graphiose n'est pas dans une position très favorable non plus et il est probable que la liquidation en cours du patrimoine linguistique des langues régionales françaises d'oïl ou d'oc (dont fait partie le normand) ne fera qu'affaiblir et affadir une langue française bien plus maltraitée et méprisée à Paris qu'en province voire dans la francophonie d'outremer.

Car il est tout aussi probable que le français ne trouvera son salut que dans sa "francophonie". Une "francophonie" qui commence depuis la Normandie, en ce qui nous concerne...

Alors, pour finir, et avant de vous laisser partir en "viage" avec le petit florilège des poèmes de Marcel Dalarun à découvrir ci-après, on aura le plaisir de partager avec vous et tous celles et ceux qui aiment la langue normande et qui ne voudraient pas qu'on la laisse mourir, l'information suivante...

Il y a quelques semaines, un rapport complet sur l'état de la langue normande (rapport consultable sur la page d'accueil de l'Etoile de Normandie) avait été transmis à Hervé Morin. Le président de la FALE, la fédération qui rassemble toutes les associations culturelles promouvant la langue normande a reçu le message suivant:

Monsieur le Président,

Hervé MORIN a bien reçu votre mail et vous en remercie chaleureusement.

Il prendra connaissance de votre rapport avec intérêt. Il l’a d’ores et déjà transmis aux services régionaux compétents en leur demandant une lecture attentive dans la perspective d’un investissement de la Région en faveur de la langue normande.

Les services régionaux ou moi-même ne manqueront pas de revenir rapidement vers vous dans cette perspective.

Cordialement

Laurent Ronis le moal

Directeur de cabinet

Quelques images de cette belle soirée normande:

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